11/22/13

Coworking : Une crise de croissance due à « un développement non structuré »

eye-largeLe coworking est en pleine explosion… mais en même temps, il traverse une crise de croissance nous indique Xavier de Mazenod lors d’une interview exclusive réalisée pour visionarymarketing. Voyons avec Xavier, spécialiste du télétravail sous toutes ses formes et animateur de la communauté Zevillage, comment et pourquoi le paysage est en train de changer.

[note du 25/11 : un rapport du 20/11 suite à la conférence Digiworld et qui m'avait échappé semble quant à lui faire encore état de freins au développement de ces tiers-lieux, apportant un regard complémentaire à celui de Xavier]

interview de Xavier de Mazenod de Zevillage

quotes-smallNous traversons une crise de croissance du coworking. Derrière le phénomène de mode du coworking, on voit que la société est en train de digérer ce qu’on pourrait appeler la révolution du travail à distance. Celle-ci a plusieurs facettes qui sont : le coworking, le télétravail, le tiers lieu. Le tiers-lieu rural qui est plutôt un télé centre, les tiers-lieux urbains qui sont plutôt des espaces de coworking. Il y a un gros appel d’air, énormément de création de lieux, avec à peu près 150 lieux en France, et 150 en projet donc en 2014 on devrait se retrouver avec 250 à 300 lieux, ce qui est assez énorme à l’échelle de la France. Et je pense qu’on va voir malheureusement des échecs assez rapidement parce que ce développement se fait de manière non structurée.

Made in Montreuil (@madeinmontreuil) a déjà mis la clef sous le paillasson … mais ils se redressent vite (cf. Le Parisien). On le verra, hors de France le problème est similaire, comme ici au Hub Bruxelles, fermé fin 2012

La réalité du télétravail : la France n’est finalement pas en retard (ouf !)

Si on prend le télétravail dans son acception la plus large, c’est-à-dire un peu de mobilité, un peu de coworking et toutes les facettes différentes du même phénomène, on s’aperçoit qu’en France, alors qu’on dit qu’on est en retard (c’est parce qu’on utilise des vieux chiffres) on ne l’est pas tant que ça ! On a publié sur Zevillage une méta étude faite par le cabinet LBMG Worklabs qui a analysé les  statistiques sur le télétravail en France. On s’aperçoit qu’on a à peu près 15 % de télétravailleurs en France, ce qui est beaucoup plus que les 6 ou 9 % des chiffres officiels.

les vais chiffres du télétravail avec LBMG Worklabs et Zevillage

Et là on commence à se rapprocher des aux pays européens qui sont qui sont en pointe, donc ce n’est peut-être pas autant que les pays scandinaves, ou que les États-Unis, mais il n’empêche que l’on est beaucoup plus en avance qu’on croit et qu’on a rattrapé le retard, si tant est qu’on en ait jamais eu. Aujourd’hui il y a encore peu de fonctionnaires dans ces télétravailleurs, il y a quelques agents des collectivités locales, mais très peu d’agents de la fonction publique de l’État, parce que ceci est un phénomène qui est très neuf chez eux.

Une prédominance du “télétravail gris”

Il y a donc une majorité de salariés du privé. On voit que jusqu’à l’année dernière, la plupart de ces salariés étaient  des télétravailleurs gris, qui travaillait sans cadre juridique. Je pense que ça va se structurer pour 2 raisons, d’abord c’est un phénomène important qui se développe très vite, la demande est très forte. On a identifié dans l’enquête que nous avons faite dans le tour de France de télétravail, que 73 % des répondants voulaient télétravailler. Mais il y en a beaucoup qui ne peuvent pas. Parce qu’il y a refus du manager ! Donc d’une part une demande très forte, et d’autre part depuis l’année dernière il y a une loi en France qui encadre le télétravail et qu l’a fait passer dans le code du travail. Donc je pense que d’ici un an ou 2, les DRH seront pressés de régulariser les situations avec des accords d’entreprise et des avenants au contrat de travail.

Les espaces de coworking : nous allons assister à des fermetures

Les espaces de coworking sont la plupart du temps des démarches de personnes privées, parfois soutenu avec l’argent public, comme la région Île-de-France, la Seine-et-Marne, l’Ariège, le Cantal, etc. Sachant que la plupart du temps il faut faire la différence entre télécentres et espaces de coworking (ceux-ci sont plutôt urbains). Ils se sont lancés parce qu’il y avait une sorte d’appel d’air mais ils n’avaient pas forcément une orientation très business, ni beaucoup de fonds propres, ni bien  réfléchi au sujet ; ils avaient juste envie de travailler ensemble et étaient séduits par le mode d’organisation ; je pense que malheureusement nous allons voir aujourd’hui des espaces de coworking fermer, abandonner et renoncer car ils vont être confrontés aux réalités économiques.

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Regus (le CEO Mark Dixon ci-dessus) est parti tous azimuts, pas seulement en France, mais aussi au Royaume Uni

Je pense qu’on va pas mal entendre autour de nous que le coworking est mort et il y aura beaucoup d’articles sur le sujet ! Mais au contraire, c’est une crise de croissance mais ce n’est pas la fin. Il existe une demande pour le coworking et il existe un besoin pour ce travail en commun, en communautés choisies, même si tous n’ont pas une démarche business, et ne sont pas structurés, donc il y en a qui vont souffrir. Par ailleurs, on voit aussi des investisseurs institutionnels s’intéresser à ce phénomène comme les gros opérateurs comme regus ou multiburo, ou des acteurs publics comme la caisse de dépôt, qui réfléchit à la mise en place de gros espaces de coworking façon Rocketspace aux États-Unis, avec plusieurs centaines ou milliers de mètres carrés, à des endroits stratégiques comme les aéroports, les gares etc. Donc je ne crois pas du tout que c’est la mort du coworking, c’est une crise de croissance.

Ville ou campagne ?

Il y a de gros besoins en ville et dans les périphéries et dans les nœuds de transport, mais il y a aussi un besoin pour pour des projets plus modestes ; en gros c’est la bande de copains qui qui se créaient un collectif et qui ont envie de travailler ensemble, qui partagent les frais, soit une sorte de collocation professionnelle, et là c’est tout à fait viable ! Je pense que ceux-là vont passer au travers des gouttes parce qu’ils répondent à un besoin. Avec quelques réserves… Pour que ça fonctionne il faut une masse critique, et que l’espace de coworking soit suffisamment grand. Il faut d’une communauté constituée. Et il faut de l’action commerciale. Et en général, le phénomène “bande de copains” ce sont des gens qui sont compétents dans leur métier, qui ont une envie de et s’associer de travailler ensemble, mais qui n’ont pas forcément une orientation très business et qui ne pense pas forcément la démarche commerciale.

Quelques lieux emblématiques

Je vais essayer de prendre plusieurs lieux emblématiques qui ont des démarches différentes. Il y a des petits lieux par exemple à Toulouse il y a un lieu qui s’appelle le tau c’est une bande de copains qui s’est installée dans un appartement et qui partage les frais pour travailler ensemble. À Bordeaux, il y en a d’autres du même genre. On est vraiment dans l’esprit originel du coworking.

Il y en a qui ont essayé de mettre un peu de business dans la démarche, comme soleilles cowork à Paris, comme la mutinerie à Paris, comme La cordée à Lyon, qui a ouvert plusieurs centres  à Lyon et qui va en ouvrir un à la Gare de Lyon, à Paris, car la communauté était demandeuse. Ceux-là sont dans une démarche plus business, ce qui ne veut pas dire que ce soit une démarche qui ait abandonné l’esprit du coworking, sauf qu’ils ont juste rationalisé et qui le rendent plus efficace.

La cantine (qui a changé de nom NDLR), c’est plus institutionnel car ils s’étaient surtout un lieu d’événements, ils ont réussi à en faire une franchise et un label qu’ils ont vendu en province. Ils sont également en pleine évolution, car curieusement il pratiquaient peu le coworking, sauf le coworking de passage. Mais il y avait peu de coworkers résidents ; on voit à Paris qu’ils ont développé une communauté, à Rennes aussi, ce sont des choses très mouvantes.  En 2 ans, à mon avis le paysage s’est transformé fondamentalement, c’est un domaine qui bouge très vite. Il faut l’observer de près, et il n’y a presque que des cas individuels.

L’avenir du coworking passe-t-il par l’État ?

On ne décrète pas la création d’activité. En revanche, si l’État, ou les collectivités locales, pense que ça peut est une bonne chose d’investir pour offrir le cadre d’une infrastructure, cela peut peut-être aider. Mais il me semble que dans la cas de la halle Freyssinet par exemple, la part de l’État est très faible. C’est-à-dire moins de 10 %. Et ce sont surtout des investisseurs privés qui prennent le relais comme Xavier Niel.

Un futur radieux, malgré les lourdeurs du pays

Nous sommes dans un pays où il y a des lourdeurs, des pesanteurs, managériales organisationnelles ; on est attaché au présentiel, et on est un peu méfiant par rapport à la distance, mais je pense que malgré tout il y a une attirance et les entreprises vont se restructurer et évoluer. On ne sera peut-être pas tous télétravailleurs dans 20 ans, mais on va augmenter notre proportion de gens qui auront des statuts mobiles au sens large, à distance, en mobilité, un coup chez eux, un coup dans un espace de coworking, un coup dans l’entreprise … ce qui va d’ailleurs avoir des conséquences très importantes et lourdes financièrement pour les entreprises, car on ne va plus avoir les mêmes bureaux, et pour les et pour les aménageurs publics, les gens qui font évoluer les villes, car ces aspirations vont se traduire par des orientations très importantes. Par exemple, le concept de cité du travail à la défense avec des immeubles partout, ça va prendre du plomb dans l’aile à mon avis.

Ce qui est difficile, c’est qu’on est dans une période de mutation assez rapide, il y a 2 ans à peine, dans le grand public on ne parlait pas de coworking, mais aujourd’hui, tous les journaux en parlent et tout le monde a entendu parler du coworking. Le télétravail est aussi en train d’exploser dans les médias et donc on a des vannes qui sont ouvertes, mais on sait pas à très bien à quelle vitesse ça va évoluer.

09/17/13

espaces de co-working, les pirates de l’open space

eye-largeLes espaces de travail partagés, “coworking spaces” en bon français, sont à la mode. Ils ont en effet tout pour séduire : ambiance décontractée, design, suppression des barrières traditionnelles, échanges, liberté … mais aussi, selon les cas, des loyers conséquents, car la liberté, surtout la liberté, a un prix, notamment en centre ville. Plongée dans ce monde libertaire avec la Mutinerie, la bien nommée, un espace de pirates de l’Open space et Xavier de Mazenod, de Zevillage, chantre normand et rural de ces nouveaux modes de travail urbains.

Les pirates de l’Open Space (photo Ebay) 

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Le travail partagé, n’en déplaise aux grincheux, ça se développe fort en Europe (schéma, CCI de la Réunion) , même si la France n’est pas l’Europe, et Paris n’est pas Berlin.

La formule est en effet séduisante, et elle fait florès auprès des Startups, ce qui n’est pas étonnant : rapidité d’installation, partage des ressources, modularité, échange avec d’autres innovateurs, rencontres des investisseurs (cf. Soleilles cowork ici), les avantages sont nombreux. Et pourtant, la vie n’est pas un fleuve si tranquille que cela. Les espaces de co-working font face à des taux de remplissage de 50% selon le magazine e ligne spécialisé ‘Deskmag’.

imageL’obsession de tout espace de travail est donc bien de partir à l’abordage de tous les membres susceptibles de remplir l’espace, souvent situé en plein de cœur de la ville (à gauche, les chiffres de 2011 donnés par la CCI de la réunion)  et donc avec des loyers de départ plus que conséquents. C’est le paradoxe de ces espaces, chargés de réinventer la façon dont nous travaillons mais qui restent scotchés aux centres villes pour des raisons de praticité et de visibilité. En conséquence, les modèles économiques de ces nouveaux espaces sont encore en voie d’expérimentation.

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eoffice, un géant de l’espace de travail alternatif et pourtant étrangement méconnu

Mais qu’on se rassure ! L’Etat tout puissant veille sur nous : “une des particularités est la forte présence du secteur public dans les initiatives. De nombreux projets sont soutenus et réalisés par et avec des partenariats publics/privés. L’investissement des collectivités s’expliquent également par la volonté de développement de projets sur le territoire et de création d’emploi. Avec un objectif d’intérêt général, un grand nombre de projet se structurent
sous forme associative.” (CCI de la Réunion 2011). Je vous conseille notamment la liste comparative des espaces de télétravail français établie à la page 4 par la CCI sus-citée : sur 14 espaces étudiés, 2 entreprises, 3 indépendants et 9 associations.

Alors quel est le futur des espaces de coworking ? Je vous invite à le découvrir avec Xavier de Mazenod dans cet article de Zevillage :

le futur du coworking par William de  la Mutinerie sur le blog de Xavier de Mazenod (Zevillage) [correction du 17/09 à 15:00]

On le sent, on le voit ; le coworking commence à sortir de l’ombre pour devenir une solution viable et clairement identifiée auprès des entrepreneurs et des freelances des pays occidentaux. L’histoire du coworking est déjà riche et le mouvement commence à sortir de la marge d’où il est apparu. La preuve du concept a été faite. Ceux qui ont essayé le coworking ont compris l’immense valeur qui y réside et ceux qui observaient la tendance, en embuscade, sont prêts à se lancer dans l’aventure.crystal-ballMais dans le même temps, les espaces existants cherchent encore à valider un modèle économique. Les espaces les mieux établis se demandent quant à eux quelle sera la prochaine étape. Ouvrir d’autres espaces en leur nom ou via un réseau de franchises ? Partir en quête d’un local plus grand ? Développer des services pour la communauté ? Comment et où trouver l’argent qui financera la croissance ?Aucune réponse n’est évidente mais puisque Mutinerie a le nez dans toutes ces questions, j’ai pensé faire part ici de nos réflexions. La principale difficulté à mon sens, c’est de savoir dans quelle mesure le coworking, centrée sur la communauté et non sur le lieu, peut-il être réplicable. Chaque communauté possède son alchimie propre ; résultat du mélange unique des individus qui peuplent l’espace. Cette alchimie devient rapidement l’identité du lieu, puis de la marque toute entière. Chaque espace est ainsi unique et donc difficilement réplicable ou du moins, elle ne se réplique pas comme une chaine de fast food.

via le futur du coworking Mutinerie.

03/14/12

une loi pour rien sur le télétravail mais ce n’est pas grave …

En France, quand on a un problème …  on fait une loi ! Voici une pratique bien singulière et qui doit sans doute correspondre à un besoin sociologique profond. C’est ce que semble nous dire Xavier de Mazenod dans ce commentaire d’une loi récente sur le télétravail, lors d’une interview réalisée avec lui par téléphone le Vendredi 09 mars 2012. Mais cela est-il grave ?

il ne s'est rien passé !

il ne s'est rien passé ! - photo Yann Gourvennec http://bit.ly/picasayann

où en est le télétravail un an après notre dernier point ?

computer-largeIl y a un an, nous avions fait le constat que ça ne marchait pas . Les seuls chiffres étaient ceux du centre d’analyse stratégique, qui disaient qu’environ 10% de salariés français s’adonnaient aux joies du télétravail à distance. On était donc à la traîne, “avec un indicateur très bas, 1 jour par semaine” ajoute Xavier de Mazenod, “le seul pire que nous, c’était l’Italie”. Les numéros 1 n’étaient pas les pays anglo-saxons cependant, même si les pays dits latins étaient en retrait.

Un an après on n’a pas de chiffres plus précis  mais “on voit des frémissements partout” (colloques, journaux, mentions de Google …) nous affirme Xavier avec un certain enthousiasme. “On parle de plus en plus de tous ces sujets : télétravail, co-working, espaces partagés etc. Les gens les opposent mais rien n’est opposable”. Car il s’agit de catégories plus complémentaires qu’il n’y paraît.  Le télétravail gris (c’est à dire le télétravail pratiqué sans déclaration, de gré à gré entre manager et managé) est toujours là, “d’où la nécessité de rassurer l’ensemble des partenaires sociaux” ajoute Xavier de Mazenod et donc “il n’y a pas d’excuses pour ne pas cadrer le travail à distance”.

“En Hollande, l’employeur (le manager) a le droit d’aller voir si l’employé est bien installé quand il télétravaille” poursuit le fondateur de Zevillage, “ce qui est inimaginable en France”. En France, on est dans l’affrontement et la méfiance… “donc en France il fallait une loi”.

la réalité : environ la moitié des employés travaillent à distance

Mais la réalité du travail à distance est bien autre que celle transmise par ce chiffre de 9 ou 10%. “Télétravailleurs gris + télétravail + co-working + nomades = 40-50% des salariés” confie Xavier de Mazenod, car les études qui mesurent l’occupation des bureaux montrent toujours la même chose : “un taux d’occupation à environ 50%”.

La loi qui vient d’être votée

question-largeC’est une loi “qui n’a rien à voir avec le télétravail” commente Xavier : c’est une proposition de loi relative à la simplification du droit et l’allègement des démarches administratives et il y a l’article 46 qui évoque le télétravail et qui le fait entrer dans le code du travail. En 2005, une avancée notable avait déjà été faite, régie par 3 grands principes au sein d’un accord national inter-professionnel (ANI) signé par tous les partenaires sociaux en 2005 (“c’est un texte intelligent” affirme Xavier de Mazenod). Voici ces 3 principes de base :

  1. le salarié doit être volontaire
  2. la contractualisation (accord entre les partenaires sociaux et/ou avenant au contrat de travail)
  3. la réversibilité

“Il n’y avait pas besoin de loi mais on est en France et on adore légiférer pour rien ; c’est de l’archaïsme” poursuit-il. Tous les syndicats ont signé mais ils ne sont pas unanimes. Certains poussent le télétravail, d’autres non. De même au Medef, il y a des groupes qui s’opposent sur ces thèses.

une autre proposition de loi en 2009 … qui a heureusement capoté

“Un groupe de 50 parlementaires en 2009 avait produit un texte complètement fourre-tout sur le maintien de l’emploi et elle n’est jamais sortie du Sénat. Celle ci est enterrée et elle ne sortira plus car la nouvelle loi l’a devancée” avance Xavier de Mazenod.

juste un symbole pour rassurer …

exclamation-largeMais pourquoi faire une loi ? “Ça ne modifie rien par rapport à la situation, l’ANI suffisait” ajoute Xavier, “ça fait cependant sauter les fausses excuse et ça va rassurer tous les gens qui ont une culture du code du travail, c’est donc à prendre comme un ‘signe de l’Etat’,  un symbole ». Grâce à cela, on ne peut plus avoir deux types de salariés, ceux qui ont droit et ceux qui n’ont plus droit. “Dans les pays anglo-saxons ça s’est réglé par la jurisprudence, cela se serait passé ainsi également en France – de façon adulte – mais maintenant on a cette loi. Et puis ce qui est valable pour (certains employés) d’Orange n’est pas valable pour les ouvriers de PSA” commente Xavier de Mazenod.

Quel impact sur le développement du télétravail ?

“Aucun ! C’est juste un épisode amusant qui est révélateur de l’état d’esprit français, l’esprit des lois ! même si ce texte est moins grave que celui de 2009 qui précisait des détails juridiques et techniques et qui visait des employés non concernés par l’ANI”.

en conclusion : une autre forme de “travail en miettes”

En conclusion, beaucoup de bruit pour rien, mais ce qu’il faut retenir de cet épisode, outre le côté amusant du législateur façon “allumeur de réverbère” du Petit Prince, c’est que le mouvement qui est en marche est inéluctable, et que nous entrons bel et bien dans l’ère des “analystes symboliques” décrits il y a un peu moins de vingt ans par l’observateur irlandais Charles Handy. Quand je me repenche sur mes années à l’école, cela me remémore les ouvrages du sociologue Roger Friedmann, “le travail en miettes”, qui décrivait – à l’heure où la société était encore largement industrielle, un travail entièrement vidé de son sens par la taylorisation. Aujourd’hui, c’est en quelque sorte l’inverse, avec chaque employé qui devient sa propre entreprise, mais pour arriver à un résultat similaire, où l’émiettement des acteurs est flagrant. Ceux qui ont su ou sauront s’adapter en sortiront grandis, les autres subiront ces changements. Une nouvelle révolution industrielle se déroule sous nos yeux, à laquelle la loi ne peut rien.

09/8/10

le samedi 18 septembre : découvrez le télécentre de Zevillage à Boitron (61) lors d’un pique nique champêtre

Pour ceux d’entre vous qui étaient encore en congés et qui ont raté l’article Zevillage : un pionnier des télécentres ruraux fait sortir les Parisiens du périphéque une session de rattrapage à l’initiative de l’association elle-même a été organisée pour le Samedi 18 Septembre. Les personnes intéressées par l’expérience de Xavier de Mazenod pourront constater de visu ce qui y est décrit dans l’article. Le rendez-vous sera aussi l’occasion de partager un pique nique avec des gens sympathiques (note: je suppose qu’il faut amener son manger et son boire, ce n’est pas précisé).

Allez un petit effort …  l’Orne ce n’est pas si loin !

(note: message et image ci-dessous : Zevillage)

Venez fêter avec nous le télétravail lors d’un pique-nique (repas tiré du sac),

samedi 18 septembre 2010 à Boitron à partir de 12h00

Nous profiterons de cette réunion informelle pour découvrir le télécentre de Boitron, pour échanger sur nos pratiques du télétravail et du coworking, pour échanger à propos du Très haut débit rural, pour faire de nouvelles rencontres… et pour se détendre.

http://visionary.wordpress.com/2010/07/20/zevillage-un-pionnier-des-telecentres-ruraux-fait-sortir-les-parisiens-hors-du-peripherique/
07/20/10

Zevillage : réseau social du télétravail fait sortir les Parisiens hors du périphérique

Pourquoi pas les autres… ?
« Si je l’ai fait, pourquoi d’autres ne le feraient pas également ? » S’est dit Xavier de Mazenod, entrepreneur et consultant (cf. sa société adverbe). Ayant quitté en 2004 sa maison à Nanterre et la région parisienne tout court, il est allé s’installer avec sa famille à 20 km d’Alençon et 10 km de Sées (beaucoup de lecteurs doivent se demander où ça se trouve !), à la frontière du Perche et de la Normandie. Et il a créé Zevillage, un site communautaire devenu la référence pour ceux qui s’intéressent au travail à distance. Mais ce n’est pas tout !

À moins de 2 heures de Paris… Mais ça dépend du train

L’Orne finalement, ce n’est pas si loin de la capitale. Moins de 2 heures de Montparnasse, ce qui somme toute n’est pas bien pire que certains trajets entre deux points extrêmes de la très grande banlieue. Mazenod et sa famille ont trouvé une maison du XVIe siècle dans un petit village de cette région, Boitron. De toute façon, confie Xavier de Mazenod, « je ne vais pas souvent voir mes clients à Paris, et quand j’y vais, j’y reste pour la journée, notamment pour y donner des formations » précise-t-il. « La petite ligne de chemin de fer, tout le temps en panne » ne simplifie pas les choses, mais ce n’est pas un handicap selon l’entrepreneur.

Du 1.0 au 3.0 de l’usage de l’Internet

6 familles en 3 ans ont suivi les conseils de Xavier de Mazenod et sont venues s’installer dans son canton, grâce à l’aide et l’accueil du conseil général et notamment d’un de ses responsables « qui a pigé très vite » qu’un accueil meilleur et une politique favorable au haut débit rural serait bénéfique aux nouveaux arrivants et au canton lui-même : un site Web, une politique d’accueil et un encouragement au télétravail furent mis sur pied suite à cette rencontre. Et ce n’était pas gagné : « Dans la campagne en est encore à l’usage 1.0 de l’Internet » ajoute Mazenod, mais le premier résultat fut encourageant. Est venue la question suivante : « soit j’arrête » s’est-il dit « car tout cela est chronophage, soit je passe à la vitesse supérieure ». C’est cette dernière proposition qui fut retenue.

Passer à la vitesse supérieure

La vitesse supérieure, Xavier de Mazenod l’a passée en rencontrant Alain Lambert, président du conseil général et sénateur, mais aussi un « bon blogueur et bon twitterer ». Il a « tout de suite compris » même si le reste de l’intendance a suivi plus lentement, mais « il a su secouer ses troupes » ajoute Mazenod, montrant ainsi qu’avec un peu de volonté… Cette deuxième étape passait par un plan de financement de cette idée de télécentres ruraux. Il a donc travaillé avec la région et le conseil général, malgré les différentes couleurs politiques. La région s’est engagée sur le très haut débit dans toute la Basse-Normandie. Ceci n’est pas une mince affaire car en absence de fibres, il a fallu recourir à d’autres techniques, via le faisceau hertzien, une solution radio qui fournit en théorie 150 Mbs (non garantis) gérée par un opérateur alternatif (altitude).

Boitron 2.0

C’est ainsi qu’est né le projet du télécentre à Boitron, petit village où Mazenod et sa famille ont élu domicile. Le projet a démarré dès début janvier 2009 et il a fallu un an de travail pour le monter. 15 k€ ont été apportés par la mairie, 15 k€ par le conseil général pour la rénovation d’un bâtiment, plus de 60 k€ pour une deuxième phase avec un bâtiment haute qualité environnementale (HQE) dont on voit un plan crayonné ci-dessous, le tout dans une ancienne école qui va ainsi retrouver une seconde vie. Dans le pire des cas ajoute Xavier de Mazenod, le bâtiment aura été réhabilité, mais le pire des cas n’est pas envisagé ici, c’est l’avenir qu’on construit, et c’est beau un village qui revit.

Mais ce n’est pas tout, le bâtiment c’est bien, mais sans très haut débit, aucun travail n’est possible dans la campagne, ni même en ville. 60 k€ supplémentaires ont été investis pour la connectivité, avec un abonnement noyé dans cet investissement, ce qui fait diminuer les coûts variables et ramène le loyer à 100 € par mois pour 50 Mbs. Assez pour que le lieu puisse servir à organiser des formations, qu’il fasse office de bureau de passage, de lieu de séminaires (au vert bien sûr) et d’événements.

Côté recettes : location et abonnement

La location de la salle de réunion sera placée à 100 € par jour, mais ce n’est pas si simple pour les ruraux, explique Mazenod : « la facturation à l’acte n’est pas possible » car ce n’est pas contrôlable ». Il a donc été convenu d’un abonnement annuel avec un nombre de jours d’utilisation inclus dans cet abonnement.

« Nom@de100R » Keçako ?

Le projet a fait des petits. Et notamment un programme du conseil général intitulé « Nom@de100R » (le « 100R » étant censé représenter « center »), un espace pro pour le télétravail. Mais comme souvent en France, le marketing est là où le bât blesse. Trop de noms, parfois pas très habilement choisis, trop de projets, pas de cohésion, pas de normalisation et une myriade de projets dans tous les sens. La Cantine et les nombreuses autres initiatives à Paris, les centres professionnels de mairie (à Paris mais aussi ailleurs) et des projets périphériques autour de la Capitale avec le projet Actipole21 où sont impliqués des industriels comme Steelcase entre autres ; un projet prometteur selon Mazenod, « pas rural, pas bobo et pas dans les aéroports où tout est déjà prévu ». Un vrai projet où sont alliés physique et virtuel.

« télétravail, télécentre  : des noms incontournables »

Hors de ce maelström de projets, Zevillage poursuit son développement. Il a un atout pour lui : un nom marrant, évocateur et … une bonne communication (voir la couverture presse de Zevillage ici) qui ont même donné de la visibilité au projet sur TF1 et le Figaro (c’est là d’ailleurs que j’ai repéré Xavier avant de l’interpeller via Twitter). Car il faut aller de l’avant ; pragmatique, Mazenod nous rappelle l’évidence, trop souvent oubliée : « télétravail, télécentre » sont des noms qui ne sont pas beaux mais qui sont incontournables » ajoute-t-il, inutile de créer un nouveau concept, et Dieu sait qu’il en existe ! Le futur pour Zevillage est de trouver des partenaires, de professionnaliser son site Web et le « faire monter d’un cran ». D’autres télécentres sur le modèle de Boitron vont s’ouvrir : 1 dans l’Orne en 2011, 1 autre en 2011 ou 2012 dans l’Orne également. En deux ans on en aura 10 ajoute Mazenod. 5 candidatures et 1 opérateur privé (entre Falaise et Argentan) se sont déjà manifestés.

Celui qui va imposer la norme va gagner

Pas certain qu’une logique de labellisation soit adaptée à la consolidation de ce foisonnement d’initiatives, Mazenod nous précisant en effet que « personne n’est habilité à le faire ». Il croit par contre à un « cahier des charges minimum qui aboutisse à la création d’un standard de facto » ; le rural et l’urbain sont tous les 2 concernés selon lui. les défis en région sont cependant nombreux : une tentative d’implantation d’un nouveau télécentre en Ariège s’est soldée par l’arrachage du Wifi par les Robins des Toits selon Xavier de Mazenod (NDLR : je n’ai pu vérifier cette information). La cohabitation entre ruraux, néo ruraux hippies et modernes urbains retournant à la nature n’est pas et ne sera pas sans générer des frictions importantes.

« Celui qui va imposer la norme va gagner » ajoute Mazenod, mais il ne faudra pas de projets en sous-main ajoute-t-il. Soit une société impose ouvertement ce standard, soit il s’agira d’un agrégat d’acteurs neutres et divers. On peut prédire qu’une bataille entre les standards descendants et la norme de facto va probablement faire rage dans le futur développement des télécentres. Gageons que, comme souvent, ce sera le meilleur acteur économique qui imposera la norme. Des acteurs internationaux déjà fort développés d’ailleurs ne sont pas en reste (Regus, e-office), même s’ils ne s’intéressent pas à Boitron en priorité, ils font évoluer leurs concepts.

La période des 10 ans qui viennent risque d’être riche en rebondissements et en développements pour les télécentres et le télétravail, et pas seulement à Boitron. À suivre …