5 révolutions des télécoms et de la communication unifiée

Les télécoms sont en pleine ébullition, et le marché évolue tous azimuts. Nous assistons en effet à l’aboutissement de concepts que j’ai vu naître à la fin des années 90 quand j’ai rejoint ce secteur. On y parlait déjà à l’époque des communications unifiées : c’est-à-dire la possibilité de rassembler toutes les communications au travers de divers canaux (téléphone-mobile-ordinateur, pager à l’époque etc.) et d’unifier les messages. Mais c’était bien trop tôt à l’époque. Il fallait attendre en effet que les utilisateurs évoluent dans leurs comportements et qu’ils se soient habitués complètement aux nouveaux outils qu’étaient Internet et le mobile. Le Smartphone, né quelques années plus tard (les premiers PDA connectés Qtek sont arrivés sur le marché en 2002) et réinventé par Apple en 2007 ont permis de faire adhérer les utilisateurs à ce principe de convergence, car ces appareils alliaient déjà Internet et téléphonie, et tout cela en mobilité. 15 ans plus tard, le concept mûrit et les télécoms vivent une véritable révolution. Dans cette interview, Erwan Salmon (photo), directeur général d’Avaya France, nous décrit les 5 révolutions des télécoms autour de la convergence.

Première tendance des télécoms : l’entreprise devient mobile 

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Ce critère a une importance croissante, variable en fonction du type d’entreprise et de sa localisation. Si l’on prend les forces commerciales ou même les fonctions support (qui sont proches du client), on s’aperçoit qu’elles sont équipées en mobilité. Les estimations se situent entre 60  à 80% des employés ayant ce type de profil, et qui aujourd’hui basculent de façon massive dans la mobilité. Il y a cependant encore un grand décalage avec les pays du nord de l’Europe et les Etats-Unis et on s’aperçoit que malheureusement l’Europe du Sud (dont la France fait partie dans la terminologie anglo-saxonne, NDLR) est moins propice au changement que les pays anglo-saxons. C’est culturel, et il y a toujours un petit décalage de quelques années (environ 4 ou 5 ans) entre la France et les pays anglo-saxons.

Ce monde qui devient mobile induit une transformation des comportements, car les applications que vous aviez avant sur votre poste de travail se retrouvent sur votre Smartphone, votre tablette et de ce fait les entreprises doivent réadapter la façon de développer leur logiciel et d’organiser le travailler, puisque cela a de fortes répercussions en termes de sécurité, de mobilité et d’ergonomie (vous n’avez pas le même espace sur un smartphone que sur un PC).

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Télécoms : cela a pris près de 20 ans, le mobile aura bientôt eu raison des bons vieux téléphones

Deuxième tendance des télécoms : le bon vieux téléphone en voie d’extinction

On s’aperçoit qu’il y a une lente érosion des ventes de téléphone. On se pose désormais la question de l’utilité puisque la plus part des employés sont équipés de smartphones et utilisent leur PC comme terminal de communication, avec des logiciels de communication aux fonctionnalités avancées. Il y a des réflexions profondes à avoir sur l’utilité du téléphone : il y a encore des personnes qui utilisent le téléphone, mais les nouvelles générations ne seront pas beaucoup perturbées sans téléphone. C’est un changement qu’on voit au niveau mondial : la vente de téléphone hardware est en diminution constante depuis quelques années. La répartition de notre chiffre d’affaire dans ce segment a baissé puisque nous faisions en 2010, près de 50% de chiffre d’affaires en hardware, contre 28% en 2015. Il y a un basculement important de la partie logiciel au détriment de la partie hardware : cela provient du fait que nos solutions aujourd’hui sont complètement virtualisées.

« Nous faisons 28% de notre CA en Hardware en 2015, contre 50% en 2010 »

Erwan Salmon Lire la suite

5 révolutions des télécoms et de la communication unifiée was last modified: mars 3rd, 2016 by Yann Gourvennec

Télécoms, IT et ubérisation et de l’informatique : mythe ou réalité ?

Le jeudi 4 février aura lieu le 18 diner du CDRT (Club des dirigeants réseaux et télécoms). Ce dîner, qui se tiendra au Restaurant de l’Assemblée Nationale (101 rue de l’Université), aura pour thème « Ubérisation : mythe ou réalité ? (avec un focus sur les télécoms et l’informatique) ». Je plancherai à ce dîner aux côtés d’un ex collègue d’Orange. La préparation de cette conférence m’a fait réfléchir, voici donc l’état de ces réflexions, qui guidera ma présentation du 4 février. 

Ubérisation, qu’est-ce que ça veut dire ? est-ce un vrai sujet ?

Pubérisation : l'arrivée des barbaresremièrement, le terme d’ubérisation et sa véritable signification. Et peut-être aussi une certaine exagération, propre à faire peur à tout le monde (c’est une manière de faire du business, même si ce n’est pas la bonne à mon humble avis). D’abord, une caractéristique commune à toutes les nouvelles ruptures de l’Internet depuis leurs débuts (Amazon et eBay qui ne connaissaient pas la TVA en 95 par exemple. Ou cet entrepreneur du Web qui en 96 au Royaume-Uni avait cybersquatté le nom de domaine de la BBC). Le but est de jouer avec la loi et ses lacunes (« loopholes« en anglais) et d’en tirer un avantage concurrentiel puis de rafler la mise (la fameuse loi de zipf).

Mais dans les télécoms, la rupture vient aussi et surtout de trublions plus établis qu’Uber (giff gaff au Royaume-Uni, mais aussi le Free de Xavier Niel qui est plus proche d’EasyJet que de la démarche d’Uber). Derrière ce débat de l’ubérisation il y a aussi et surtout l’évocation de la fin du travail, telle que décrite par Bernard Stiegler dans son ouvrage (« l’emploi est mort, vive le travail »). Un débat qui trouve un fort écho aux États-Unis sous le nom de « l’économie des cachetons » (ou GIG  economy) et qui alimente tout le débat de la présidentielle outre Atlantique. Sur ce point, beaucoup d’informations contradictoires et de thèses qui s’affrontent : d’une part le digital comme créateur d’emploi et sauveurs de l’économie. D’autre part, le digital comme destructeur d’emploi. La réalité est en fait double, le digital est un « pharmakon » a écrit Bernard Stiegler (à la fois une maladie et son remède).

Informatique et télécoms, sommes nous sur les mêmes sujets ?  l’IT n’a-t-elle pas déjà été « ubérisée » à la fin des années 90 ?

unisys et les télécomsVoilà deux secteurs qu’on met dans le même sac et qui sont pourtant très éloignés. Leur vocabulaire est différent, leurs philosophies sont  différentes, leurs histoires aussi. L’IT est à mon avis le premier secteur à s’être fait numériser par les « barbares » des années 90, qui nous ont amené l’informatique distribuée et Unix. Unisys, où je travaillais entre 88 et 97 est passé de 120 000 à 30 000 employés sur cette période (10 000 à peu près aujourd’hui). Cela fait -75 % de personnel tout de même. Et je ne parle pas de tous les informaticiens comme Control data, DEC etc. qui ont purement et simplement disparu.

À part cela, les télécoms ont toujours un problème avec Internet. Le modèle premium et le modèle au forfait leur a toujours semblé irrationnel. Tout cela sur fond de réglementation (l’informatique n’est pas une profession réglementée et ça change tout), les perspectives d’avenir sont donc très différentes pour ces deux secteurs. L’avenir s’annonce incertain tout en s’annonçant passionnant car l’incertitude est mère d’innovation en cela qu’elle oblige les entreprises à se sortir du train-train quotidien.

N’hésitez pas à vous inscrire cette conférence qui aura lieu au restaurant de l’Assemblée Nationale. Voilà qui est très haut de gamme.

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Nous vous invitons à inscrire d’ores et déjà dans vos agendas, la date de notre prochain dîner CDRT au Restaurant de l’Assemblée Nationale sur le thème :

Ubérisation : Mythe ou Réalité ? (avec un focus sur les télécoms et l’informatique )

 » L’ubérisation néologisme issu du rapprochement du nom de la société Uber avec le suffixe –isation peut se définir comme « le changement rapide des rapports de force grâce au numérique » Lire la suite

Télécoms, IT et ubérisation et de l’informatique : mythe ou réalité ? was last modified: janvier 18th, 2016 by Yann Gourvennec

Convergence : quand l’innovation technologique transforme l’entreprise

Notre sélection de ce matin est …

Cette histoire de la convergence publiée sur le blog de SFR Business Team* que j’ai écrite en début d’année et que je redécouvre avec son infographie (ci-dessous). La convergence est sans doute un des phénomènes les plus intéressants dans le panel de l’innovation de ces dernières années. La fusion entre les réseaux et l’informatique a en effet ouvert des possibilités quasi infinies pour les entreprises du 21ème siècle. Il serait impensable de retourner ne serait-ce que 10 ans en arrière, et j’imagine ce qu’aurait été la création de ma société en 2003, ou encore pire, avant 2000, c’est-à-dire, sans possibilité d’être joint par téléphone à n’importe quel moment. Ceci alors que l’iPad pro vient d’être lancé (voir la vidéo facétieuse mais très réussie du Wall Street Journal ici), on se doute qu’il y a encore quelques progrès à faire pour que les machines mobiles permettent de se débarrasser complètement des ordinateurs de bureau. Mais nous nous en approchons. Une convergence de plus, qui verra certainement sont aboutissement dans les 5 ans qui viennent.

* transparence, SFR Business Team est un de mes clients

La convergence inventée par George du Maurier (ou Robida c'est selon)
La convergence inventée par George du Maurier (ou Robida c’est selon)

C’est sans doute la combinaison réseau-informatique que je trouve la plus renversante. Avec très peu de moyens, un entrepreneur peut transformer son entreprise en “grande entreprise”. En fait, je me fais souvent la remarque que mon équipement et celui de mes jeunes employés est amplement meilleur que celui dont je bénéficiais dans le cadre d’une grande société (et encore, nous étions gâtés par rapport à beaucoup). Une telle constatation aurait été impossible il y a quelques années à peine, et en comparant avec ce que j’ai connu il y a encore peu, je suis tous les jours émerveillé par les progrès faits dans ce domaine. Et encore, je pense que nous n’avons rien vu.

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Dans cet article, j’ai voulu revenir sur les origines de la convergence, sur ses premiers penseurs, sur les inventions qui ont permis d’en arriver là, les essais, les erreurs, mais aussi les visions incroyablement justes et avancées de professionnels capables de penser le cloud computing, les tablettes, les Smartphones  à un moment où rien n’existait.

En cherchant encore ce matin j’ai découvert que Robida (que je cite dans l’infographie ci-dessous) n’était pas seul dans la vision du futur de ce qu’on appellerait un jour la télévision (et cela est intéressant aussi que les premières ébauches de cette invention faisaient jouer un rôle au téléphone dans sa transmission). George du Maurier, un dessinateur franco britannique né à Paris, a à peu près à la même époque dessiné un appareil similaire, qu’il a intitulé le “téléphonoscope d’Edison” même si le savant américain n’a jamais construit cet appareil.

L’innovation est surprenante, nous vivons dans un temps court qui nous fait croire que notre époque, certes merveilleuse pour ses innovations, a tout inventé, mais qui oublie de dire que ce que nous vivons et utilisons aujourd’hui est ce que les savants et les inventeurs d’hier ont rêvé. Et parfois même plus que rêvé. Qui se souvient par exemple du Théatrophone, ce service commercial et opérationnel du début du 20ème siècle, une sorte de Deezer de l’époque Art nouveau, qui permettait à Marcel Proust, à la santé fragile, d’écouter des opéras entiers.

Tout cela peut paraître surréaliste et pourtant, aujourd’hui encore il est des gens pour se demander ce qu’est la convergence et à quoi ça sert. Ce rappel historiographique me semblait important à faire.

L’entreprise réinventée par la convergence des communications

Si la convergence des domaines réseaux et télécoms et informatiques n’est pas tout de suite apparue comme une évidence, elle s’est néanmoins imposée ces dernières années comme une des évolutions technologiques incontournables qui a bouleversé – et qui va bouleverser encore longtemps ! – le monde de l’entreprise.

Qu’est-ce que la convergence ? La convergence est un terme – souvent employé dans le domaine des télécommunications – qui concerne la fusion des domaines réseaux, télécoms et informatiques, au point de « donner naissance à un environnement réseau et ordinateur/terminal sans couture, servant l’utilisateur de bout en bout »*  En d’autres termes, il s’agit de la fusion du monde de l’informatique et des télécommunications.  Elle permet un grand nombre d’avancées dans diverses directions : télécommunications sans couture, accès à l’information en mobilité , archivage et sauvegarde de cette information, « virtualisation » des terminaux au travers de la dissociation de la donnée et du terminal. Difficile de rendre cette liste exhaustive car le principe même de convergence impose l’association d’une quantité de technologies de façon pragmatique et évolutive.

De la communication unifiée à la convergence, des décennies de tâtonnement Depuis le milieu des années 90, les nombreuses tentatives de convergence se sont traduites par divers essais dans des directions parfois fort différentes. On a d’abord parlé de « communications unifiées » dans les années 90, puis de convergence fixe-mobile dans les années 2000. Mais au fur et à mesure de l’adoption massive des avancées technologiques (XDSL, Voix et téléphonie sur IP, visioconférence et Webconférence sur IP, Triple play, Peer to Peer et plus récemment le cloud computing et archivage et stockagesynchronisé sur le cloud), ce qui n’était qu’une idée, est peu à peu devenue une réalité frappante de notre environnement.

A tel point qu’il nous serait sans doute difficile de faire un retour de 20 ans en arrière : vers un monde fermé, doté de difficultés à communiquer rapidement, sans la possibilité d’ appeler ses clients en dehors du bureau et sans accès aux données à l’extérieur  de l’entreprise…

Source : L’entreprise réinventée par la convergence des communications

Convergence : quand l’innovation technologique transforme l’entreprise was last modified: novembre 12th, 2015 by Yann Gourvennec

les télécoms acteurs et victimes de la transformation digitale ?

Ma lecture du jour … m’a emmené du côté de cet article de Guillaume Villon de Benveniste qui est l’auteur d’un excellent blog sur l’innovation où il interviewe divers acteurs des nouveaux marchés et se livre à des analyses intéressantes sur certains secteurs comme ici celui des télécoms, à l’aube , je le cite, d’une « troisième révolution industrielle ». Cette analyse m’a intéressé et interpelé au premier plan.

Cette révolution industrielle est en fait déjà une réalité avec, en son cœur, un paradoxe assez étrange, fort bien souligné par Guillaume dans son article. Sans télécoms pas d’Internet, sans mobiles et sans 3G/4G/4G+ etc. pas d’Internet mobile et enfin, sans innovation  permanente, pas de satisfaction clients, car ceux-ci en veulent toujours plus et plus longtemps. Avec l’autre pendant de ce paradoxe de la transformation digitale qui voudrait que ce soient  les Telecoms qui paient et les OTT (les services « over the top » c’est à dire littéralement qui viennent au-dessus du réseau) qui sont responsables des effondrements de marge et donc des difficultés actuelles des opérateurs en Europe (aux Amériques, les prix et les marges sont confortables, comptez environ 150$ pour un accès fibre à faible débit au Canada et environ 60 à 75$ pour un forfait mobile).

Et s’il y avait une autre lecture ?

les télécoms acteus et victimes de la transformation digitale ?

Le data center ultra moderne d’Orange en Normandie (photo visionarymarketing.com) : les Telecoms investissent dans les réseaux, la transformation digitale et les over the top récoltent … Mais est-ce si simple ?

OTT et transformation digitale

Pour les béotiens, les OTT sont les services comme Google Hangout, Skype, WhatsApp, Viber etc. et les nombreux services Internet qui viennent vendre de la valeur ajoutée (avec aujourd’hui Netflix et tous ses camarades américains non encore arrivés ici) sur les réseaux opérés par les opérateurs. En d’autre termes, l’argent changerait de main et ces services OTT vampiriseraient les revenus tout en aspirant des volumes de plus en plus significatifs de la bande passante car ils sont très gourmands. Il suffit de voir les débats incessants sur le supposé blocage de la bande passante de YouTube par les opérateurs. Sans parler des menaces, réelles ou supposées, sur la neutralité du Net et de l’Internet à deux vitesses. Pourtant, la plus grande menace ces dernières années est venue non des géants du Web mais de l’intérieur, en 2012. La révolution industrielle que va vivre les télécoms dans les quelques années qui viennent sera bel et bien industrielle et aura pour enjeu d’une part les coûts internes et d’autre part la taille et le poids internationaux. Affaire à suivre …

trafic mobile des OTT - transformation digitale
La vidéo se déplace – même si ce n’est qu’un début – vers l’Internet. Une opportunité de revenus pour les opérateurs, mais aussi un coût (source : Ericsson en Juin 2013). Ici, il ne s’agit que du mobile, mais le même phénomène est observable sur le fixe

Comment préparer l’Europe à la troisième révolution industrielle ? 

Comment créer les conditions pour que les économies européennes puissent tirer pleinement partie de la troisième révolution industrielle, au moment où les Etats-Unis confortent leur prééminence économique et que l’économie chinoise s’affirme davantage ? Quels rôles les opérateurs télécoms peuvent-ils jouer dans la troisième révolution industrielle ?

I/ Les opérateurs télécoms sont dans une situation paradoxale

Les mutations industrielles profondes, liées notamment à l’avènement de la troisième révolution industrielle, vont créer une forte demande pour une réseau télécom d’une qualité optimale. Par conséquent, les acteurs de réseaux télécoms devraient être davantage valorisés, à

via Industrie et infrastructure | The Innovation and Strategy Blog

les télécoms acteurs et victimes de la transformation digitale ? was last modified: mai 11th, 2015 by Yann Gourvennec