à quoi servent (vraiment) les applications mobiles – petit déjeuner Skema (1/2)

imageLa semaine dernière, le club Solomo de Skema Business School (contacter Quentin ici) a organisé sa première réunion publique (thème : « Le mobile et les réseaux sociaux : quels outils, pour quels usages ? ») – devant un auditoire d’environ 40 personnes, rue du faubourg Saint-Honoré – qui est peut-être le point médian entre Paris et Nice, à condition de faire un effort d’imagination. Les participants ont eu droit à 3 présentations lors de cette conférence : d’une part Bruno Vercelli de Sentinelo, Président des anciens élèves de Skema, a parlé des applications mobiles ; Antoine Spadoni, fondateur de socialshaker, a ensuite dressé un panorama complet des médias sociaux, chiffres à l’appui, et enfin, je me suis livré un exercice de stratégie associée à la marque, avec la nouvelle version (française) entièrement revue de ma présentation « médias sociaux : quels outils pour quels messages ? ». Voici les points qu’il fallait retenir de cette conférence, en 2 parties, en commençant par la présentation de Bruno :

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[Antoine Spadoni (à gauche) et Bruno Vercelli (au fond à droite derrière la foule)]

Bruno Vercelli : état des lieux des applications mobiles

Bruno a commencé sa présentation en expliquant l’état des lieux du paysage mobile: il ne s’agit pas d’un épiphénomène : 20 millions de Smartphones existent en 2012, 40 millions seront disponibles en 2014, en France uniquement. Ce n’est plus non plus un phénomène de geeks et de jeunes, car la barre des 50 % de possesseurs de Smartphones a été franchie. Il y a, selon Bruno, un parallèle à faire entre applis mobiles et début du Web. « Au début, il fallait avoir une application parce que c’était à la mode, mais c’est devenu cher, et il fallait savoir également ce qu’on voulait en faire ! ».

Avant toute chose, il faut noter que les applis mobiles ne sont pas que pour les Pure Players a précisé Bruno dans son introduction. Les entreprises à forte notoriété les utilisent aussi pour fidéliser, également pour le multicanal, ainsi que pour localiser leurs magasins.

Les market stores : un problème d’œuf et de poule

Il n’est cependant pas toujours facile de se faire entendre sur ce marché dominé par deux acteurs (IOS d’Apple et Android de Google). L’arrivée des nouveaux entrants (BB10 et Windows Phone 8) pourrait ainsi changer la donne, sans compter les systèmes d’exploitation libres comme Firefox et Tizen qui sont soutenus par les opérateurs**. Mais en attendant, il faudra faire avec ces acteurs dominants… et probablement un troisième, Amazon, qui veut aussi sa part du gâteau.

** voir ici l’annonce récente de Telefonica, au Mobile World Congress

Le problème de base, pour le développeur d’application, c’est la notoriété : « comment être au top du référencement dans un market store qui contient plus de 800,000 applications ?  Le référencement naturel par mots-clés est restreint » a-t-il prévenu « et le référencement payant n’est pas possible ». « Le seul critère est le nombre de téléchargements » a-t-il poursuivi, ce qui finalement crée un joli cercle vicieux : si pour être beaucoup téléchargé, il faut être vu, et qu’on n’est vu que lorsqu’on a été beaucoup téléchargé, la boucle est bouclée.

D’ailleurs, les statistiques ne sont guère encourageantes. La durée de vie sur l’écran d’accueil (le « Springboard » dans le jargon, voir celui de l’iPhone à gauche) d’un utilisateur est de 3 mois (sans pour autant avoir été utilisée), et 93 % des applications ne sont utilisées qu’une seule fois conclue Bruno Vercelli.

Revenir aux fondamentaux du commerce

C’est là qu’il faut revenir aux fondamentaux : 73 % des recherches Web (pas seulement mobiles) sont locales (horaires, recherche de magasins etc.) indique Bruno (photo) et « 92 % du CA global du commerce en France est réalisé dans les magasins physiques, ceci malgré l’augmentation du commerce en ligne ».

C’est donc de cela qu’il faut s’occuper, en se dévouant au ROBO (« research online, buy offline » : recherche en ligne, achat en magasin) car « 70 % des chercheurs d’information sur le Web finissent par acheter en magasin ». BUT a même trouvé qu’un utilisateur pouvait aller chercher de l’information 8 à 10 fois avant de passer à l’acte, et c’est pour cela qu’ils ont décidé de se lancer dans le show-rooming, un nouveau concept où on accueille le client en magasin, avec un stock restreint, et où la commande se fait depuis le lieu d’achat, en ligne avec un conseiller, qui livre le client à domicile.

Pour ceux qui douteraient encore de l’importance de l’expérience client, Amazon vient de leur envoyer un message fort. Et pour en rajouter un peu, Le Monde de dimanche/lundi du 1er avril a décrit la crise actuelle du e-commerce qui a subit la crise de plein fouet, en même temps qu’il se développe (un paradoxe compréhensible car si le gâteau grandit, le nombre de bouches à nourrir aussi).

3 options

Comment donc les applications mobiles peuvent-elles soutenir les commerçants ? Il existe 3 façons de faire selon Bruno Vercelli :

  1. Le « Web to store » : c’est donner le choix aux clients d’aller chercher le produit en magasin (livraison en boutique, store locator, stocks en temps réel …) ;
  2. Le Couponing : « cela marche bien, mais s’adresse surtout aux chasseurs de promotions » selon Bruno ;
  3. Le « mobile to store » : dans ce cas, c’est l’application mobile qui a pour but de ramener le client dans le magasin, comme dans le cas de Sentinelo, dont Bruno est un des cofondateurs (voir ici une présentation d’une de ses présentations antérieures).

La conclusion, c’est que la tendance du commerce de demain, c’est la convergence, et non l’opposition entre commerçants en ligne et physiques (voir aussi ses autres exemples dans une présentation que j’ai faite récemment).

La suite avec la présentation d’Antoine Spadoni, sur l’état des lieux des médias sociaux (et la mienne) dans un article à paraître incessamment …

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à propos de l’événement Skema (par le bureau de Skema)

SKEMA Alumni a eu le plaisir d’accueillir près de quarante diplômés au petit-déjeuner/conférence du Club SOLOMO (Social Local Mobile) du 26 mars sur le thème : « Le mobile et les réseaux sociaux : quels outils, pour quels usages ? »

Le club SOLOMO a pour objet de réunir, d’échanger et de partager autour des nouvelles technologies, de la mobilité et des réseaux sociaux.

Communiquer via le mobile et les réseaux sociaux, pour quelle stratégie de communication opter et pour qui ? Quels outils choisir, pour quels messages ? Quel retour sur investissement est généré par ces nouveaux moyens de communication ?

  • Bruno VERCELLI (Vice-Président et Cofondateur de SENTINELO) a exposé l’importance du mobile dans notre société actuelle et l’intérêt de développer une application de géolocalisation des produits/services d’une entreprise. Ce concept répond à une attente du consommateur dont le comportement est d’acheter en magasin après une recherche online, appelé aussi « phénomène ROBO (Research Online Buy Offline) » ;
  • Antoine SPADONI (Fondateur et Dirigeant SocialShaker) a mis en évidence le panorama de réseaux sociaux à disposition des entreprises et a présenté les différents bénéfices des réseaux sociaux tels que Facebook, Twitter, Google+,… ;
  • Yann GOURVENNEC (Président et co-fondateur de Media Aces, créateur de Visionarymarketing.com) est quant à lui intervenu sur le choix stratégique et le retour sur investissement de ces outils qui dépendent avant tout, du message souhaité et de la cible visée. Yann anime un blog et est également le co-auteur des livres « Les médias sociaux expliqués à mon boss » et « La communication digitale expliquée à mon boss » (ce dernier sort en juin 2013).

Les anciens de Skema Business School qui sont intéressés par les conférences du club Solomo sont priés de contacter Quentin Fontvielle directement.

à quoi servent (vraiment) les applications mobiles – petit déjeuner Skema (1/2) was last modified: mai 20th, 2015 by Yann Gourvennec

Ces Norvégiens qui BOOSTent la publicité mobile – #mwc13

innovationAu troisième jour de ma visite au Mobile World Congress de Barcelone, je me suis arrêté sur le stand de Boost Communications de façon à discuter avec des innovateurs de la première heure dans le marché du marketing mobile. Il est vrai que la publicité sur mobile est devenu le point focal de l’attention de beaucoup de marketeurs. Pourtant, on ne peut pas dire que nous avons été gâtés par les innovations dans ce domaine jusqu’ici. Tout ce que nous avons vu à ce jour sont de simples bannières vaguement adaptées aux écrans mobiles qui détournent l’attention des clients et les laissent partir une fois qu’ils ont cliqué dessus. Pourtant, de nouveaux modèles sont possibles et des outils existent, à l’instar de ce que fait Boost Communications, une entreprise norvégienne dont l’expansion sur le marché britannique est en cours. Voici mon rapport de mon entretien avec un des fondateurs de la société, Øystein Skiri (photo)

Oystein R. Skiri, CEO and co-founder of Boost Communications

le marketing mobile depuis … 2000 !

Boost Communications a été fondée il y a 13 ans et ses deux cofondateurs ont démarré tout de suite leur travail sur les mobiles, ce qui était très visionnaire. Leur idée était que « [ceux-ci] pouvaient utiliser ces appareils pour faire plus que passer des appels ». Ils ont été parmi les pionniers des solutions comme les SMS et les MMS dès 1999. Un contexte dont je me souviens très bien puisque j’étais également dans ce métier à l’époque. Aujourd’hui, « le monde a évolué vers le paysage des médias Paid/Earned/Owned, mais beaucoup de principes qui ont été édictés en cette période sont encore valides », a dit Øystein Skiri. « On peut en effet augmenter le taux de clic à l’intérieur des publicités et du marketing direct au travers de l’utilisation d’informations pertinentes, et du marketing de la permission » et, pour le dire franchement, au prix d’un meilleur respect des utilisateurs. Ceci est exactement ce sur quoi les fondateurs de Boost Communications ont commencé à travailler dès la fin des années 90.

Comme me le montre Øystein Skiri sur la photo ci-dessous, l’entreprise a commencé très tôt avec l’idée que les clients devaient donner leur consentement à propos des types d’informations qu’ils voulaient recevoir, avec quel degré de fréquence et quelle pertinence par rapport à leurs centres d’intérêt.

Permission Marketing, the 2001 way

[un des pionniers du marketing de la permission marketing – Skiri pointe du doigt un formulaire marketing orienté sur la permission client datant de 2001 ; Seth Godin peut être fier]

le démarchage marketing pas près de disparaître

Pourtant, même avec plus de respect du client, « la prospection marketing est loin de disparaître » pour reprendre les mots du fondateur de Boost. Le marketing doit évoluer, notamment sur le mobile où les taux de clics sur les bannières sont très inférieurs aux attentes du fait de l’usage abusif des bannières mobiles interruptives. « La consommation mobile a évolué » a ajouté Skiri : « Maintenant que tout le monde utilise des smartphones et des tablettes, et que nous pouvons faire du display sur ces appareils, du rich média et de la publicité les vidéos. Le problème est qu’avec ces bannières, quand l’utilisateur clique il est amené à quitter la page où il se trouve ; nous avons donc créé un mécanisme à l’intérieur de la bannière de façon à ce que celle-ci continue à capter l’attention du client. »

C’est particulièrement le sens dans lequel Boost Communications a innové en créant de nouvelles formes de bannières d’affichage différentes. « Les bannières de display ne marchent pas véritablement aujourd’hui. La publicité sur mobile a besoin de monter d’un cran au travers de la compréhension, de l’interprétation du contexte de lecture, de la localisation et de la compréhension des usages d’un client » Oystein Skiri a-t-il précisé.

Voici ce que j’ai vu en termes d’innovation dans le domaine de la bannière sur mobile sur le stand de Boost :

  • tout d’abord, un nouveau type de bannières qui tournent sur elles-mêmes. Au travers de cette « publicité tournante « le taux de clic peut être multiplié par sept » a déclaré Skiri. Bien sûr, la bannière réelle peut être plus petite que celle qui est affichée sur cette photo

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[des bannières mobiles qui font tourner les taux de clic 7 fois !]

  • les deux exemples suivants sont des bannières interactives dans lesquelles les utilisateurs ne quittent pas l’écran mais interagissent à l’intérieur de la bannière directement, soit pour faire un jeu de grattage soit pour tirer un penalty sur l’écran. Bien que je n’aie pas pu obtenir de chiffres quant à l’augmentation des taux de clics avec ce genre de bannières, on peut imaginer aisément que les utilisateurs peuvent rester jouer sur leur écran de mobile plutôt que de quitter la page

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[un jeu à gratter dans une bannière mobile qui capte l’attention de l’utilisateur]

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[des bannières interactives qui permettent même de tirer (et de marquer) un pénalty !]

  • Boost Communications est aussi à l’origine de l’application madmaker, un service logiciel en self-service pour produire des bannières et des pages d’atterrissage, principalement destiné aux petites et moyennes entreprises. L’application peut être utilisée telle quelle ou sous marque blanche. Les publicitaires et les agences adorent cette fonctionnalité et des clients finals du B2B peuvent également utiliser le logiciel directement. Cette technologie est très facile à mettre en œuvre, elle produit des pages d’atterrissage sur mobile en formats responsive design qui sont disponibles pour tous les types d’écrans. Un partenariat avec le Google Ad network sera disponible à court terme ajouta Skiri.

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[écran de madmaker : un outil pour fabriquer soi-même ses campagnes marketing mobiles]

Boost Communications emploie 55 personnes et est basée à Oslo, Trondheim, Londres, Dubai et Johannesburg. Elle fut fondée avec des capitaux norvégiens, et l’année dernière, elle are reçu un financement supplémentaire de 25 millions de couronnes norvégiennes. Leur objectif est désormais d’attirer l’attention de nouveaux projets, dans d’autres pays et notamment sur les marchés en forte croissance.

Ces Norvégiens qui BOOSTent la publicité mobile – #mwc13 was last modified: mars 5th, 2013 by Yann Gourvennec

innovations pour le marketing de demain – le Web social en 10 questions (9-10)

innovationSuite et fin de la version intégrale de l’interview que je donnais dans le n° spécial de Marketing Magazine intitulé “Marketing [R]évolution” et qui préfigure ce que sera notre futur ouvrage Le Marketing Digital Expliqué à Mon Boss qui sortira mi 2013 aux éditions Kawa. Voici l’intégralité des 10 questions qui m’ont été posées, en 10 épisodes. Il faudra taper http://bit.ly/wsocial10 pour rassembler tous les articles.

9. Quelles nouvelles technologies au service du marketing de demain ?

Je ne parlerai pas du cloud computing qui entre désormais dans une phase de maturité.

adobe-pdfPar contre j’évoquerai les « big data » avec ce nouveau buzzword inventé par les pros de l’informatique. Le marché du numérique fonctionne à coups de prophéties auto-proclamées et donc il faut être très à l’écoute, car de nombreuses innovations vont naître de ce bouillonnement d’innovation. Cependant, beaucoup trop de marketeurs ignorent encore les données existantes de leurs bases actuelles pour passer à l’étape suivante. Nous avons vécu des périodes similaires dans les années 90 avec le datamining qui devait révolutionner la banque, ce qui n’est pas arrivé. Toutefois, les professionnels du business intelligence (BI) comme SAP, ex Business Objects par exemple ont déjà mis en œuvre ces logiques de manipulations de données en temps réel avec la grande distribution afin d’améliorer leur marketing et le merchandising dans leurs rayons. Ce genre de démarches s’applique aux secteurs murs (comme celui de la distribution), qui traitent beaucoup de données et qui sont capables de réagir en quasi temps réel sur le lieu de travail.

Enfin il y a les technologies d’impression en 3D qui sont en passe d’arriver dans le grand public. J’ai déjà décrit sur mon blog des expériences artistiques réalisées avec ces techniques qui sont moins nouvelles qu’on croit mais qui amorcent désormais leur phase industrielle[1]. Avec ces nouvelles technologies, les usages sont à inventer, mais imaginez dans le marketing B2B la possibilité d’imprimer des maquettes en 3D et dans le marketing grand public, l’éventualité de faire toucher des prototypes sur des populations de clients tests. Les possibilités sont infinies, ce monde nouveau est à inventer !

10.  Entre-t-on dans l’ère des robots ?

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Fiat lux!

A regarder nos chaînes de production, il faut croire que l’ère des robots remonte déjà à de nombreuses années. Je me souviens avoir visité à Amiens, un atelier de stockage automatisé de l’usine Whirlpool (Philips à l’époque), entièrement automatisé et autonome. C’était il y a 27 ans ! Paradoxalement, dans les domaines de l’informatique et de la maîtrise d’ouvrage, les besoins en humains sont toujours aussi grands. Certes, une bonne partie des développements informatiques se font en offshore, en Inde et en Roumanie notamment. Mais le marché n’a jamais été autant en quête de talents, que ce soit pour le marketing des TIC (mon domaine), ou celui de la maîtrise d’œuvre. Au plugandplaytechcenter de Sunnyvale en Californie, dans les ascenseurs, on trouve des affiches : « Wanted, PHP developer, $ 100,000 » ! Et les meilleurs peuvent même toucher jusque 200.000 $.

Tout ceci est assez paradoxal, l’automatisation des tâches a chassé le Taylorisme des usines, mais la valeur – dans nos sociétés occidentales – s’est déplacée vers la prestation intellectuelle et le haut de gamme. La prédiction de Charles Handy en 1995 s’est révélée exacte, nous sommes devenus des « analystes symboliques » dans un monde où la matière première est l’information, et où cette information – rebaptisée « big data » par les informaticiens – permet de faire du marketing en temps réel basé sur les comportements d’achats.

Il est clair que l’automatisation, notamment dans le marketing de la grande distribution, n’en est qu’à ses débuts. Toutefois, je ne vois pas cela comme un monde qui se « robotiserait », mais plutôt comme un monde en perpétuelle reconfiguration, où les tâches changent, et où certaines disparaissent pour laisser la place à d’autres, où l’Humain doit sans cesse prouver sa valeur.

Quant aux médias sociaux, la présence des humains est non seulement nécessaire, elle est indispensable. La montée en charge ne doit pas mener à la robotisation, sinon les utilisateurs se détourneront de ces plateformes et si les utilisateurs s’en vont, les marques n’auront plus rien à y faire.


[1] voir l’article sur visionary marketing (digital arti) http://bit.ly/digarti

innovations pour le marketing de demain – le Web social en 10 questions (9-10) was last modified: mai 11th, 2015 by Yann Gourvennec

organisation et mobilité – le Web social en 10 questions (7-8)

mobile-largeSuite de la version intégrale de l’interview que je donnais dans le n° spécial de Marketing Magazine intitulé “Marketing [R]évolution” et qui préfigure ce que sera notre futur ouvrage Le Marketing Digital Expliqué à Mon Boss qui sortira mi 2013 aux éditions Kawa. Voici l’intégralité des 10 questions qui m’ont été posées, en 10 épisodes. Il faudra taper http://bit.ly/wsocial10 pour rassembler tous les articles.

7. Qui doit gérer les nouvelles technologies au service du marketing dans les organisations ? Un service transversal ? ou un département marketing social ? Social et mobile ?

Avec Hervé Kabla, nous avons répondu de façon assez détaillée à ce point dans notre ouvrage les médias sociaux expliqués à mon boss. Il s’agit de l’affaire de tous. Les médias sociaux ne peuvent rester enfermés dans une petite entité qui les confisquerait au reste de l’entreprise. Les départements dédiés aux médias sociaux devraient se voir comme des facilitateurs et des acteurs de changement au service de l’intégralité de l’entreprise, et non comme des services de publicité qui se contentent de briefer des agences en comptant leurs fans.

[Pour ne pas prêcher dans le désert, le Web social doit être l’affaire de tous !]

8. Quelle place pour le mobile qui vit une période charnière (explosion des mobinautes, etc.) ? Le marketing mobile devient-il réellement aussi social et local ?

Le Web devient mobile, le Web est mobile, c’est un fait. En moyenne sur les sites que je gère j’observe une consultation par mobile qui a dépassé les 15%. Le mobile et la tablette sont donc un passage obligé et c’est compréhensible car ils répondent à une demande d’usage, qui souvent n’est même pas une demande de mobilité. Ainsi la vaste majorité des tablettes est utilisée depuis la maison. Ceci pose aussi un certain nombre de contraintes aux concepteurs d’applications et de sites compatibles (une technique connue sous le nom de responsive design qui permet d’afficher des sites sur tous les mobiles sans concevoir d’application spécifique). Il faudra régler ces contraintes rapidement car la demande est là.

Enfin, oui le mobile ou la tablette deviennent un instrument incontournable du commerce en ligne et click and mortar comme on l’a vu précédemment.

organisation et mobilité – le Web social en 10 questions (7-8) was last modified: février 14th, 2013 by Yann Gourvennec

3 retours d’expérience stratégiques sur les médias sociaux en B2B

La conférence dédiée au e-marketing B2B du CCMbenchmark du 12 février 2013 à laquelle j’ai participé s’est ouverte sur une table ronde très riche, avec 3 leaders du B2B qui ont expliqué leur travail sur le digital et leur façon d’aborder ces nouveaux canaux dans le cadre de leurs activités en business to business.

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Légende : les 3 intervenants de la table ronde, de gauche à droite : Patricia Gandit (Cisco), Christophe Marée (Adobe) et Marine Lucas (Bouygues Telecom entreprises)

Le paysage a beaucoup bougé depuis mes premières expériences dans ce domaine il y a 6 ans (2008) et la dernière conférence de ce genre à laquelle j’avais déjà participé. A l’époque, il était surtout question de démontrer l’intérêt des médias sociaux, mais cette question ne se pose plus, et le débat s’est largement déplacé sur le sujet du « comment faire » avec des accents très importants mis sur l’allocation du temps et des ressources à ces sujets en évitant, notamment, de se disperser sur des plateformes moins évidentes en termes de retour, comme Pinterest ou même Google+. LinkedIn, Twitter et Slideshare sont certes les élus de nos confrères du B2B, ce qui est logique, même si en fin de compte, les communautés qui y ont été développées sont encore très nettement naissantes, et nécessiteront des efforts conséquents pour rattraper les pionniers du domaine, qui ont engrangé beaucoup d’avance, de visibilité et de leadership d’opinion.

Voici mon compte-rendu de la conférence :

1. Bouygues Telecom entreprises, des budgets réduits, une démarche récente mais volontariste (Marine Lucas)

(transparence : je travaille pour Orange, qui travaille dans le même secteur que Bouygues Telecom)

L’entité B2B de Bouygues Telecom a choisi de ne pas être sur Facebook, mais a développé son travail sur LinkedIn et Twitter, ce qui n’est pas surprenant pour une activité en business to business.

Il y a 2 objectifs, dont 1 commun au groupe Bouygues Telecom, qui est celui du rayonnement de la marque. Le deuxième est celui de la génération de « leads » : cela est passé par évangélisation des 200+ ingénieurs commerciaux, au travers d’ateliers et de la tenue de sessions dont le but est « d’expliquer pourquoi il fallait avoir une présence sur les médias sociaux et leur expliquer comment les utiliser de façon prospective en complément des démarches traditionnelles ». Ce qui est demandé comme obligatoire est d’avoir un profil renseigné et d’adhérer au groupe LinkedIn de Bouygues Telecom. Puis on peut passer au ciblage précis et les « in-mails » (messagerie interne de LinkedIn) qui sont les moyens utilisés pour mener des campagnes de prospection sur LinkedIn.

D’un point de vue budgétaire ? C’est assez récent comme démarche, donc le budget est assez réduit, le but étant d’utiliser le Web social, puis il faut « cultiver le réflexe » des marketeurs et des commerciaux. C’est un canal complémentaire, la première démarche a été d’évangéliser en interne avec un budget réduit.

Quant à Twitter, « on y relaie des interviews d’experts » a précisé Marine. C’est devenu un « réflexe », on n’est pas dans la réclame, « mais on annonce systématiquement tout ce qui est nouveau : nouvelles offres, nouvelles annonces, en plus des points de vue d’experts ».

La taille des communautés ? Sur LinkedIn, le groupe est de 2000 membres, ce qui est déjà un beau nombre, mais ce qui prime c’est la qualité et pas la quantité. Ce sont essentiellement des décisionnaires. Sur Twitter, ce sont de petites communautés (400 followers) mais qui attirent déjà des « influenceurs » et des journalistes et « [Bouygues Telecom] essaie de les faire grandir ».

Plus surprenant, Bouygues Telecom a parlé de sa présence sur Pinterest (7 followers, 8 avec moi depuis ce matin), un réseau assez contre-intuitif pour une activité en business to business. Marine Lucas a précisé que c’était une plateforme qui était utilisée à la fois sous forme de communication interne et externe, même si le résultat a été plus compliqué à appréhender. Mon doute a été conforté par l’intervention de Christophe Marée qui a précisé que pour le marketing digital, Adobe était peu présent sur Pinterest et même Google+ ; même retour sur Cisco qui n’a pas encore vu l’intérêt pour Cisco, d’autant plus que cela demande beaucoup de ressources (ce que je confirme).

2. Adobe : choisit l’humour en vidéo pour sortir du cadre (Christophe Marée)

Adobe a plusieurs métiers, les logiciels de publication et les outils de digital marketing, et l’utilisation des médias sociaux est variable en fonction de ces activités. Sur Facebook, 11.000 fans suivent Adobe, et ceci permet de s’adresser aux graphistes, designers et professionnels de la publication. Pour LinkedIn, Adobe s’adresse essentiellement aux managers et aux décideurs, ceux qui vont « propager les bonnes nouvelles dans leurs entreprises ». Twitter quant à lui va essentiellement être utilisé pour le leadership d’opinions. Les autres canaux ne sont pas oubliés, avec la Vidéo notamment, qui est un canal en pleine croissance. Youtube est ainsi beaucoup utilisé pour toucher les créatifs et les designers.

Adobe est allé un cran plus loin, en produisant une vidéo où la société explique comment « craquer Photoshop ». L’entreprise a pris un contrepied pour générer un buzz avec la vidéo « comment craquer Photoshop en 4 étapes » : 115.000 vues en 48 heures. Adobe a construit un réseau d’influenceurs et a lancé la tendance avec eu, en leur diffusant l’information en avant-première.

Côté leadership d’opinions, sur l’autre métier d’Adobe pour ses solutions de digital marketing, le premier objectif est de développer la crédibilité de la marque sur le monde des médias sociaux. Le deuxième, plus exploratoire, est celui de la génération de leads.

« Je n’aime pas le terme de stratégie » c’est un élément du mix, « mais il faut se dire que si vous n’y allez pas, les clients eux, y sont déjà ». Enfin, pour l’utiliser, il faut communiquer de manière régulière ce qui permet d’entretenir la communauté et la faire grandir.

3. Patricia Gandit de Cisco France, a présenté Cisco et a rappelé l’historique de l’entreprise

Cisco utilise Twitter, LinkedIn, Viadeo, et Facebook en priorité, en essayant de faire en sorte que les collaborateurs s’approprient les médias sociaux. Cela a commencé par la création de blogs d’experts au travers desquels Cisco a créé une culture du digital. Ceux-ci sont déjà en phase n°2, puisque les collaborateurs ont réussi à créer des communautés (notamment celui du data center). Cisco a donc donné des accès directs à ses collaborateurs blogueurs pour écrire sur les comptes officiels de Cisco sur les réseaux sociaux.

Toutefois, cette phase a eu ses limites, et Cisco se retrouve avec une myriade de partages de vues qui ont brouillé le message et généré une communication « trop brouillonn ». Cisco va donc dans une troisième phase revenir à une démarche plus traditionnelle en passant par une agence qui va coordonner les messages.

Les objectifs sont d’abord la notoriété de la marque et le leadership d’opinions (vision technologique) et la génération de leads. Cisco a utilisé la génération de leads pour la cible des PME, et « cela a très bien fonctionné » même si Patricia n’a hélas pu nous donner de chiffres.

Cisco attend les résultats de deux campagnes : une qui intègre les médias sociaux comme un support médias classique, et une campagne dédiée sur le Cloud avec un budget réduit. Soit les médias sociaux sont excessivement focalisés sur un sujet, soit les campagnes sont ciblées sur les PME. « Historiquement on s’est beaucoup adressés aux DSI mais maintenant nous parlons aussi aux patrons de PME, mais les messages sont excessivement différenciés ». L’objectif pour Cisco maintenant est de créer plus de cohérence.

3 retours d’expérience stratégiques sur les médias sociaux en B2B was last modified: février 13th, 2013 by Yann Gourvennec