Pas de transformation digitale sans clients

La semaine dernière s’est tenu à Paris l’Enterprise 2.0 Summit, la plus grande conférence consacrée à l’évolution des organisations et aux technologies collaboratives en Europe. Cette année, le thème déclaré de l’événement était « Designing the Digital Business Transformation »- dessiner la transformation digitale de l’entreprise. Traditionnellement tournée vers l’interne, l’évolution des processus, du management et des modes de travail, il flottait cette année à travers la conférence comme un air de nouveauté: le client était -enfin- invité à la table de l’entreprise, et ce par des orateurs comptant parmi les plus influents dans le domaine.

Paraphrasant la phrase célèbre de Peter Drucker: « la seule raison être valable de l’entreprise est de créer et de conserver un client », Dion Hinchcliffe, au milieu de sa présentation, expliquait que « les clients sont après tout les personnes les plus importantes », tandis que Lee Bryant mettait en avant le potentiel de création de valeur porté par la co-création avec les clients et l’innovation ouverte. La transformation de l’entreprise au moyen des technologies digitale est donc en marche…

© Lee Bryant - Certains droits réservés
© Lee Bryant – Certains droits réservés

… sur le papier. Car la réalité, en France du moins, est bien éloignée de la vision prônée par les consultants. Dans la présentation d’introduction de la conférence, Jane McConnell présentait les premiers résultats de l’édition 2015 de son enquête sur la « Digital Workplace », et certains donnent matière à réflexion. Parmi les entreprises qui se déclarent ouvertes et réactives aux influence du monde extérieur, seules 35% considèrent les informations recueillies auprès de leurs clients comme de haute importance. Pour les autres, qui considèrent l’entreprise comme un environnement clos, ce chiffre tombe à 11%.

© Jane McConnell - Tous droits réservés
© Jane McConnell – Tous droits réservés

Il y a donc loin de la coupe aux lèvres… Pour compléter ce tableau, citons encore une récente (juin 2014) étude de la société Pierre Audouin Conseil intitulée « La transformation numérique au sein des entreprises françaises », concluant entre autres que se concentrer davantage sur ses clients est un enjeu majeur pour 3/4 des entreprises interrogées. Comment interpréter des résultats si divergents ? On peut, bien entendu, évoquer des différences méthodologiques, ou dans la nature du panel consulté. De manière plus fine, cet écart est à rechercher dans la formulation des résultats eux-mêmes: Jane McConnell nous parle des informations « recueillies auprès de leurs clients » et non d’une simple « orientation client ». En bon français, cela signifie que, malgré les avantages concurrentiels mis en avant par de nombreux consultants parmi les plus influents, la grandes majorité des entreprises ne considèrent leur transformation numérique que dans le cadre d’une mise en œuvre « classique » de fourniture d’outils digitaux pour améliorer la performance de stratégies et de tactiques traditionnelles.

Cette approche n’a en fait rien de surprenant. Le marketing s’empare du digital pour optimiser une stratégie guerrière, à base de conquête et d’encerclement, sans considérer le fait que les consommateurs auxquels il s’adresse n’ont pas uniquement modifié leurs habitudes d’information et d’interaction, mais ont aujourd’hui des attentes et des comportements entièrement différents, de par les possibilités que leur offre le digital. La relation client parle multi- voire omnicanal, tandis que les clients attendent une transformation en profondeur du business modèle des entreprises. Très peu nombreuses sont les entreprises à envisager et mettre à profit les opportunités de transformation (et non d’optimisation) offertes par le digital. Vous en doutez ? Prenons l’email, dont personne ne doute aujourd’hui qu’il a radicalement transformé la manière dont nous travaillons. Pourtant, il est encore fréquent de lire à la fin d’un message une phrase telle que « pensez à l’environnement avant d’imprimer ce message ». Bien plus qu’un souci de responsabilité sociale, cette phrase en dit long sur nos comportements: imprimer, puis classer dans des dossiers, ou répondre par quelques lignes manuscrites sur une copie imprimée par une assistante. Les habitudes ont la vie bien dure…

Mais la transformation digitale dont tant de gens parlent n’est pas une question d’outils. L’entreprise n’est plus une île, et sa performance est de plus en plus liée à ses capacités d’innovation, de compréhension et d’adaptation au monde de plus en plus mouvant qui l’entoure. Et cette transformation passe par l’écoute des l’ensemble des parties prenantes de l’entreprise et de l’écosystème dont elle fait partie, en premier lieu les clients. Pour réussir, voire pour simplement survivre à moyen terme, il ne s’agit plus de sa poser la question « comment puis-je augmenter mes ventes », mais de LEUR poser la question: « que puis-je faire pour vous ? ».

Pas de transformation digitale sans clients was last modified: février 17th, 2015 by Thierry de Baillon

Internet va-t-il tuer le capitalisme ? ( avec @g9plus )

Internet va-t-il tuer le capitalisme ?

Verrons-nous cette fois-ci (2030 semble la date retenue par Rifkin) la mort du capitalisme, 1000 fois annoncée, mais jamais remplacé car probablement qu’il s’agit là du pire des systèmes, pour paraphraser Churchill à l’exclusion de tous les autres ? C’est ce que nous découvrirons le mardi 25 novembre à 19:00 dans le cadre de la rencontre annuelle du G9+ qui cette fois-ci a fait encore plus fort que d’habitude, en invitant la crème de la crème sur leur plateau. Rifkin sera présent en direct par vidéo, et sur place nous aurons droit à Jacques Attali, qu’on ne présente plus, Jean-Marc DANIEL – Economiste, Professeur associé à l’ESCP Europe et Directeur de rédaction de la revue Sociétal et Clara GAYMARD – CEO General Electric France. Sous ce titre provocateur (c’est le G9 plus qui l’annonce, cf. ci-dessous), se cache la grande question du moment soulevée par Jeremy Rifkin.

Celui-ci, économiste et conseiller de la chancelière Angela Merkel (qu’on a pas vu spécialement lancer pour l’instant de méthodes originales en termes d’évolution du capitalisme, mais cela va sans doute venir un jour), a publié un livre, désormais traduit en français, intitulé « la société à coût marginal zéro ». Dans cet ouvrage, Rifkin, qui se décrit comme un « personnage ordinaire, issu de la banlieue ouvrière de Chicago » ne fait, selon ses mots, que « décrire l’évidence que tout le monde peuvent voir aujourd’hui les gens » car il ne se décrit pas comme « visionnaire ». Voici donc revenue la mort du capitalisme, qui va réconcilier Amérique et fans de Mélenchon, et le retour à l’économie du partage. Nous nous croyons revenus au meilleur  moment de wikinomics et de feu le bon vieux et regretté Web 2.0, où tous les gens étaient des amis et où tout le monde s’aimait.

Depuis, les plates-formes collaboratives se sont monétisées, et sont devenus de gigantesques moulins à recycler l’argent de la publicité. Mais Rifkin reste optimiste, et voit dans les nouveaux modes de consommation et de financement (crowdfunding, échanges d’appartements avec AirBnB, troc de jouets sur Internet … si tant est que ces start-ups ne soient pas des entreprises capitalistiques ce qui reste largement à démontrer) un renouveau d’un capitalisme qui ne mourra pas – selon lui – mais verra se développer une nouvelle forme de capitalisme à côté de lui ; il emploie même la métaphore du parent et de l’enfant, et pense plutôt que ce nouveau capitalisme sera un enfant du capitalisme. En quelque sorte, c’est l’Amérique au diapason de la dialectique historique et je suppose que la formulation « mort du capitalisme » est un vieux fantasme gaulois issu d’un caractère révolutionnaire et frondeur, on ne se réinventera pas … 

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Rencontre annuelle Institut G9+ : Internet va-t-il tuer le capitalisme ? mardi 25 novembre 19:00 – maison des arts et métiers avenue d’Iena

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Internet va-t-il tuer le capitalisme ? ( avec @g9plus ) was last modified: mai 11th, 2015 by Yann Gourvennec

L’occasion : un marché mineur au potentiel majeur

rp_vincent-vandegans-150x1501.jpegCrise ou prise de conscience écologique? Peu importe les raisons, toujours est-il que le marché de l’occasion est en plein boom, notamment depuis la création du Bon Coin. Il représente aujourd’hui 1,4 milliards d’euros en France. Si ce montant peut sembler important, il est ridicule comparé aux 57 milliards d’euros du marché du neuf. Nous nous sommes entretenus avec Vincent Vandegans, digital strategist travaillant notamment pour site-annonce.fr, un moteur de recherche de produits d’occasion. Ce site a récemment réalisé une étude sur le marché de l’occasion, marché sur lequel nous avions justement quelques interrogations…

Vous avez réalisé une étude de marché sur les produits d’occasion, quel est le chiffre d’affaires de l’occasion en France?

En France, le chiffre d’affaires de l’occasion représente 1,4 milliards d’euros, comparé à 57 milliards d’euros pour le marché des produits neufs.

On voit qu’il y a encore beaucoup de marge, 1,4 milliard ce n’est pas grand chose finalement.

Effectivement, il y a une marge de progression gigantesque : le marché de l’occasion a littéralement explosé durant ces 10 dernières années, notamment avec l’arrivée du Bon Coin, et on observe une tendance générale en termes de consommation d’aller vers l’occasion, la réutilisation de produits plutôt que l’achat de neuf, avec inévitablement la notion d’économie qui oriente le consommateur vers l’occasion.

Les arrivées d'e-bay puis du bon coin ont fait décoller le marché de l'occasion.
Les arrivées d’e-bay puis du bon coin ont fait décoller le marché de l’occasion.

Dans ce marché de l’occasion, quel type de produit se vend le mieux ?

Nous avons écarté les voitures et l’immobilier de l’étude, car cela faussait complètement les résultats. Il tirent évidemment le marché vers le haut en terme de chiffre d’affaires. Mais si l’on se concentre sur les produits, ce qui ressort en terme de catégorie, ce sont les vêtements, qui sont des produits très recherchés sur les sites d’occasion. Cela représente en France 15% du volume  total de recherche et de produits mis en vente chaque jour. On  constate également dans cette catégorie une réduction  de 50 à 60% par rapport aux produits neufs. En second lieu, on retrouve l’ameublement (10%), tout ce qui est décoration d’intérieur, meubles etc. Puis viennent les livres (8%). Le reste étant occupé par les autres catégories d’un marché qui est d’ailleurs assez fragmenté.

Parmi ces catégories, on retrouve l’informatique, qui étrangement se vend peu dans le marché de l’occasion.

Exactement, l’informatique se vend très bien dans les produits neufs, mais c’est nettement moins le cas dans les produits d’occasion où il occupe 3 à 4% de parts de marché. Lire la suite

L’occasion : un marché mineur au potentiel majeur was last modified: mars 29th, 2016 by Cédric Jeanblanc

Economie : plus de concurrence tue-t-elle la concurrence

The Rule of Three by Sheth and Sisodia

la sélection du jour est cet article daté de 2006 (le temps passe), pris sur ce même blog …

… Dans lequel je commentai le livre intitulé « la règle de trois ». Je me rends compte aujourd’hui que cette analyse est encore – ou peut-être même encore plus – pertinente, et j’ai donc décidé de remettre cet article à l’ordre du jour, de le traduire en français, et de le soumettre à votre lecture aujourd’hui :

Avez-vous déjà remarqué que la plupart des marchés, lorsqu’ils sont assez mûrs, finissent par être dominés par trois acteurs principaux ? il ne s’agit point d’une machination, mais d’un phénomène économique bien connu, décrit par deux auteurs : Sheth et Sisodia dans leur ouvrage intitulé « la règle de trois » (acheter l’ouvrage sur Amazon); les deux auteurs ont mené cette enquête dans leur livre, disponible également en version électronique (acheter la version kindle sur Amazon).

12manage.com annonce sur son site que cela n’est pas applicable à l’Europe. Au contraire,  et à toute autre zone géographique d’ailleurs, pourvu que les marchés locaux soient ouverts à une concurrence libre, non biaisée et transparente (je sais, il s’agit d’un paradoxe, la libre concurrence même à moins de concurrence en fin de compte).

Par exemple, si l’on veut prendre l’exemple du marché des télécoms, il est bien possible que vous trouverez que cette règle s’applique sur chaque pays individuellement (ou chaque zone d’influence). Il s’agit de marché multi-nationaux, et non de marché globaux. Ceci ne veut en aucun cas dire que la règle est fausse, mais juste que ces marchés, fortement réglementés, sont l’objet de l’introduction régulière de dispositifs d’incitation à la concurrence.

Aux États-Unis, la situation est très différente ; il y a quelques décennies, AT&T fut coupé en petits morceaux par le régulateur, mais en fin de compte, la règle de trois s’est encore appliquée (Stephen Colbert a décrit ce phénomène dans un sketch désormais classique, cliquez sur l’image de Colbert ci-dessous pour en voir un extrait en Anglais). le processus qui consiste à introduire plus de concurrence s’est interrompue cependant après ce phénomène, ce qui n’est pas le cas dans certains marchés européens, où de nouveaux dispositifs sont constamment mis en place pour raviver la concurrence et tirer les tarifs vers le bas (je travaille pour un opérateur, les commentaires sont volontairement neutres pour des raisons évidentes).

 

Là où les marchés sont déjà fortement mondialisés (prenons l’exemple le plus symbolique du marché des fast-foods, la règle s’applique bien au travers de l’Europe avec des acteurs comme McDonald’s, Quick et Burger King puis tout un tas d’acteurs de niche par exemple. Cela veut-il dire que le but ultime de la concurrence ouverte est d’arriver à moins de concurrence? N’est-ce pas un paradoxe intéressant ?

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Economie : plus de concurrence tue-t-elle la concurrence was last modified: mars 30th, 2015 by Yann Gourvennec