Banque et Big Data : une révolution à l’horizon

Nous avons régulièrement abordé sur ce blog le thème de la transformation digitale des banques. Mais nous n’avons toutefois pas encore abordé le lien entre la banque et les Big Data. Le 16 mars dernier se tenait une conférence CCM Benchmark sur les Big Data et la valorisation des données bancaires. Les Big Data ont fait couler beaucoup d’encre, mais il est encore tôt pour les voir révolutionner les usages des entreprises. Gartner les avait d’ailleurs placés il y a quelques années au stade du « gouffre des désillusions » dans son « Hype Cycle ». Toutefois, cela n’empêche pas les banques de s’intéresser à l’exploitation de la masse de données bancaires qu’elles possèdent, avec évidemment beaucoup de précaution concernant la sécurité et l’ « anonymisation » de ces données, réflexe ultra important dans un secteur aussi sensible. En effet, les amateurs d’innovation que nous sommes verront malheureusement les nombreuses possibilités offertes par les Big Data se heurter aux réalités du terrain. Légalement contraintes, la prudence fait partie de l’ADN des banques et il est souvent difficiles pour elles d’innover sans la crainte de sortir du cadre légal, contrairement aux géants du Web s’approchant de ce domaine avec beaucoup moins de frilosité (et de préoccupations concernant cadre légal). Voici une approche sur la problématique avec nos trois intervenants, Bruno Van Haetsdaele, Gilles Nectoux et Benoit Gruet.

Banque et Big Data : des données internes et externes

Pour commencer, il est important de savoir de quelles données nous parlons et de connaître leur provenance. Selon Bruno Van Haetsdaele, CEO de Linxo, les données dont disposent les banques proviennent de deux types de sources :

  • Les données internes, qui sont les données classiques possédées par la banque: dès la transaction, la banque collecte le montant, la date, l’heure, et le point de vente. Cela permet par exemple de mieux connaître une zone de chalandise. La banque possède en outre les données de transactions du client, son solde, l’évolution de son compte, son épargne… Ces données internes sont selon Gilles Nectoux, CEO de Plebicom, à la fois riches et pauvres :
  •  Riches, car il s’agit de données dont personne d’autre que la banque ne dispose
  • Pauvres, car elles ne sont pas détaillées : on ne peut par exemple pas connaître le contenu d’un panier acheté par un client.
  • Les données externes, provenant de prestataires : on raccroche par exemple les transactions à un commerçant physique via un croisement de données (SIRET, objet social, etc.). L’intérêt de ces données est ainsi de les recroiser avec les données internes pour mieux « coller au monde physique ».
Banque et Big data : Un passage dangereux sur une falaise
Le chemin reliant la banque et les Big Data est difficile à prendre et demande beaucoup de précaution.

A quoi servent ces données ?

A cette question, les intervenants de la table ronde expriment la même idée : le but est avant tout d’offrir un service utile au client.

Selon Bruno Van Haesdaele, « les données permettent à l’utilisateur de mieux comprendre ce qui se passe sur son compte ».  Les dépenses sont catégorisées (supermarché, loyer…) et des algorithmes prédictifs sont mis en place pour anticiper l’évolution du solde : un client recevra ainsi un message du type « vous avez 800 euros sur le compte, mais il y a un risque de découvert dans 5 mois ».

Grâce à ces algorithmes, la banque peut voir là où l’utilisateur dépense le plus et ainsi proposer des offres pertinentes qui se déclinent en deux catégories :

  • Les offres de fidélisation : Par exemple un client de Castorama se voit offrir via son compte un coupon de réduction ;
  • Les offres de conquête : Ici, le but est de faire changer le client de fournisseur. Par exemple, Leroy Merlin offre un coupon à un client de Castorama.

Selon Benoît Gruet, CEO de CDLK, ces données permettent d’accomplir le rêve de tout marketeur : analyser le comportement du client par rapport à ses attentes. Ce comportement est généralement fondé sur du déclaratif (sondages, questionnaires…) : ici, on peut le vérifier par les transactions.

Ces données ont donc une valeur exceptionnelle par rapport aux autres car elles offrent une vue objective. Lire la suite

Banque et Big Data : une révolution à l’horizon was last modified: avril 11th, 2016 by Cédric Jeanblanc

Transformation digitale des banques : les anciens et les modernes

Les banques ne veulent pas être considérées comme des dinosaures

Pour les jugements à l’emporte pièce du style « les clients se font plumer par les banques », les participants au débat auquel j’ai assisté le 9 octobre à la maison des Arts et Métiers à l’initiative de la société de conseil Athling, n’ont pas eu beaucoup de considération, et j’ai une certaine sympathie pour cela. Le discours « banquier/voleur » est plus symptomatique de l’ignorance totale des français par rapport aux choses de l’argent que le reflet d’une vérité du terrain (86% des français s’avoueraient ignorants de ces sujets). Je suis dans ce contexte assez d’accord avec Didier Moaté de la banque postale qui a soulevé ce point. Pour le reste de l’évolution de la banque par contre, la table ronde a montré un clivage net entre les anciens et les modernes, avec une certaine propension à nier l’évidence et refuser de se préparer à l’évolution du secteur qui est, je suis d’accord avec Benoît Legrand d’ING, autant humaine que technologique sinon plus. Ce débat a été organisé par Athling à l’occasion de la sortie de son ouvrage « la banque reflet d’un monde en train de naître« , un ouvrage collectif rédigé par des auteurs non banquiers et auquel nous avons eu l’honneur de participer.

transformation digitale des banques
De gauche à droite : Nicolas Doze BFM, Benoît Legrand, Président d’ING, Guillllaume Rousseau DG du CA Brie Picardie, Didier Moaté Directeur de la banque de détail de la banque postale

Les participants à ce débat étaientNicolas Doze BFM, Benoît Legrand, Président d’ING, Guillllaume Rousseau DG du CA Brie Picardie, Didier Moaté Directeur de la banque de détail de la banque postale. Voici notre compte rendu :

« Au cœur du débat il y a les usages » (Didier Moaté, la banque postale)

Là où il y semble y avoir consensus c’est sur le fait que les fintech pourraient prendre rapidement 60% de la valeur des institutions bancaires (selon une étude de Mc Kinsey citée sur ce plateau). ING, au travers de son président Benoît Legrand, est d’accord sur le fait que cette révolution est « bien en cours et qui faut la prendre au sérieux ». Il tempère tout de même en ajoutant qu’il « ne s’agit pas d’une transformation digitale mais humaine et centrée sur les usages« .

Mise en pièce de quelques mythes de la transformation digitale

Sur la banque de demain qui serait entièrement basée sur les smartphones : Guillaume Rousseau de CA Brie Picardie pense qu’il y a un grand mouvement qui va nous renvoyer vite sur une distinction par la qualité et par l’atout relationnel et la compétence du conseil. Selon lui « les transactions se finissent toujours dans l’agence ».


https://twitter.com/mdialFR/status/652439284226629632

La banque par le conseil : ING rigole

Mais cela a fait bien rire le DG d’ ING car selon l’analyste Bain qu’il a cité, « 86% des visites en agences sont faites pour réaliser des opérations de base et non pour aller chercher du conseil ». Il n’est donc pas convaincu que le conseil « soit un véritable différenciant » ou alors avec de l’intelligence artificielle pour décrypter « les centaines de produits incompréhensibles conçus par les responsables produits ».

Benoît Legrand, DG d’ING et auteur de « changeons la banque » pense qu’il y a conscience dans les banques d’un monde en mouvement mais il n’est « pas sûr que les banquiers ont compris comment répondre aux enjeux de cette crise ». Notre modèle est très différent de ce qui se passe ailleurs en Europe et notamment aux Pays Bas nous a-t-il dit, et cela prendra du temps, mais cela bougera. Il a trouvé notamment assez « ridicule » qu’on propose de remette le client au centre des préoccupations de la banque. Il en effet naturel, c’est notre avis également, qu’il soit en tout temps au centre de nos préoccupations, car « c’est bien lui qui paie notre salaire ». [MAJ du 16/10/2015 : cette phrase a été légèrement modifiée pour en préciser le sens]

Cette saillie n’a pas manqué de provoquer des réactions. Et notamment celle de Didier Moaté qui s’est un peu offusqué de la vision des banquiers comme des dinosaures par la salle (ou du moins telle était sa perception). Il a cependant convenu que « les choses vont plus bouger dans les 10 ans qu’elles n’ont bougé dans les 10 ans qui précèdent ».

Les agences bancaires pourraient elles disparaître ? Avis divergents

Guillaume Rousseau, interrogé sur le futur des agences bancaires et notamment sur leur possible disparition, a un peu essayé de noyer le poisson en disant qu’il fallait absolument se recentrer sur des offres orientées client et moins sur la banque (ce qui nous renvoie à la remarque précédente).

Interpellés sur le fait que les « banques pourraient être des taxis qui s’ignorent », les deux banquiers traditionnels sont restés un peu en retrait. Le représentant du CA, sans vraiment répondre aux questions et celui de la Banque postale d’insister sur l’historique de la banque publique et sa solidité. Tout le monde a cependant reconnu l’importance du digital mais sans vraiment admettre, sauf le patron d’ING, que le métier allait vraiment changer profondément. Et d’affirmer mordicus que « ce modèle là est là pour durer et exister« .

ING n’est pas d’accord

Benoît Legrand, qui a avoué être client dans beaucoup de banques ce qui lui permet de comparer, a fustigé quant à lui les mythes « le physique c’est bien » et « le digital c’est moderne ». tout cela est en passe d’être dynamité selon lui et le paiement passera sûrement par de nouveaux acteurs comme Amazon, Apple et Google. Il y a aussi des sociétés comme Welend à Hong Kong qui « ne vous demande qu’une chose : l’accès à votre smartphone, et en quelques minutes ils vous accordent un crédit ». Lire la suite

Transformation digitale des banques : les anciens et les modernes was last modified: octobre 16th, 2015 by Yann Gourvennec