Le Web To Store : on en fait depuis longtemps sans le savoir

Le Web to store est un sujet qui existe depuis longtemps, mais dont on parle depuis peu. Trouver un article sur le web to store datant d’avant 2011 est presque impossible, alors que le e-commerce existe depuis plus de 25 ans… Pourquoi cette prise de conscience si tardive ? Les enseignes physiques ont tout d’abord pensé que le e-commerce aspirerait leur clientèle et les forcerait à mettre la clé sous la porte. En témoigne l’hyperactivité juridique des grandes entreprises contre les e-commerçants au tout début des années 2000 (voir ici l’offensive des marchands de parfums contre les e-commerçants). Mais l’épée de Damoclès du e-commerce n’est jamais tombée et les enseignes physiques se sont rendues compte que le e-commerce n’était pas un ennemi mais un outil, un nouveau canal pour vendre davantage. Mais beaucoup ont fait l’erreur de séparer complètement le site internet et l’enseigne physique. En témoigne l’accueil (glacial) réservé aux clients de Fnac.com lorsqu’ils arrivaient en magasin pour demander un conseil sur un produit récemment acheté en ligne.

Web to store : l’internaute cherche un produit, pas un magasin

Aujourd’hui, les choses ont bien changé, et le site e-commerce d’une enseigne physique fait partie du magasin. On a fini par comprendre à la fois que le consommateur n’arrêterait jamais d’acheter en magasin, mais aussi qu’internet était devenu indispensable pour vendre. Et pas seulement en ligne. Comme nous l’expliquions dans notre article sur le ROPO, et dans celui portant sur l’étude de Bonial, l’achat en magasin physique commence dans la plupart des cas sur Internet. Internet est, certes, un outil d’achat, mais aussi un outil de recherche, qui aide l’internaute à préparer son achat en magasin. C’est sur ce point que doivent travailler les entreprises pour « capter » le client dès le début de sa recherche afin de le guider vers leur point de vente. Et, signe que le Web to store n’en est qu’à ses début et manque encore de maturité, beaucoup d’entreprises communiquent encore uniquement sur leur magasin. Or, quand il prépare un achat, l’internaute cherche avant tout un produit, et non un magasin.

Pour parler du Web to store, nous avons interviewé Bruno Dachary, directeur général délégué de Mappy, qui nous explique cette évolution du e-commerce et l’adoption du Web par les enseignes physiques.

On a récemment pris conscience de l’utilité du Web to store, alors qu’inconsciemment, on en fait depuis longtemps…

Le Web to store, on a en a tous fait sans le savoir : nous sommes tous des Jourdain du Web to store. On a tous cherché sur Internet un jour un produit, trouvé l’endroit où l’on pouvait se le procurer, et on achetait le produit. C’est un phénomène qui prend tout de même de l’ampleur depuis deux ou trois ans : on n’en parle de plus en plus. En réalité, au départ, les réseaux d’enseignes faisaient du e-commerce avec leur site et se sont rendus compte que cela pose un problème de concurrence avec leur propre réseau d’enseignes physiques. On a ensuite fait évoluer tout cela dans des logiques de vente en direct, mais aussi d’aller ramener des utilisateurs dans les points de vente à travers des promotions, du marketing direct et d’autres dispositifs.


L’enjeu du Web to store est beaucoup plus large : il faut pouvoir s’adresser au maximum de personnes. Ce que je constate, au travers d’une étude que l’on a réalisée avec BVA (voir le slideshare ci-dessus), c’est que 91 % des personnes ont déjà eu une expérience Web to store et le font assez régulièrement. De plus en plus de personnes sont équipées de Smartphone et de tablettes. De ce fait, le Web to store prend une ampleur considérable. L’important pour un réseau d’enseignes ou un commerçant indépendant est d’être visible sur Internet. Et pour être visible, l’essentiel est de l’être à travers ses produits, car c’est ce que cherche le consommateur. Il n’ira pas d’abord dans le magasin : il cherchera le produit est ensuite le magasin. Ceci est un point très important.

Les enseignes physiques vouées à disparaitre ? Une fausse idée à laquelle les commerçants ne croient plus.
Les enseignes physiques sont vouées à disparaitre ? Une fausse idée à laquelle les commerçants ne croient plus. Plus qu’un simple bonus, le Web to store devient nécessaire.

Faut-il mettre uniquement le produit en avant ?

Il faut faire les deux : se mettre en avant et se rendre visible au travers de ses produits. Pour cela, il y a un certain nombre d’acteurs sur le marché qui proposent des solutions, comme Mappy qui permet à des commerçants ou à des réseaux d’enseignes d’être visibles.
Par exemple, nous avons réalisé, durant la dernière période de Noël, une opération où nous avions mis en avant les magasins de jouets et les catalogues de ces réseaux d’enseignes. Cela permettait aux magasins d’avoir tous ses produits en ligne et d’indiquer si ceux-ci étaient en stock ou non.

Lors de la recherche du produit par le consommateur, le premier réflexe, c’est Google : comment se démarquer lorsque l’on s’appelle Mappy ?

Il n’y a pas que Google, puisque l’on a 10 millions de visiteurs uniques par mois (NDLR : 3 millions selon Webuka), ce qui n’est pas rien. Plus de 80 % de nos utilisateurs viennent en direct sur Mappy. Nous sommes également présents sur des résultats Google dans les recherches produit. Nos utilisateurs aiment aussi Mappy pour plusieurs raisons, par exemple la carte est différente, nous sommes très anciens sur le marché et nous avons des produits spécifiques. Nous sommes implantés dans le local, contrairement à Google qui a certes d’énormes moyens, et Mappy est adossé à Pages Jaunes et a donc des contenus locaux. Cela donne plus de précisions et d’informations, notamment au niveau du commerce local.

.fr et .paris : de la technique à l’outil marketing – Mathieu Weill [AFNIC]

En 2012, l’ICANN (l’autorité de régulation de l’Internet) a autorisé la création de plus de 2000 nouveaux domaines de premier niveau. Le déploiement de ces domaines a commencé deux ans plus tard, en 2014. Il y a quelques mois, nous avons rencontré Mathieu Weilll, directeur de l’AFNIC (qui gère notamment les extensions en .fr) pour nous parler de l’arrivée de ces nouvelles extensions que l’on va progressivement voir de plus en plus sur nos écrans. Parmi elles, nous retrouvons des extensions régionales comme le .paris et le .bzh. Pourquoi utiliser ces extensions ? Qu’apportent-elles de plus qu’un .fr ou un .com ? Quelques éléments de réponses avec Mathieu Weill.


Quelle est la situation des domaines en .fr ?

Le .fr représente 2 800 000 noms de domaines. La croissance du .fr en 2013 était d’un peu plus de 8 %, ce qui place le .fr comme l’une des trois extensions les plus dynamiques en Europe, puisque le taux moyen se situe autour de trois ou 4 % en moyenne, à cause de la crise.

Comment se situe la France par rapport à l’Allemagne et l’Angleterre ?

Nous sommes la cinquième extension nationale, loin derrière les Allemands, les Anglais et les Hollandais. Cela s’explique pour deux raisons :

  • la première est structurelle : les petites entreprises françaises utilisent moins le Web que leurs homologues européennes ;
  • la deuxième raison est liée au démarrage du .fr, : les règles d’attribution étaient, au départ, très strictes, ce qui explique un nombre conséquent de report sur d’autres extensions de domaines comme le .com.

Au début du Web, on disait que les PME étaient en retard : finalement cela n’a pas tellement évolué

Cela a évolué sur certaines statistiques. Mais n’oublions pas que l’on parle du Web : tout ce qui ne bouge pas recule. Nous avons malgré tout progressé, concernant l’utilisation par les PME et les TPE de l’Internet. Aujourd’hui tout le monde est pratiquement équipé et les salariés ont accès Internet, mais les pages Web sont encore assez peu développées pour stimuler le développement de l’activité économique des entreprises.

les noms de domaines en .fr
Pendant que l’aiguille tourne, la France essaie de rattraper son retard : à l’inverse de l’Allemagne et de l’Angleterre, les petites entreprises françaises sont encore trop peu présentes sur le Web.

On voit encore des entrepreneurs avec des adresses « @wanadoo.fr »

C’est malheureusement encore le cas, notamment chez les artisans, et le but de notre campagne qui s’appelle « réussir en .fr » est de faire passer ce message, d’expliquer à quel point on a un gain d’image et un gain économique pour un très faible investissement. On passe au numérique, même quand l’activité n’est pas portée sur le numérique.

Quels sont les risques d’avoir une adresse en « @orange.fr» ou « @wanadoo.fr » ?

L’élément-clé est que le jour où l’on veut changer de fournisseur Internet, en tant qu’entrepreneur, il va falloir changer d’adresse. Il faudra donc refaire les papiers à en-tête et les cartes de visite. Le fait d’avoir son nom de domaine permet d’être indépendant, on peut le porter chez n’importe quel fournisseur d’accès, et on le conserve plus longtemps.

Pour stimuler l’usage du domaine .fr en France, vous avez lancé une nouvelle campagne qui a démarré en octobre dernier

Nous avons lancé la campagne « réussir en .fr » qui est une campagne qui allie du contenu de référence, que ce soit sur la manière de créer son site pour une entreprise, la manière d’optimiser le passage sur Internet ou encore la capacité d’enregistrer son nom et en faire usage rapidement grâce à des offres que nous avons sélectionnées chez nos fournisseurs. Nous avons également réuni des témoignages d’entrepreneurs français qui expliquent pourquoi ils ont choisi le .fr.

On retrouve également des « moocs » sur votre page

Cela fait partie de notre stratégie de présence, parce que l’on sait que c’est que cela est demandé, notamment en France. Nous avons mis l’accent dessus c’est quelque chose qui est en construction et qui va se consolider dans les mois qui viennent.

Avez-vous déjà des résultats sur cette campagne ?

On voit monter le trafic entrant, il y a beaucoup d’intérêt pour les contenus de type « mooc ». En ce qui concerne la transformation concrète, je pense que le passage à l’acte n’est pas forcément immédiat. Cela va se construire dans la durée.

Dans le paysage français de l’Internet, il y a également d’autres nouveautés comme le .paris.

Le .paris est un projet en phase de déploiement et va concerner tout le monde, puisque l’extension est disponible depuis le 2 décembre dernier. Qui que ce soit, qu’il habite Paris, qu’il aime Paris, qu’il visite Paris, va pouvoir disposer de ce nom de domaine. Cela concerne bien entendu le secteur du tourisme, du luxe, du commerce local, et il y a déjà un certain nombre d’exemples qui sont disponibles, à l’image de la ratp, bercy, les aéroports de paris, et la tour Eiffel.

Il y a un contexte propre à chaque extension, cela correspond à un positionnement

L’intérêt est que derrière cette fameuse extension, on sort d’une logique du choix par défaut pour une logique de pertinence : le choix de l’extension est fonction du message que l’on veut faire passer. Pour renforcer le message, on indique très clairement qui l’on vise et à qui on veut s’adresser. L’extension est ainsi devenue un vrai outil marketing et non plus seulement un choix par défaut.

Il y a une autre extension qui nous est chère chez Visionary Marketing, c’est le .bzh.

C’est une extension où il y a également beaucoup de potentiel. Le lancement a eu lieu le 4 décembre dernier. bzh est une extension culturelle et linguistique qui a pour objectif le développement de la culture et de l’identité bretonne. On sent une grosse attente de la part des bretons, mais aussi des entreprises locales, car il y a un fort attachement à la culture bretonne. Cela mobilise beaucoup : c’est un très beau projet qui montre bien à quel point avec Internet, on peut construire des identités locales tout en pensant globalement. Ce n’est pas une volonté de fermeture, c’est une volonté d’annoncer au monde, de communiquer avec le monde, en montrant son identité.

Que faut-il faire pour réserver son .paris et son .bzh ?

Il a une cinquantaine de bureaux d’enregistrement qui sont des hébergeurs ou des sociétés spécialisées. Il faut aller par exemple sur bienvenue.paris pour le .paris, et pour le .bzh, il faut aller sur pik.bzh qui est le site de l’association qui porte le projet BZH.

Financement des start-ups … Comment devenir un leader mondial [ #G9plus ]

L’hexagone génère plus de start-ups que ses voisins européens (300 000 par an en France contre 200 000 en Angleterre selon The Cantillon [NDLR 09/04/15 à 7:00 : suite à l’intervention de Pedro Abrantes sur Twitter que nous remercions pour sa vigilance, il se pourrait que ce chiffre soit surestimé, la création de (vraies) entreprises ne dépassant pas 163.000 en France en 2014. Ceci étant, les créations d’auto entreprises et d’entreprises individuelles pourraient pour partie entrer en ligne de compte. Nous continuons de croiser les chiffres] et pourtant les start-ups butent presque toujours sur un plafond de verre : financement au-delà de 10 M€, stratégie de sortie, capacité à recruter rapidement, accès aux commandes publiques et confiance des grands comptes… Certes, il y a déjà quelques exemples de réussites comme Business Objects, Criteo ou BlaBlaCar, mais il en faudrait beaucoup d’autres pour que le monde nous regarde différemment.

Conférence G9+ Lundi 13 avril à 18h30

Quelles sont les bonnes pratiques pour dynamiter ce plafond de verre ? Comment les entreprises innovantes peuvent-elles se transformer en leaders mondiaux ?

financement des start-ups : s'inscrire

start-ups
malgré les succès de Blablacar ou Criteo, peu de nos start-ups percent le plafond de verre. Le G9+ organise une conférence pour expliquer comment devenir un leader mondial

 

Pour y répondre, l’Institut  G9+ et ses partenaires l’Afdel , Cinov-IT, et Syntec Numérique réunissent une dizaine de personnalités :

Philippe Berna, Médiateur de l’innovation à Bercy
Jean-David Chamboredon, Président de ISAI Gestion, Vice-President France Digitale
• Philippe Coup-Jambet, DG de PayTop
• Alexandre Crazover, CEO de Datawords
• Maïlys Ferrère, Directrice Pôle Investissement Large Venture, BPIfrance
• Eric Forest, PDG de EnterNext
• Christine Halliot, Directrice de l’Innovation de Total
• Frédéric Mazzella, Fondateur et CEO de BlaBlaCar

Ces acteurs de l’innovation, issus du monde financier, des grandes entreprises et des startups, vont apporter leurs éclairage et expériences des trois principaux freins que sont : l’investissement, la relation client (notamment avec les grands groupes) et le développement rapide – qui nécessite d’adapter le modèle économique, l’organisation…

financement des start-ups : s'inscrire

Jean-David Chamboredon, du fonds ISAI, Maïlys Ferrère de BPIfrance et Eric Forest, PDG de la filiale du groupe Euronext dédiée à la capitalisation des PME-ETI, EnterNext, partageront leur regard d’expert de la finance. Les startups, seront représentées par des acteurs à différents stades de développement : Frédéric Mazzella, Fondateur de BlaBlaCar, acteur pan-européen leader dans le co-voiturage, DataWords, qui est en train de monter en puissance pour atteindre le seuil critique et PayTop qui est en train de le franchir.

Philippe Berna, Médiateur de l’innovation à Bercy, et Christine Halliot, Directrice de l’Innovation chez Total, témoigneront des initiatives favorisant la collaboration, voire l’innovation ouverte (open-innovation) entre les grands groupes et les start-up. Une grande partie des efforts devant se concentrer sur la levée des réticences des grandes entreprises à travailler avec des petits acteurs pour mieux créer de la valeur ensemble.

« Les start-up françaises doivent pouvoir passer le seuil critique et compter sur la scène mondiale. Tous les intervenants apporteront un témoignage opérationnel et des solutions pour dynamiter ce plafond de verre », explique Jean-François Perret, du Cycle Prospective au G9+.

Rendez-vous le Lundi 13 avril 2015 à 18:30 à la Maison des Arts et Métiers – 9 Avenue d’Iéna, 75016 Paris.

Inscription à l’événement

 

Transformation digitale : les RH au coeur du processus

Le livre marketing RH, écrit par Franck La Pinta et Vincent Berthelot, aborde le sujet du rôle des RH dans la transformation digitale et pourquoi ceux-ci doivent être au centre de la transformation de ces entreprises. Alors que le salariat se flexibilise, le rôle du RH en interne est remis en cause : ce rôle est pourtant essentiel notamment en termes d’accompagnement dans la transformation digitale de l’entreprise. Voyons avec Vincent Berthelot pourquoi et comment.

Les RH font-ils du marketing ?

Je l’espère. Je me suis associé avec Franck, celui-ci étant expert dans le marketing et moi dans les RH internes. Cela faisait un moment que nous étions discussion et l’idée est venue de la nécessité de parler de ce sujet. Les RH ont un rôle en externe avec le recrutement, mais aussi en interne.

On parle de RH 2.0 (voir cet article de Frédéric Cavazza, datant de 2007) depuis longtemps, où en est-on aujourd’hui ?

Le constat, c’est que cela tourne en rond, tout comme la transformation de l’entreprise. Je pense que l’on manque à la fois de sponsors, de vision, et de pragmatisme. Beaucoup de responsables ont peur du changement et des risques qu’il comporte. La question est de savoir comment faire le premier pas.

Pourtant, même en France, on ne travaille plus comme dans les années 80. Les choses évoluent naturellement.

Oui, par exemple, les personnes travaillent avec leur Smartphone et leur tablette en dehors de leur temps de travail et ont des relations avec la hiérarchie qui sont différentes, mais cela n’est pas vraiment pris en compte par l’organisation, et l’on a des tensions qui se créent. Des tensions avec les syndicats, mais aussi des tensions avec les salariés car les managers ne sont pas formés, ne connaissent pas nécessairement le digital, de même que les employés. Sans accompagnement des RH, on risque d’avoir un problème.

droit à la déconnexion
Le rôle des RH est aussi d’accompagner l’entreprise à travers sa transformation digitale et toutes ses conséquences, comme le droit à la déconnexion, défendu par les syndicats.

Il existe un débat autour de l’annualisation du temps de travail ce qui crée un conflit avec les syndicats.

On voit par exemple le forfait cadre qui commence à être interrogé : un cadre est-il corvéable à merci ? Il y a également le droit à la déconnexion sur lequel la CGT a été en pointe. Il y a une porosité de plus en plus importante entre le privé et le professionnel : on est au travail, on va regarder ses mails perso, et inversement, on est on est chez soi, et l’on va regarder ses mails professionnels etc. On pense que cela est réservé aux jeunes, mais cela touche tout le monde. Il y a également une demande de télétravail, après avoir patiné en France, il est en train de se développer et de changer la donne. Beaucoup d’entreprises passent au télétravail. Les choses sont en train de changer.

Certains annoncent même à terme la fin du salariat.

C’est possible. Les CDI à l’embauche représentent entre 6 et 8 %, le reste étant majoritairement composé de CDD (voir cet article du Figaro). Les CDI qui sont signés dépassent rarement une année et il y a de plus en plus de statuts types auto-entrepreneur : on externalise de plus en plus. La question de la fin des RH se pose également : s’il n’y a plus employé, à quoi servent les RH ? À mon avis, et comme développé dans ce livre, ils servent à bien des choses, et en particulier à avoir une performance économique et une performance sociale. Cette question aurait paru absurde il y a quatre ou cinq ans, mais si l’on est lucide cela reste une vraie problématique.

Les RH ont aussi un rôle à jouer dans la transformation digitale.

Absolument, c’est presque une guerre à celui qui sera plus digitale que l’autre entre la communication, le marketing, les RH etc. Mais la question n’est pas là, la question est de savoir comment changer le quotidien des salariés et des managers, comment travailler différemment, avec les salariés, avec les partenaires etc. pour beaucoup, rien n’a changé. Cette transformation digitale est pour l’instant très superficielle. Prenons l’exemple de l’entretien d’appréciation : l’entretien d’appréciation reste pour la plupart du temps focalisé sur la performance individuelle. Il serait temps de mettre l’entretien d’appréciation aussi au niveau du collectif, du transversal. La performance, c’est aussi un travail d’équipe.

Il reste également beaucoup de travail à faire sur des choses déjà bien établies comme l’usage de l’e-mail…

Il faut revoir tous les processus : nous sommes avant tout sur des process RH, mais il faut revoir chacun des process en se posant la question « qu’est-ce que m’apporte le digital sur ce processus ? », revoir les façons de travailler. Aujourd’hui quand on va au travail, on allume son ordinateur et la première chose que l’on consulte c’est sa liste de mails, pas son réseau social ni son intranet. Il faut faire en sorte de faciliter la vie au travail des salariés.

Il faut peut-être davantage se focaliser sur ce que les gens peuvent retirer du RSE, plutôt que de les forcer à l’utiliser et se poser la question de savoir pourquoi cela ne marche pas ?

Ce serait un bon début, beaucoup de communication est faite, beaucoup de moyens sont mis en œuvre, puis on s’étonne qu’il y ait de la résistance. Personnellement, je n’ai pas envie qu’un rouleau compresseur du digital me roule dessus ! J’ai envie que l’on me propose certaines choses qui peuvent par exemple me permettre de travailler chez moi mais en étant toujours considéré comme productif par mon manager : il faut prendre en compte à la fois les métiers, les personnes et voir en quoi on peut être utile dans cette consommation digitale.

Comment gérer l’hyperconnexion ?

Couramment dénoncée comme l’un des grands maux du siècle, l’hyperconnexion fait de plus en plus parler d’elle : en témoigne la prolifération exponentielle de mails qui s’accumulent tous les jours dans nos boîtes mail. La sociologue Catherine Lejealle enquête sur ce phénomène depuis 2003 et a récemment écrit un livre à ce sujet : J’arrête d’être hyperconnecté ! Réussissez votre détox digitale, 21 jours pour changer. En se laissant envahir par l’hyperconnexion, on finit à la fois par perdre le sens de son travail et ne pas laisser à notre cerveau un temps de repos nécessaire, ce qui conduit inévitablement au burn-out. D’où l’importance de garder un cap et de gérer ses terminaux en sachant parfois les ignorer. Voici quelques conseils prodigués par Catherine Lejealle.

hyperconnexion
L’hyperconnexion fait désormais partie de notre quotidien : attention toutefois au burn-out latent qui peut se manifester si l’on ne se débranche pas de temps en temps de la technologie.

L’hyperconnexion est à la fois un problème pour l’entreprise et pour le salarié. Quels sont ces problèmes ?

Pour l’entreprise, c’est le fait que le salarié passe un certain nombre d’heures à surfer sur les médias sociaux à des fins personnelles, mais aussi le phénomène du BYOD (bring your own device) où le salarié estime qu’il a des outils personnels bien plus efficaces que ceux fournis par l’entreprise. Il apporte donc ses propres outils, ce qui perturbe toute la partie DSI qui a des outils de travail hétéroclites à gérer. Côté salarié, ces conséquences sont insidieuses : on ne se rend pas compte que progressivement, on a laissé se sédimenter de multiples usages qui prennent du temps et qui fragmentent l’activité. Depuis 2003, on constate l’arrivée d’un petit burn-out où les salariés sont interrompus toutes les 5 minutes, ce qui fait qu’à la fin de la journée, les salariés interrogés ont l’impression de passer leur journée à répondre à leurs mails. Il ne faut pas oublier que notre cerveau est fait pour travailler en mono tâche, en immersion. Face à tout cela, on a l’impression que le salarié est totalement démuni, alors que beaucoup de solutions sont à sa disposition :

  • La première est de s’organiser des plages de travail en immersion, en laissant s’accumuler les mails, SMS, tweets etc. Puis se laisser un quart d’heure pour répondre à ces sollicitations, avant de repartir en immersion.
Matrice_Eisenhower
La matrice d’Eisenhower permet de classer les tâches à effectuer en fonction de leur importance et de leur urgence.
  • Une fois ces mails « to do » triés, il faut les réorganiser selon la matrice de Eisenhower, en fixant les priorités (urgence / importance).
  • Le traitement des mails : il faut trier dès le départ ceux qui nous concernent réellement et qui appellent une action, et ceux qui sont des mails de « reply all » internes qui ne nous concernent pas réellement.
  • Constituer sa liste de choses à faire en début de journée pour se donner un cap, et ne pas se laisser interrompre avant d’avoir terminé les tâches de cette liste.
  •  Il y a également une solution très simple pour remédier à l’hyperconnexion : se voir en face à face pour résoudre ses problèmes et non pas par mail… C’est parfois plus simple de toquer à la porte de la personne concernée et résoudre le problème autour d’un café. Mais les gens aiment avoir des traces écrites et s’en servent comme protection, d’où cette prolifération exponentielle de mails.

 

Il faut également savoir refuser la priorité aux autres…

Il ne faut pas que son agenda dépende des autres : d’où notamment la nécessité d’identifier quelques pollueurs qui génèrent beaucoup de stress et d’énervement. Il faut aussi apprendre à recadrer ceux-ci. Ils ne sont généralement pas beaucoup mais utilisent différents canaux pour relancer en cas de non-réponse. Finalement, se montrer disponible, c’est aussi prendre une responsabilité qui ne nous incombe pas forcément. En répondant par plage horaire, on fournit également des réponses plus précises et professionnelles car on maîtrise le dossier, alors qu’en se lassant interrompre, on peut parfois donner une réponse qui n’est pas la meilleure.

L’hyperconnexion est-elle forcément mauvaise ?

L’hyperconnexion est arrivée insidieusement, et progressivement, on a accumulé 6,5 écrans chez soi car les connexions internet sont illimitées et de très bonne qualité. On a donc partout des objets de tentation pour se connecter et on a perdu l’habitude de méditer, fermer les yeux, se détendre, et dès que l’on a un moment pour se vider l’esprit, on va immédiatement regarder son compte Twitter et se sur-stimuler. On ne se rend pas compte que cela nous fatigue et que l’on pourrait faire des lectures continues (par exemple lire un article sur Wikipédia) qui fatiguent beaucoup moins. Car l’hyperconnexion saccade et fragmente, et au final épuise.

Comment va évoluer cette hyperconnexion dans les prochaines années ?

Depuis 12 ans, on a vécu l’évolution du mobile : les salariés se plaignaient de harcèlement lorsqu’on les appelait hors des horaires de travail. Aujourd’hui le mobile sert très peu, contrairement au mail, même si certains peuvent ressentir de la fierté à recevoir de nombreux mails tous les jours, signe qu’ils sont au centre du système. On constate également aujourd’hui l’arrivée d’un deuxième écran au travail : on travaille désormais avec un ordinateur plus un smartphone ou une tablette. Le télétravail aura également un rôle, dans une organisation qui sera de plus en plus flexible. Dans cette tendance, les outils de partage comme dropbox sont de plus en plus utilisées en entreprise.