5 tendances majeures pour le futur de l’informatique (IT) et du Web – #blogbus

imagele Orange blogger Bus Tour, dont je suis l’organisateur pour le compte d’Orange en tant que directeur de l’Internet et des médias sociaux, s’est arrêté à San Francisco le 17 septembre alors que la journée complète était hébergée par notre bureau d’Orange Silicon Valley. (article écrit à l’origine pour mon blog professionnel : live.orange.com)

Georges Nahon, directeur du centre, nous a gratifiés d’un discours particulièrement visionnaire dans lequel il a partagé son analyse vis-à-vis du monde de l’informatique en général et de la vallée en particulier. Je commencerai ce résumé de la présentation de Georges en détaillant ses conclusions. Comme je le fais d’habitude, j’ai pris des notes détaillées du discours disponibles en Anglais depuis un lien situé à la fin de cet article. S’il y avait une seule chose à retenir de ce discours, c’est que le Web est partout et dans tout ce qui va arriver dans le futur. Voici quelque chose que les acteurs établis, pour citer Georges Nahon, n’aiment guère. Toutefois, il a insisté sur le fait que ce ne serait plus le même Internet que celui que nous connaissons aujourd’hui.

Facebook sera « Yahooé » !

Les médias sociaux ont connu une passe difficile cet été avec la désormais célèbre introduction en bourse de Facebook, surnommée dans la vallée « IPOcalypse », IPO signifiant « It’s Probably Overpriced » ajouta avec facétie Georges Nahon. Cependant, les Européens ont tort d’interpréter cette problématique boursière comme la fin des médias sociaux nous a expliqué Georges. Les médias sociaux sont là pour rester, et au-delà de cet incident boursier, ils changeront tout ce qui existe sur le Web, même si Facebook lui-même sera probablement « Yahooé » a ajouté Georges.

Mais ce qui est inquiétant et qui était détaillé dans son discours, c’est que ce selon son analyse, à côté du World Wide Web que nous connaissons, un nombre croissant de d’entreprises, dont Amazon, créent un « Web parallèle non recherchable » qui ressemble très fort à la fin du Web tel que Chris Anderson l’avait annoncée dans Wired il y a quelques années. Je pense que Georges a raison en ce sens, il y a une problématique croissante de neutralité du Net qui est finalement sacrifiée sur l’autel, en apparence, de l’expérience utilisateur. Le temps nous le dira, mais ceux-ci sont en effet des signes inquiétants.

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[Georges Nahon – Photo live.orange.com Y Gourvennec]

5 tendances pour le futur de l’informatique (IT) et du Web

Voici mon résumé des cinq tendances du futur de l’informatique selon Georges Nahon :

1. toute la high-tech sera mobile : « Twitter est une entreprise mobile first » et c’est pour cela qu’elle se développe, Georges Nahon a-t-il expliqué, « Facebook ne l’est pas et c’est pour ça qu’elle souffre ». 10 % du trafic Internet est le fait du trafic mobile. Au-delà de ce chiffre cependant, il faut noter que 25 % des utilisateurs américains utilisent uniquement le mobile pour surfer, mais que ce nombre en Égypte monte à 70 %, et à 60 % en Inde ! De même, 68 % des utilisateurs américains rangent leur mobile sur la table de nuit quand ils dorment !

2. : par défaut, le Web est social : et le Web social rencontre le Web mobile (plus de 50 % des smartphones se connectent à Facebook). Le social graph (Facebook), le interest grap^h (Twitter) et le influence graph (Klout) sont les nouvelles frontières du Web et « elles sont là pour rester… et pour longtemps fermer » ajouta Georges. Pour beaucoup, Facebook est le nouveau Web (« trouvez nous sur Facebook, suivez-nous sur Twitter…). Quel est le futur des moteurs de recherche ? Ce futur est social et à la fois Google et Microsoft travaillent sur ces points… « Et la recherche sur Facebook va également arriver très vite » ajouta Georges Nahon.

3. un autre Web : en même temps, alors que le développement sur le Web traditionnel se ralentit, Apple, Amazon, Facebook et Google continuent de développer leur « Web parallèle non recherchable » comme l’a appelé Georges Nahon.

4. le nuage comme nouvelle frontière : « les nouveaux acteurs du Cloud sont Amazon, Zynga, RackSpace et même des gens comme Google furent pris par surprise » a dit Georges Nahon. Mais il y a même des entreprises encore plus nouvelles dont vous n’avez jamais entendu parler (sauf si vous lisez ce blog bien-sûr !)comme blue-jeans, Alfresco, Joyent et bien plus. La croissance explosive des données est également en passe de forcer les entreprises à développer des solutions pour comprimer ses données. Et « la prochaine grande tendance n’est pas le software, c’est la donnée » conclua Georges Nahon sur ce sujet.

5. toute la vidéo sera sur le net : la plupart des acteurs dans ce champ viennent du monde de l’Internet, non du monde des médias. « Nous pensons que le futur de la TV sera le streaming » a dit Georges Nahon. Il y a plus d’innovation que jamais dans ce domaine a-t-il dit. Il a ajouté également que le concept de la Smart TV qui utilise les applications sur l’écran n’était pas véritablement convaincant. « Time Warner voient leur futur dans les applications mais une autre tendance c’est la télé sociale » (décrite par Georges comme « un descendant de la télé interactive qui n’a jamais fonctionné ». 85 % des possesseurs de tablettes utilisent leur appareil en regardant la télé ajouta-t-il. Que font-ils ? Ils utilisent les médias sociaux et les sites sociaux comme Zynga, ils recherchent sur Internet, ils vont même sur Craigslist (un vieux survivant de la vague 1.0) si l’on en croit Nielsen.

Pour les notes exhaustives de cette présentation, veuillez-vous référer à mon article original en Anglais.

conférence y-a-t-il une malédiction des start-ups ?

On connaît la malédiction des Pharaons, délicieusement croquée par Hergé (par Incas interposés) dans les 7 boules de Cristal. Mais qu’en-est-il des start-ups ? C’est le sujet d’un nouveau livre intitulé «La Malédiction des Start-up» de Guy Jacquemelle, aux éditions Kawa. [transparence : Guy Jacquemelle est un collègue d’Orange et Kawa est mon éditeur] et d’une conférence qui a lieu le vendredi 19 octobre aux jardins de l’innovation38 Rue du Général Leclerc, 92130 Issy-les-Moulineaux de 12h00 à 13h00.

Tout le monde connaît l’histoire de Steve Jobs et de ses nuits entières passées dans son garage à Los Altos en Californie à créer Apple. Tout le monde connait l’histoire de Mark Zuckerberg, qui a quitté Harvard en pleine année ‘sophomore’ pour mener à bien son projet Facebook. Bill Gates (Microsoft) et Evan Williams (Twitter) ne sont pas non plus des inconnus au bataillon Mais les noms de Paul Allen, Eduardo Saverin, Steve Wozniak ou encore Noah Glass vous disent-ils quelque chose ?

Les connaisseurs sauront qu’il s’agit là des premiers amis et associés des quatre plus grands noms de ces trente dernières années dans le domaine de la high tech. Tous ont en commun d’avoir été présents aux côtés des génies cités un peu plus tôt au début de leur aventure, mais aux abonnés absents aujourd’hui, alors que Facebook, Twitter, Microsoft et Apple prospèrent aux quatre coins du monde.

Que sont devenus ces comparses de la première heure ? La mutation d’une start-up en une multinationale est-elle incompatible avec une amitié entre deux collaborateurs ? Guy Jacquemelle, responsable du service « My Friends » au sein de la Division NAC (Nouvelles Activités de Croissance) chez Orange, tente à travers son ouvrage «La Malédiction des Startups» d’apporter quelques réponses à ces questions, et analyse les comportements et les désaccords qui ont finalement poussé ces pairs à se scinder.

Le vendredi 19 octobre prochain, Guy sera au grand amphithéâtre des Jardins de l’Innovation pour présenter son bouquin et répondre aux nombreuses questions du public. En attendant, je vous invite à acheter le livre aux éditions Kawa et à découvrir les petits secrets de nos amis milliardaires…

la place des médias sociaux en entreprise : SMI conference – Marrakech

SMI

I Je prendrai part ) la prochaine conférence Social Media Impact conference qui aura lieu à Marrakech les 11 et 12 octobre. Voici une interview que j’ai réalisée pour le compte des organisateurs et dans laquelle je donne une introduction à ma présentation (slides en Anglais, mais la présentation sera donnée en Français par courtoisie envers les participants francophones, majoritaires dans l’auditoire). A la fin de cette interview vous trouverez l’enregistrement vidéo correspondant, réalisé en Français. La version anglaise est disponible sur mon blog anglais.

Les médias sociaux en entreprise, avec Yann Gourvennec

Quelle est la place des médias sociaux en entreprise aujourd’hui ?

Elle est complètement différente de celle qui était la sienne il y a six ans car on rentre aujourd’hui dans une phase de maturité. Dans un projet médias sociaux il y a trois phases importantes :

  • le déclenchement : on prouve le concept, on démontre que ça vaut le coup de faire les médias sociaux.
  • le développement : on monte en charge, on augmente le nombre d’utilisateurs et on amplifie la conversation, tout en gardant en tête qu’il y a une partie organique dans cette croissance. Faire de l’acquisition à l’extrême ne sert pas à grand-chose…
  • la structuration : on commence à parler de choses qui peuvent peut-être en fâcher certains comme les processus, l’organisation, savoir comment on travaille ensemble correctement et aussi de façon indépendante des personnes.

Avec le développement et la portée grandissante des médias sociaux, est-ce qu’une compagnie peut survivre aujourd’hui sans les médias sociaux ?

Si vous vendez des vaches en plastiques, il y a peu de chance que vous deveniez le roi de Twitter… Par contre, il y a beaucoup plus de produits intéressants qu’inintéressants, et donc si vous êtes comme nous dans les télécoms et dans le high tech, ou dans un secteur grand public ou de la consommation, il y a de fortes chances que vous soyez obligés d’aller la où sont vos clients. Là en l’occurrence on est au Maroc, au Maghreb, où l’utilisation des médias sociaux est en augmentation exponentielle. En ce qui me concerne, la Tunisie et le Maroc sont parmi les pays qui sont le plus en avant sur Facebook.

En tant que compagnie, comment fait-on pour savoir quel réseau social est le plus adapté au message que l’on souhaite faire passer ?

Dans cette présentation, je vais revenir sur cette notion de message, car c’est quelque chose de très traditionnel dans la communication. On a un message, ou ‘la bonne parole’, qu’on essaye de diffuser à un maximum de gens : c’est de l’information que l’on pousse aux gens que ça leur plaise ou non. C’est la démarche antique et traditionnelle qui est complètement antinomique de la façon dont fonctionnent les médias sociaux donc je vais challenger cette notion. On va aussi voir les outils qui nous permettent de choisir notre tactique par rapport à différentes stratégies marketing. Je distingue bien la tactique, rendue possible par les outils, et la stratégie, orientée sur ce que fait l’entreprise pour ses clients en termes de produits. Donc je reviendrai sur une dizaine de business cases du monde entier (Espagne, France, etc…) y compris des choses très récentes, voire même des choses qui ne seront pas encore complètement lancées.

Quels sont les dangers de l’utilisation des médias sociaux en entreprise ?

Le premier danger, c’est de ne pas y être et de passer à côté de la distribution. Le deuxième danger c’est d’y être, mais de ne pas être assez présent, impliqué. C’est-à-dire qu’il faut répondre à toutes les questions et être organisé. Quand on est dans une entreprise comme Orange, où il y a énormément de clients, mais aussi beaucoup d’employés, ce qui rend les choses plus complexes que dans une PME par exemple, cela oblige à avoir de l’organisation et des processus.

Comment voyez-vous l’avenir des médias sociaux en entreprise ?

Je vois des choses très importantes se profiler à l’horizon. On n’a pas fini de voir des changements, des bouleversements dans les quelques mois et années qui viennent. On va assister à un renforcement de la structuration et à l’importance grandissante de la gouvernance au niveau de la gestion. On va également monter en charge en termes d’utilisation et l’ouverture des médias sociaux en entreprise va d’ailleurs créer un enjeu énorme en termes de formation et d’accompagnement. C’est là où va se trouver l’importance des changements dans les mois qui viennent.

http://www.dailymotion.com/video/xtnj4i_fr-les-medias-sociaux-en-entreprise-conference-smi-marrakech-11-octobre-2012_tech

interview : SMI conference en Français

Gérard Mermet : « la crise en France n’a pas commencé en 2008 »

La lecture du jour …

Photo DR – Gérard Mermet

Est celle de l’article de François Laurent sur son blog Marketing is Dead à propos de la 14ème édition de la Francoscopie de Gérard Mermet. Pour la génération ‘restaus du coeur’, la crise n’est pas une découverte. Je me souviens pour ma part d’une inflexion très nette amorcée dès 1976, puis l’arrivée de Raymond Barre au pouvoir et l’instauration – déjà – de la « rigueur ». 14 éditions de la Francoscopie plus loin, François interviewe Gérard Mermet sur les Français et leur sinistrose … où même les médias sociaux ne servent qu’à se donner une illusion d’amitié.  Préparez vos mouchoirs : 

Un (bon) quart de siècle de Francoscopie : Marketing Is Dead

Gérard Mermet, tout le monde le connait comme Monsieur Francoscopie même si sa bio est nettement plus vaste – il est notamment membre du Conseil Scientifique de l’Adetem, et comme il est un redoutable débateur, cela enrichit fortement nos échanges.

Petit entretien à l’occasion de la sortie de 14ème édition d’un livre culte.

MarketingIsDead : Tu en es à la 14ème édition de Francoscopie depuis 1985 : 1985, c’était le début des Restaus du Cœur et pour bien des Français, le début d’une descente aux enfers. Alors, 1985 / 2012, même combat.

Gérard Mermet: La crise, pour les Français, n’a pas commencé avec le scandale des subprimes en 2008; elle a démarré bien avant dans les esprits. Cela fait pas mal d’années que je réalise des enquêtes qui font apparaître un pessimisme récurrent et record. Il s’appuie sur le sentiment d’un déclin collectif et d’un appauvrissement individuel, et sur une grande méfiance à l’égard des acteurs de la société. La « réalité » n’était heureusement pas aussi sombre, surtout en ce qui concerne le pouvoir d’achat, qui a augmenté sensiblement (en moyenne) au cours cinq des dernières décennies.

Mais la courbe s’est désormais inversée et cela devrait durer quelques temps. La situation n’est cependant pas du tout comparable à celle de 1985. Les indicateurs économiques et sociaux sont presque tous au rouge : croissance; commerce extérieur; déficits; endettement; chômage; confiance en l’avenir, cohésion sociale, etc.

Chacun sent qu’il faudra beaucoup de temps pour résorber tout cela; mais le consensus global est mis à mal dès lors qu’il s’agit de participer à l’effort collectif. Car il manque un ciment commun pour rendre cela possible.

via Un (bon) quart de siècle de Francoscopie : Marketing Is Dead.

TedxParis : Scientisme contre humanisme, jusqu’où l’innovation peut-elle repousser la limite ? – #tedxparis

Que nous réserve le futur ? « 2012 – 2030, ligne de mire », tel était le thème du remarquable cycle de conférences du Tedx Paris de 2012, organisé de main de maître par Michel Lévy Provençal, avec 17 intervenants de très haut niveau. « Ligne de mire » étant un titre particulièrement bien choisi, sous forme de métaphore guerrière, il préfigurait une bataille entre scientisme et humanisme, remarquablement résumée à la fin de la présentation par le blogueur/comédien Vinvin. En sera-t-il de même en dehors de la scène de l’Olympia, sur le terrain qui nous mène à 2030, et dont nous sommes séparés d’à peine 18 ans ? ! C’est peut-être oublier « ô combien compliquée et imprévisible est la mécanique de la vie ». Kurt Vonnegut, s’il n’était décédé, aurait dû être invité lui aussi. [note: invité en tant que représentant d’Orange et partenaire de Tedx, ce compte-rendu est néanmoins un rapport personnel et non officiel – la version originale de ce billet a été écrit pour live.orange.com]

« Everything must have a purpose? » asked God.
« Certainly, » said man.
« Then I leave it to you to think of one for all this, » said God.
And He went away.”
Kurt Vonnegut, Cat’s Cradle

imageImaginer le futur n’est pas chose facile (voir à droite : sortie à l’Opéra en l’an 2000 de Robida). Beaucoup s’y sont essayés, peu ont réussi. Mais il y a des exemples marquants d’hommes et de femmes qui ont imaginé des choses impossibles et que les humains ont réussi à réaliser quand même : Jules Verne et son Nautilus a préfiguré les sous-marins, Hergé a inventé l’exploration lunaire alors qu’elle était impossible et semble avoir été copié par la NASA un peu plus de 10 ans plus tard…

le caractère auto prophétique de l’innovation

Ce sont ces rêves devenus réalités qu’a décrit Thomas Pesquet, astronaute à l’ESA qui nous prédit un voyage habité sur Mars dès 2035. Je n’en serai pas. Ouf ! 3 ans de voyage en conserve, ce n’est pas pour moi. En substance, il nous a expliqué qu’on ne savait pas comment faire pour y arriver aujourd’hui, mais qu’on finirait bien par trouver des solutions.

Thomas Pesquet sur le site spacefacts.de
Thomas Pesquet sur le site spacefacts.de

C’est aussi ce qu’ont annoncé Ariel Fuchs, autoproclamé « mérien » (et non terrien), qui lance avec l’architecte français Jacques Rougerie, l’océanographe Jacques Piccard et le spationaute Jean-Loup Chrétien un projet nommé Sea Orbiter, un vaisseau vertical de 50 m, dont 29 au-dessous de l’eau, qui va « dériver sur l’océan » afin d’implanter une station de recherche sous-marine ; celle-ci permettra de « découvrir de nouvelles espèces et de faire des avancées technologiques dans les domaines de la pharmacologie, de la santé, de l’alimentation, des ressources minérales » etc. etc. C’est 20,000 lieues sous les mers devenues réalité.

Ce caractère itératif et auto prophétique de la recherche et de l’innovation a été confirmé par un remarquable présentateur franco-japonais résidant aux Pays Bas : César Harada. Mu par le désir de nettoyer les océans, il conçoit avec ses équipes des bateaux révolutionnaires dont les améliorations techniques pourraient aller bien au-delà de son projet initial. Ces bateaux « mous » qui résistent aux vents les plus défavorables évitent les obstacles plus tardifs pourraient vous donner aussi le mal de mer…

le côté obscur de la force : vivre jusque 1000 ans ! ?

Cependant, ce côté auto prophétique peut parfois laisser la place à une autre vision du monde, bien différente de ces présentations d’ingénieurs enthousiastes. C’est quand cette vision d’un futur change le vivant, et vise « l’immortalité ». C’est le sentiment que j’ai eu en écoutant bon nombre de scientifiques présents lors de ce Tedx Paris et notamment Fabrice Chrétien, chercheur à l’institut Pasteur, spécialiste de la cellule souche, et Laurent Alexandre, chirurgien. Certes, comme tout le monde, je souhaite que la santé de tous s’améliore, notamment celle des gens frappés de maladies aujourd’hui incurables. Mais où est la limite ? Certes, le cancer est une calamité, personne n’est à l’abri, moi comme vous, mais où s’arrête la vie et comment la mort pourrait-elle disparaître ?

Les deux scientifiques se sont livrés à une surenchère scientiste qui nous a décrit un monde où il n’y a plus de limites : « ma conviction personnelle est que certains d’entre vous (en s’adressant à la salle) vivront jusque 1000 ans ! » A dit Laurent Alexandre. J’ai senti comme un frisson d’épouvante traverser la salle … Et pourquoi pas 2000 ans ?

Sans oublier les délires d’hommes bioniques décrits par Fabrice Chrétien, où les cellules s’auto réparent et où on fabrique des « morceaux d’hommes ». Effrayant, même si je ne comprends pas tout. Qui en outre, aura droit à ces « traitements de faveur » ? Les riches, les dictateurs ?

 

Cette description d’un monde où la science, technicisée à l’extrême devient un moyen de repousser toute limite, me fait froid dans le dos. « C’est le mythe de la tour de Babel » a fustigé Miguel Benasayag, philosophe argentin, ex opposant au régime des militaires et « Guévariste ». Sans partager ses idées révolutionnaires, ni son admiration pour cette idole, il nous a remis les pieds sur terre, en nous rappelant que c’était la limite qui créait la liberté : « Si tout est possible, rien n’est réel » a-t-il ajouté !

C’est pour moi la leçon de cet après-midi passé à rêver l’avenir : rêves d’amour, avec Yann Dall’aglio, qui place la tendresse comme futur de l’homme et du couple ; rêves de fermes urbaines d’Augustin Rosenthiel, improbables mais ô combien poétiques ; rêves de justice et d’humanité de Céline Bardet (« nous avons tous une graine d’humanité » en parlant d’un bourreau de la guerre de Bosnie) ; rêves d’amour, de courage et de pédagogie de Lydie Laurent, mère d’un enfant autiste qui a réussi à le faire parler et à le scolariser malgré un lourd handicap (séquence émouvante lorsque l’enfant est monté sur la scène) ; et enfin rêves d’optimismes d’Anjuli Pandit, cette jeune indienne à la conquête du monde qui nous incite à en faire autant.

Icare se brûlant les ailes …

Plus que jamais, l’avenir se jouera entre ces deux tendances, humaniste et scientiste, où l’homme sera soit mis soumis à une technique toute-puissante, où les médecins « ne toucheront même plus leurs patients » soit il sera capable de guérir et de faire progresser par l’humain.

Vous avez compris dans quel camp je me range, Icare en volant trop près du soleil a vu fondre ses ailes de cire ! Merci à TedX de nous avoir rappelé cette leçon issue de l’Antiquité.

[image : la chute d’Icare par Peter Bruegel l’ancien (détail)]