innovation ou rénovation ? le 21ème siècle est-il vraiment si innovant ?

eye-largeSuite de notre précédent article pour le compte de l’Adetem en amont de la 8e édition de la nuit du marketing, marquée par une innovation, celle du prix de l’excellence marketing auquel nous participerons en tant que membre du jury, avec nombre d’autres blogueurs. Revenons donc à l’innovation proprement dite et un 2e billet sur l’innovation marketing. Cette fois-ci encore je m’en tiendrai à mon sujet de prédilection, l’innovation high-tech. Après le chapitre introductif, nous avons vu qu’il fallait en matière d’innovation technologique et savoir se hâter lentement. Je voudrais poursuivre avec une idée assez provocatrice, quitte à bousculer un préjugé bien établi qui voudrait que nous soyons au siècle de l’innovation, que notre environnement est en perpétuel changement, et que l’innovation est au cœur de notre vie.

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La 2e question de nos amis de l’Adetem consisté à mettre en exergue une innovation qui m’a frappé en 2013. Je voudrais remonter un cran plus haut, et me poser la question de savoir quel est l’impact, et l’ampleur des innovations qui nous occupent tous les jours sur Internet ou ailleurs. Vais-je jeter mon dévolu sur Google glass, dont les débats remplissent blogs et journaux ad nauseam depuis au moins le début 2013 ? La nouvelle version de IOS7 ? La nième tentative de tablettes hybrides pour concurrencer Apple ? Probablement pas.

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Légende : vers 1899, un ingénieur allemand gèle artificiellement la Seine pour permettre le creusement du tunnel du métro vers St Michel au niveau du pont au change préfigurant ainsi le Ice Nine du livre Cat’s Cradle de Kurt Vonnegut en 1963. En 2013, la ligne 4 du métro vient de se prolonger d’1 station au-delà du périphérique ; il a fallu près de 4 ans pour la construire.

Google glass, IOS 7 etc. sont à l’innovation ce que CNN est à l’information journalistique : ça bouge, ça remue, ça change tout le temps, mais on ne comprend rien. Et il y a fort à parier que les lunettes Google finissent au rebut de l’innovation, voire même à l’index des tribunaux (se pourrait-il qu’il s’agisse d’un accessoire d’espionnage, d’aucuns pourront le penser, même si on a vu plus discret ; à juger comment je me fais régulièrement agresser dans la rue car je prends des photos, tout en faisant bien attention à éviter les personnes, alors que la paranoïa fait rage… Attendons donc 10 ans !)

Le siècle de l’innovation ou de la futilité ?

Quant à IOS 7, je ne vois pas trop à quoi peut servir de commenter, comme je l’ai vu, sur la qualité graphique de l’icône de setup. N’y a-t-il pas des choses plus importantes ? L’innovation de ce fameux siècle innovant se résume-t-elle à la qualité d’une icône. Le XXIe siècle est donc probablement bien vide pour monopoliser l’attention de millions de gens sur des choses si futiles.

Le XXIe siècle, soyons provocateur, n’est probablement pas le siècle de l’innovation.

Celui-là, est arrivé il y a 200 ans, quand tout ou presque était à inventer, quand les hommes ont tout découvert et développé, les déplacements sur terre, sur rail, dans les airs, et même la mécanisation au travers des premiers métiers à tisser, qui ont donné déjà lieu aux premières manifestations d’opposants aux changements technologiques, celle des Luddites. Tout a été inventé à cette époque-là. Même la dégradation de l’environnement, l’industrialisation, la mécanisation, jusque dans ce déluge de fer, de feu et de sang de la guerre 14, et même l’exode rural (notre village d’Ariège s’est vidé dès 1900).

Si le XIXe siècle a été le siècle de l’innovation, le XXe siècle, a été celui de la modernité, de l’industrialisation, de la mécanisation et de l’automatisation à outrance. Toutes les innovations du XIXe siècle y ont été agrandies, améliorées, renforcées, développées… sous la poussée de 3 guerres qui, au travers de leur macabre recherche de l’efficacité, ont poussé l’innovation (j’inclus 1870 qui est déjà annonciatrice de la guerre moderne, cf. la débâcle de Zola). Remarquez que je n’ai pas dit progrès.

La R&D ne fonctionne plus… quoi d’étonnant à cela ?

Le XXIe siècle, lui, est le siècle de la parabole (au sens du réseau, mais aussi au sens du symbole, de ces analystes symboliques que nous sommes devenus) et de l’hyperbole ; de l’excès et de la massification (cf. l’hypermodernité de Lipovetsky). L’innovation n’y est plus fondamentale, elle y est utilitaire, pratique et massive. Alors, quoi de surprenant, comme nous le dit Pierre Yves Chaltiel que la R&D ne fonctionne plus. La R&D est affaire d’assemblage, d’ « intégration » (au sens informatique du terme), et le Marketing de l’innovation est donc de plus en plus un marketing de projets. Scott Berkun conseille aux innovateurs, de ne jamais utiliser le mot d’innovation; c’est vrai qu’il est pratique car il permet se raccrocher à quelque chose, mais ce terme n’a pas beaucoup de signification intrinsèque. Il exprime dans cet article que le véritable innovateur parle de nouveaux produits, de projets, de jalons, mais il ne perd pas de temps avec des concepts abstraits. Quoi d’étonnant ainsi à ce que les marketeurs qui réussissent soient de bons chefs de projets ?!

Le siècle de la massification

idea-visionary-marketingLe XXIe siècle n’est pas le siècle de l’innovation, c’est le siècle du perfectionnement et de la masse. La véritable différence, c’est la montée en charge et l’impact des masses touchées par cette révolution digitale.

D’ailleurs, nous ne devrions plus parler d’innovation, mais de rénovation peut-être. Alors, si je ne devais prendre qu’une innovation high-tech à titre symbolique, ce serait une méta innovation celle du Cloud computing, aboutissement de 20 ans de tâtonnements, sur les réseaux et de déplacement du monde logiciel vers le tout numérique et tout connecté ; il faudra attendre probablement encore 5 ans au-moins pour atteindre l’état suprême du ubiquitous computing, celui où nos données et nos SI sont disponibles partout et en tout lieu.

C’est que le Cloud computing logiciel (SaaS) est en passe de changer non notre rapport au logiciel, mais notre rapport au monde. Voici comment se matérialise ce changement au travers de mon usage de ces logiciels. Muni d’une simple tablette connectée, 3G/Wifi, aujourd’hui, il est possible de :

  • avec Skydrive (ou Dropbox, Google drive etc.) d’emporter nos données partout ;
  • avec Cloudon (icône ci-dessus), de les modifier en tout lieu (de façon encore assez maladroite mais ça s’améliorera sans doute) ;
  • avec Slideshark, d’afficher mes cours en temps réel (là encore c’est perfectible mais on progresse) ;
  • avec WordPress, de publier et de parler au monde entier ;
  • avec Evernote, d’écrire des articles sans clavier en temps réel avec ma tablette ;
  • avec Penultimate de prendre des notes manuscrites, de les stocker et même d’effectuer des recherches ;
  • avec Paper 53 de dessiner partout et en tout lieu même dans le métro ;
  • et avec les médias sociaux, de diffuser partager les infos dans le monde.
  • etc. etc. la liste n’est pas close, adaptez-là à votre goût …

note : certaines de ces « innovations » n’ont rien de nouveau. Dès 1999, j’avais une ardoise électronique (j’en ai possédé au moins 5 de 1999 à 2007 qui progressaient régulièrement) qui permettait de prendre des notes manuscrites en mode de reconnaissance de l’écriture. En somme, il y a même eu régression technologique très nette sur beaucoup de points depuis 2000.

Entendez-moi bien, je ne fais pas la promotion ici d’une application, qui sera probablement remplacée par une autre et une autre et une autre encore. Je vous expose un mode de vie, mais aussi un mode de travailler, une façon d’interagir avec le monde et le réel, de vivre et de respirer digital à chaque moment de votre vie, c’est cela qui me fait dire que l’univers digital qui nous entoure et que d’aucuns maîtrisent avec aisance, ils sont de plus en plus nombreux, est un véritable changement de paradigme. Ce changement de paradigme change notre attitude notre rapport au monde, au travail, au temps. Voilà une véritable « innovation ». Plus qu’une simple icône. À supposer qu’ IOS 7 soit vraiment très mauvais, nos utilisateurs migreront sur un autre système d’exploitation, et il est fort à parier que ces systèmes d’exploitation n’aient plus aucune importance dans un futur assez proche de la téléphonie, et que l’intelligence se déplace, comme d’habitude, dans le réseau via Internet.

Ce changement de paradigme, je vous inviterai bientôt à le découvrir en détail dans notre prochain ouvrage, la communication digitale expliquée à mon boss, qui sortira en septembre 2013 (si tout va bien, nous avons pris un peu de retard, c’est qu’il faut relire cet ouvrage massif de près de 500 pages !).

C’est cette innovation incrémentale, aboutissement de décennies de perfectionnements qui à mon avis constitue le niveau actuel de l’innovation marketing high-tech d’aujourd’hui, bien plus que l’innovation d’une paire de lunettes … qui intégrera peut-être un jour avec force modifications notre univers, et qui rejoindra et sera englobée, dans ce cas, cette méta innovation.

Facebook innove (enfin) en publicité en suivant (encore plus) les consommateurs à la trace

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La sélection du jour…

Est cet article de business insider sur une innovation que Facebook lance dans le domaine de la publicité en ligne. Il est encore un peu tôt pour se prononcer sur la réussite future de ce nouveau service de Facebook, mais ce qui est indéniable, c’est que le géant des réseaux sociaux est en train d’innover, enfin, autour de la publicité dans les réseaux sociaux. Énième, et probablement ultime étape de la mercantilisation des réseaux sociaux, cette invention dénommée « partner categories » est en train de sonner le glas définitif du Web 2.0.

Partner categories, c’est la possibilité de, prédictivement, savoir non pas ce que vous aimez (“likez” en termes Facebook), ce qui n’a qu’un intérêt limité, mais ce que vous achetez ou allez acheter (parce que vous vous êtes renseigné sur un produit). À l’évidence, ce service va faire grincer les dents de ce côté-ci de l’Atlantique, et on peut imaginer notamment quel accueil va lui être réservé dans les pays particulièrement sensibles à la protection des données personnelles que sont l’Autriche et l’Allemagne par exemple. En France, où la proportion d’utilisateurs aux médias sociaux selon le Figaro, vient de passer les 80 %, on continuera de couiner et de râler, mais de de se laisser suivre à la trace, sans nul doute.

Ah ! le Web et ses bonnes vieilles métaphores guerrières …

Cette invention fait peur à Yahoo! (comme cela est indiqué dans l’article de business insider ci-dessous). La guerre est lancée, car le monde de l’Internet est friand de ces “guerres” : guerre des navigateurs, guerre des moteurs de recherche et des portails il y 10 ans, et maintenant guerre de la publicité. Et il n’y a pas que Yahoo! Car dans un sens, plus que Yahoo!, c’est Google qui est visé ; le champion de la publicité sur Internet. Grâce à ce nouveau système, Facebook tient enfin un moyen de concurrencer le géant américain de la publicité en ligne.

À moins que le caractère intrusif de cette personnalisation outrance n’ait un caractère plus contre-productif que productif. A voir également si le résultat de ce nouveau dispositif ne va pas finir par être stigmatisé par les utilisateurs, à la manière du retargeting, qui tend à vous proposer les produits que vous avez déjà visités en ligne de façon un peu insistante.

Ce qui est marquant ici aussi, c’est le renforcement de la tendance que nous observions déjà il y a quelque temps sur le mariage du commerce en ligne et du commerce physique. Les réseaux sociaux s’en mêlent également, c’est cela véritablement le social commerce et non pas les boutiques sur Facebook qui ont fleuri il y a 2 ou 3 ans et qui ont fait Pschitt!

Affaire à suivre donc…

Facebook Partner Categories

légende : cibler les clients sur la base de ce qu’ils achètent et non plus de ce qu’ils “likent” … (image marketingland)

Le produit anti-Yahoo! est enfin né – Business Insider

A l’Automne dernier, une source proche de Yahoo! nous a confié que Facebook était en train de travailler à un produit destiné à “nous [tuer]”.  Il nous disait :

“Il y a des rumeurs qui couvent à propos de la prochaine grosse opération qu’ils montent – un nouveau business qui viendrait concurrencer Yahoo! sur son produit publicitaire phare et qui nous tuerait”.

Ce produit est enfin arrivé. Il s’appelle “partner categories”. Il permet aux annonceurs Facebook d’afficher des bannières aux utilisateurs qui ont acheté, ou qui ont montré un intérêt prononcé pour l’achat, de catégories spécifiques de produits hors Internet : cela va des produits de grande consommation, aux voitures et au-delà. Ce nouveau produit Facebook est possible du fait d’un partenariat avec une entreprise appelée datalogix. Datalogix analyse l’utilisation des cartes de fidélité dans les magasins physiques.

Facebook est donc capable, et cela a un impact non négligeable sur la confidentialité des données personnelles, de dire qui a acheté environ 50 % de tous les produits de grande consommation vendus aux États-Unis.

Datalogix c’est aussi capable de suivre à la trace les gens qui ont donné des informations d’identification au vendeur à chaque fois qu’ils ont demandé des informations sur leurs produits.

via Yahoo-Killing Facebook Product Is Finally Here – Business Insider.

>> voir aussi l’aricle de Marketingland

5 idées du jour pour marketeurs et innovateurs

La sélection du jour …

Ce sont cinq idées que je vous propose en fonction de mes lectures et de ma veille du jour, des idées qui pourraient pour aider à lancer un nouveau projet, créer un nouveau projet, ou simplement vous divertir. Bon week-end !

Idée §1

La première idée vient de la Harvard Business Review qui vous propose ce « elevator pitch builder » un outil pour bâtir des argumentaires rapides. Simple et direct, il suffit de remplir les cases en 5 étapes :

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Idée §2

Ah qu’il est moche ! ce site bien marqué des années 1990, mais quelle bonne idée qui vous permettra, cher entrepreneur, ou marketeur, de ne rien oublier de votre prochain business plan. Une simple liste à cocher, avec des sous listes de contrôle (produit/R&D/investissements…). Simple et efficace, vous pouvez aussi en télécharger une copie PDF et vous avez même un outil interactif pour générer un plan stratégique dynamique, en remplissant les cases … et en l’adaptant après coup à votre cas particulier.

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Idée §3

Se remonter le moral et garder sa motivation en vérifiant que les grands hommes aussi ont eu des sceptiques en face d’eux

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Idée §4

S’imprégner de ces 15 conseils simples pour réussir son site Web (au cas où vous rencontreriez les esprits médiocres sus-cités, revenir à l’idée précédente)

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Idée §5

Parfaire votre boîte à outils avec SocialMedia Examiner. Il y a, comme toujours dans ces listes d’outils, à boire et à manger, mais cela permet de tester de nouvelles choses, comme Cyfe, un tableau de bord dynamique.

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« En innovation, tout est dans l’exécution » – avec Pierre Yves Chaltiel

idea-visionary-marketingSuite des notes prises lors de ma visite à Telecom Paristech du 13 juin 2013. Après la théorie, la pratique, avec cette mini-conférence donnée par Pierre Yves Chaltiel. Celui-ci a 57 ans et 32 ans d’expérience. “Avec cette expérience [il] a acquis des convictions mais pas de certitudes”. Il y a travaillé à Londres, puis chez Thales, puis chez Bull, dont il a été le directeur général avant de créer sa boîte de conseil en début 2013. Il nous livre ici ses réflexions sur l’innovation et ses conseils. Une belle leçon d’innovation avec des enseignements utiles et inspirants qui permettront au lecteur avisé d’éviter de croire que le processus peut tout faire dans l’innovation, et que l’inspiration et la motivation peut faire des miracles, notamment dans le cadre d’un objectif partagé, celui de concevoir des produits de rêve …

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Pierre-Yves Chaltiel : “de l’expérience, mais pas de certitudes”

Parcours d’un innovateur

Pierre-Yves Chaltiel a travaillé à Londres après avoir fini Supelec, puis il est revenu en France, à une époque où on « s’arrachait les ingenieurs ». Il est ensuite rentré chez Dassault (aviation) où il a travaillé sur les logiciels embarqués et toute la high-tech autour des avions de combats « dont la France est encore un des rares pays à maîtriser la constructions et la conception à peu près du début à la fin » a-t-il précisé.

Il a ensuite intégré Thomson CSF dont il a été patron de la division communication et sécurité (crypto et paiements) et mobiles et réseaux pour les militaires. Il a été président de Thales Optronics (recherches associées à la vision nocturne, la reconnaissance satellitaire etc.) puis patron de Thales aéroporté spécialisé dans les « contremesures » c’est a dire comment protéger les hélicoptères, par exempl, des menaces et les éviter.  Il a fini sa carrière dans le monde de la grande industrie, de  2010 à 2012, comme DG de Bull dans le monde de l’IT, du service et des super calculateurs.

Plus que la loi de Moore

“Le calcul est devenu une denrée rare” a dit Pierre Yves Chaltiel et “Bull est un des seuls fabricants mondiaux capable de sortir des calculateurs de plusieurs pétaflops”. De quoi faire tomber quelques préjugés ; finalement, il reste encore quelque chose de notre industrie informatique. Et la croissance est exponentielle, bien plus encore que ce qui est décrit par la loi de Moore : “le problème est que tous les scientifiques ont besoin de cette puissance de calcul mais en 2020, ils auront besoin de plus de 1000 fois plus !” Donc plus que la loi de Moore, et « nous serons capables de le faire en résolvant le plus grand défi qui est énergétique et non électronique a-t-il encore expliqué.

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Il s’est depuis le début de cette année mis à son compte en créant Quantic Move où il fait du consulting, du développement international (une grande faiblesse française a-t-il dit) et où il côtoie des entrepreneurs “ce qui est très enthousiasmant ».

Qu’est-ce qui fait l’innovation ? la mise en œuvre !

Le monde de la défense n’est pas particulier selon lui et il s’est posé la question de ce qui faisait l’innovation. « Tout est dans l’exécution ! » Car beaucoup de nos entreprises vivent sur l’importance de mettre en place des processus. Dan Pink (Tedx) a fait des études et a remarqué que c’est toujours quand une action n’est pas “incentivée” qui réussit à mettre en place les innovations.

Out of the box…

Selon M. Chaltiel, en innovation il faut sortir du référentiel car on ne sait pas innover sans cela :

  • Avant de développer des « processus » d’innovation qui ne marchent pas !  (cf. mon cours sur l’innovation de Dauphine sur les études comparatives des différents modes de management de l’innovation) ;
  • L’innovation ne se décrète pas elle ne se décide pas ;
  • L’innovation ne se développe pas dans les groupes où il n’y a pas de bien-être ;
  • L’innovation touche tous les domaines, pas seulement technologiques ;
  • L’innovation « produits » requiert du marketing et ce problème est souvent occulté dans les entreprises (peut-être devrait-o rajouter “françaises”). Et les marketeurs ne doivent pas seulement être des gens qui connaissent le client, mais qui savent imaginer ce que pourrait vouloir le client ;
  • Les équipes de R&D travaillent trop loin des clients et des commerciaux ;
  • Il est fondamental d’imaginer de nouveaux usages. L’innovation n’est pas QUE technologique, elle  est aussi une innovation d’usages mais il faut les 2 (se focaliser sur un discours d’usage sans la technologie sous-jacente revient à faire un discours sur le vide).

Le concept Samsung de produit de rêve (“dream product”) 

Dream products samsung galaxy nexus caseChez Thales, Denis  Ranque avait décidé que ses cadres devaient faire des voyages. Un voyage l’a marqué et c’était en Corée, il y a 4-5 ans chez Samsung : “ils ont expliqué qu’ils avaient mis en place la notion d’un dream product”. Pierre Yves Chaltiel nous en a dressé le protrait-robot :

  • Le “dream product” … :
  • Donne de la valeur au client ;
  • Bonne part de marché  ;
  • Bonne marge ;
  • Innovation ;
  • Discréminant par rapport aux concurrents  ;
  • Sans fautes ;
  • Génère de la fierté dans l’organisation.

Le profit de Samsung proche du CA de Thales

“Le profit de Samsung est proche du CA de Thales”. a-t-il ajouté ; ça doit vouloir dire quelque chose… “Et ils déposent en ce moment plus de brevets qu’ Intel en 2004”. Ils ont également mis en place des processus de sélection des produits très sévères.  En conséquence ils sont devenus leaders de la flash mémoire, et des mobiles dans le monde, entre autres produits (Samsung est un conglomérat industriel). Ils ont également une bonne position dans la télévision de future génération (dite SmartTV).

Autres exemples de « dream products » l’iPod, bien-sûr. Dans les critères de succès, il y a aussi la rapidité de l’exécution. Si Apple a raflé une bonne part du marché avec son iPod cela est aussi beaucoup dû à son Time to Market très rapide. M. Chaltiel “ne croit pas que Nokia puisse se réinventer” face à ce raz-de-marée américain. “Si on ne peut arriver premier on a perdu !” a-t-il précisé, même si l’histoire de l’innovation est remplie de contre-exemples.

Il faut aussi avoir une excellente connaissance du marché et des clients et aussi inculquer au personnel le goût de l’amélioration permanente.

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Il a donc donné des critères à son entreprise (Thales) afin d’émuler cette méthode et de se l’appliquer à soi-même. Voici les mots d’ordre qu’il a suivis :

  • Être premier sur le marché ;
  • Nos compétiteurs ne doivent pas l’avoir ;
  • Nous n’étions pas sur ce marché avant  ;
  • Nous avons un brevet qui nous donnent un avantage concurrentiel ;
  • Haute qualité et fiabilité ;
  • Maîtrise des croissances adjacentes ;
  • Support client de très haute qualité ;
  • Bénéfice client facile à comprendre ;
  • Créer un sentiment de fierté chez les employés ;
  • Utilisabilité et retour avec des success stories.

Au feeling

Mais qu’est-ce que tout cela a donné ? La méthode a-t-elle été efficace ? Je lui ai posé la question : “J’ai appris beaucoup sur le tas” a-t-il répondu, “j’ai pris une boîte dans le rouge et 3 ans après elle faisait de la marge ; ce n’est pas seulement dû à l’innovation mais cela a eu un rôle. Il y a eu aussi la motivation du personnel et le management au quotidien mais c’était un ingrédient important”.

Chez Dasssault il a été frappé par cette intervention de Serge Dassault au moment d’une prise décision quant à un investissement important « et n’oubliez pas que c’est avec mon argent que vous jouez ! » C’est une “leçon d’une importance capitale, car chaque innovateur”, a-t-il ajouté, “devrait penser qu’il investit son propre argent”, une chose qu’il n’a pas retrouvée chez Thales, mais le lecteur trouvera lui même d’autres exemples dans les entreprises qu’il voudra.

Les silos organisationnels sont moins nocifs que vous croyez !

« J’ai vu aussi de petites entités dans de grands groupes où les gens arrivent à mieux travailler ensemble et ça fonctionne mieux ». Les processus communs a-t-il enfin conclu, cela fait certes gagner de l’argent mais en fait, le fait que chaque silo invente ses processus, même s’il s’agit de duplications, est moins nocif que la perte de motivation induit par l’imposition de processus descendants.

Personnellement, je pense plutôt que la bonne formule est celle où les processus sont partagés mais incluent directement en leur sein une portion d’autonomie qui laisse la possibilité de créer aux employés.

Dans tous les cas voici une belle leçon d’innovation avec des enseignements utiles et inspirants qui permettront au lecteur avisé d’éviter de croire que le processus peut tout faire dans l’innovation, et que l’inspiration et la motivation peut faire des miracles, notamment dans le cadre d’un objectif partagé, celui de concevoir des produits de rêve …

débat au G9+ : les opérateurs télécoms sont-ils des « dinosaures » ?

« Banks are dinosaurs » est une citation, jamais prouvée, souvent citée, attribuée à Bill Gates dès 1994 comme en témoigne cet article, véritable reliquat du passé jurassique de l’Internet. Et il est vrai que Microsoft, et Quicken ont remplacé les banques … Euh ! Non, finalement, ce n’est pas ce qui est arrivé [petit divertissement : voir ici le projet de lancement de banque par Microsoft]. Et il est vrai que les  “pure players” de la banque, arrivés de façon tonitruante sur le marché au début des années 2000 ont remplacé les “dinosaures”, c’est bien connu aussi. Ah ! Non plus ? ! Banque directe a été rachetée il y a 100 ans par Axa, ING Direct (leader en France de la banque en ligne, c’est-à-dire pas leader de la banque tout court) n’est pas spécialement indépendante, Eggbank a été rachetée par Yorkshire Building Society (une banque provinciale traditionnelle du secteur du crédit immobilier donc plus dinosaure on meurt), Zebank a fait long feu, elle-même rachetée par Egg (UK), elle fut purement et simplement fermée en 2004. OK ! Il y a Bforbank (Credit Agricole, encore un “dinosaure”) et Boursorama banque … filiale de la Société Générale ! CQFD. Si tant est  qu’on décrive ce qu’est réellement un dinosaure, au-delà de l’effet comique.

Alors, que penser de ce débat au G9+ auquel je vous encourage d’aller, le 24 juin à 18h30 à la maison des arts et métiers avenue d’Iena à  Paris ? Certainement qu’il est intéressant et propre à susciter les réflexions.

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Digiworld Yearbook 2013

digiwordEn guise d’introduction, je propose que nous nous replongions dans la littérature (fraîche) du rapport Digiworld Yearbook 2013 de l’Idate qui vient de sortir, et qui dresse un panorama du secteur digital, avec un angle Telecom assez prononcé. Ce rapport est un classique de ce marché, et je ne saurais trop en conseiller une lecture approfondie. Alors, quels sont les enjeux dans les télécom aujourd’hui ?

  • Tout d’abord un environnement de crise, mais là, rien de nouveau sous le soleil, ce n’est pas particulier au secteur ;
  • Une errosion des valeurs (on l’a vécu en France récemment, mais dans la plupart des pays européens ce n’est pas nouveau ; en Allemagne, en 2012, 22% du marché des mobiles était déjà aux mains des MVNO; mais que dire du Danemark ou des Pays-Bas ou de l’Autriche et de la Suisse etc.) ;
  • Une montée en flèche des acteurs de l’Internet (voir ci-dessous, et aussi l’infographie complète  ici) alors que le marché du cœur du numérique (donc traditionnels comme les Telecom) sont plus à la peine : c’est surtout cela qui préoccupe le secteur, et sans doute ce qui doit justifier la bonne vieille analogie du “dinosaure” (on se demande bien ce que cela veut dire d’ailleurs, trop gros ou trop vieux?) …

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  • Doublée d’un jeu de Go avec  les nouveaux acteurs dits “OTT” (Over The Top). Over the Top, puisque c’est la signification de cet ATL (Acronyme en 3 Lettres ), ce sont les acteurs qui sont supposés créer la valeur au-dessus du réseau et non plus, comme cela était le cas par le passé (on pourrait débattre de cela d’ailleurs) via le réseau. On rappellera qu’en Anglais “Over The Top” se dit aussi de quelqu’un qui en fait un peu trop, un frimeur, en quelque sorte. Une expression fort intéressante issue … des tranchées de 1914. Les acteurs de l’Internet qui sont au top du hit parade de l’Idate sont-elles donc “absolutely over the top”? ;
  • Peut-être pas tant que ça. La vision de l’économie binaire, des perdants et des gagnants s’applique rarement. Car l’économie n’est pas un jeu à somme nulle. Même dans la photographie, symbole d’un secteur « désintermédié » où des géants du secteurs sont morts KO debout, voyez comment les acteurs traditionnels du secteur comme Nikon et Canon (et Minolta via Sony) ont bien résisté aux changements et même redéveloppé un nouveau business bien juteux, en rétablissant leur duopole leader. Certes, Ilford et Kodak font partie du passé. Mais il n’y pas de jeu à somme nulle où les sommes perdues par les autres = les sommes gagnées par les uns. C’est une vue idiote et simpliste de l’économie décriée par le Professeur Simonnot dans un livre fameux (Philippe Simonnot : 39 leçons d’économie contemporaine) ;
  • La preuve en image avec Vincent Bonneau de l’Idate :

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Plus d’infos sur le Yearbook 2013 via cette présentation :

Alors, Dinosaures ou non dinosaures ? Sauf à jouer à se faire peur, je ne vois pas de honte à faire du business avec des services d’infrastructure. D’ailleurs, certains acteurs de l’Internet y sont venus et avec brio, c’est quelque part la preuve qu’il y a de la valeur dans l’infrastructure, et pas une opposition, artificielle, entre ce qui serait SUR le réseau (ou le data center) et DANS le réseau (etc.). Sans infra, donc pas d’Internet. Sans FAI, pas d’OTT. Sans une technologie de rupture, qui permette de se passer de l’infrastructure actuelle ou en cours de construction, pas de dinosaures. C’est un peu comme les pneumatiques du début 1900 dont on peut encore admirer la vieille usine quai d’Ivry, à l’école d’architecture de Paris. Le télégramme et le téléphone ont tué le pneumatique. La technologie, supérieure, a permis de rendre obsolète le réseau de pneumatique. Aujourd’hui, je ne vois pas de technologie de rupture émerger. Le Wimax ? Non. Le roaming Wifi ? Non.

Je ne crois donc pas à un fatalisme du secteur des Telecom. Il y aura certes, à terme, comme dans la photo, les Kodak et les Nikon. La question n’est pas celle d’un jeu à somme nulle, mais d’une transformation industrielle, dans laquelle il y aura les bons et les mauvais.

Quelque part, j’ai la sensation que c’est la conclusion à laquelle arriveront peut-être les débateurs du G9+.

A vos souris !

Grand débat organisé par le G9+: Quel avenir à l’horizon 2020 pour les opérateurs télécoms? RV le 24 juin à 18h30

Cinq personnalités majeures du secteur apporteront leur propre vision sur les évolutions à venir : usages, technologie, valorisation financière, aspects économiques et politiques, …

Côté scène : augmentation des usages et débits, mobilité, objets intelligents/connectés, virtualisation (cloud), hébergement applicatif … , une profusion de nouvelles offres à donner le tournis. Côté coulisse : une concurrence féroce entre les opérateurs télécom et les acteurs venant du web, dont le marché mondialisé et les autorités de régulation sont les arbitres. Dans un tel contexte, combien d’acteurs subsisteront d’ici 5 ans et quels seront leurs positionnements, leurs stratégies industrielles et les chaines de valeurs associées ?

Tradition « sans langue de bois » oblige, le G9+ vous permettra d’interagir avec eux, de challenger leurs visions et de déceler des opportunités personnelles, professionnelles et business pour les 5 années à venir. A l’issue de la conférence, un cocktail permettra de prolonger les échanges avec les intervenants.

Pour s’incrire en ligne, cliquer sur le bouton suivant :

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Fleche titre Intervenants
François Artignan, Head of Media and Telecom Finance de BNP-Paribas

  • Thierry Bonhomme, Directeur Executive de FT – Orange
  • Philippe Distler, Membre du Collège de l’Arcep
  • John Stratton, President de Verizon Enterprise Solutions
  • Richard Viel, Directeur Général des Opérations Commerciales de Bouygues Telecom
  • Animation : Yves Gassot, Directeur Général de l’IDATE

Cet échange sera animé par l’un des meilleurs spécialistes du secteur : Yves Gassot, DG de l’IDATE.

Date
le lundi 24 juin 2013 à 18:30

Lieu
Maison des Arts & Métiers
Salle la rochefoucauld
9 Avenue d’Iéna, 75016 Paris

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