01/23/14

Télétravail : le nouveau Zevillage et ses livres blancs

C’est la news de la semaine, à savoir la refonte bien méritée de notre ami et partenaire Xavier de Mazenod et de son équipe de télétravailleurs campagnards, inlassables défenseurs du travail à distance. En plus d’un nouveau logo et d’un thème WordPress mis à jour, c’est un florilège de livres blancs que nous propose le site, dont notamment celui sur le télétravail et les tiers-lieux. La docuthèque est pléthorique, vous y trouverez tout ce dont vous avez besoin pour connaître l’état d’avancement des nouvelles formes de travail en France et ailleurs. Incontournable. A vos souris … !

télétravail

En avant pour la transition numérique !

Zevillage change, vous avez la nouvelle maquette sous les yeux. Ces évolutions vont faciliter votre lecture mais traduisent surtout un changement de ligne éditoriale ; en dix années d’existence nous avons évolué sans cesse et la société aussi. Les enjeux ont changé.

En 2004, Zevillage a démarré sur la conviction que le télétravail et les technologies pouvaient nous aider à améliorer notre qualité de vie. Moins de déplacements, le choix de vivre où nous le voulions, une vie plus soucieuse d’économies de CO2. La création du site accompagnait le changement de vie que nous avions entrepris avec ma famille pour nous installer à la campagne. Le village rêvé, idéal, connecté était le symbole de ce changement ; il donnait d’ailleurs son nom au site web.

viaEn avant pour la transition numérique ! | Zevillage.

11/22/13

Coworking : Une crise de croissance due à « un développement non structuré »

eye-largeLe coworking est en pleine explosion… mais en même temps, il traverse une crise de croissance nous indique Xavier de Mazenod lors d’une interview exclusive réalisée pour visionarymarketing. Voyons avec Xavier, spécialiste du télétravail sous toutes ses formes et animateur de la communauté Zevillage, comment et pourquoi le paysage est en train de changer.

[note du 25/11 : un rapport du 20/11 suite à la conférence Digiworld et qui m'avait échappé semble quant à lui faire encore état de freins au développement de ces tiers-lieux, apportant un regard complémentaire à celui de Xavier]

interview de Xavier de Mazenod de Zevillage

quotes-smallNous traversons une crise de croissance du coworking. Derrière le phénomène de mode du coworking, on voit que la société est en train de digérer ce qu’on pourrait appeler la révolution du travail à distance. Celle-ci a plusieurs facettes qui sont : le coworking, le télétravail, le tiers lieu. Le tiers-lieu rural qui est plutôt un télé centre, les tiers-lieux urbains qui sont plutôt des espaces de coworking. Il y a un gros appel d’air, énormément de création de lieux, avec à peu près 150 lieux en France, et 150 en projet donc en 2014 on devrait se retrouver avec 250 à 300 lieux, ce qui est assez énorme à l’échelle de la France. Et je pense qu’on va voir malheureusement des échecs assez rapidement parce que ce développement se fait de manière non structurée.

Made in Montreuil (@madeinmontreuil) a déjà mis la clef sous le paillasson … mais ils se redressent vite (cf. Le Parisien). On le verra, hors de France le problème est similaire, comme ici au Hub Bruxelles, fermé fin 2012

La réalité du télétravail : la France n’est finalement pas en retard (ouf !)

Si on prend le télétravail dans son acception la plus large, c’est-à-dire un peu de mobilité, un peu de coworking et toutes les facettes différentes du même phénomène, on s’aperçoit qu’en France, alors qu’on dit qu’on est en retard (c’est parce qu’on utilise des vieux chiffres) on ne l’est pas tant que ça ! On a publié sur Zevillage une méta étude faite par le cabinet LBMG Worklabs qui a analysé les  statistiques sur le télétravail en France. On s’aperçoit qu’on a à peu près 15 % de télétravailleurs en France, ce qui est beaucoup plus que les 6 ou 9 % des chiffres officiels.

les vais chiffres du télétravail avec LBMG Worklabs et Zevillage

Et là on commence à se rapprocher des aux pays européens qui sont qui sont en pointe, donc ce n’est peut-être pas autant que les pays scandinaves, ou que les États-Unis, mais il n’empêche que l’on est beaucoup plus en avance qu’on croit et qu’on a rattrapé le retard, si tant est qu’on en ait jamais eu. Aujourd’hui il y a encore peu de fonctionnaires dans ces télétravailleurs, il y a quelques agents des collectivités locales, mais très peu d’agents de la fonction publique de l’État, parce que ceci est un phénomène qui est très neuf chez eux.

Une prédominance du “télétravail gris”

Il y a donc une majorité de salariés du privé. On voit que jusqu’à l’année dernière, la plupart de ces salariés étaient  des télétravailleurs gris, qui travaillait sans cadre juridique. Je pense que ça va se structurer pour 2 raisons, d’abord c’est un phénomène important qui se développe très vite, la demande est très forte. On a identifié dans l’enquête que nous avons faite dans le tour de France de télétravail, que 73 % des répondants voulaient télétravailler. Mais il y en a beaucoup qui ne peuvent pas. Parce qu’il y a refus du manager ! Donc d’une part une demande très forte, et d’autre part depuis l’année dernière il y a une loi en France qui encadre le télétravail et qu l’a fait passer dans le code du travail. Donc je pense que d’ici un an ou 2, les DRH seront pressés de régulariser les situations avec des accords d’entreprise et des avenants au contrat de travail.

Les espaces de coworking : nous allons assister à des fermetures

Les espaces de coworking sont la plupart du temps des démarches de personnes privées, parfois soutenu avec l’argent public, comme la région Île-de-France, la Seine-et-Marne, l’Ariège, le Cantal, etc. Sachant que la plupart du temps il faut faire la différence entre télécentres et espaces de coworking (ceux-ci sont plutôt urbains). Ils se sont lancés parce qu’il y avait une sorte d’appel d’air mais ils n’avaient pas forcément une orientation très business, ni beaucoup de fonds propres, ni bien  réfléchi au sujet ; ils avaient juste envie de travailler ensemble et étaient séduits par le mode d’organisation ; je pense que malheureusement nous allons voir aujourd’hui des espaces de coworking fermer, abandonner et renoncer car ils vont être confrontés aux réalités économiques.

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Regus (le CEO Mark Dixon ci-dessus) est parti tous azimuts, pas seulement en France, mais aussi au Royaume Uni

Je pense qu’on va pas mal entendre autour de nous que le coworking est mort et il y aura beaucoup d’articles sur le sujet ! Mais au contraire, c’est une crise de croissance mais ce n’est pas la fin. Il existe une demande pour le coworking et il existe un besoin pour ce travail en commun, en communautés choisies, même si tous n’ont pas une démarche business, et ne sont pas structurés, donc il y en a qui vont souffrir. Par ailleurs, on voit aussi des investisseurs institutionnels s’intéresser à ce phénomène comme les gros opérateurs comme regus ou multiburo, ou des acteurs publics comme la caisse de dépôt, qui réfléchit à la mise en place de gros espaces de coworking façon Rocketspace aux États-Unis, avec plusieurs centaines ou milliers de mètres carrés, à des endroits stratégiques comme les aéroports, les gares etc. Donc je ne crois pas du tout que c’est la mort du coworking, c’est une crise de croissance.

Ville ou campagne ?

Il y a de gros besoins en ville et dans les périphéries et dans les nœuds de transport, mais il y a aussi un besoin pour pour des projets plus modestes ; en gros c’est la bande de copains qui qui se créaient un collectif et qui ont envie de travailler ensemble, qui partagent les frais, soit une sorte de collocation professionnelle, et là c’est tout à fait viable ! Je pense que ceux-là vont passer au travers des gouttes parce qu’ils répondent à un besoin. Avec quelques réserves… Pour que ça fonctionne il faut une masse critique, et que l’espace de coworking soit suffisamment grand. Il faut d’une communauté constituée. Et il faut de l’action commerciale. Et en général, le phénomène “bande de copains” ce sont des gens qui sont compétents dans leur métier, qui ont une envie de et s’associer de travailler ensemble, mais qui n’ont pas forcément une orientation très business et qui ne pense pas forcément la démarche commerciale.

Quelques lieux emblématiques

Je vais essayer de prendre plusieurs lieux emblématiques qui ont des démarches différentes. Il y a des petits lieux par exemple à Toulouse il y a un lieu qui s’appelle le tau c’est une bande de copains qui s’est installée dans un appartement et qui partage les frais pour travailler ensemble. À Bordeaux, il y en a d’autres du même genre. On est vraiment dans l’esprit originel du coworking.

Il y en a qui ont essayé de mettre un peu de business dans la démarche, comme soleilles cowork à Paris, comme la mutinerie à Paris, comme La cordée à Lyon, qui a ouvert plusieurs centres  à Lyon et qui va en ouvrir un à la Gare de Lyon, à Paris, car la communauté était demandeuse. Ceux-là sont dans une démarche plus business, ce qui ne veut pas dire que ce soit une démarche qui ait abandonné l’esprit du coworking, sauf qu’ils ont juste rationalisé et qui le rendent plus efficace.

La cantine (qui a changé de nom NDLR), c’est plus institutionnel car ils s’étaient surtout un lieu d’événements, ils ont réussi à en faire une franchise et un label qu’ils ont vendu en province. Ils sont également en pleine évolution, car curieusement il pratiquaient peu le coworking, sauf le coworking de passage. Mais il y avait peu de coworkers résidents ; on voit à Paris qu’ils ont développé une communauté, à Rennes aussi, ce sont des choses très mouvantes.  En 2 ans, à mon avis le paysage s’est transformé fondamentalement, c’est un domaine qui bouge très vite. Il faut l’observer de près, et il n’y a presque que des cas individuels.

L’avenir du coworking passe-t-il par l’État ?

On ne décrète pas la création d’activité. En revanche, si l’État, ou les collectivités locales, pense que ça peut est une bonne chose d’investir pour offrir le cadre d’une infrastructure, cela peut peut-être aider. Mais il me semble que dans la cas de la halle Freyssinet par exemple, la part de l’État est très faible. C’est-à-dire moins de 10 %. Et ce sont surtout des investisseurs privés qui prennent le relais comme Xavier Niel.

Un futur radieux, malgré les lourdeurs du pays

Nous sommes dans un pays où il y a des lourdeurs, des pesanteurs, managériales organisationnelles ; on est attaché au présentiel, et on est un peu méfiant par rapport à la distance, mais je pense que malgré tout il y a une attirance et les entreprises vont se restructurer et évoluer. On ne sera peut-être pas tous télétravailleurs dans 20 ans, mais on va augmenter notre proportion de gens qui auront des statuts mobiles au sens large, à distance, en mobilité, un coup chez eux, un coup dans un espace de coworking, un coup dans l’entreprise … ce qui va d’ailleurs avoir des conséquences très importantes et lourdes financièrement pour les entreprises, car on ne va plus avoir les mêmes bureaux, et pour les et pour les aménageurs publics, les gens qui font évoluer les villes, car ces aspirations vont se traduire par des orientations très importantes. Par exemple, le concept de cité du travail à la défense avec des immeubles partout, ça va prendre du plomb dans l’aile à mon avis.

Ce qui est difficile, c’est qu’on est dans une période de mutation assez rapide, il y a 2 ans à peine, dans le grand public on ne parlait pas de coworking, mais aujourd’hui, tous les journaux en parlent et tout le monde a entendu parler du coworking. Le télétravail est aussi en train d’exploser dans les médias et donc on a des vannes qui sont ouvertes, mais on sait pas à très bien à quelle vitesse ça va évoluer.

05/14/12

confiance et organisation virtuelle

Lundi 14 mai, à l’espace Soleilles Cowork, rue Vivienne à Paris, je présenterai le sujet suivant : “confiance et organisation virtuelle, impact sur le poste de travail du futur présent.

Je vous livre en avant-première, ci-dessous, la présentation sur ce blog. Il s’agit d’une présentation déjà réalisée dans le cadre d’une visite client avec mes collègues d’Orange Business Services, dans le cadre d’une réflexion menée avec ce client grand compte sur le poste de travail du futur.

03/14/12

une loi pour rien sur le télétravail mais ce n’est pas grave …

En France, quand on a un problème …  on fait une loi ! Voici une pratique bien singulière et qui doit sans doute correspondre à un besoin sociologique profond. C’est ce que semble nous dire Xavier de Mazenod dans ce commentaire d’une loi récente sur le télétravail, lors d’une interview réalisée avec lui par téléphone le Vendredi 09 mars 2012. Mais cela est-il grave ?

il ne s'est rien passé !

il ne s'est rien passé ! - photo Yann Gourvennec http://bit.ly/picasayann

où en est le télétravail un an après notre dernier point ?

computer-largeIl y a un an, nous avions fait le constat que ça ne marchait pas . Les seuls chiffres étaient ceux du centre d’analyse stratégique, qui disaient qu’environ 10% de salariés français s’adonnaient aux joies du télétravail à distance. On était donc à la traîne, “avec un indicateur très bas, 1 jour par semaine” ajoute Xavier de Mazenod, “le seul pire que nous, c’était l’Italie”. Les numéros 1 n’étaient pas les pays anglo-saxons cependant, même si les pays dits latins étaient en retrait.

Un an après on n’a pas de chiffres plus précis  mais “on voit des frémissements partout” (colloques, journaux, mentions de Google …) nous affirme Xavier avec un certain enthousiasme. “On parle de plus en plus de tous ces sujets : télétravail, co-working, espaces partagés etc. Les gens les opposent mais rien n’est opposable”. Car il s’agit de catégories plus complémentaires qu’il n’y paraît.  Le télétravail gris (c’est à dire le télétravail pratiqué sans déclaration, de gré à gré entre manager et managé) est toujours là, “d’où la nécessité de rassurer l’ensemble des partenaires sociaux” ajoute Xavier de Mazenod et donc “il n’y a pas d’excuses pour ne pas cadrer le travail à distance”.

“En Hollande, l’employeur (le manager) a le droit d’aller voir si l’employé est bien installé quand il télétravaille” poursuit le fondateur de Zevillage, “ce qui est inimaginable en France”. En France, on est dans l’affrontement et la méfiance… “donc en France il fallait une loi”.

la réalité : environ la moitié des employés travaillent à distance

Mais la réalité du travail à distance est bien autre que celle transmise par ce chiffre de 9 ou 10%. “Télétravailleurs gris + télétravail + co-working + nomades = 40-50% des salariés” confie Xavier de Mazenod, car les études qui mesurent l’occupation des bureaux montrent toujours la même chose : “un taux d’occupation à environ 50%”.

La loi qui vient d’être votée

question-largeC’est une loi “qui n’a rien à voir avec le télétravail” commente Xavier : c’est une proposition de loi relative à la simplification du droit et l’allègement des démarches administratives et il y a l’article 46 qui évoque le télétravail et qui le fait entrer dans le code du travail. En 2005, une avancée notable avait déjà été faite, régie par 3 grands principes au sein d’un accord national inter-professionnel (ANI) signé par tous les partenaires sociaux en 2005 (“c’est un texte intelligent” affirme Xavier de Mazenod). Voici ces 3 principes de base :

  1. le salarié doit être volontaire
  2. la contractualisation (accord entre les partenaires sociaux et/ou avenant au contrat de travail)
  3. la réversibilité

“Il n’y avait pas besoin de loi mais on est en France et on adore légiférer pour rien ; c’est de l’archaïsme” poursuit-il. Tous les syndicats ont signé mais ils ne sont pas unanimes. Certains poussent le télétravail, d’autres non. De même au Medef, il y a des groupes qui s’opposent sur ces thèses.

une autre proposition de loi en 2009 … qui a heureusement capoté

“Un groupe de 50 parlementaires en 2009 avait produit un texte complètement fourre-tout sur le maintien de l’emploi et elle n’est jamais sortie du Sénat. Celle ci est enterrée et elle ne sortira plus car la nouvelle loi l’a devancée” avance Xavier de Mazenod.

juste un symbole pour rassurer …

exclamation-largeMais pourquoi faire une loi ? “Ça ne modifie rien par rapport à la situation, l’ANI suffisait” ajoute Xavier, “ça fait cependant sauter les fausses excuse et ça va rassurer tous les gens qui ont une culture du code du travail, c’est donc à prendre comme un ‘signe de l’Etat’,  un symbole ». Grâce à cela, on ne peut plus avoir deux types de salariés, ceux qui ont droit et ceux qui n’ont plus droit. “Dans les pays anglo-saxons ça s’est réglé par la jurisprudence, cela se serait passé ainsi également en France – de façon adulte – mais maintenant on a cette loi. Et puis ce qui est valable pour (certains employés) d’Orange n’est pas valable pour les ouvriers de PSA” commente Xavier de Mazenod.

Quel impact sur le développement du télétravail ?

“Aucun ! C’est juste un épisode amusant qui est révélateur de l’état d’esprit français, l’esprit des lois ! même si ce texte est moins grave que celui de 2009 qui précisait des détails juridiques et techniques et qui visait des employés non concernés par l’ANI”.

en conclusion : une autre forme de “travail en miettes”

En conclusion, beaucoup de bruit pour rien, mais ce qu’il faut retenir de cet épisode, outre le côté amusant du législateur façon “allumeur de réverbère” du Petit Prince, c’est que le mouvement qui est en marche est inéluctable, et que nous entrons bel et bien dans l’ère des “analystes symboliques” décrits il y a un peu moins de vingt ans par l’observateur irlandais Charles Handy. Quand je me repenche sur mes années à l’école, cela me remémore les ouvrages du sociologue Roger Friedmann, “le travail en miettes”, qui décrivait – à l’heure où la société était encore largement industrielle, un travail entièrement vidé de son sens par la taylorisation. Aujourd’hui, c’est en quelque sorte l’inverse, avec chaque employé qui devient sa propre entreprise, mais pour arriver à un résultat similaire, où l’émiettement des acteurs est flagrant. Ceux qui ont su ou sauront s’adapter en sortiront grandis, les autres subiront ces changements. Une nouvelle révolution industrielle se déroule sous nos yeux, à laquelle la loi ne peut rien.

09/17/10

Nathalie Kosciusko Morizet envisage de lancer un appel à projets pour la création de télécentres en France

a présidé la première conférence débat retransmise en direct en téléprésence à l’internationale entre plusieurs sites entre la France et l’étranger avec une cinquantaine de participants, issus de différents secteurs d’activités. Comment, en partant de cette expérience, la ministre envisage-t-elle le développement du télétravail en France dans les prochaines années ? C’est le sujet de cette interview vidéo exclusive donnée à Orange-Business.tv et que je relaie aussi sur mon blog.

Mme la ministre, qui se décrit elle-même comme « une praticienne des nouvelles technologies », revient au cours de cette interview vidéo sur cette expérience nouvelle et se dit « impressionnée par la technique ». D’après elle en effet, la grande différence entre la téléprésence et visioconférence est que cette dernière demande un effort de plus pour « franchir l’écran » et apporter un côté humain aux réunions alors qu’avec la téléprésence ce besoin d’être plus présente au sein de la réunion, est naturellement satisfait (voir ici le témoignagne de notre client SBM Offshore, qui décrit en images le bénéfice de la téléprésence).

le télétravail : un retard français
La partie la plus intéressante de cette interview est celle où Mme Kosciusko Morizet revient sur le sujet du télétravail et notamment sur le fait que la France soit en retard quant à la mise en œuvre de cette nouvelle forme d’organisation du travail, et en retard par rapport aux Etats-Unis et aux autres pays européens (voir ici l’interview de Nicole Turbé-Suetens qui est co-auteur d’un ouvrage sur le Télétravail en France dans une interview réalisée par Xavier de Mazenod de Zevillage). Il est certain que des technologies comme la téléprésence peuvent jouer un rôle dans le développement du télétravail, notamment dans le cadre de télécentres, à condition d’avoir levé les freins qui pèsent sur un tel développement (voir ci-dessous).

Car le télétravail est, selon Mme la ministre, particulièrement pertinent, pour plusieurs raisons qu’elle explicite dans cette interview :
  • du point de vue de l’Etat, les avantages en termes d’aménagement du territoire, car la France a un territoire peu dense ;
  • du point de vue du salarié, l’amélioration de la qualité de vie ;
  • du point de vue des entreprises, la souplesse d’organisation, et le gain de compétitivité ;
  • du point de vue social, la diversification des formes de relation entre l’entreprise et le salarié.

un problème essentiellement culturel

Mais quelles sont les raisons pour lesquelles le télétravail en France est si peu développé ?
D’après Mme Nathalie Kosciusko-Morizet le télétravail se heurte en France à des barrières essentiellement culturelles. Elle ajoute qu’il reste un a priori difficile à effacer qui est que si l’employé n’est pas là il est plus dur de s’assurer que le travail est fait.

Toutefois, la culture de management ne serait pas seule en cause, le salarié aussi serait fautif dans ce manque de développement du travail (je recommande notamment la lecture de ce rapport d’étonnement issu d’une de mes interventions faites à l’Acidd en Avril dernier). En effet, dans cette période de crise, il paraît important pour chaque salarié d’asseoir sa sécurité sur le fait d’avoir son propre bureau, son nom écrit sur la porte, afin de montrer son appartenance et son importance dans l’entreprise. De plus les Français associent en grande majorité le télétravail à un travail à domicile, alors que des alternatives existent, et notamment celle des télécentres : des télécentres proches de chez soi, dans lesquels d’autres télétravailleurs sont présents, et donc où il existe une vie sociale qui est importante dans la vie professionnelle (pour un exemple concret, je recommande ce reportage sur Zevillage dans l’Orne).

un possible appel à projets pour la création de télécentres

Pour faire décoller le télétravail en France, Mme la ministre revient ensuite sur le fait qu’actuellement il y a une proposition de loi en cours d’examen pour donner un statut légal au télétravail pour formaliser cela et accompagner les entreprises dans ces mutations (voir ici un article sur la proposition de loi sur le télétravail de 2009). En termes d’incitation et de financement, le grand emprunt est aussi une chance ; Mme la ministre évoque même la possiblilité d’allouer une tranche d’appel à projet pour la création de télécentres.
note: voir mon article sur la cartographie des télécentres en France

la téléprésence : le « regard en plus »

Pour conclure, Nathalie Kosciusko-Morizet revient sur la téléprésence qui est pour elle un « outil de dialogue pertinent sur le plan politique », surtout au sein de l’ensemble européen. En effet, la téléprésence est « un outil à destination de tous ceux qui ont besoin de travailler ensemble et qui ne sont pas dans la même sphère géographique ».

Mme Nathalie Kosciusko-Morizet ajoute et conclut ainsi que la vraie valeur ajoutée de la téléprésence, c’est d’apporter « le regard en plus [par rapport à la visioconférence], entre êtres humains, ça fait beaucoup ».