Médias Sociaux : Instagram et Twitter, ces nouveaux Mass Media

$-largeLes médias sociaux entre « pipolisation » et monétisation à outrance : ceux qui doutent encore de la fin d’un règne et de la mort définitive du « Web 2.0 », une expression que nous devrions désormais bannir de notre vocabulaire tant elle est éloignée de la réalité, en seront pour leurs frais aujourd’hui.

D’une part, commençons par la nouvelle la plus dure, « Instagram déclare qu’il pourra désormais revendre les photos que vous avez stockées sur son service ». On peut, comme la Tribune de Genève, y voir simplement un échange de données avec Facebook, mais c’est en fait beaucoup plus grave que cela.

Cela veut dire d’une part, que les photos que vous avez prises gratuitement, pourront être revendues au profit de la plate-forme qui les héberge, alors que les termes de cette transaction n’étaient pas connus ni clairs dès le départ. Imaginez par exemple, que Dropbox se mettent à vendre vos fichiers de données, à commencer par votre tableur de comptes familiaux !

fin du cordon de sécurité qui entourait les médias sociaux – photo antimuseum

Cela veut dire également que vous avez été bernés : vous croyiez benoîtement toutes ces années alimenter un service ludique de partage alors qu’en fait, vous étiez un des éléments anonymes faisant partie de la constitution d’une base de données marchande. Ce n’était sans doute pas l’intention originelle, mais l’IPO de mai 2012 s’est vite chargée de changer la donne.

Cela veut dire enfin qu’à terme, vous pourriez être amenés à payer pour avoir utilisé votre propre photo prise par quelqu’un d’autre sur Instagram, où la photo de votre entreprise ou de votre hôtel etc.

Tout ceci, comme le fait remarquer Reginald Braithwaite (cité par Cnet), nous donne l’impression que « vous n’êtes pas les clients d’instagram, vous êtes juste un troupeau qu’on mène à l’abattoir et qu’on vend au plus offrant. »

Le droit des images sur Internet n’est pas innocent. Enfreignez les droits, même sur une minuscule vignette d’une photo qui appartient à Getty Images par exemple, et vous encourrez  – logiquement – une amende, qui pour un particulier, peut se monter à 6000 €. Mon expérience personnelle montre que si les démarches entreprises pour collecter les droits enfreints sont parfois inadaptées au droit français, celles-ci sont néanmoins très strictes et vous risquez de passer un sale quart d’heure au cas où vous ne respectez pas les règles. Sauf que pour Getty Images, vous étiez prévenu dès le départ ; le caractère onéreux et contraignant du service ne faisant pas de doute et s’établissant à juste titre (juste rémunération de photographes professionnels). Idem pour Fotolia qui rémunère les amateurs et les professionnels en toute transparence.

Que faire désormais pour stocker ses photos ?

Même si cela m’attriste un peu, car j’aimais beaucoup Instagram et son côté ludique, pour des raisons morales et le principe, je vais certainement fermer mon compte et continuer à stocker mes photos personnelles sur Flickr ou Picasa, dont la politique de droit est beaucoup plus favorable utilisateurs,… Encore aujourd’hui.

Le jour où cela change, je migrerai toutes ces choses sur les espaces personnels… Comme c’était le cas il y a 10 ans, nous sommes bien à la fin de l’ère du partage et du fameux Web 2.0 ! La messe est dite.

mise à jour 18/12/2012 à 13:48 : Instagram a publié un démenti sur son blog indiquant que sa politique n’avait pas changé ; mais Timo Elliott remarque dans un tweet que cela est un exemple « classique de mauvais marketing : vrai techniquement, mais propre à induire en erreur ».

… et Twitter devient un Mass Media

Pour ceux qui veulent encore une preuve de changement, je reçois aujourd’hui une récapitulation de l’année Twitter 2012. Je vous laisse cliquer sur le lien pour découvrir vous-même les tweets les plus importants de l’année. Ma conclusion, c’est que pour lire ou savoir ce que pense Obama après sa réélection ou Justin Bieber, ou Madonna ou Lady Gaga ou n’importe qui de ce genre, je n’ai pas besoin de Twitter.

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Le défunt « Web 2.0 » nous avait ouvert une fenêtre sur l’avenir, un avenir où quiconque, même avec un auditoire de 3 personnes, pouvait créer son propre médium, son « média social ». Mais à partir du moment où ce même médium devient l’expression du plus grand nombre, qu’il se nivelle par le bas, et qu’on y retrouve exactement la même chose que sur les autres médias, la publicité par l’interruption elle aussi revient en masse et la boucle est bouclée, nous avons créé un nouveau Mass Media… sauf qu’il est peut-être moins efficace que la télévision qui reste un véhicule privilégié est indéniable de la publicité ou avantages renvoient aux travaux de Byron Sharp sur ce sujet).

Nous avions anticipé du changement depuis longtemps avec Hervé Kabla, coauteur avec moi en 2011 de « les médias sociaux expliqués à mon boss », et la prochaine version du livre sur laquelle nous travaillons actuellement ne traitera pas des médias sociaux proprement dits, mais de la communication digitale en général, dans laquelle nous inclurons les médias sociaux qui désormais ont bien perdu leur spécificité et deviennent un outil parmi d’autres.

Médias Sociaux : Instagram et Twitter, ces nouveaux Mass Media was last modified: mai 20th, 2015 by Yann Gourvennec

la malédiction des start-up ou pourquoi l’amitié ne résiste pas à l’argent !

J’ai au moins 3 choses en commun avec Guy Jacquemelle, que j’ai interviewé il y a quelques jours sur la sortie de son nouveau livre :  une passion pour l’innovation, notre éditeur (Kawa) et enfin, le fait de travailler dans la même entreprise. C’est avec plaisir que j’ai reçu Guy pour nous parler de son dernier livre qui est plus qu’un mode d’emploi à destination des entrepreneurs : (tout savoir sur…) la malédiction des start-up (Les créateurs se séparent. Pourquoi ?)

Guy JacquemelleC’est un petit ouvrage d’une centaine de pages, qu’on peut lire ou du moins parcourir assez rapidement, mais il est d’une incroyable richesse, notamment pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’informatique, et ils sont nombreux sur ce site.

Ce livre pose une question simple : pourquoi les créateurs de start-up, souvent un couple d’amis se séparent-ils ?

Afin de répondre à cette question, le livre s’articule autour de 3 grandes sections :

  1. d’une part, un historique détaillé et incroyablement bien documenté de l’histoire des fondateurs de 4 sociétés emblématiques de l’informatique américaine : Apple, Microsoft, Facebook et Twitter. Pour toutes ces entreprises, un couple d’amis fondateurs a permis de faire éclore l’innovation, et le succès, mais aucune de ces histoires d’amitié n’a survécu au succès de l’entreprise ainsi créée.
  2. La 2e section, explique pourquoi l’amitié n’a pas résisté. À cela, beaucoup de critères importants comme l’éducation, complémentarité des profils, et surtout les objectifs divergents, comme dit explique dans la vidéo ci-dessous. Ajoutez à cela l’argent et le « 3e homme » et vous avons un cocktail détonant qui mène souvent, voire toujours, à la séparation.
  3. Le dernier chapitre, probablement le plus important pour les fondateurs de start-up, consiste en quelques conseils avant de se lancer sur le marché ; notamment pour ce qui concerne le choix du bon partenaire. Ainsi les entrepreneurs ne pourront plus commettre les erreurs du passé autrement qu’en connaissance de cause.
Guy Jacquemelle présente son ouvrage : la malédiction des startups

Existe-t-il des contre exemples ? Oui nous dit Guy Jacquemelle dans cette interview vidéo (ci-dessus). Regardez Google, Sergei Brin et Larry Page ne se sont jamais séparés, et le 3ème homme a même été écarté récemment pour laisser la place au fondateur historique qui n’en a pas profité pour éliminer son ancien ami.

une leçon universelle ?

Dans un sens, ce que nous explique Guy dans ce livre, dirigé par notre directeur de collection Henri Kaufman qui est toujours sur les bons coups, est sans doute quelque chose de plus universel que simplement le fait de créer une entreprise ensemble. L’amitié a en général du mal à résister au temps. Avec l’âge, les centres d’intérêt évoluent, les individus divergent.

Ce qui change avec la start-up, c’est qu’en plus il y a l’argent et l’ambition qui viennent se rajouter. Enfin, on pourrait faire remarquer que ce qui se passe dans ces start-up et la façon dont elles se séparent de leurs cofondateurs, est assez proche de ce qu’on observe dans les groupes de rock : en quelque sorte, on y retrouve la même recette : des copains, des complémentarités, du succès, puis l’argent, le 3e homme (producteur) etc. et enfin la brouille.

Les récits de Guy Jacquemelle nous racontent plus que l’histoire des fondateurs de start-up, ils nous content l’histoire des hommes. Ma seule frustration, est de ne pouvoir découvrir l’histoire détaillée et documentée d’un autre grand échec de l’amitié de l’histoire de l’informatique et d’Internet : Wikipedia avec la légendaire brouille entre Larry Sanger et Jimmy Wales.

la malédiction des start-up ou pourquoi l’amitié ne résiste pas à l’argent ! was last modified: février 6th, 2016 by Yann Gourvennec

8 retours d’expérience des pionniers du Web social – #confdigital

2.0-large_thumb.gifDemain vendredi 14 décembre a lieu à l’hôtel Méridien Etoile (Porte Maillot) aura lieu la conférence annuelle du Directeur de la Stratégie Digitale que j’aurai l’honneur de présider. Ma présentation, inédite en Français, sera tournée autour de la veille sur les médias sociaux  je reviendrai sur 6 ans d’expérience dans ce domaine, dont 5 passés aux commandes tout d’abord d’Orange Business Services, puis d’Orange groupe. dii-directeurdigital

Je cite les organisateurs : 

logo_dii_headerV2Pour passer le cap de la digitalisation et injecter du numérique dans vos chantiers traditionnels, les départements marketing, relations clients, ou encore communication se réinventent, allant parfois jusqu’à la création d’une fonction pilote : le Directeur de la Stratégie Digitale. Pourquoi et comment passer de l’opportunisme à la stratégie sur les nouveaux outils digitaux – Ipad, Smartphone, géolocalisation- et répondre aux défis du SoLoMo* ? Comment sélectionner les opportunités innovantes et ludiques pour vous démarquer sur la toile, et attirer la génération Y ?

Des réseaux sociaux à la marque employeur en passant par le social CRM, bénéficiez de témoignages exclusifs des Directeurs Digitaux, Web et Marketing digital lors de ce rendez-vous unique. Cette journée inédite vous permettra notamment de :

 Identifier KPIs pour mesurer la performance et leROI de votre stratégie
 Anticiper les risques 2.0, protéger vos données personnelles et votre e-réputation
 Adapter votre organisation et attirer les talents digitaux face à la rareté des compétences.

Et je vous livre ma présentation brute de fonderie  (le slide important est à la page 22 !) : 

Cette présentation a un titre assez alambiqué mais en fait elle devrait se nommer « veille et médias sociaux : comment passer du bruit au signal ». J’y reviendrai sur notre expérience de 6 ans sur ce sujet.

8 retours d’expérience des pionniers du Web social – #confdigital was last modified: mai 11th, 2015 by Yann Gourvennec

Knowledge Plaza : la curation dans l’Intranet – #curationb2b

network-largeC’est Antoine Paerdens, co-fondateur et CEO de Knowledge Plaza qui a conclu le cycle de présentations d’hier au Dupont Café sur la curation de contenus. Au départ, c’est un outil de partage de lien, sur le modèle delicious qui a été un précurseur du partage de liens en ligne. Cet outil, qui a beaucoup évolué depuis sa création selon son fondateur, sa particularité est qu’il est orienté vers la veille et le partage de l’information dans l’entreprise.

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L’esprit de la frontière …

Dans l’entreprise, il y a une frontière : “c’est celle de l’Intranet et cette frontière est importante” :

  • Sur Internet, tout est disponible et accessible à tous, mais en interne on a une problématique de protection de l’information, et notamment il y a le filtre du “proxy” ;
  • Il n’y a “pas non plus de ‘youtube’ dans l’entreprise” et donc il y a aussi dans ce produit, la possibilité de rajouter du contenu car “ce dont on se rend compte c’est que comme cette fonction n’existe pas en interne les utilisateurs les mettent sur Youtube pour les partager, mais ce contenu n’a pas de vocation à être externalisé !

Fonctionnalités clé de Knowledge-Plaza

  • Les mots-clefs : c’est un travail manuel de taxonomie
  • Ranger les contenus dans des thématiques : on peut ajouter un contenu à plusieurs thématiques sans les dupliquer et créer des “réseaux d’intérêt” ;
  • la possibilité de créer des contenus (exemple ci-dessus avec la possibilité de stocker des vidéos directement dans l’outil) ;
  • Créer un réseau social : pourquoi ? pour mettre les acteurs de l’entreprise sur ce réseau.

Quelle valeur pour l’entreprise : 2 exemples

La valeur de Knowledge Plaza selon Antoine Perdaens est de permettre de capturer l’information afin de la rendre utilisable dans l’entreprise.

  • Le PMU utilise l’outil pour faire de la veille, et permettre de capturer les différentes informations et de les organiser avec les mots-clefs. Au lieu d’envoyer un document monolithique, on va permettre d’organiser un rapport dynamique que les utilisateurs pourront utiliser à bon escient. “Avant nous avions une ‘baleine’, aujourd’hui nous avons plein de bancs de poisson” a témoigné Monique Duizabo du PMU
  • Chez Lafarge, on utilise l’outil pour créer un réseau de nombreux collaborateurs dans le monde et partager les informations sous forme d’un référentiel ;
  • La société a été créée en 2009 et a pour clients entre autres, EDF, ADP, Orange (transparence : dont je suis Directeur Internet & Médias Sociaux),  International Polar Foundation et beaucoup d’autres entreprises.
Knowledge Plaza : la curation dans l’Intranet – #curationb2b was last modified: décembre 13th, 2012 by Yann Gourvennec

Marc Rougier de Scoop’it : « à l’origine de la curation, l’infobésité ! » – #curationb2b

eye-largeSuite de ce petit déjeuner sur la curation de contenus Marc Rougier, co-fondateur de Scoop’it (transparence : je suis un client de Scoop’it). Marc a rappelé les fondements du marketing de contenu, “qui transforme les marques en médias” dans une présentation claire et directe.

A l’origine de la curation : l’infobésité

“Le curateur est une fonction qui existe depuis toujours, mais la nouveauté est l’infobésité qui nous submerge et qui pose 2 problèmes” a livré Marc en guise d’introduction :

  • si tout le monde peut parler, comment qualifier le contenu ?
  • si tout le monde peut parler, comment puis-je me faire entendre ?

Nous eussions pu ajouter : “si tout le monde peut parler, dois-je pour autant tout écouter ?

La réponse est de ramener l’humain dans ce processus, “cet être humain c’est le curateur, qui va compenser les lacunes du moteur de recherche”. La frontière entre l’écrivain et le lecteur s’est brouillée, et le curateur apporte à nouveau de l’organisation dans ce contenu.

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“Cet être humain qui revient dans le jeu est non seulement une nécessité mais une opportunité de gagner une voix, une réputation et une visibilité” a dit Marc Rougier.

Comment ça marche ?

Il faut comprendre pour cela “les enjeux des entreprises dans le Web social : Les barrières à l’animation des comptes Twitter ou Facebook sont assez basses. Mais quand on fait du Marketing on a l’habitude de travailler, classiquement, sur les mesures de ROI, or dans le Web social, a dit Marc, on ne le sait, même si on a du mal à se dire qu’on pourrait passer à côté des 4.5 milliards d’Internaute. Par contre, ce qu’on sait faire, c’est créer de ‘l’engagement’ et même si on ne sait pas comment faire pour lui donner une valeur comptable on est sûr que c’est quelque chose d’important”.

Les différentes étapes des entreprises dans le Web social :

  1. ne rien faire (et il y a encore quelques entreprises françaises qui en sont encore là) ;
  2. écouter passivement ;
  3. “réagir à ce qui se dit” et beaucoup d’entreprises sont déjà là a dit Marc ;
  4. La vraie façon d’agir est de “nourrir l’auditoire de façon proactive” et il “faut que les marques et les entreprises deviennent des médias”. Pour cela il faut raconter des histoires et donc apporter des stratégies de contenu.

… Il faut donc une stratégie de contenus. Qu’est-ce qu’un bon contenu ?

  • C’est un contenu qui a de la valeur ;
  • qui résoud des problèmes et qui apporte quelque chose à son lecteur ;
  • qui soit cohérent par rapport à votre image et votre mission ;
  • et qu’il soit dynamique.

Le Web social est très “gourmand” pour reprendre les termes de Marc, il faut donc le nourrir plusieurs fois par jour.

Alors … comment créer ce contenu ?

  • C’est très difficile pour les entreprises et c’est là qu’intervient l’opportunité de la curation ;
  • Ce contenu ne peut toujours être créé ex nihilo ;
  • On peut “augmenter le contenu éditorial en curant les contenus des autres”.

Que faire ? 4 choses principales

  1. définir les thèmes : il ne faut pas pousser les valeurs Corporate, entretenir son écosystème ;
  2. Sources : c’est un métier, il faut organiser et saisir l’opportunité de saisir les bons contenus ;
  3. Il faut aussi une  bonne ligne éditoriale et ajouter un style à son contenu
  4. Une stratégie de diffusion, soit en interne (partage de connaissances) on en externe (communication).

Il faut donc se poser ces questions qui sont assez simples et qui sont à l’origine de la création de Scoop’it, qui n’est pas un outil automatique mais qui permet d’assister le travail de sélection et d’éditorialisation et de partage du contenu. l’offre ouverte au public a été lancée il y a 13 mois et a plus de 1000 clients premium entreprise et a réalisé 6 millions de visites en 13 mois. L’outil existe aussi en mode privé. La société a été fondée à Toulouse et est également présente à San Francisco, où se trouve son autre co-fondateur, Guillaume de Cugis. EDF.com, La Poste et Orange font partie des clients. J’ai d’ailleurs témoigné sur mon expérience avec inside.orange.com.

Marc Rougier de Scoop’it : « à l’origine de la curation, l’infobésité ! » – #curationb2b was last modified: décembre 12th, 2012 by Yann Gourvennec