Solar Impulse : leçon magistrale d’innovation par Solvay

Le 5 juillet 2013 j’ai été invité par image sept dans le cadre d’un déjeuner de blogueurs, à me rendre chez Solvay à Paris, pour une présentation informelle sur le sujet du partenariat entre Bertrand Piccard et le chimiste belge, autour du projet Solar impulse. C’est à bien plus qu’une simple explication sur les partenariats d’innovation que j’assistais ; une véritable leçon d’innovation en fait. Nul doute, inviter marketing & innovation à ce déjeuner était une décision stratégique. Voyons en détails en quoi consiste cette leçon, et quel rapport il peut y avoir entre un chimiste et un avion propulsé par l’énergie solaire :

dessin : antimuseum.com

Solvay est une société internationale d’origine belge, un des poids lourds mondiaux de la chimie. De l’aveu même de Jacques Van Rijckevorsel, notre hôte, Solvay est « une société très prudente ». Alors pourquoi s’est-elle lancée dans la folle aventure Solar impulse, quelle fut la genèse de ce partenariat privilégié, et enfin, quelles ont été les retombées pour le groupe chimique ?

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photo Google Streetview

« Il faut que je le fasse, mais je ne sais pas comment faire ! »

M. Rijckevorel est en charge de l’innovation et membre du comité exécutif de Solvay à Bruxelles. Il nous a accueillis très chaleureusement, une dizaine de blogueurs en tout, dans le superbe hôtel particulier du 23 de la rue de Clichy à Paris. Alors qu’il a la charge du sponsoring et de l’innovation en 2003, il organise les « trophées de l’innovation », un énorme événement rassemblant 2500 personnes, dans le cadre d’une remise des prix dédiés à des initiatives de pointe. Cet événement nécessitant des intervenants de classe, il contacte Bertrand Piccard qui vient parler de son tour du monde en ballon. De fil en aiguille, celui-ci en vient lui confier quelques confidences relatives à son projet suivant : faire voler un avion sans carburants fossiles, aussi bien pour des raisons techniques et sportives (son voyage en ballon a nécessité 4000 kg de propane, mais il n’en restait plus que 37 kg à l’arrivée, la catastrophe a été évitée de près) qu’écologiques.

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Le but de ce nouveau projet n’était ni plus ni moins que de démontrer la viabilité des énergies renouvelables au travers d’un exploit spectaculaire et innovant.

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Bertrand Piccard image : cc wikipedia

Une fois le scoop de Bertrand Piccard annoncé à la conférence des trophées de l’innovation de Solvay, les discussions sont enclenchées, et les partenaires se retrouvent à Lausanne, où habite notre psychiatre-aéronaute helvète. « Il faut que je le fasse, le problème c’est que je ne sais pas comment faire ! », a déclaré lors de la réunion Bertrand Piccard à Jacques van Rijckevorsel, « Solvay peut-il nous aider ? » Pour ceux qui douteraient encore que les innovateurs apprennent toujours à marcher en marchant, en voici encore une preuve. La seule façon de repousser les limites, est toujours de les ignorer.

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Claude Michel (à droite) responsable du projet chez Solvay

Etes-vous sûrs que ça va voler ?

C’est ainsi que le chimiste et l’aéronaute arrivent à un accord ; non pas sur un bête sponsoring car « nous ne faisons pas dans les tee-shirts, ce n’est pas notre genre de projet » a dit M. Van Rijckevorsel à Bertrand Piccard. Ils se mettent donc au travail pour défendre le projet chez Solvay. Dans le cadre d’une réunion de tous les directeurs de la recherche pressentis, ils présentent ensemble le développement technologique du projet sous un feu nourri de questions, à la fois dans un mélange de scepticisme et d’enthousiasme. Lors d’une présentation des chiffres devant le comité exécutif, arrive l’inévitable question à 100 millions de dollars : « êtes-vous sûrs que ça va voler ? » La réponse n’est pas forcément claire, « il n’y a pas de certitude, mais ça vaut la peine de courir le risque de mobiliser les ressources pour essayer » a plaidé l’innovateur belge. C’est ainsi que Solvay a lancé le projet petit à petit, en un partenariat privilégié avec l’aéronaute. 50 projets furent ainsi ouverts chez le chimiste, 11 matériaux développés ou adaptés afin de fabriquer un avion où « l’on voit aujourd’hui 6000 pièces Solvay à l’intérieur ». Le pari a depuis été réussi, et l’avion vole effectivement ; il est même « le seul avion solaire au monde capable de voler jour et nuit avec un pilote à bord, sans consommer une goutte de carburants fossiles ».

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Jacques Van Rijckervorsel en pleine explication

Innovation ouverte : « faire progresser notre industrie »

Ce partenariat, qui a démarré dès 2004 s’est ensuite ouvert à d’autres, à la demande même de Solvay, dont on soulignera l’ouverture d’esprit ; à l’évidence, le chimiste a tout compris à l’innovation, et ils pourraient donner des leçons à bien des apprentis de la high-tech ; c’est dans l’industrie finalement, ce qui n’est pas surprenant, qu’on trouve le plus de concentré de hautes technologies. En incitant Bertrand Piccard à aller chercher d’autres partenaires (« si tu ne trouves pas d’autres partenaires cela veut dire que le projet n’est pas viable ») que le chimiste belge a même laissé rentrer certains de ses concurrents allemands comme Bayer par exemple.

Loin de s’en offusquer, ils ont considéré que ce travail en commun avec leurs confrères, permettait « de faire progresser l’industrie » selon Claude Michel, responsable du partenariat, qui nous a expliqué son projet avec enthousiasme autour du repas. Alors, quel rapport avec le chimiste et quelles retombées industrielles ?

Conserver l’énergie : défi majeur de ce siècle

Tout d’abord l’énergie : c’est le défi du XXIe siècle ! Si produire de l’énergie solaire est quelque chose qu’on sait faire, par contre, la stocker est un véritable problème. C’est là que le chimiste est entré en jeu, en apportant des solutions autour de la lubrification et du poids (donc la création de matériaux nouveaux et plus légers). Il y a 10 ans, les batteries n’étaient pas une priorité pour la marque, aujourd’hui Solvay a développé une véritable business unit transverse née de ce projet Solar Impulse. Or, les batteries sont partout, dix ans plus tard, ces enjeux énergétiques, depuis votre ordinateur portable et votre téléphone mobile jusqu’à votre voiture sont tels que ce projet et cette décision courageuse de 2004 ont donné un avantage concurrentiel énorme au chimiste belge. Comme quoi, le risque en valait vraiment la peine !

L’importance de Solar impulse, c’est la durée. La charge et la décharge sont très lentes, il n’y a pas besoin de beaucoup de cycles de recharge non plus. D’autres projets, comme les voitures, les tablettes électroniques, nécessitent d’autres formes de charge, plus rapides, avec beaucoup de cycles. Solvay se sert de ses connaissances en chimie pour améliorer ses batteries, dans ses labos à Bruxelles, en Italie et à Lyon, ce qui en outre fait marcher l’économie européenne.

Ce projet a obligé à une concentration de ressources dans un délai très court. Sans ce projet, Jacques van Rijckevorsel n’est « pas sûr que [qu’ils auraient] eu la même motivation d’innover ; or, c’est la vraie plate-forme du futur ! » Il y aura besoin de matériaux avancés dans le futur, c’est aussi le cœur de métier du chimiste, au travers de son savoir-faire et il a prouvé son avance sur l’impact de ces matériaux sur l’amélioration des performances énergétiques de l’aéronef.

La communication n’est pas un objectif mais un résultat

« La communication n’était pas l’objectif » a précisé Claude Michel, pourtant un véritable communicant dans l’âme. Il ne voulait pas faire d’ « écolo marketing » et il a même déclaré qu’ « on ne communiquait pas sur ce projet » car le risque était, en dehors de la finance (un risque somme toute modeste pour le groupe), la réputation de l’entreprise si le projet capotait. Non seulement il n’a pas échoué, mais il a été copié, parfois maladroitement, par certains des confrères de notre chimiste d’outre Quiévrain. Mais finalement, le bénéfice est également un bénéfice de communication car le message récurrent sur le métier de la chimie, c’est que « les chimistes sont des sales pollueurs qui nous bouffent l’environnement » ont exprimé avec passion nos hôtes, tout en ayant fait la preuve du contraire, c’est que la chimie apportera des résultats aux problèmes du développement durable et quel en est un des éléments de la réponse. (En fait, les innovateurs le savent, les grandes innovations de la fin du vingtième siècle sont quasiment toutes issues de l’essor de la chimie ; on peut la critiquer pour son impact environnemental, mais nous en sommes tous les consommateurs et les utilisateurs. La vraie différence au vingt et unième siècle, c’est que la chimie se réinvente autour de l’environnement et retravaille ses processus).

Apprendre en innovant

Le chimiste a aussi beaucoup appris sur les matériaux composites autour de la fibre de carbone. Le premier avion pesait 80 g par m2, c’est-à-dire « l’équivalent d’une feuille de photocopie » nous indique Claude Michel. Le deuxième sera encore plus léger : « on a défibré les feuilles de carbone afin de les rendre plus légères tout en préservant la rigidité du matériau » a-t-il précisé. On arrive donc à 20 g par m2 ! Même si le gros problème des fibres de carbone est leur manque de recyclabilité, car « c’est tellement solide qu’on ne peut pas les retravailler ». Mais des travaux sont aussi en cours sur le sujet.

Le 2e point sur lequel Solvay a véritablement appris c’est celui de la colle, dont il est le premier fabricant des épichlorohydrines (voir ici pour les explications savantes). « Il n’y a pas de composites sans chimie de Solvay », a déclaré Claude Michel, « développée dans nos usines européenne ». Les nouvelles colles développées par Solvay dans le cadre de ce projet sont basées sur le Colza dont dérive la glycérine, qui est ensuite « rétrogradée en épichlorohydrine ».

Une vraie leçon d’innovation industrielle

Plus qu’une belle histoire, je crois qu’on est face à un superbe travail de management de l’innovation comme on aimerait en voir plus souvent. Nulle surprise pour ma part que cette leçon nous soit donnée par un industriel, et encore moins par un chimiste. L’industrie est soumise à la pression de la concurrence mondiale et doit sans cesse se réinventer et s’adapter sous peine de disparaître. Ses marges sont tendues, et paradoxalement, ceci favorise l’innovation industrielle, car c’est elle et elle seule qui permet de se démarquer et d’aller de l’avant. En fait, à y regarder de bien près, ces innovations qui vous émerveillent dans vos Smartphones, doivent certainement plus leur existence aux industriels comme Solvay qu’aux usines qui les assemblent. Mais l’industrie, c’est moins sexy que le design …

En tout point, ce déjeuner, que j’ai malheureusement dû écourter, m’a inspiré car j’y ai retrouvé tous les ingrédients d’une bonne approche d’innovation : prise de risque, conduite du changement et organisation, investissement et ouverture, travail en coopétition, protection de la propriété intellectuelle (pas paranoïaque mais prudente « chaque innovation était brevetée par le partenaire qui l’inventait), pragmatique et visionnaire à la fois… Et surtout, la passion et l’enthousiasme, la combinaison de tous ces ingrédients vous redonnant le moral et vous faisant presque oublier la crise ; il est bon de savoir que tout, ou presque, est possible, quand on a décidé de le réaliser.

Solar Impulse : leçon magistrale d’innovation par Solvay was last modified: décembre 5th, 2013 by Yann Gourvennec

Big data : pourquoi l’abondance des données n’a aucune importance #scmw2013

imageLa sélection du jour …

Est cet article fondamental de Chad Wellmon[1] dans The Hedgehog Review (Printemps 2012) qui traite de l’infobésité et dont je pense qu’il est une bonne introduction à mon discours de ce soir) la conférence Scoop.it! qui aura lieu à Paris, dans les locaux de Telecom Paristech à partir de 18:00. Le sujet en sera « La stratégie de contenus marketing Web », avec un focus particulier sur la curation, ce qui se comprend puisque la conférence est menée à l’initiative de Marc Rougier et de son équipe. J’ai déjà annoncé cette conférence la semaine dernière. Cet article sera mis à jour juste avant la conférence afin de permettre aux auditeurs – et aux internautes – de consulter ma présentation.

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J’interviendrai vers 19h30, sur le thème de : « veille, outils et astuces. Comment survivre à l’infobésité ? ». Le sujet central en est les quelques outils que j’utilise pour la veille, mais j’en ai profité pour élargir plus largement le sujet à une réflexion autour du contenu, la façon dont les utilisent dans les entreprises, et en conséquence, ce phénomène auquel nous sommes tous confrontés, qui est l’infobésité. L’infobésité, ou « information overload » en Anglais, c’est-à-dire « surcharge d’information », ne date pas d’aujourd’hui. En ces temps de « big data », où on se glorifie d’accumuler des milliards « d’informations » avec des termes de plus en plus emphatiques (mégaoctets, téraoctets, pétaoctets, exaoctets, zettaoctets et ainsi de suite… n’en jetez plus !) il est urgent de se reposer la question de savoir ce qu’est l’information, et surtout, de ce qu’elle n’est pas, à savoir de la donnée … donc des pétaoctets (ou zettaoctets ou trucmachinoctets).

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note : illustrations antimuseum.com

Étrangement, en me penchant sur ce terme d’infobésité et en en cherchant l’historique, je suis aperçu que cette question n’était pas, loin s’en faut, une question contemporaine, mais qu’elle a toujours été posée, depuis le début de l’invention du livre, même manuscrit, car le livre est aussi, on l’oublie souvent, une invention technologique (a fortiori, lorsque nous nous sommes mis à les imprimer).

Cette question se repose en fait à chaque fois qu’une technologie arrive, et qu’elle contribue à multiplier les signes. Le terme de surcharge d’information a été popularisé par Alvin Toffler en 1970 dans son livre « future shock » mais il a déjà été mentionné par Betram Gross dans son ouvrage « le management des organisations  en 1964. Mais en fait, le problème de l’infobésité est antérieur à cette période moderne et intervient à chaque fois que notre capacité à produire de l’information surpasse notre potentiel à la décrypter et la digérer. D’où la nécessité de développer des tactiques de plus en plus sophistiquées pour filtrer, éliminer, scanner et choisir l’information en faisant bien attention à ne pas prendre le contenant pour le contenu…

Ni les pétabytes ni ses superlatifs n’ont, en l’espèce, aucune importance, car ils sont probablement redondants, inintéressants, dupliqués, parfois mêmes « gonflés » par des logiciels qu’on a oublié d’optimiser et qui génèrent des fichiers de plus en plus lourds mais pas plus signifiants que par le passé. En d’autres termes, ils ne sont pas le signe qu’il y a plus d’information que par le passé, mais simplement celui qu’on a généré plus de bruit (j’ai souvent, dans un passé récent, utilisé la métaphore du signal/bruit pour relativiser l’importance de la veille sur les médias sociaux par exemple).

Voici donc quelques extraits tirés du texte de Chad Wellmon, que je vous invite à lire en version intégrale sur Internet.

[…]

La tâche la plus complexe, et la plus pressante de notre ère digitale, en conséquence, consiste non pas à se demander ce qui vient après le yottaoctet, mais dans notre acclimatation culturelle croissante avec un monde de plus en plus digital. De façon à comprendre comment nos vies sont déjà profondément influencées par la technologie, nous avons besoin de considérer l’information non pas dans les termes abstraits des terraoctets et zettaoctets, mais d’une façon plus culturelle. Comment ces technologies que les humains ont façonnées afin d’interagir avec le monde, viennent-elles nous façonner également à leur tour ? Quel impact a sur nous l’interaction de ces technologies, fabriquées par nous-même, et les éléments irréductibles de nos vies ? La tâche d’analyse consiste essentiellement à identifier et à comprendre les formes d’agencement humain particulières à notre ère numérique, sans réduire la technologie à une extension mécanique des humains, à un simple outil. En raccourci, se demander si Google nous rend plus bête, comme certains critiques culturels l’ont fait remarquer, est une mauvaise question. Elle part de l’hypothèse de la distanciation entre les hommes et de la technologie qui n’est plus, si elle l’a jamais été, tenable.

2 récits opposés

L’histoire de cette influence mutuelle entre humains et technologie a été obscurcie récemment par la cristallisation de 2 récits concurrents quant à la façon dont nous vivons cette information. D’une part, il y a ceux qui prétendent que les efforts de numérisation de Google, la puissance du réseau social de Facebook, et l’ère des big data en général permettent de réaliser le rêve antique de l’universalité de toute connaissance. Le monde numérique deviendrait ainsi un « réseau sans frontières et unique de mondes interconnectés et d’idées », une sorte de connaissance sans distinctions ni différences. À la différence d’autres innovations technologiques plus anciennes, comme l’imprimerie, qui était limitée à une élite éduquée, l’Internet est un réseau de « pages Web, blogs, articles d’information et de tweets fortement inter reliés, visible de tous et de n’importe qui ». Notre ère de l’information est unique non seulement par son échelle, mais par son agencement ouvert et démocratique. L’information a été finalement libérée. Les technologies numériques, prétendent les plus optimistes d’entre nous, nous donneraient accès à une connaissance universelle qui nous rendrait plus intelligents et qui finalement nous libéreraient. Ces prétentions utopiques sont liées à des visions similaires à propos d’un futur trans-humaniste dans lequel la technologie nous supplanterait et nous permettrait de dépasser ce qui étaient autrefois les limites historiques de l’humanité : physiques, intellectuelles et psychologiques. Le rêve d’une humanité post-humaine en somme.

À l’opposé, des observateurs moins emphatiques interprètent la montée en puissance de la numérisation et des big data comme l’annonce d’une surcharge d’information. Nous souffririons d’un déluge de données. Beaucoup s’inquiètent que les hyperliens du Web nous envoient d’une page à une autre, que les blogs réduisent de longs articles en résumés d’1 ou 2 lignes, et que les tweets réduisent les pensées à 140 caractères, créant ainsi une culture de la distraction. Les technologies mêmes qui nous aident à gérer toute cette information minent notre capacité à lire en profondeur et avec attention. Le Web, selon certains, est un média fortement lacunaire qui favoriserait une forme moins intense et plus superficielle de lecture

[…]

Les inventions technologique, qu’il s’agisse de l’encyclopédie imprimée à l’heure où elle fut inventée ou de Wikipédia, ne sont pas des machines abstraites qui, indépendamment de nous, nous rendent bêtes ou intelligents. Comme nous l’avons vu avec les technologies de la lecture amenées par les lumières, la connaissance émerge de processus complexes de sélection, distinction et de jugement, du fait de l’incontournable interaction entre les humains et la technologie. Nous devrions résister ainsi à la fausse promesse représentée aujourd’hui par le champ de sélection situé en-dessous du logo de Google : soit vous accédez immédiatement et sans médiation à la connaissance pure, soit vous vous livrez à une vie de distraction et d’information superficielle. Cette alternative est un piège. La connaissance s’acquiert à force de travail ; elle est façonnée, créée et organisée par les humains et leurs technologies. Le moteur de recherche de Google et ses algorithmes sont uniquement le dernier avatar d’une longue histoire des technologies que les humains ont développées pour organiser, évaluer et interagir avec le monde qui les entoure.

clip_image006Poursuivre cette lecture sur le Web avec l’article en version intégrale : Pourquoi Google ne nous abêtit pas … ni ne nour rend plus intelligent par Chad Wellmon


[1] Chad Wellmon est professeur à l’Université de Virginie aux Etats-Unis. Il est l’auteur de « devenir humain : anthropologie romantique et personnalisation de la liberté » (2010)

Big data : pourquoi l’abondance des données n’a aucune importance #scmw2013 was last modified: mai 11th, 2015 by Yann Gourvennec

5 préjugés sur Pagesjaunes, géant du marketing B2B – interview de Julien Billot

julien-billotNous sommes tous, au-moins à certains moments, sous l’emprise de préjugés qui nous font croire des choses qui ne résistent pas à l’épreuve des faits. C’est ce dont je me suis encore aperçu lors d’une discussion avec Julien billot, DGA de Solocal group (ex Pagesjaunes) qui m’a permis de démonter les préjugés que nous pouvons avoir sur le sujet du Solomo (cartographie, annuaires et mise en relation avec les professionnels en ligne). Il ne s’agit pas d’une affaire réglée, où Google règnerait en maître, et où ils auraient tout écrasé sur leur passage. Du moins, pas en France ! La vérité en chiffres, sur le village gaulois des services de relation aux professionnels avec cette interview exclusive de Julien Billot (cf. photo) réalisée il y a quelques semaines.

rollodexPréjugé numéro 1 : Pagesjaunes est un annuaire. Ce n’est pas tout à fait faux, mais le champion historique français des annuaires professionnels est devenu bien plus que ça : « c’est une plate-forme de mise en relation » selon Julien Billot. Car ce qui intéresse le professionnel, c’est qu’on le promeuve, qu’il soit vu en ligne ou sur papier et que sa notoriété croisse ainsi que son business. Pagesjaunes réalise tout un attirail de mise en relation, des bannières pour promouvoir des professionnels, des pages d’atterrissage et aussi des sites Web. Surtout, l’entreprise française va bien au-delà du simple annuaire de téléphone, en fournissant la certification des informations sur les professionnels grâce à sa base de connaissances et à sa présence sur le terrain. En fait, le vrai métier de Pagesjaunes c’est de donner “toutes les informations pour permettre aux consommateurs de choisir un annonceur”. On joue quelque peu sur les mots ici, mais on comprendra aisément le positionnement.

newspaper-largePréjugé numéro 2 : l’annuaire papier est mort. Rien n’est moins vrai. Certes, 60 % du chiffre d’affaires et des « vues » Pagesjaunes se réalisent en ligne, mais il faut souligner que le papier est encore distribué à 20 millions d’exemplaires. Il y a certes une perception assez parisienne et biaisée, qui veut que l’annuaire papier a disparu, mais en fait, nombre de provinciaux préfère encore le papier et ce pour des raisons pratiques ; l’ordinateur, dans un habitat horizontal, n’étant pas toujours à portée de main. Certaines régions résistent mieux que d’autres à cette survie du papier. Bordeaux est une région papivore par exemple, la région parisienne, tend à voir sa distribution baisser. Car Pagesjaunes, autre préjugé, ne distribue pas d’annuaires à n’importe qui n’imorte comment ; il s’agit d’un processus raisonné et mesuré, avec des ajustements statistiques, qui permet de distribuer jusyte ce qu’il faut de papier. Il est vrai que chaque annuaire coûte 2.90€ environ. Il est certain cependant que, selon Julien Billot, le papier baisse régulièrement, mais il n’est pas mort, et encore faudrait-il mieux au contraire, souligner que c’est surtout le digital qui se développe, ce dont nous nous plaindrons pas sur ce site.

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Solocal Group regroupe 17 marques, dont les 2 marques phares PagesJaunes et Mappy

4:11 de chiffres sur Solocal group … n’en jetez plus !

Préjugé numéro 3 : Google est leader, Pagesjaunes est ringard. Il est vrai que Google adresses (places, en partenariat avec Zagat) est bluffant. Tapez un nom de commerçant connu et vous savez, s’il est à jour, s’il est correct et s’il existe encore, son téléphone peut être actionné directement par un lien sur votre Smartphone. Puissant, certes, mais ce type de recherche, celle des « professionnels connus » n’est pas la plus répandue. Ce d’autant plus que “peu de professionnels sont intéressés de payer pour référencer leur propre nom !” m’a confié Julien Billot. La rechercher la plus répandue et la plus lucrative est bien celle des professionnels non connus, justement. Par exemple : « boulanger à Lille ». Sauf que cette recherche sur Google donnera probablement un résultat faux, selon Julien Billot , consistant à vous renvoyer vers un magasin d’électroménager ! (comme j’aime bien vérifier, je peux ajouter que c’est vrai pour une requête de base sur le moteur de rercherche, mais pas tout à fait sur Google places).

computer-largePréjugé numéro 4 : Pagesjaunes c’est le papier, Google c’est l’Internet. Encore un préjugé faux. Car même sur le Web et le mobile, Pagesjaunes est un leader, du moins en France. Son application, disponible sur tous les systèmes d’exploitation y compris Windows Phone et BlackBerry, a été téléchargé 15 millions de fois, ce qui, si on rapproche ce chiffre au nombre de Smartphones en France (20 millions) représente environ 75 % des Smartphones français (voire un peu moins si on considère que tous les chargements ne sont pas actifs). Il s’agit même de la 3e application la plus téléchargée sur l’App store, derrière Facebook et Shazam en France. Si on regarde des supports plus larges comme l’iPad, c’est Mappy, qui est la 2e application la plus téléchargé et Pagesjaunes la 5e. On peut en effet supposer qu’il est plus facile de regarder les Pagesjaunes sur une tablette au travers du navigateur Safari directement. Le résultat est bluffant, Mappy et Google Maps font jeu égal, contrairement aux préjugés, et le service de cartographie français se paie même le luxe d’être 100 fois plus gros que ViaMichelin, et même « loin devant Apple Maps » selon Julien Billot, qui pense que le service de géolocalisation de la marque à la pomme a été un fiasco. Le site Web de notre champion national n’est pas en reste, avec 1 milliard de visites et 300 millions de visites sur mobile, ce qui représente à peu près l’équivalent du nombre de consultations des 20 millions d’annuaires papier distribués (1 milliard de consultations par an). Autant dire que page jaune est un vari leader de l’Internet en France (Solocal, 8e groupe sur le Web en France selon JDNet avec 20 millions de VU par mois soit environ 240 millions de VU par an, Pagesjauunes.fr 24e site Web sur Alexa), un vrai poids-lourd qui rivalise avec les géants américains du secteur, et non le “nain digital” que les préjugés pourraient décrire.

€-largePréjugé numéro 5 : Pagesjaunes est en régression. Pagesjaunes, renommé Solocal group, car l’entreprise se « réinvente autour de la cartographie », c’est aussi une belle entreprise génératrice d’emplois, dans le secteur du digital et du marketing, on ne va pas bouder notre plaisir en ces temps de crise. Ce groupe, c’est 5000 personnes, plus d’1 milliard d’euros de chiffre d’affaires et une rentabilité extraordinaire de 450 millions d’euros. Chiffre encore plus évocateur, Pagesjaunes génère 660 millions d’euros de revenus publicitaires sur Internet, ce qui en fait un des 10 plus gros acteurs mondiaux de la publicité en ligne alors qu’il n’est présent qu’en France. Sur les 5000 personnes du groupe, on compte 2000 commerciaux dont 1000 présents régulièrement sur le terrain, chargés de rencontrer directement les professionnels. On n’oubliera pas les 500 personnes dédiées à l’édition de sites Web, activité qui regroupe des profils aussi variés que des webmasters, des curateurs des marketeurs et des développeurs. Pagesjaunes, est non seulement un géant publicitaire, aussi un géant de l’Internet, mais c’est aussi un géant du service car ce qui fait véritablement la force du groupe, c’est cette capacité à qualifier l’information et à la rendre utilisable pour le public, les consommateurs ou les professionnels.

Autant de préjugés qu’il fallait combatttre ; j’ai personnellement appris beaucoup de cette interview, et je verrai différemment Pagesjaunes et le groupe Solocal à partir d’aujourd’hui.

Note : Cette interview est rescapée d’un vol dont j’ai été victime mardi 2 juillet au soir, au cours duquel je me suis fait subtiliser tout mon matériel, y compris mon précieux carnet moleskine, sur lequel j’avais noté toutes les références chiffrées relatives à l’interview. Je l’ai reconstituée de mémoire grâce au podcast que j’avais enregistré ; il se peut qu’1 ou 2 détails m’aient échappé dans ce processus.

5 préjugés sur Pagesjaunes, géant du marketing B2B – interview de Julien Billot was last modified: juillet 5th, 2013 by Yann Gourvennec

Coup de cœur : France Inter contre les préjugés anti-européens

newspaper-largeIl est fréquent qu’on tape sur les journalistes, et ils n’aiment pas ça, ça se comprend, même si parfois certains d’entre eux le cherchent un peu. Et pourtant, le journalisme bien fait, cela fait plaisir pour les petites cellules grises (clin d’œil à mon ami Olivier Cimelière) ; alors je voulais partager avec vous mon coup de coeur du matin, et même de tous les matins, puisque j’écoute cette émission tous les jours ou presque, à une heure où hélas, la plupart des gens sont sous la couette. A en juger par le nombre de retweets, on voit également que ce qui fait la qualité d’une information ne se mesure pas en nombre de “gazouillis”.

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photo : antimuseum.com

Delphine Simon donc, journaliste à France Inter (et peut-être aussi à RTBF si la photo est ressemblante, je n’arrive pas à réconcilier les bios), décrypte le vrai-faux de l’Europe tous les jours et prend une citation, qu’elle décrypte et qu’elle vérifie,chiffres à l’appui. Enfin du vrai fact-checking ! On en avait bien besoin, et je me demande pourquoi, d’ailleurs, ce type de journalisme n’est pas systématiquement appliqué sur les grandes antennes, à une heure qui ne soit pas celle où les gens dorment.

Plus les mensonges sont ros, plus ils passent

La citation d’aujourd’hui était encore plus croustillante que d’habitude, car elle concernait notre matador national, pourfendeur de mondialisation et d’économie (lui-même issu de la mondialisation)  : 75% des Français selon lui, seraient opposésà la mondialisation.

uand vous avez des gens comme monsieur Barroso qui déclare : ‘l’exception culturelle à la concurrence, à la mondialisation alors qu’il y a 75% des Français qui sont contre la mondialisation telle qu’elle existe et que vous avez à peu près vous avez la quasi-totalité des pays européens qui sont réticents à la mondialisation et de façon ultra majoritaire, y compris l’Allemagne ce qui est incroyable

On ne sera pas surpris de la réponse que vous irez découvrir dans le podcast de la radio publique, et pas étonné non plus de l’amas de bêtises proférées par nos “responsables” politiques et celui-ci en particulier. Quel étonnement de voir ensuite le vote populiste l’emporter après avoir nourri la population au biberon du mensonge et de la peur irrationnelle. Vraiment, je ne comprends pas ce qui se passe … soupirs !

La bonne nouvelle dans cette chronique de ce matin, c’est que non ! il n’y a pas 75% de personnes, chiffre absolument farfelu, qui rejettent la mondialisation. La mauvaise nouvelle, c’est qu’il y en a quand-même 45%, certainement un chiffre suffisant pour paraître comme des dinosaures apeurés, pessimistes et irrationnels aux yeux du monde. Et surtout aux yeux de nos camarades germaniques, qui sont près de 67% à penser que cette mondialisation est bénéfique. Il est vrai qu’ils y sont assez gagnants, à force de travail et d’adaptation, et que nous avons un peu moins de succès internationaux, même si le potentiel du pays et de son économie est assez fort (et très mal utilisé).

Une lacune : il n’est pas précisé (mais avons-nous ces chiffres ?) quelle proportion de ces 45% se précipite tous les samedis dans les hypermarchés pour y acheter en masse des produits fabriqués en Chine afin de faire de bonnes affaires.

Cela fera peut-être l’objet d’une prochaine émission…

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Le vrai/faux de l’Europe : est-il vrai que 75% des Français sont opposés à la mondialisation ? http://tinyurl.com/or9s2pt (via @f_inter)

Diplômée de l’Ecole supérieure de journalisme de Lille et Lauréate de la Bourse René Payot, elle a présenté durant 5 ans les journaux de France Inter, avant de devenir reporter au service des Informations générales, puis grand reporter au service Etranger de France Inter. Depuis 1998, elle est spécialisée dans les questions européennes.

Coup de cœur : France Inter contre les préjugés anti-européens was last modified: juin 28th, 2013 by Yann Gourvennec

impact économique du Web et B2B

opentoleads-marketing-btob-hpC’est le canevas de ma présentation de ce soir à Open2leads.  D’une part une présentation sur la base des chiffres de Digiworld 2012 et, c’est la nouveauté, de 2013 de l’Idate, qui va me permettre de poser le débat sur l’importance du digital dans l’économie, en France, en Europe et dans le monde. Ceci préfigure quelques uns des chapitres de  notre futur ouvrage, les médias sociaux expliqués à mon boss, qui sortira à l’Automne 2013 (la relecture est en cours, comme je l’ai expliqué ce matin).

D’autre part, un ensemble de questions qui me seront posées dans le cours de la discussion :

  • Quel est l’impact du Digital dans notre économie et quels bénéfices de manière générale les entreprises peuvent-elle en tirer ?
  • Les PME françaises ont elles toutes passé le pas ? Quels sont les risques pour celles qui ne se lancent pas ?
  • Pour revenir au sujet qui nous n’intéresse ce soir, à savoir le digital dans un contexte marketing btob
  • Quels sont les grandes tendances marketing que vous observez ?
  • Constatez vous aussi ces tendances à l’échelon international ?
  • Quels sont selon vous les priorités principales des directions marketing en btob?
  • Pensez-vous que le BtoB à un retard sur le BtoC en terme d’usage?

Rappel de la conférence ci-dessous

SLIDE1BIS

B2B Best practices: Le Digital au service de la Performance,
une conférence organisée par Open2leads
impact économique du Web et B2B was last modified: juin 26th, 2013 by Yann Gourvennec