#Le street art au service du social game …

Je relaie ce post de Cécile Missir qui annonce un de mes derniers projets dans le cadre de mes fonctions actuelles.
Lieu du rendez-vous :
Vendredi 8 mars : Mur d’Oberkampf (105 rue Oberkampf 75011 Paris)
Samedi 9 mars : Parvis de Beaubourg.
Cet événement sera suivi d’un pot avec l’artiste dans l’un des cafés environnants.

#Le street art au service du social game … was last modified: mars 8th, 2013 by Yann Gourvennec

Crowdfunding : SticknFind lève 1 million de dollars sur Indiegogo – #mwc13

Cet article a été originellement publié sur Live.Orange.com lors d’un voyage de Presse réalisé la semaine dernière, dans le cadre du Mobile World Congress de Barcelone 2013

Non, vous ne rêvez pas ! Sticknfind a bien levé près d’ 1m de dollars en janvier 2013

Non vous ne rêvez pas ! La start-up sticknfind a réussi à lever près d’un million de dollars sur la plate-forme de Crowdfunding Indiegogo.

Et les fondateurs de Sticknfind ne sont pas des débutants non plus car ce sont des pionniers du Bluetooth depuis les années 2003 et 2004 et ils ont travaillé depuis ce temps-là avec l’industrie automobile et gagné bien des récompenses a déclaré Jimmy Buchheim dans son introduction hier. Lui et ses équipes ont également développé le projet Blutracker, capable de localiser différents objets dans un rayon de 2500 pieds (projet également financé au travers de Indiegogo : $180 500 ont été levés pour ce projet) de même que Masterplug, une prise intelligente qui mesure la consommation électrique et l’affiche dans la monnaie locale (environ $128 000 levés également sur Indiegogo). « Cette entreprise a fini par être très profitable » a précisé le fondateur de Sticknfind. Il a démarré la nouvelle structure en début décembre. « cela n’a pas été facile » a-t-il dit, mais il avait l’air vraiment très content du financement qu’il a réussi à obtenir de la plate-forme de Crowdfunding. En effet, je connais peu de gens qui ne s’en contenteraient pas !

Jimmy Buchheim, patron et fondateur de SticknFind montre le produit SticknFind

Pourquoi utiliser le Crowdfunding ?

« Le moyen apparemment le plus direct pour démarrer l’entreprise aurait été de concevoir notre produit, le mettre en production, puis d’en faire l’article et ensuite le vendre à un industriel. Mais cela ne nous a pas paru la solution la plus simple. C’est ainsi qu’on a décidé d’aller dans le sens du crowdfunding parce que les retours des utilisateurs sont quelquefois plus intéressants que ceux venant d’une entreprise » a déclaré M. Buchheim. Il a ajouté « les Industriels veulent souvent changer les produits pour les adapter à leurs propres besoins et pas ceux de leurs clients ; quant à faire entrer des fonds d’investissement, cela a pour résultat que trop de gens veulent donner leur avis et c’est comme cela que ça commence à aller mal ! ».

Alors, quelle est cette innovation que les utilisateurs ont jugée falloir 1 million de dollars ?

  1. Tout d’abord, c’est essentiellement une « fonction de géolocalisation exceptionnelle » pour reprendre les mots de Monsieur Buchheim. « Nous avons mis beaucoup de recherche-développement dans ce mécanisme de localisation » a-t-il ajouté. Ce que cela veut dire c’est que cela donne à l’utilisateur la possibilité de mesurer très précisément où se trouve un objet. « La résolution est extraordinaire, le système est capable de mesurer des distances très petites » ;
  2. Deuxièmement, la fonctionnalité d’alertage qui permet au sticker d’envoyer une notification si l’objet appairé apparaît dans le rayon d’action. Les utilisateurs reçoivent donc une alerte sur leur téléphone s’ils oublient l’objet concerné. Vous pouvez mettre ce sticker sur une caméra, vos clés de voiture etc. et vous pouvez même mesurer la température d’un objet (ce qui par exemple, pourrait vous éclairer sur le fait que l’objet est à l’intérieur ou à l’extérieur du bâtiment).
  3. Troisièmement, une capacité de zoom exceptionnelle qui permet de trouver ses clés dans un rayon de 45 mètres ; SticknFind a été capable d’étendre cette capacité jusqu’à 90 mètres. Grâce aux retours de ses utilisateurs, ils ont été capables de produire trois prototypes avec des Industriels différents. « Ceci nous a pris beaucoup de temps de mise au point » a ajouté Jimmy Bouchheim, « car ces stickers sont faits de petits composants et requièrent un travail intense mais nous avons fini par identifier la bonne composition du mélange plastique notamment (c’est-à-dire ni trop rigide, ni trop caoutchouteux), ce qui permet d’obtenir une meilleure portée. »

Stick find va commencer à expédier son produit la semaine prochaine. L’entreprise a démarré la production dès le mois dernier, ce qui veut dire que qu’ils sont en avance sur leurs plans initiaux et le produit sera disponible dans les boutiques dès avril. Ceci est la première génération de ce produit, a poursuivi Jimmy Buchheim, « nous sommes en train de créer un nouveau marché et celui-ci va déclencher de nouvelles applications. Les consommateurs et les entreprises perdent beaucoup d’argent avec les objects qu’ils égarent ».

Quid de la génération de 2 ?

« Elle sera encore plus petite », a précisé Jimmy, « vous pourriez même mettre un sticker V2 sur votre brosse à dents ! » a-t-il ajouté en plaisantant. « Ceci est le véritable Internet des objets » a-t-il déclaré. Le prix pour 2 stickers est de $49 et $89 pour 4 et il sera également disponible en packs de 10. L’application sera gratuitement disponible sur Google Play et iTunes et fonctionnera également sur le BlackBerry Z10 (à compter d’avril). La batterie dure 2 ans, donc même pas besoin de la changer très souvent.

Un SDK gratuit sera mis à la disposition des développeurs.  Le SDK sera aussi disponible pour Mac OS X (dès mars) et Windows 8 (à partir d’avril).

Il existe aussi des applications industrielles de cette technologie, comme celle qui consiste à garder la trace d’un inventaire, car il est possible de faire fonctionner le système avec 100 et même 1000 objets qui peuvent être géolocalisés en même temps. Le système, puisqu’il utilise Bluetooth 4.0, marche avec les téléphones de dernière génération (iPhone 4S ou plus récents, Samsung Galaxy SIII etc.) mais aucun accessoire supplémentaire n’est requis pour faire le faire fonctionner. « La seule façon de faire durer la batterie pendant deux ans a été d’utiliser la nouvelle génération de Bluetooth, sinon elle n’aurait pas duré plus de quelques jours » a déclaré le patron de SticknFind. Quant à la sécurité, l’appairage est limité aux appareils qui sont placés dans un rayon d’1 m et « vous devez taper sur le sticker pour pouvoir l’activer, ce qui est plus sûr ».

Cette technologie est une réelle innovation et une des meilleures que j’aie vues dans ce salon; elle remplit un besoin, est disponible tout de suite, est à la fois simple et offre un véritable facteur différenciant. Pas étonnant donc qu’ils aient réussi à lever autant d’argent au travers de Indiegogo.

interview de jimmybuchheim
Crowdfunding : SticknFind lève 1 million de dollars sur Indiegogo – #mwc13 was last modified: septembre 20th, 2014 by Yann Gourvennec

Ces Norvégiens qui BOOSTent la publicité mobile – #mwc13

innovationAu troisième jour de ma visite au Mobile World Congress de Barcelone, je me suis arrêté sur le stand de Boost Communications de façon à discuter avec des innovateurs de la première heure dans le marché du marketing mobile. Il est vrai que la publicité sur mobile est devenu le point focal de l’attention de beaucoup de marketeurs. Pourtant, on ne peut pas dire que nous avons été gâtés par les innovations dans ce domaine jusqu’ici. Tout ce que nous avons vu à ce jour sont de simples bannières vaguement adaptées aux écrans mobiles qui détournent l’attention des clients et les laissent partir une fois qu’ils ont cliqué dessus. Pourtant, de nouveaux modèles sont possibles et des outils existent, à l’instar de ce que fait Boost Communications, une entreprise norvégienne dont l’expansion sur le marché britannique est en cours. Voici mon rapport de mon entretien avec un des fondateurs de la société, Øystein Skiri (photo)

Oystein R. Skiri, CEO and co-founder of Boost Communications

le marketing mobile depuis … 2000 !

Boost Communications a été fondée il y a 13 ans et ses deux cofondateurs ont démarré tout de suite leur travail sur les mobiles, ce qui était très visionnaire. Leur idée était que « [ceux-ci] pouvaient utiliser ces appareils pour faire plus que passer des appels ». Ils ont été parmi les pionniers des solutions comme les SMS et les MMS dès 1999. Un contexte dont je me souviens très bien puisque j’étais également dans ce métier à l’époque. Aujourd’hui, « le monde a évolué vers le paysage des médias Paid/Earned/Owned, mais beaucoup de principes qui ont été édictés en cette période sont encore valides », a dit Øystein Skiri. « On peut en effet augmenter le taux de clic à l’intérieur des publicités et du marketing direct au travers de l’utilisation d’informations pertinentes, et du marketing de la permission » et, pour le dire franchement, au prix d’un meilleur respect des utilisateurs. Ceci est exactement ce sur quoi les fondateurs de Boost Communications ont commencé à travailler dès la fin des années 90.

Comme me le montre Øystein Skiri sur la photo ci-dessous, l’entreprise a commencé très tôt avec l’idée que les clients devaient donner leur consentement à propos des types d’informations qu’ils voulaient recevoir, avec quel degré de fréquence et quelle pertinence par rapport à leurs centres d’intérêt.

Permission Marketing, the 2001 way

[un des pionniers du marketing de la permission marketing – Skiri pointe du doigt un formulaire marketing orienté sur la permission client datant de 2001 ; Seth Godin peut être fier]

le démarchage marketing pas près de disparaître

Pourtant, même avec plus de respect du client, « la prospection marketing est loin de disparaître » pour reprendre les mots du fondateur de Boost. Le marketing doit évoluer, notamment sur le mobile où les taux de clics sur les bannières sont très inférieurs aux attentes du fait de l’usage abusif des bannières mobiles interruptives. « La consommation mobile a évolué » a ajouté Skiri : « Maintenant que tout le monde utilise des smartphones et des tablettes, et que nous pouvons faire du display sur ces appareils, du rich média et de la publicité les vidéos. Le problème est qu’avec ces bannières, quand l’utilisateur clique il est amené à quitter la page où il se trouve ; nous avons donc créé un mécanisme à l’intérieur de la bannière de façon à ce que celle-ci continue à capter l’attention du client. »

C’est particulièrement le sens dans lequel Boost Communications a innové en créant de nouvelles formes de bannières d’affichage différentes. « Les bannières de display ne marchent pas véritablement aujourd’hui. La publicité sur mobile a besoin de monter d’un cran au travers de la compréhension, de l’interprétation du contexte de lecture, de la localisation et de la compréhension des usages d’un client » Oystein Skiri a-t-il précisé.

Voici ce que j’ai vu en termes d’innovation dans le domaine de la bannière sur mobile sur le stand de Boost :

  • tout d’abord, un nouveau type de bannières qui tournent sur elles-mêmes. Au travers de cette « publicité tournante « le taux de clic peut être multiplié par sept » a déclaré Skiri. Bien sûr, la bannière réelle peut être plus petite que celle qui est affichée sur cette photo

Mobile banner ad innovation -1

[des bannières mobiles qui font tourner les taux de clic 7 fois !]

  • les deux exemples suivants sont des bannières interactives dans lesquelles les utilisateurs ne quittent pas l’écran mais interagissent à l’intérieur de la bannière directement, soit pour faire un jeu de grattage soit pour tirer un penalty sur l’écran. Bien que je n’aie pas pu obtenir de chiffres quant à l’augmentation des taux de clics avec ce genre de bannières, on peut imaginer aisément que les utilisateurs peuvent rester jouer sur leur écran de mobile plutôt que de quitter la page

Mobile banner ad innovation -2

[un jeu à gratter dans une bannière mobile qui capte l’attention de l’utilisateur]

Mobile banner ad innovation -3

[des bannières interactives qui permettent même de tirer (et de marquer) un pénalty !]

  • Boost Communications est aussi à l’origine de l’application madmaker, un service logiciel en self-service pour produire des bannières et des pages d’atterrissage, principalement destiné aux petites et moyennes entreprises. L’application peut être utilisée telle quelle ou sous marque blanche. Les publicitaires et les agences adorent cette fonctionnalité et des clients finals du B2B peuvent également utiliser le logiciel directement. Cette technologie est très facile à mettre en œuvre, elle produit des pages d’atterrissage sur mobile en formats responsive design qui sont disponibles pour tous les types d’écrans. Un partenariat avec le Google Ad network sera disponible à court terme ajouta Skiri.

Madmaker.com (alpha V2) interface

[écran de madmaker : un outil pour fabriquer soi-même ses campagnes marketing mobiles]

Boost Communications emploie 55 personnes et est basée à Oslo, Trondheim, Londres, Dubai et Johannesburg. Elle fut fondée avec des capitaux norvégiens, et l’année dernière, elle are reçu un financement supplémentaire de 25 millions de couronnes norvégiennes. Leur objectif est désormais d’attirer l’attention de nouveaux projets, dans d’autres pays et notamment sur les marchés en forte croissance.

Ces Norvégiens qui BOOSTent la publicité mobile – #mwc13 was last modified: mars 5th, 2013 by Yann Gourvennec

Le syndrome de Powerpoint (2) – Tribune

eye-large.gifMon récent article sur la véritable nature des infographies m’a incité à faire surgir du passé cet article de Giancarlo Livraghi vieux de 10 ans, et qui se trouvait à l’origine sur mon site Visionarymarketing.com. Même si certaines de ses références sont quelque peu datées, rien n’a changé depuis loirs, si ce n’est le moyen sans cesse croissant et puissant de fabriquer et faire circuler de la fausse information. Je tiens à noter ici par avance, afin de prévenir les commentaires qui ne manqueront pas de fuser, que ceci est un tribune et que, personnellement,  je n’ai rien contre PowerPoint, dont j’essaie d’etre un utilisateur éthique. Par « maladie de PowerPoint » c’est le lecteur (c’est-à-dire nous tous) et son manque de recul que l’on fustige.

Par Giancarlo Livraghi

Beaucoup des maladies actuelles remontent à l’origine de notre espèce. Il est aisé d’imaginer un peintre préhistorique, qui aurait trouvé un moyen rapide et facile de dessiner un bison, couvrant les murs d’une grotte de scènes coloriées de chasse, sans s’interroger sur sa capacité à nourrir sa famille ou sa tribu.

Le  » syndrome de Powerpoint  » est une maladie bien connue, clairement diagnostiquée, non seulement par de brillants caricaturistes comme Scott Adams, mais aussi dans diverses analyses de l’efficacité et de la communication des entreprises. Cette maladie est appelée Outre-atlantique  » disinfotainment « , que l’on peut traduire par ‘désinformation ludique’.

Il a été prouvé qu’elle peut sérieusement perturber la communication d’entreprise. Certaines firmes, dont Sun, l’ont même bannie de leur organisation.

AP/Wide World PhotosTufte satirizes the totalitarian impact of presentation slideware.
AP/Wide World Photos : Tufte satirizes the totalitarian impact of presentation slideware.

Le magazine Wired de septembre 2003 contenait un article de Edward R.Tufte, professeur émérite de Yale intitulé Le pouvoir corrompt, Powerpoint corrompt absolument. (Sa monographie,  » The cognitive Style of Powerpoint  » est disponible chez Graphics Press).

Voici quelques extraits de cette intéressante réflexion :

Imaginez une publicité largement diffusée recommandant l’usage d’un médicament onéreux qui rendrait beau, mais qui serait inefficace. Au lieu de cela, le médicament aurait de fréquents et sérieux effets secondaires : abrutissement, neurasthénie, aboulie, difficultés d’expression. Ces effets secondaires conduiraient à juste titre à un retrait mondial du produit.

Pourtant, les logiciels de présentation sont partout présents : dans les entreprises américaines, les administrations et même dans les écoles. Plusieurs centaines de millions de copies du logiciel de Microsoft Powerpoint projettent des milliards de ‘transparents’ chaque année. Ces logiciels peuvent aider les conférenciers à étayer leurs messages. Mais cette commodité peut entraîner un affaiblissement du propos ainsi que de l’attention des auditeurs. La présentation type faisant appel à ces logiciels privilégie la forme au détriment du contenu, trahissant une attitude de vendeur de soupe qui transforme tout en  » baratin  » commercial.

Pour une grande part, ces présentations pêchent par la qualité, la pertinence et l’honnêteté du contenu. Si vos résultats vous gênent, alors vous présentez des résultats erronés. Si vos textes ou vos images ne sont pas au point, faisant sautiller les couleurs, ils ne perdront pas pour autant de leur pertinence. L’ennui du public vient généralement d’un contenu défaillant non d’une mauvaise présentation

Une présentation a minima n’est pas dommageable alors que Powerpoint fréquemment hache, domine et banalise le discours.

Les conclusions pratiques sont claires. Powerpoint est un bon outil de gestion de projection de ‘transparents’ mais plutôt que d’enrichir un exposé, il en arrive à s’y substituer. Ce mauvais usage ignore la règle majeure : le respect de l’assistance.

Bien évidemment, les outils de présentation existaient déjà, longtemps avant l’apparition de l’informatique ; il s’agissait des tableaux (noirs ou papier) des rétroprojecteurs de transparents etc… Quelques-uns unes des plus belles peintures et sculptures du patrimoine de l’humanité étaient utilisées pour présenter ou illustrer une idée, une ligne de pensée, une attitude, un projet ou un plan d’action. Mais la plupart des présentations Powerpoint ne peuvent se prévaloir du titre d’œuvre d’art, ni même d’exemple de présentation efficace.

Les aides visuelles peuvent être utilisées efficacement, pour attirer l’attention sur des points-clés, pour mettre en valeur une information importante, pour rendre les choses claires. Mais il est hélas si facile de faire le contraire, d’embrouiller, de rendre confus ou de pervertir délibérément les faits, les enjeux et les concepts.

Nous savons que les données, les bilans, les statistiques, les tendances, les projections et prévisions peuvent être manipulées de différentes manières. Il y a cinquante ans, ceci était clairement expliqué dans un merveilleux petit livre de Darrel Huff : How to lie with statistics (comment mentir avec les statistiques) ; sorti en 1954, il est encore édité et se révèle toujours aussi pertinent.

Darrel Huff explique comment les données peuvent être mal utilisées ou représentées, par erreur ou par manipulation délibérée. Il montre aussi comment elles peuvent en outre être perverties dans une présentation visuelle. Par exemple des données chiffrées peuvent être montrées en deux dimensions plutôt qu’en lignes, colonnes ou barres. La hauteur du schéma indique la valeur exacte mais la perception des écarts est double. En utilisant des images, l’effet est encore plus fort, la perception est tridimensionnelle. Si nous utilisons l’image d’un animal pour montrer l’évolution d’une espèce ou une vache pour représenter la production de lait, nous pouvons faire croire à un doublement quand l’augmentation n’est que de 30%. Et au-delà, des erreurs de perception peuvent être ajoutées en utilisant le mouvement.

Cela peut-il être fait avec les valeurs ? Oui, bien sûr ! Au lieu d’utiliser des courbes ou des graphiques à barres, on peut utiliser des billets de banque, des pièces de monnaie ou des porte-monnaie. Cela s’appelle la dramatisation mais est en réalité tromperie, comme l’expliquait Darrel Huff il y a cinquante ans, lorsqu’il n’y avait pas l’informatique pour faciliter la chose. Les moyens visuels par eux-mêmes ne sont pas en cause, ce sont des outils et le résultat dépend de la façon dont ils sont utilisés. Un exposé bien préparé peut être certifié honnête, mais s’il est délibérément truqué, il peut être un moyen de tromperie ou, s’il n’est pas soigneusement préparé et testé, ses effets peuvent être tout autres que ceux attendus par le présentateur. Les outils et les styles standardisés peuvent rendre les choses encore pires. Les présentations qui suivent une démarche prédéfinie lassent l’assistance par l’emploi répété des mêmes procédés au lieu d’éveiller son intérêt et susciter ses questions.

Un exposé efficace nécessite un travail sérieux, attention et compétence. Il demande à être essayé et testé, afin de trouver la forme la plus efficace en rapport avec le contenu, la cohérence étroite entre les supports visuels, le propos et le but recherché. Même lorsque les moyens techniques étaient moins aisés à mettre en œuvre et plus onéreux que ceux d’aujourd’hui (temps de réalisation, soin à y apporter, qualification, mais aussi coût apparent), il y avait des erreurs et des mésaventures aussi bien que des tricheries. Mais cela n’arrivait pas aussi souvent que de nos jours parce que davantage d’efforts et de compétence technique étaient nécessaires. Les choses ont empiré à cause de l’ivresse provoquée par Powerpoint.

Cela semble si facile. Une présentation sophistiquée peut-être mise sur pied en quelques heures. L’abondance de gadgets et d’outils entraîne l’exagération. Le résultat est souvent déprimant.

Les possibilités offertes par les outils standards de projection sont limitées, aussi les présentations ont-elles un air de déjà vu bien qu’elles traitent de sujets totalement différents. Cela conduit à la confusion et à l’ennui. Nous voyons souvent un présentateur emprisonné dans un schéma prédéterminé, incapable de répondre à une question simple parce qu’il est entraîné à répéter, sans compréhension approfondie, un exposé préparé par quelqu’un d’autre. Même quand les personnes préparent elles-mêmes leurs présentations, elles se perdent souvent dans les mécanismes de formatage d’écrans et manquent la cible qu’elles étaient sensées viser. Une autre conséquence ridicule est que, au terme d’un meeting ou d’un séminaire, au lieu d’un document rédigé, les participants reçoivent une copie des écrans de la présentation. Il est évident que ces images d’écrans préparés pour appuyer l’exposé ne sont pas le support approprié à la lecture et manquent cruellement d’information et d’explications. Mais la hâte, l’habitude, et la soumission irréfléchie à la technique conduisent à la production de documents sans intérêt qui brouillent le message (même lorsque leur caractère décevant n’est pas voulu).

Il y a aussi des résultats désastreux dus à la  » personnalisation « . Il est facile avec un traitement de texte de changer un nom, trop facile. Un document (ou une présentation) qui montre à la page 1 le nom d’une personne ou d’une société du monde de l’édition révèle à la page 12 qu’il a été écrit à l’origine pour un vendeur de voitures. Les choses empirent avec la télécommunication. Il est déjà assez agaçant de recevoir un fichier Powerpoint joint, de 3 mégaoctets pour nous apprendre ce qui pourrait être dit en six lignes de texte, mais il y a aussi des sites web qui contiennent des informations inadaptées manifestement extraites des textes traitant d’un tout autre sujet. Sans compter la bien connue et très répandue maladie qui voit les artifices de présentation prendre le pas sur le contenu. Après de nombreuses années de sérieuse discussion sur la pratique et le contenu du management, les meilleurs concepteurs de sites web savent que la substance importe davantage que l’apparence. (Voir The architect and the gardener : L’architecte et le jardinier).

Mais beaucoup de propriétaires de sites veulent des choses faites à moindre coût, parce qu’ils ne comprennent pas qu’Internet n’est pas la télévision ou parce qu’ils sont infectés par le virus du Powerpoint, ou bien encore parce qu’ils ne veulent pas confier à leur personnel la production d’un contenu signifiant. Aussi sommes-nous harcelés par une prolifération de  » boîtes vides  » à l’apparence brillante mais sans contenu. Le syndrome Powerpoint n’est pas seulement le mauvais usage d’une technologie spécifique, c’est un défaut culturel. L’abondance de moyens pour réaliser des écrans et les présenter d’une manière chatoyante conduit à l’exagération et à la superficialité. Lorsque la forme prend le pas sur le fond, il est plus facile de dissimuler tromperies et tricheries. Nous devons apprendre à maîtriser la prolifération des outils pour les mettre au service de notre propos, du moins chaque fois que quelque chose mérite d’être dit.

Le syndrome de Powerpoint (2) – Tribune was last modified: mai 11th, 2015 by Yann Gourvennec

Conférence Media Aces : les medias sociaux dans votre assiette

Je voulais écrire un retour sur la conférence d’hier sauf que je n’avais pas le temps … Et voici que je découvre le superbe article de Michaël qui semble confirmer notre impression de réussite. Un grand merci à lui pour cet article très complet. Pour les slides c’est sur http://bit.ly/msassiette

Conférence Media Aces : les medias sociaux dans votre assiette was last modified: septembre 20th, 2014 by Yann Gourvennec