Le véritable sens de l’innovation : exemple de la robotisation des data centers

eye-large_thumb.gifNous avons déjà posé cette question du sens de l’innovation plusieurs fois sur ce blog au moins une fois. Qu’est-ce que l’innovation ? Que veut dire le fait qu’on construise/vente/achète quelque chose de « nouveau ». Et, on ne peut y échapper, alors que l’on se pose cette question, une place importante est laissée à l’interprétation du nom. « Innovation is in the eyes of the beholder » ai-je l’habitude de dire en paraphrasant le célèbre proverbe. Ce qui peut sembler évident pour les produits de grande consommation cependant, est aussi vrai des produits technologiques pour le B2B ; de temps en temps, « nouveau » ne signifie que « meilleur et plus vite » et ce n’est pas forcément mauvais… La prochaine fois que vous entendez l’expression « innovation incrémentale », ne vous bouchez plus les oreilles.

Ce qui a motivé cet article, est un autre article trouvé sur datacenterknowledge.com qui décrit le centre de données de demain. Ou plutôt, ce sont certains des commentaires en dessous de l’article (certains plutôt critiques) qui remettaient en question la notion de nouveauté avancée par l’auteur. Le nœud du problème était le suivant : alors que l’auteur prétendait que le futur des centres de données serait l’automatisation totale, l’illustration du data center de Google qu’il choisit fut remarquée par l’un des lecteurs comme étant une vieille illustration de quelque chose qui n’était pas, en fait, du tout nouveau. Et à dire vrai, je suis parti à la recherche de ce sujet dans Youtube et j’ai trouvé bien des vidéos assez anciennes qui décrivaient des robots de stockage comme celui-ci :

Car les centres de données entièrement automatisées, ce n’est pas pour le futur ; ils existent bel et bien, comme dans cet exemple d’Amazon glacier. Ici, le stockage et le retrait d’étonner à la demande réalisée par amazone en utilisant une bibliothèque automatisée : « lorsque vous placez une requête de récupération des données, un bras robotisé attrape la bande sur laquelle est stockée vos données, insère la bande dans un disque, puis vos données sont ensuite transférées sur un disque dur auquel vous pouvez accéder ». Tout cela est réalisé dans un créneau de temps de 3 à 5 heures et le principe est que vous payez pour la récupération des données alors que le stockage est véritablement très bon marché.

Ce que Bill Kleyman décrit dans son article est cependant entièrement différent. En lieu et place d’une mini salle de données robotisées, il pense que l’intégralité des centres de données pourrait être automatisé sur une échelle beaucoup plus large, permettant ainsi un développement du stockage vertical et non plus horizontal. D’autres bénéfices incluent les économies en termes de lumière par exemple. Et il s’agit une véritable révolution. Enfin… Peut-être. J’ai visité en effet le centre de stockage vertical automatisé de machine à laver de Whirlpool en… 1986 ! Des robots voyageaient dans les allées à la vitesse de la lumière et étaient capables de stocker les produits et les pièces détachées n’importe où et à très haute vitesse (de façon un peu contre intuitive, le meilleur mode de stockage de stockage est le stockage aléatoire où la machine place de produit dans le premier espace disponible). Que cela puisse s’appliquer à un data centrer ne fait pour moi aucun doute ; il s’agit certainement d’une avancée en termes de gestion des données à la fois d’un point de vue de l’efficacité et de la rapidité. Encore une fois, l’innovation n’est pas toujours affaire de rupture, elle est souvent simplement la traduction d’une tentative de faire les choses mieux et plus vite.

innovation in the data center: how robotics is changing the game

The Robot-Driven Data Center of Tomorrow Tape libraries, like this one at Google, provide an example of the use of robotics to manage data centers. Robotic arms (visible at the end of the aisle) can load and unload tapes. (Photo: Connie Zhou for Google) There is an evolution happening within the modern data center. Huge data center operators like Google and Amazon are quietly redefining the future of the data center. This includes the integration of robotics to create a lights-out, fully automated data center environment. Let’s draw some parallels. There’s a lot of similarity between the modern warehouse center and a state-of-the-art data center. There is an organized structure, a lot of automation, and the entire floor plan is built to be as efficient as possible. Large organizations like Amazon are already using highly advanced control technologies – which include robotics – to automate and control their warehouses.

lire la suite de l’article : The Robot-Driven Data Center of Tomorrow.

Le véritable sens de l’innovation : exemple de la robotisation des data centers was last modified: mai 24th, 2013 by Yann Gourvennec

Studyka : une startup amène l’innovation en crowdsourcing dans l’entreprise

earth-largeIl y a peu je recevais Guillaume Coudert de Studyka qui est venu me présenter son projet. Guillaume est directeur commercial et business development chez Studyka et Agorize. Studyka est une des plateformes de crowdsourcing qui montent en ce moment. Mais c’est aussi bien plus que cela : un véritable moteur (Studyka c’est la partie “étudiant”, mais la plateforme sous-jacente est nommée Agorize) qui permet d’apporter la logique du crowdsourcing dans les entreprises, qui veulent faire collaborer leurs employés, leurs clients et au-delà … et qui souvent ne savent pas comment faire et requièrent donc du conseil, du service.  Les 3 fondateurs de la société, Charles Thou, Yohann Melamed et Yohan Attal se sont recontrés alors qu’ils étaient encore étudiants et ont pris conscience de ce besoin de coopération au-delà des différentes frontières des écoles où ils se trouvaient.

Wikinomics: How Mass Collaboration Changes EverythingLeur démarche, très pragmatique, les a emmenés des “challenges étudiants” à la collaboration en entreprise, dans une mouvance qui se fait de plus en plus nette en ce moment et qui correspond à une remise en selle du concept de crowdsourcing, défendu dans le livre de Don Tapscott, qui date de 2008. Même si le crowdsourcing a mis plus de temps à démarrer que prévu, et qu’il a soulevé et soulève encore quelques interrogations, il devient un instrument incontournable de l’innovation, dans une période où, comme le remarque Guillaume Coudert à juste titre, “les entreprises ont besoin de l’innovation pour vivre” et faire face à une concurrence accrue dans un environnement pris dans une zone de turbulences.

Cette vague du crowdsourcing ne fait que commencer, voyons donc comment Studyka – dont on pourra juste regretter qu’ils aient plusieurs noms – a envisagé son développement et quelles sont ses perspectives.

Studyka, qu’est-ce que c’est ?

“Studyka est une plate-forme Web qui propose aux étudiants des problématiques en ligne, des problématiques diverses, comme « inventer la vidéo/télévision de demain », ou tout autre sujet auquel vont répondre des étudiants de formation complémentaire et éventuellement internationale. Si vous allez sur studyka.com, vous pourrez voir l’ensemble des challenges qu’on a pu réaliser jusqu’à présent.

À titre d’exemple, on a mené dernièrement un challenge avec le groupe pages jaunes (solocal group maintenant), dans le but de d’imaginer leurs prochaines applications mobiles et avec Cételem pour réinventer la finance personnelle ou tout autre challenges de ce type.”

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Nombre de participants

image“En fonction de la thématique, des lots à gagner (car on offre à chaque fois des lots aux participants, soit des voyages, des iPhones, les iPads par exemple) cela varie en général, en règle générale, on a sur chaque challenge entre 50 et 100 équipes constituées de 2 ou 3 participants. On peut avoir des challenges qui explosent vraiment, c’est le cas notamment des challenges internationaux qu’on a lancés jusqu’à présent, avec Google notamment, ou le challenge « ville de demain » qui associe des profils vraiment internationaux. Les équipes se voient soumettre un challenge sur une problématique, l’équipe qui développera la meilleure idée gagnera des lots, et sera éventuellement récompensée par des stages et des emplois au sein des entreprises partenaires du challenge.”

Nombre de challenges ?

“Une bonne trentaine de challenges ont été développés jusqu’ici, qui sont visibles en ligne sur la plate-forme. Il y a eu aussi des challenges développés en parallèle et qui ne sont pas encore visibles dans la plate-forme, et qui étaient destinés à des communautés bien particulières, comme les junior entreprises ou autres communautés de ce type.Environ 10 000 participants sont maintenant inscrits sur la plate-forme, avec des profils vraiment différents, et cela croît énormément aujourd’hui.”

Agorize

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“Studyka est la partie étudiante des challenges que l’on propose. On surfe sur la vague du Crowdsourcing et la technologie qu’on a développée s’appelle Agorize. Forts du succès de Studyka sur la communauté étudiante, les entreprises nous ont dit « OK, on aime beaucoup ce concept, mais on aimerait pouvoir le proposer en interne pour animer des réseaux de personnes ou de communautés d’innovation par exemple » et du coup, aujourd’hui, on met à disposition en marque blanche cette technologie pour lancer différents challenges sur des thématiques comme les problématiques intergénérationnelles, inventer un nouveau produit innovant pour l’entreprise ou le grand challenge des stagiaires dans certaines sociétés. Le logiciel est mis à disposition sous forme de licence en fonction d’une durée précise. On peut par exemple lancer 3/parents, on peut mettre la plate-forme agora je disposition de l’entreprise sur une longue durée, ensuite entreprise pourra lancer autant de challenges qu’elle le désir.”

Les services proposés

“Dans certaines entreprises, c’est un peu compliqué de mettre en place les idées proposées. Il y en a d’autres qui sont beaucoup plus proactives sur ces sujets d’innovation, mais nous sommes là aussi pour accompagner les clients en interne afin de leur proposer de mettre en place ces idées, que ce soit au niveau juridique (propriété intellectuelle, pour laquelle nous avons une équipe dédiée) ou pour ce qui est de la mise en oeuvre par exemple. On propose maintenant ce nouveau service d’accompagnement et de conseil du fait du succès de la plate-forme Agorize.”

Maturité du marché

“Le marché et assez mûr aux États-Unis et dans d’autres pays très à la pointe où on parle de Crowdsourcing depuis des années maintenant. En France, cela commence vraiment à émerger avec des sociétés comme mymajorcompany, ou d’autres startups de ce genre. Cela commence vraiment à croître mais on n’est pas arrivés à la phase de maturité ; mais ce concept va bien fonctionner dans les années à venir. La popularité du sujet dans les médias grands publics est la preuve de ce nouvel essor. Toutefois, il n’y a pas encore d’études faites à ce sujet, en tout cas pas ma connaissance.”

Approche sectorielle

“Le secteur de l’informatique (avec Microsoft par exemple) est très en avance sur innovation. D’autres secteurs sont plus sur la réserve, prisonniers du culte de la confidentialité, donc où on ne sait pas trop ce qu’ils font en interne en termes d’innovation. Le caractère innovant des entreprises est aussi une question de personnes qui en interne sont plus ou moins sensibles à ce sujet. C’est toujorus une affaire de personnes, qui vont impulser la démarche d’innovation. La crise pousse les entreprises à innover aussi, car sans innovation, une entreprise meurt.”

Les projets

“On a lancé un challenge avec la marque Casta Luna, un challenge photos qui permet aux femmes de déposer leurs photos en ligne et à celle qui obtiendra le plus de « Likes » sur Facebook ou Twitter, et qui sera la plus plébiscitée en ligne d’emporter des lots et des chèques cadeaux. On développe aussi une nouvelle plate-forme qui permet de lancer des Hackathons et d’en faciliter l’organisation, la plate-forme s’appelle Hackateam. Il y a un tas d’autres projets, tous fondés sur le Crowdsourcing qui permettent d’animer différentes communauté.”

Une start-up française mais internationale

“Les projets de Studyka sont développés en France, mais les challenges sont internationaux pour la plupart ; on connaît beaucoup d’entreprises aux États-Unis, on a été sélectionné pour le French Tech tour en 2012, et on a pu rencontrer des sociétés à San Francisco. Du coup, l’idée à plus ou moins long terme, c’est de développer l’activité outre-Atlantique.

Studyka a une équipe d’environ 20 personnes basées à Paris. La société est financée de différentes manières, par les challenges proposés d’abord (les entreprises rémunèrent la start-up en fonction de la visibilité qui va leur être offerte). On est jeune entreprise innovante aussi, ce qui permet d’avoir des financements, et on a aussi finalisé une levée de fonds fin 2012 (Bouygues Telecom Initiative a pris 15% de leur capital pour une somme non dévoilée), ce qui a permis de bien développer l’activité.”

Guillaume_COUDERT_TwitterGuillaume Coudert est également blogueur RH 2.0, diplômé de l’ISC Paris et de l’Université Panthéon-Assas, il intervient sur les problématiques d’attractivité et de fidélisation des talents qu’il a notamment pu expérimenter en France et à l’étranger au sein de groupes tels que Total et AREVA. Retrouvez Guillaume sur son blog : marque-employeur.blogspot.com

Studyka : une startup amène l’innovation en crowdsourcing dans l’entreprise was last modified: mai 11th, 2015 by Yann Gourvennec

22 erreurs à éviter dans la conception d’un questionnaire en ligne (2/2)

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http://bitly.com/biaisquest.qrcodeSuite et fin de notre article en 2 parties sur le sujet des “biais de questionnement”. Voici les erreurs de conception 11 à  22 étapes, à éviter à tout prix lors de la conception de son questionnaire en ligne.

note : pour rassembler les 2 parties, cliquer sur le QR code, le scanner ou taper http://bit.ly/biaisquest

Biais N°11 : QCM avec recoupements

voici un exemple de recoupements mal formulés :

a. 1 heure et moins
b. 1-3 heures
c. 3 heures et plus

il vaut mieux remplacer cette échelle par :

a. moins d’1 heure
b. de 1 heure à 3 heures (inclus)
c. plus de 3 heures

Biais n° 16 : éviter les questions “cactus” – photo antimuseum.com 

Biais N°12 : L’ordre des questions est très important

Surtout si votre questionnaire contient des filtres. Des biais peuvent être induits par l’ordonnancement des questions. Ce que je vois notamment souvent, c’est une question qui demande un avis avant une autre qui demande si le répondant connaît le sujet. Pas évident de répondre sur quelque chose que vous ne connaissez pas, non ? Dans ce cas le répondant répondra n’importe quoi à la première question pour ne pas paraître idiot, et s’il ne veut pas paraître incohérent, il déclarera qu’il connaît le sujet lors de la deuxième question. Dans un cas, quand vous croiserez les réponses, vous vous retrouverez avec une incohérence, ou une réponse fausse.

Biais N°13 : Distinguer questions factuelles & d’opinions

Il ne pas mélanger les 2 sujets dans une même question. Ce sont des questions “zeugma” du style “mangez-vous du chocolat et est-ce que vous trouvez ça bon ?” … Alors je réponds quoi à votre question monsieur le sondeur ??? Pas simple.

Biais N°14 : Questions ouvertes & fermées

question-smallEn “quanti”, il faut privilégier les questions fermées au maximum. Les questions ouvertes sont plus difficiles à quantifier et nécessitent une opération de regroupement intermédiaire assez longue. En outre, en moyenne, 4 réponses sur 10 à une question ouverte sont considérées comme inappropriées (statistique non brevetée SGDG, mais basée sur l’expérience) … mais, car il y a un mais …

… mais il faut toujours laisser une place pour une zone de commentaires libres (ou plusieurs si nécessaire) afin de laisser le questionné s’exprimer. Ceci est indispensable dans toutes les formes de questionnaires auto-administrés. Ceci permet aussi de s’apercevoir de certaines incohérences dans la formulation de ses questions, lorsque le répondant a pataugé car il ne l’a pas comprise. Bien-sûr, il vaut mieux patauger au moment du prétest, mais là encore, la pratique montre que c’est souvent l’inverse qui est fait.

Attention, sur Internet, les internautes utilisent les questions ouvertes comme un forum. Ils se peut qu’ils attendent également des réponses rapides et personnalisées de votre part. Notamment quand ils expriment des mécontentements. Le bon marketeur consciencieux se mettra en rapport avec le service client ; bien-sûr, tout le monde fait ça, c’est bien connu.

Biais N°15 : Eviter les réponses imposées (=> case « sans opinion »)

Si un problème n’évoque rien pour l’interviewé, celui-ci sera tenté de répondre au hasard pour ne pas paraître idiot. Ne jamais oublier la case « ne sait pas » ou « sans opinion » qui donne à l’interviewé une porte de sortie honorable.

Cette case est souvent éludée par les apprentis sondeurs qui ont peur de montrer des réponses NSP à leurs commanditaires ; c’est une grosse bêtise, car il vaut mieux un vrai NSP qu’une fausse réponse à une mauvaise question. Là encore, personne ne fait jamais cela dans la réalité.. bien-entendu.

Biais N°16 : Eviter les mots impliquants

par exemple : « Avez-vous peur du bruit dans votre résidence »

devillish-iconCette question implique un sentiment fort et une réaction de la part de l’interviewé : exemple de réaction possible : « je ne veux pas que l’on voie que j’ai peur, alors je vais répondre … » ou l’inverse : “le monde est de plus en plus dangereux etc. etc.” comme au café du commerce, il est vrai que certains d’entre nous qui n’ont pas encore coupé le bouton de la TV sont particulièrement conditionnés.

Par ailleurs, le terme de bruit est trop vague pour désigner les nuisances sonores (terme plus édulcoré mais dont il faudra s’assurer de la compréhension dans le pré-test, voire qualifier, en différents types : discussions des voisin, bruits de la circulation, moteurs des avions …)

Il vaut mieux dans ce cas retourner la question :

par exemple : « Comment qualifieriez-vous l’impact des nuisances sonores sur votre vie dans la résidence xxx ? »

  1. impact très fort
  2. impact plutôt fort
  3. etc. maintenant vous connaissez les options (voir 1/2)

Biais N°17 : Préserver l’anonymat des réponses

C’est une obligation légale régie par la CNIL (en France), elle-même régie par une réglementation européenne de plus en plus contraignante (directive de 95 révisée en 2001, il y a sans doute eu du nouveau depuis, mais bon … il y a peut-être assez de réglementations comme cela, il serait peut-être mieux de les respecter).

Ne pas rassurer les interviewés sur ce point implique en outre que vous risquez d’induire des comportements de défense.

Biais N°18 : Proposer plusieurs modalités de réponses & « autres à préciser »

exclamation-smallPlus il y a de choix possibles, moins les réponses des interviewées seront biaisées, mais trop de choix tue le choix car il crée l’embarras. Il faut donc se limiter aux choix les plus importants en laissant les autres pour la case « autres à préciser ». Le prétest vous aidera à choisir les options les plus importantes. Une petite astuce que j’aime bien : dans Surveymonkey (par exemple), j’utilise l’option de lotterie pour présenter les choix dans un ordre aléatoire afin de minimiser les l’impact de l’emplacement des choix dans la liste.

La case « autres à préciser » est souvent omise dans les questionnaires mal conçus, et Dieu sait qu’il y en a ! Elle permet pourtant de se garantir des oublis qu’il n’est jamais possible d’écarter totalement dans un questionnaire, surtout lorsqu’on ne connaît pas toutes le réponses possibles (et vous ne les connaissez pas puisque vous questionnez les clients ! CQFD).

Biais N°19 : Les doubles négations

par exemple : « Ne pensez-vous pas qu’il est impossible que … »

à remplacer par « pensez-vous qu’il est possible que …”

… à défaut, vous risquez de générer incompréhension et biais négatifs.

Biais N°20 : Les filtres

Il est inutile de garder les répondants indésirables qui sont nombreux sur l’Internet, sauf si vous travaillez à partir d’un access panel et d’un fichier connu. Dans le cas d’un questionnaire ouvert, les répondants sont tout le monde et n’importe qui. Un des moyens de vous débarrasser des surfeurs arrivés sur votre questionnaire par hasard est de les filtrer dès le début. Vous pourrez ainsi les éliminer par un tri croisé assez facilement. Un branchement vous permettra de les évacuer élégamment en leur disant merci Sourire

Biais N°21 : Echelles inversées

par exemple : « de 1 à 5 (de + facile à + difficile) » et de « 1 à 5 (de – favorable à + favorable) » etc.

Il faut toujours utiliser le même ordre de progression à l’intérieur d’un même questionnaire. Et aussi toujours utiliser le même nombre de choix dans une échelle. Enfin,  il faut répéter le plus possible dans le tableau les significations de l’échelle afin de ne pas obliger l’interviewé à se reporter à une légende.

Cela paraît encore un enfoncement de portes ouvertes, mais regardez les questionnaires que vous recevez, et vous verrez que cette erreur est souvent commise, surtout celle qui consiste à noter dans un sens (du – vers le + de gauche à droite), puis dans un autre (idem mais de droite à gauche !).

Biais N°22 : Explications sur les questions complexes

network-smallUn questionnaire auto-administré livre l’interviewé à lui-même, c’est même son principe de base. Il est possible de reproduire sur l’écran le principe de la carte explicative utilisé dans les questionnaires en face à face ou postaux, grâce à l’introduction d’images dans les question. Or je remarque que les possibilités du html sont peu utilisées dans les questionnaires en ligne.

Biais N° 23 : éliminez les experts Marketing et en études de marché

Comme dans les DVD, sur Visionary Marketing vous avez toujours le droit à un bonus. Chaque fois que je suis interrogé, j’attends avec impatience cette question de filtre dès le départ : “êtes-vous un professionnel du marketing ?”

Et  force de constater que tous ne la posent pas. Ne pas éliminer les experts vous expose à encore plus de biais, de la part de professionnels qui passeront plus de temps à décoder vos questions qu’à y répondre en toute franchise, qui s’amuseront (c’est mon cas) à compter le nombre de biais par minute et qui … cerise sur le gâteau, seront éventuellement intéressés à grapiller des informations pour la concurrence …

A bon questionneur, salut !

22 erreurs à éviter dans la conception d’un questionnaire en ligne (2/2) was last modified: mai 16th, 2013 by Yann Gourvennec

22 erreurs à éviter dans la conception d’un questionnaire en ligne (1/2)

question2-small.gifDepuis que les questionnaires en ligne, (ou CAWI pour Computer Aided Web Interviewing) ont permis depuis la fin des années 90 de démocratiser l’accès aux études marketing, tout le monde ou presque peut se lancer sur le terrain et concevoir son propre questionnaire. C’est très bien, mais hélas, beaucoup d’erreurs sont commises ; ceci n’a rien de nouveau d’ailleurs, et cet article est le résultat de la refonte d’un ancien travail datant de 2000, lui-même inspiré de sources plus anciennes ; car les “biais de questionnements” n’ont pas attendu Internet pour exister ! Ces erreurs enfin, ne sont pas non plus, trois fois hélas, l’apanage des amateurs. Voici comment en 22 étapes,  éviter les erreurs de conception dans son questionnaire en ligne.

note 1 : pour rassembler les 2 parties, cliquer sur le QR code, le scanner ou taper http://bit.ly/biaisquest

note 2 : dans le jargon des études de marché, on utilise le terme de “biais de questionnement”, je le reprendrai donc ici.

1. Biais N°1 : Profils (et autres questions implicantes en début de questionnaire)

Un des biais, sinon le biais de questionnement le plus fréquemment rencontré est le fait de poser les questions de profil (âge, sexe, localisation …) en début de questionnaire alors que leur place est à la fin. Il est certain que le marketeur a envie de connaître son interlocuteur et de collecter ses données, mais à trop le montrer, vous ferez fuir les répondants, ou pire, ils répondront n’importe quoi. Avec les clients et prospects, comme avec vos amis, il faut s’intéresser aux autres avant de s’intéresser à soi-même …

Ce biais se résume ainsi :

  • caractère impliquant de telles questions ;
  • gêne causée par ce type de questions ;
  • découragement causé par ces questions en tête de questionnaire (“vous ne vous intéressez pas à moi, tout ce que vous voulez ce sont mes coordonnées”)

Il en va de même pour toutes les questions impliquantes, où le questionné aurait l’impression que son avis serait moins important que ses coordonnées (et à cette peur se rajoute celle du spam). Un bémol sur les questions impliquantes utilisées à titre de filtrage en tête du questionnaire …

2. Biais N°2 : Questions sans pré-test

Si une question est mal formulée /comprise, les résultats seront sans doute inexploitables. Ce sera une question inutile ou pire, les conclusions vous mèneront sur des fausses pistes. Il faut donc pré-tester son questionnaire, en le soumettant à des répondants que vous mettrez en situation normale de réponse. Une première étape consiste déjà à se l’envoyer soi-même en prétest, ce qui vous permet de corriger les erreurs les plus flagrantes.

A l’inverse, il ne faut pas croire à la perfection ; il y aura toujours un effet d’interprétation des questions par les interviewés, le rôle de l’homme de Marketing est de minimiser cet effet, mais il n’est pas possible de le faire disparaître.

Biais N°3 : Questions à double-détente

par exemple : « Pensez-vous que la tablette tactile XYZ est utile et bon marché ? »

Il faut, dans ce cas, poser 2 questions (au-moins) ; sinon la réponse « oui » ou « non » ne serait pas interprétable, car vous ne sauriez l’attribution à l’une ou l’autre des propositions.

Biais N°4 : Questions incluant la réponse (biaisées)

eye-smallpar exemple : « Achèteriez-vous cette voiture malgré ses défauts de sécurité ? »

Cette question contient déjà l’opinion de l’intervieweur. L’interviewé sera tenté de réagir en fonction de cette opinion et non d’exprimer la sienne en dehors de cette influence.

Biais N°5 : Effets de halo

par exemple : « Pensez-vous comme le Président Obama que les impôts sont trop élevés ? »

Les liens à des personnes ou des groupes chargés en image sont dommageables à la neutralité d’une question. Ici, le répondant se verra réagir, non en fonction de son opinion relative aux impôts, mais par rapport à ses vues politiques et sous soutien, ou son opposition, au Président en question.

Biais N°6 : Le jargonnage

http://bitly.com/scottberk.qrcodepar exemple : « Etes-vous favorable aux QR codes? »

Si l’on ne s’adresse pas à un expert, on a peu de chances d’être compris. Le grand-public ne sait pas ce qu’est un « QR code ». Utiliser une périphrase du style : « êtes-vous favorable aux codes barre 2D comme celui-ci (et vous montrez une image comme celle de droite) ». [ici, on pourrait aussi discuter du début de la phrase et la reformuler]

En l’occurrence, le terme de « QR code » recouvrant des réalités différentes, il faudra poser plusieurs questions complémentaires (utile pour afficher un site Web, pour visiter un musée (exemples), obtenir de l’info sur un produit etc. dans chacun des usages du QR code mis en situation)

Biais N°7 : Questions imprécises

par exemple : « utilisez-vous l’e-mailing  » ou « envoyez-vous des e-mails en nombre? »

la réponse ne sera pas exploitable car on n’est pas sûr que l’interviewé l’aura comprise d’une part et d’autre part car le terme est imprécis. A partir de combien d’e-mails et de quelle fréquence un envoi d’e-mails devient-il un « e-mailing ».

Il convient donc de préciser, du style : “envoyez vous des courriers électroniques en masse à plus de 1000 personnes …” et vous testez là fréquence en introduisant une réponse “0” ou “jamais” ce qui vous évite une question s’aiguill
age inutile.

Biais N°8 : QCM (choix multiples) masquant les alternatives

par exemple : « Quel est votre mode de transport privilégié ? »

  1. le vélo
  2. la voiture
  3. la moto

Ceci est un biais très fréquemment rencontré. Il est très frustrant pour le répondant de voir que son choix préféré n’est pas inclus. ici, par exemple,  l’interviewé qui préfère le métro, ou l’avion (selon le contexte) ne pourra répondre. Il manque en outre une case « autre à préciser » indispensable.

Biais N°9 : Questions sur des échelles de temps ou de distances

  • temps :
  • longtemps, souvent, rarement, de temps en temps, …
  • à remplacer par : x fois/semaine, x fois/mois, x fois/jour etc.

Les distances en km ne sont pas forcément parlantes non plus. Il faut plus de temps pour faire 25 km en ville que 200 km sur une autoroute fluide. Il faut donc se méfier du contexte.

Biais N°10 : Biais dans les choix proposés

  • Se méfier du « point neutre » dans une échelle de valeur (très positif, plutôt positif, neutre, plutôt négatif, très négatif … en remplaçant “positif” ou “négatif” par ce que vous voulez) et veiller de préférence à créer des échelles paires au lieu des échelles impaires qui incitent à choisir la réponse médiane.
  • ne garder la réponse médiane que si le sujet est très délicat, très technique et Business to Business

voir cet exemple en Anglais :

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… à suivre

22 erreurs à éviter dans la conception d’un questionnaire en ligne (1/2) was last modified: janvier 18th, 2016 by Yann Gourvennec

Comment l’Occident peut apprendre des pays émergents – l’innovation Jugaad (Navi Radjou)

Fin avril, nous avons eu la chance, un petit groupe de blogueurs dont j’étais (voir ici le post d’Anthony Poncier), de rencontrer Navi Radjou, passé par Paris pour évangéliser la France et la convertir à l’innovation frugale (ou Jugaad innovation), une nouvelle façon de voir l’innovation, et au delà, notre rapport à la modernité. Français, Natif de Pondicherry, diplômé de Centrale, Navi est consultant indépendant dans la Silicon Valley où il réside depuis de nombreuses années. Il a occupé diverses fonctions de haut niveau chez Forrester, et plus récemment dans le cadre du centre for India and global business à la Judge Business School, de l’université de Cambridge et en tant que membre de la faculté du World Economic Forum. Outre ce CV impressionnant, Navi Radjou est venu nous présenter la version française de son ouvrage L’innovation Jugaad, co-écrit avec Jaideep Prabhu et Simone Ahuja et paru récemment aux éditions Diateino sous la traduction de Jean-Joseph Boillot (24€).

 

navi-radjou[Navi Radjou : photo http://www.wave-innovation.com/]

Où on ressort le système D du placard

« Jugaad » ou »Jugard » est un terme Hindi qui est assimilable à notre bon vieux système D, signe que dans nos traditions gauloises les plus ancrées, il reste peut-être quelque chose de nos lointaines racines indo-européennes. L’innovation Jugaad, souvent traduite « innovation frugale », car il y est question de « faire plus avec moins », est non seulement une nécessité dans les pays émergents, mais aussi et surtout une inspiration nouvelle dans les pays occidentaux, sans parler des innombrables échanges possibles entrées visions occidentales êtres pays dits du Sud. Ce concept d’innovation, qui est plus qu’en méthode, et plus véritablement une vision du monde à fait l’objet d’un ouvrage collectif paru aux USA, et qui vient d’être traduit et adapté chez Diateino sous le titre « innovation Jugaad, redevenons ingénieux ! » J’ai rencontré Navi Radjou avec quelques confrères a Paris fin Avril, et l’auteur nous a présenté son ouvrage en agrémentant sa présentation de nombreuses anecdotes.

La R&D en panne

Le point de départ de cet ouvrage a été, selon Navi, une étude de Booz Allen, étude qui a démontré que l’innovation était très coûteuse et que « les sommes importantes d’argent dépensées en R&D produisent peu d’effet ».Un autre défaut souvent rencontré est que « l’innovation est assez élitiste et qu’elle ne se fait que dans les labos. « Or, avec les médias sociaux, il y a des moyens de réunir des cerveaux de manière moins coûteuse, plus agile et moins élitiste » a ajouté Navi Radjou. Voilà un phénomène que nos lecteurs connaissent bien, sous forme de l’innovation conjointe, traitée souvent dans ces pages.

Y-a-t-il un besoin de changer la façon d’innover dans les pays occidentaux ?

Le point de départ du livre consistait à se focaliser sur les pays émergents et comprendre comment malgré le manque de ressources et de moyens ils arrivent à innover quand même. Par exemple, en cherchant un peu, les auteurs ont entendu cette anecdote de « cet Indien qui a inventé un frigo à base d’argile », une sorte de réinvention de la glacière des temps anciens en quelque sorte. Autre exemple, un autre Indien se lasse de conduire son vélo sur une route pleine de nids de poule et donc il pense à équiper son vélo d’un amortisseur qui convertit les trous en énergie pour faire avancer le vélo plus facilement. Cette anecdote et bien d’autres encore, bien souvent puisées dans l’imagination sans borne des entrepreneurs et inventeurs indiens se retrouvent à bien des endroits du livre, avec des exemples et des témoignages occidentaux qui permettent de montrer pourquoi et comment cette démarche « frugale » peut être incorporée à nos démarches d’entreprise également.

Esprit frugal … Et agile

Les deux exemples ci-dessus illustrent l’esprit frugal et l’esprit agile. « L’Afrique est en train de devenir la base de l’innovation mobile avec Mpesa » a affirmé notre hôte en citant le succès de la fameuse solution de paiement mobile du Kenya, qui a permis les échanges de monnaie au travers des téléphones mobiles dans un pays où l’équipement en cartes de crédite est cependant très faible. « Le Myanmar a vu le succès de Mpesa par Vodafone et ils ont stipulé que les opérateurs de Telecom qui veulent une licence doivent offrir le service de paiement » a poursuivi Navi. L’Inde, quant à elle, est un pays paradoxal. « Il y a en Inde 900 millions d’abonnés au téléphone mobile … mais 800 millions qui n’ont pas accès aux comptes bancaires ! »

Photo : lepotentielonline

On comprend donc que dans ces pays « paradoxaux » où la modernité entre en masse mais où les inégalités restent criantes et la bancarisation des habitants demeure une exception, l’innovation frugale, sorte de système D à base d’ingénuité et de bon sens, est une obligation vitale. Mais pourquoi devrions-nous nous en préoccuper en Occident, où tout, du moins en apparence, respire l’opulence et si peu nous pousse à la frugalité ? La réponse a cette question est plus évidente que vous croyez.

Des employés démobilisés dans des pays en crise

C’est que dans le monde occidental, la démobilisation est générale. « Il y a un tiers des employés (ce chiffre serait de 60% en Inde selon l’auteur) qui se sentent impliqués par l’entreprise. L’idée est de dire ‘pourquoi les pays émergents arrivent de façon abordable à apporter plus de valeur à moindre coût ?’  » a expliqué Navi Radjou. Si le système issu de la R&D est si insatisfaisant, il doit donc y avoir d’autres méthodes, et ces pays émergents peuvent ainsi, pour une fois, servir de modèle aux nôtres.

Ce n’est pas tout ! Car en Occident il y a la crise, en plus de ce malaise au travail. « Même à Palo Alto ! » A précisé Navi, cela est rassurant, le sentiment de désinvestissement n’est pas limité à quelques pays au Sud de l’Europe. « Il y a un clash des cultures dans des entreprises comme Cisco » a précisé Navi, loin de limage d’Epinal que nous eavons de ce côté-ci de l’atlantique. « Car dans ces entreprises comme dans les nôtres, il y a 3 générations d’employés car les jeunes veulent innover au travers des médias sociaux ». « Comme dans le cas de la Refonte de l’interface de la communication unifiée » a decrit Navi, « le challenge est que le top management a envie de changer mais pas le middle management ». Le résultat, c’est que « les hauts potentiels commencent donc à partir » a précisé Navi.

L’exemple Nissan …

Dans le cas de Renault Nissan, Carlos Ghosn [NDLR : auteur de la préface du livre] a transféré son responsable Logan dans le sud de l’Inde pour l’exposer aux conditions de vie des habitants. Ils vont y développer tous les ‘entry level vehicles’ « sous la supervision d’un occidental pour ensuite faire la synthèse entre le côté ingénieux et rapide en Inde ». Voilà comment combiner le meilleur de ces deux mondes l’occidental et le monde émergent, moins contadictoires que complémentaires, malgré les apparences. Gohsn y précise dans la préface de l’ouvrage qu’il ne s’agit cependant pas de s’inspirer de l’Inde pour développer des véhicules bas de gamme, mais pour repenser les futures de demain, vendues dans le monde entier.

Siemens s’attaque au segment ‘SMART’ … Estimé à 200 millions de dollars

Et Navi de nous donner un autre exemple et de montrer en effet que cette innovation frugale a frappé les imaginations de plus d’un capitaine d’industrie : « Christophe de Maistre président de Siemens France pense qu’il y a le haut de gamme et le milieu de gamme, et qu’ils n’étaient pas capables d’attaquer le segment 3 (segment abordable SMART : Simple, Maintenance-friendly, Affordable, Reliable, Timely-to-market) dont il pense qu’il représente 200 milliards de $ ». Car l’innovation frugale, ce n’est pas seulement une vision du monde inspirée de la frugalité et du manque de moyens : il s’agit également d’un véritable business !

« Ainsi, si l’on prend le monitoring des battements de cœur des fœtus pour la surveillance des naissances en Inde, les indiens ont remplacé les ultra sons par des micros ! » explique Nadjou. Cette solution beaucoup moins chère permet un résultat équivalent et amène le progrès au cœur des provinces indiennes les plus reculées. Ces produits vont trouver des marchés équivalents aux États Unis (et ailleurs) mais les cas d’usage seront différents a précisé Navi. « Cette innovation médicale par exemple, pourra être utilisée dans les ambulances aux États Unis ».

Pas uniquement une démarche low-cost

Pour Siemens, cette forme d’agilité et de simplicité est aussi importante pour les produits haut de gamme. Témoin cet examen de projet gouvernemental où les ingénieurs étaient uniquement obnubilés par la prouesse technologique, alors que l’innovation frugale était aussi adaptée au haut de gamme » a insisté Navi. Troisièmement, notre auteur pense qu’il y a une convergence entre la classe A et la classe B. « La classe a A sera le raffinement et la masse sera sur la classe B ». Pour Siemens, il faut être présent sur ce créneau haut de gamme mais « comment préserver l’existant et développer de nouveaux marchés ? »

Encore des progrès à faire !

Navi Radjou a présenté son concept d’innovation frugale au Board de Siemens et selon lui, « il y a encore des progrès à faire » nous a-t-il confié car « ils pensent que les pays émergents sont un marché et pas une source d’innovation et ils ont tort ».

« Franck Riboud de Danone a dit quant à lui que c’était un état d’esprit qu’il faut adopter en occident car cela sera bon pour nous aussi » et l’entreprise française a d’ailleurs employé des méthodes frugales pour établir des usines de fabrication de yaourts au Bengladesh par exemple.

Légende : une vidéo explicative du concept Jugaad

Dans l’industrie pharmaceutique, toujours ce fameux paradoxe indien, « le sous-continent a plus d’usines certifiées FDA que les États Unis et pas seulement sur les génériques ». Le cycle de pénétration vers l’Occident va se faire rapidement. Chaque pays est en train de se spécialiser sur sa spécialité et en fin de compte le profuit fini est fabriqué en Chine (ou les pays vers lesquels la Chine, en voie d’enrichissement, délocalise). « On va avoir de plus en plus de trend seekers qui seront à l’affût des tendances dans les pays émergents » prédit Navi Radjou.

Dans la finance, l’innovation est en train d’arriver par Walmart, qui ouvre des kiosques : « l’innovation va arriver par des entreprises qui ne sont pas dans le secteur. Walmart est en train de faire une vraie rupture ». La société de distribution américaine a en effet lancé l’initiative PAYwithcash en 2012 qui permet à des familles non bancarisées de payer leurs achats en ligne en cash.

Trois niveaux pour s’inspirer des pays émergents

Navi Radjou donne 3 pistes pour que les entreprises occidentales puissent profiter à pleine de l’innovation Jugaad.

  • D’abord, prendre un produit d’un pays émergent et l’amener en Occident (c’est ce qu’a fait GE) ;
  • Deuxiemement, s’inspirer et développer des solutions locales ;
  • Enfin, changer la culture d’entreprise au travers de l’innovation frugale (unilever veut doubler son profit en réduisant son empreinte environnementale).

Navi pense ainsi que la plupart des entreprises va se focaliser sur le n°1. En tout cas, il y a un signe qui ne trompe pas, c’est la création du MIT Tata center for frugal engineering qui est imminente (Directeur Charles Fine). Le Jugaad va gagner ses lettres de noblesse. Accenture n’est pas en reste non plus. Le cabinet de conseil américain lance le programme ADP Accenture Development Partnerships : pendant 2 ans « les volontaires ne seront pas payés beaucoup mais ils iront faire des projets au Kenya ou en Inde… Ceci se revelera utile pour les clients. Il faut développer des capacités à se renouveler. De plus en plus, il faudra apprendre à s’adapter » a ajouté Navi, ce genre de mission Jugaad, aux confins de l’innovation et du caritatif est non seulement dans l’air du temps et dans les demandes des employés qui cherchent à remettre du sens dans leurs vies professionnelles et personnelles, mais il s’agit également d’un bagage supplémentaire pour ces employés qui peuvent ainsi le valoriser auprès des entreprises.

Navi voit 4 rôles se dégager :

  1. Les inventeurs
  2. Les transformeurs
  3. Les financiers
  4. Les brokers

Une forte demande en France

Navi Radjou a quitté la France en 1995 et il « ne voulai[t] pas revenir » nous a-t-il confié. Aujourd’hui il est contacté régulièrement, car il y a une forte demande en France. C’est l’Europe qui l’appelle et il a été agréablement surpris, finalement le temps n’est pas aussi linéaire qu’il le croyait et il a meme decouvert beaucoup de choses qui se passent notamment à Grenoble. Comme quoi notre regard très critique à l’égard de notre pays, sous le feu roulant des « dêclinologues », devrait s’adoucir un peu : sans doute que notre ancienne tradition du Système D et notre débrouillardise nationale nous prédispose à l’innovation Jugaad … Il y a donc de l’espoir.

Quelques notes plus personnelles

Comme, si l’on en croit Beaumarchais, « sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur », on pourra souligner ici et là de nombreuses références dans le livre à l’inévitable Steve Jobs, affublé de qualités d’empathie dont il a à l’évidence fait défaut à de nombreux moments de sa vie (il avait a priori d’autres qualités). Je ne suis pas persuadé que ces exemples, que d’aucuns trouveront convaincants à part moi, ajoutent beaucoup à la crédibilité d’un concept qui apporte beaucoup plus par les inventeurs ingénieux du monde émergent.  Le lien est ténu.

2008 bugC’est même dommage car cela vient affaiblir le propos pourtant fort pertinent. Certes, on pourrait aussi reprocher à ce nouveau concept de vouloir devenir une « panacée marketing » pour reprendre le vocable souvent utilisé par Bernard Cova, mais les auteurs ne tombent pas dans ce piège-là.

L’innovation Jugaad n’est pas destinée à remplacer d’un coup de crayon tout ce qui existe, surtout quand les résultats sont bons. Il y est plus question de s’ouvrir sur le monde et de fournir une vision différente du monde, inspirée de pays qu’on a eu sans doute trop tendance à regarder du haut de nos piédestaux. Ceux-ci ayant quelque peu tendance à se fendiller, il est de bon ton de jeter un autre regard, moins condescendant, plus respectueux, vers ces pays où la pénurie oblige à l’ingéniosité et où l’innovation et l’astuce remplace l’opulence. Dans les meilleures démarches, il y a toujours à prendre et à laisser, et si l’on se souvient des déboires récents de Mohamed Yunus, pourtant lauréat d’un prix Nobel pour une innovation frugale intitulée « micro finance », il est possible de nuancer les bénéfices des démarches de ce genre. Il est à noter également que l’exemple de Danone cité dans le livre, autour de la société Grameen Danone, elle aussi est au cœur de controverses qui impliquent le même Mohamed Yunus.

Une autre façon de voir est de considérer la beauté de l’invention et de faire abstraction, si cela est possible, de ces affaires dont la justice ne manquera pas de sanctionner les fautifs, si tant est que leur culpabilité puisse être prouvée. Qui vivra verra, et ce qui restera demain de la micro finance et de l’innovation frugale en général.

Comment l’Occident peut apprendre des pays émergents – l’innovation Jugaad (Navi Radjou) was last modified: février 6th, 2016 by Yann Gourvennec