Solar Impulse : leçon magistrale d’innovation par Solvay

Le 5 juillet 2013 j’ai été invité par image sept dans le cadre d’un déjeuner de blogueurs, à me rendre chez Solvay à Paris, pour une présentation informelle sur le sujet du partenariat entre Bertrand Piccard et le chimiste belge, autour du projet Solar impulse. C’est à bien plus qu’une simple explication sur les partenariats d’innovation que j’assistais ; une véritable leçon d’innovation en fait. Nul doute, inviter marketing & innovation à ce déjeuner était une décision stratégique. Voyons en détails en quoi consiste cette leçon, et quel rapport il peut y avoir entre un chimiste et un avion propulsé par l’énergie solaire :

dessin : antimuseum.com

Solvay est une société internationale d’origine belge, un des poids lourds mondiaux de la chimie. De l’aveu même de Jacques Van Rijckevorsel, notre hôte, Solvay est « une société très prudente ». Alors pourquoi s’est-elle lancée dans la folle aventure Solar impulse, quelle fut la genèse de ce partenariat privilégié, et enfin, quelles ont été les retombées pour le groupe chimique ?

clip_image002

photo Google Streetview

« Il faut que je le fasse, mais je ne sais pas comment faire ! »

M. Rijckevorel est en charge de l’innovation et membre du comité exécutif de Solvay à Bruxelles. Il nous a accueillis très chaleureusement, une dizaine de blogueurs en tout, dans le superbe hôtel particulier du 23 de la rue de Clichy à Paris. Alors qu’il a la charge du sponsoring et de l’innovation en 2003, il organise les « trophées de l’innovation », un énorme événement rassemblant 2500 personnes, dans le cadre d’une remise des prix dédiés à des initiatives de pointe. Cet événement nécessitant des intervenants de classe, il contacte Bertrand Piccard qui vient parler de son tour du monde en ballon. De fil en aiguille, celui-ci en vient lui confier quelques confidences relatives à son projet suivant : faire voler un avion sans carburants fossiles, aussi bien pour des raisons techniques et sportives (son voyage en ballon a nécessité 4000 kg de propane, mais il n’en restait plus que 37 kg à l’arrivée, la catastrophe a été évitée de près) qu’écologiques.

clip_image004

Le but de ce nouveau projet n’était ni plus ni moins que de démontrer la viabilité des énergies renouvelables au travers d’un exploit spectaculaire et innovant.

clip_image006

Bertrand Piccard image : cc wikipedia

Une fois le scoop de Bertrand Piccard annoncé à la conférence des trophées de l’innovation de Solvay, les discussions sont enclenchées, et les partenaires se retrouvent à Lausanne, où habite notre psychiatre-aéronaute helvète. « Il faut que je le fasse, le problème c’est que je ne sais pas comment faire ! », a déclaré lors de la réunion Bertrand Piccard à Jacques van Rijckevorsel, « Solvay peut-il nous aider ? » Pour ceux qui douteraient encore que les innovateurs apprennent toujours à marcher en marchant, en voici encore une preuve. La seule façon de repousser les limites, est toujours de les ignorer.

clip_image008

Claude Michel (à droite) responsable du projet chez Solvay

Etes-vous sûrs que ça va voler ?

C’est ainsi que le chimiste et l’aéronaute arrivent à un accord ; non pas sur un bête sponsoring car « nous ne faisons pas dans les tee-shirts, ce n’est pas notre genre de projet » a dit M. Van Rijckevorsel à Bertrand Piccard. Ils se mettent donc au travail pour défendre le projet chez Solvay. Dans le cadre d’une réunion de tous les directeurs de la recherche pressentis, ils présentent ensemble le développement technologique du projet sous un feu nourri de questions, à la fois dans un mélange de scepticisme et d’enthousiasme. Lors d’une présentation des chiffres devant le comité exécutif, arrive l’inévitable question à 100 millions de dollars : « êtes-vous sûrs que ça va voler ? » La réponse n’est pas forcément claire, « il n’y a pas de certitude, mais ça vaut la peine de courir le risque de mobiliser les ressources pour essayer » a plaidé l’innovateur belge. C’est ainsi que Solvay a lancé le projet petit à petit, en un partenariat privilégié avec l’aéronaute. 50 projets furent ainsi ouverts chez le chimiste, 11 matériaux développés ou adaptés afin de fabriquer un avion où « l’on voit aujourd’hui 6000 pièces Solvay à l’intérieur ». Le pari a depuis été réussi, et l’avion vole effectivement ; il est même « le seul avion solaire au monde capable de voler jour et nuit avec un pilote à bord, sans consommer une goutte de carburants fossiles ».

clip_image010

Jacques Van Rijckervorsel en pleine explication

Innovation ouverte : « faire progresser notre industrie »

Ce partenariat, qui a démarré dès 2004 s’est ensuite ouvert à d’autres, à la demande même de Solvay, dont on soulignera l’ouverture d’esprit ; à l’évidence, le chimiste a tout compris à l’innovation, et ils pourraient donner des leçons à bien des apprentis de la high-tech ; c’est dans l’industrie finalement, ce qui n’est pas surprenant, qu’on trouve le plus de concentré de hautes technologies. En incitant Bertrand Piccard à aller chercher d’autres partenaires (« si tu ne trouves pas d’autres partenaires cela veut dire que le projet n’est pas viable ») que le chimiste belge a même laissé rentrer certains de ses concurrents allemands comme Bayer par exemple.

Loin de s’en offusquer, ils ont considéré que ce travail en commun avec leurs confrères, permettait « de faire progresser l’industrie » selon Claude Michel, responsable du partenariat, qui nous a expliqué son projet avec enthousiasme autour du repas. Alors, quel rapport avec le chimiste et quelles retombées industrielles ?

Conserver l’énergie : défi majeur de ce siècle

Tout d’abord l’énergie : c’est le défi du XXIe siècle ! Si produire de l’énergie solaire est quelque chose qu’on sait faire, par contre, la stocker est un véritable problème. C’est là que le chimiste est entré en jeu, en apportant des solutions autour de la lubrification et du poids (donc la création de matériaux nouveaux et plus légers). Il y a 10 ans, les batteries n’étaient pas une priorité pour la marque, aujourd’hui Solvay a développé une véritable business unit transverse née de ce projet Solar Impulse. Or, les batteries sont partout, dix ans plus tard, ces enjeux énergétiques, depuis votre ordinateur portable et votre téléphone mobile jusqu’à votre voiture sont tels que ce projet et cette décision courageuse de 2004 ont donné un avantage concurrentiel énorme au chimiste belge. Comme quoi, le risque en valait vraiment la peine !

L’importance de Solar impulse, c’est la durée. La charge et la décharge sont très lentes, il n’y a pas besoin de beaucoup de cycles de recharge non plus. D’autres projets, comme les voitures, les tablettes électroniques, nécessitent d’autres formes de charge, plus rapides, avec beaucoup de cycles. Solvay se sert de ses connaissances en chimie pour améliorer ses batteries, dans ses labos à Bruxelles, en Italie et à Lyon, ce qui en outre fait marcher l’économie européenne.

Ce projet a obligé à une concentration de ressources dans un délai très court. Sans ce projet, Jacques van Rijckevorsel n’est « pas sûr que [qu’ils auraient] eu la même motivation d’innover ; or, c’est la vraie plate-forme du futur ! » Il y aura besoin de matériaux avancés dans le futur, c’est aussi le cœur de métier du chimiste, au travers de son savoir-faire et il a prouvé son avance sur l’impact de ces matériaux sur l’amélioration des performances énergétiques de l’aéronef.

La communication n’est pas un objectif mais un résultat

« La communication n’était pas l’objectif » a précisé Claude Michel, pourtant un véritable communicant dans l’âme. Il ne voulait pas faire d’ « écolo marketing » et il a même déclaré qu’ « on ne communiquait pas sur ce projet » car le risque était, en dehors de la finance (un risque somme toute modeste pour le groupe), la réputation de l’entreprise si le projet capotait. Non seulement il n’a pas échoué, mais il a été copié, parfois maladroitement, par certains des confrères de notre chimiste d’outre Quiévrain. Mais finalement, le bénéfice est également un bénéfice de communication car le message récurrent sur le métier de la chimie, c’est que « les chimistes sont des sales pollueurs qui nous bouffent l’environnement » ont exprimé avec passion nos hôtes, tout en ayant fait la preuve du contraire, c’est que la chimie apportera des résultats aux problèmes du développement durable et quel en est un des éléments de la réponse. (En fait, les innovateurs le savent, les grandes innovations de la fin du vingtième siècle sont quasiment toutes issues de l’essor de la chimie ; on peut la critiquer pour son impact environnemental, mais nous en sommes tous les consommateurs et les utilisateurs. La vraie différence au vingt et unième siècle, c’est que la chimie se réinvente autour de l’environnement et retravaille ses processus).

Apprendre en innovant

Le chimiste a aussi beaucoup appris sur les matériaux composites autour de la fibre de carbone. Le premier avion pesait 80 g par m2, c’est-à-dire « l’équivalent d’une feuille de photocopie » nous indique Claude Michel. Le deuxième sera encore plus léger : « on a défibré les feuilles de carbone afin de les rendre plus légères tout en préservant la rigidité du matériau » a-t-il précisé. On arrive donc à 20 g par m2 ! Même si le gros problème des fibres de carbone est leur manque de recyclabilité, car « c’est tellement solide qu’on ne peut pas les retravailler ». Mais des travaux sont aussi en cours sur le sujet.

Le 2e point sur lequel Solvay a véritablement appris c’est celui de la colle, dont il est le premier fabricant des épichlorohydrines (voir ici pour les explications savantes). « Il n’y a pas de composites sans chimie de Solvay », a déclaré Claude Michel, « développée dans nos usines européenne ». Les nouvelles colles développées par Solvay dans le cadre de ce projet sont basées sur le Colza dont dérive la glycérine, qui est ensuite « rétrogradée en épichlorohydrine ».

Une vraie leçon d’innovation industrielle

Plus qu’une belle histoire, je crois qu’on est face à un superbe travail de management de l’innovation comme on aimerait en voir plus souvent. Nulle surprise pour ma part que cette leçon nous soit donnée par un industriel, et encore moins par un chimiste. L’industrie est soumise à la pression de la concurrence mondiale et doit sans cesse se réinventer et s’adapter sous peine de disparaître. Ses marges sont tendues, et paradoxalement, ceci favorise l’innovation industrielle, car c’est elle et elle seule qui permet de se démarquer et d’aller de l’avant. En fait, à y regarder de bien près, ces innovations qui vous émerveillent dans vos Smartphones, doivent certainement plus leur existence aux industriels comme Solvay qu’aux usines qui les assemblent. Mais l’industrie, c’est moins sexy que le design …

En tout point, ce déjeuner, que j’ai malheureusement dû écourter, m’a inspiré car j’y ai retrouvé tous les ingrédients d’une bonne approche d’innovation : prise de risque, conduite du changement et organisation, investissement et ouverture, travail en coopétition, protection de la propriété intellectuelle (pas paranoïaque mais prudente « chaque innovation était brevetée par le partenaire qui l’inventait), pragmatique et visionnaire à la fois… Et surtout, la passion et l’enthousiasme, la combinaison de tous ces ingrédients vous redonnant le moral et vous faisant presque oublier la crise ; il est bon de savoir que tout, ou presque, est possible, quand on a décidé de le réaliser.

Solar Impulse : leçon magistrale d’innovation par Solvay was last modified: décembre 5th, 2013 by Yann Gourvennec

Big data : pourquoi l’abondance des données n’a aucune importance #scmw2013

imageLa sélection du jour …

Est cet article fondamental de Chad Wellmon[1] dans The Hedgehog Review (Printemps 2012) qui traite de l’infobésité et dont je pense qu’il est une bonne introduction à mon discours de ce soir) la conférence Scoop.it! qui aura lieu à Paris, dans les locaux de Telecom Paristech à partir de 18:00. Le sujet en sera « La stratégie de contenus marketing Web », avec un focus particulier sur la curation, ce qui se comprend puisque la conférence est menée à l’initiative de Marc Rougier et de son équipe. J’ai déjà annoncé cette conférence la semaine dernière. Cet article sera mis à jour juste avant la conférence afin de permettre aux auditeurs – et aux internautes – de consulter ma présentation.

header_SCMW2013

J’interviendrai vers 19h30, sur le thème de : « veille, outils et astuces. Comment survivre à l’infobésité ? ». Le sujet central en est les quelques outils que j’utilise pour la veille, mais j’en ai profité pour élargir plus largement le sujet à une réflexion autour du contenu, la façon dont les utilisent dans les entreprises, et en conséquence, ce phénomène auquel nous sommes tous confrontés, qui est l’infobésité. L’infobésité, ou « information overload » en Anglais, c’est-à-dire « surcharge d’information », ne date pas d’aujourd’hui. En ces temps de « big data », où on se glorifie d’accumuler des milliards « d’informations » avec des termes de plus en plus emphatiques (mégaoctets, téraoctets, pétaoctets, exaoctets, zettaoctets et ainsi de suite… n’en jetez plus !) il est urgent de se reposer la question de savoir ce qu’est l’information, et surtout, de ce qu’elle n’est pas, à savoir de la donnée … donc des pétaoctets (ou zettaoctets ou trucmachinoctets).

image

note : illustrations antimuseum.com

Étrangement, en me penchant sur ce terme d’infobésité et en en cherchant l’historique, je suis aperçu que cette question n’était pas, loin s’en faut, une question contemporaine, mais qu’elle a toujours été posée, depuis le début de l’invention du livre, même manuscrit, car le livre est aussi, on l’oublie souvent, une invention technologique (a fortiori, lorsque nous nous sommes mis à les imprimer).

Cette question se repose en fait à chaque fois qu’une technologie arrive, et qu’elle contribue à multiplier les signes. Le terme de surcharge d’information a été popularisé par Alvin Toffler en 1970 dans son livre « future shock » mais il a déjà été mentionné par Betram Gross dans son ouvrage « le management des organisations  en 1964. Mais en fait, le problème de l’infobésité est antérieur à cette période moderne et intervient à chaque fois que notre capacité à produire de l’information surpasse notre potentiel à la décrypter et la digérer. D’où la nécessité de développer des tactiques de plus en plus sophistiquées pour filtrer, éliminer, scanner et choisir l’information en faisant bien attention à ne pas prendre le contenant pour le contenu…

Ni les pétabytes ni ses superlatifs n’ont, en l’espèce, aucune importance, car ils sont probablement redondants, inintéressants, dupliqués, parfois mêmes « gonflés » par des logiciels qu’on a oublié d’optimiser et qui génèrent des fichiers de plus en plus lourds mais pas plus signifiants que par le passé. En d’autres termes, ils ne sont pas le signe qu’il y a plus d’information que par le passé, mais simplement celui qu’on a généré plus de bruit (j’ai souvent, dans un passé récent, utilisé la métaphore du signal/bruit pour relativiser l’importance de la veille sur les médias sociaux par exemple).

Voici donc quelques extraits tirés du texte de Chad Wellmon, que je vous invite à lire en version intégrale sur Internet.

[…]

La tâche la plus complexe, et la plus pressante de notre ère digitale, en conséquence, consiste non pas à se demander ce qui vient après le yottaoctet, mais dans notre acclimatation culturelle croissante avec un monde de plus en plus digital. De façon à comprendre comment nos vies sont déjà profondément influencées par la technologie, nous avons besoin de considérer l’information non pas dans les termes abstraits des terraoctets et zettaoctets, mais d’une façon plus culturelle. Comment ces technologies que les humains ont façonnées afin d’interagir avec le monde, viennent-elles nous façonner également à leur tour ? Quel impact a sur nous l’interaction de ces technologies, fabriquées par nous-même, et les éléments irréductibles de nos vies ? La tâche d’analyse consiste essentiellement à identifier et à comprendre les formes d’agencement humain particulières à notre ère numérique, sans réduire la technologie à une extension mécanique des humains, à un simple outil. En raccourci, se demander si Google nous rend plus bête, comme certains critiques culturels l’ont fait remarquer, est une mauvaise question. Elle part de l’hypothèse de la distanciation entre les hommes et de la technologie qui n’est plus, si elle l’a jamais été, tenable.

2 récits opposés

L’histoire de cette influence mutuelle entre humains et technologie a été obscurcie récemment par la cristallisation de 2 récits concurrents quant à la façon dont nous vivons cette information. D’une part, il y a ceux qui prétendent que les efforts de numérisation de Google, la puissance du réseau social de Facebook, et l’ère des big data en général permettent de réaliser le rêve antique de l’universalité de toute connaissance. Le monde numérique deviendrait ainsi un « réseau sans frontières et unique de mondes interconnectés et d’idées », une sorte de connaissance sans distinctions ni différences. À la différence d’autres innovations technologiques plus anciennes, comme l’imprimerie, qui était limitée à une élite éduquée, l’Internet est un réseau de « pages Web, blogs, articles d’information et de tweets fortement inter reliés, visible de tous et de n’importe qui ». Notre ère de l’information est unique non seulement par son échelle, mais par son agencement ouvert et démocratique. L’information a été finalement libérée. Les technologies numériques, prétendent les plus optimistes d’entre nous, nous donneraient accès à une connaissance universelle qui nous rendrait plus intelligents et qui finalement nous libéreraient. Ces prétentions utopiques sont liées à des visions similaires à propos d’un futur trans-humaniste dans lequel la technologie nous supplanterait et nous permettrait de dépasser ce qui étaient autrefois les limites historiques de l’humanité : physiques, intellectuelles et psychologiques. Le rêve d’une humanité post-humaine en somme.

À l’opposé, des observateurs moins emphatiques interprètent la montée en puissance de la numérisation et des big data comme l’annonce d’une surcharge d’information. Nous souffririons d’un déluge de données. Beaucoup s’inquiètent que les hyperliens du Web nous envoient d’une page à une autre, que les blogs réduisent de longs articles en résumés d’1 ou 2 lignes, et que les tweets réduisent les pensées à 140 caractères, créant ainsi une culture de la distraction. Les technologies mêmes qui nous aident à gérer toute cette information minent notre capacité à lire en profondeur et avec attention. Le Web, selon certains, est un média fortement lacunaire qui favoriserait une forme moins intense et plus superficielle de lecture

[…]

Les inventions technologique, qu’il s’agisse de l’encyclopédie imprimée à l’heure où elle fut inventée ou de Wikipédia, ne sont pas des machines abstraites qui, indépendamment de nous, nous rendent bêtes ou intelligents. Comme nous l’avons vu avec les technologies de la lecture amenées par les lumières, la connaissance émerge de processus complexes de sélection, distinction et de jugement, du fait de l’incontournable interaction entre les humains et la technologie. Nous devrions résister ainsi à la fausse promesse représentée aujourd’hui par le champ de sélection situé en-dessous du logo de Google : soit vous accédez immédiatement et sans médiation à la connaissance pure, soit vous vous livrez à une vie de distraction et d’information superficielle. Cette alternative est un piège. La connaissance s’acquiert à force de travail ; elle est façonnée, créée et organisée par les humains et leurs technologies. Le moteur de recherche de Google et ses algorithmes sont uniquement le dernier avatar d’une longue histoire des technologies que les humains ont développées pour organiser, évaluer et interagir avec le monde qui les entoure.

clip_image006Poursuivre cette lecture sur le Web avec l’article en version intégrale : Pourquoi Google ne nous abêtit pas … ni ne nour rend plus intelligent par Chad Wellmon


[1] Chad Wellmon est professeur à l’Université de Virginie aux Etats-Unis. Il est l’auteur de « devenir humain : anthropologie romantique et personnalisation de la liberté » (2010)

Big data : pourquoi l’abondance des données n’a aucune importance #scmw2013 was last modified: mai 11th, 2015 by Yann Gourvennec

impact économique du Web et B2B

opentoleads-marketing-btob-hpC’est le canevas de ma présentation de ce soir à Open2leads.  D’une part une présentation sur la base des chiffres de Digiworld 2012 et, c’est la nouveauté, de 2013 de l’Idate, qui va me permettre de poser le débat sur l’importance du digital dans l’économie, en France, en Europe et dans le monde. Ceci préfigure quelques uns des chapitres de  notre futur ouvrage, les médias sociaux expliqués à mon boss, qui sortira à l’Automne 2013 (la relecture est en cours, comme je l’ai expliqué ce matin).

D’autre part, un ensemble de questions qui me seront posées dans le cours de la discussion :

  • Quel est l’impact du Digital dans notre économie et quels bénéfices de manière générale les entreprises peuvent-elle en tirer ?
  • Les PME françaises ont elles toutes passé le pas ? Quels sont les risques pour celles qui ne se lancent pas ?
  • Pour revenir au sujet qui nous n’intéresse ce soir, à savoir le digital dans un contexte marketing btob
  • Quels sont les grandes tendances marketing que vous observez ?
  • Constatez vous aussi ces tendances à l’échelon international ?
  • Quels sont selon vous les priorités principales des directions marketing en btob?
  • Pensez-vous que le BtoB à un retard sur le BtoC en terme d’usage?

Rappel de la conférence ci-dessous

SLIDE1BIS

B2B Best practices: Le Digital au service de la Performance,
une conférence organisée par Open2leads
impact économique du Web et B2B was last modified: juin 26th, 2013 by Yann Gourvennec

Le Web entre nouvelle économie et capitalisme hégémonique

ebook-largeOuf ! Nous sommes en train de mettre la dernière main à notre nouvel ouvrage La communication digitale expliquée à mon boss, suite de notre précédent livre dédié aux médias sociaux.

Il va s’agir d’une véritable somme du digital sur laquelle nous nous penchons actuellement, en pleine phase de relecture (ce n’est pas la plus drôle je vous l’avoue). En fait, il s’agit même d’un ouvrage double puisque nous l’écrivons à la fois en Français et en Anglais (le titre Anglais en sera Mastering Digital Communications Like A Boss, Beyond Social Media). La version française se construis un poil plus vite, en amont de la version anglaise que nous ré-adaptons entièrement ; elle représente aujourd’hui un corpus de environ 500 pages, avec un grand nombre d’illustrations, de planches PowerPoint (qui seront partagées sur Slideshare comme en 2011 pour le précédent livre), de conseils pratiques, et même de vidéos et d’un panorama assez large et complet de la plupart des aspects de la communication digitale.

Une place importante y est faite bien entendu à la conduite du changement, l’analyse, les chiffres, les moyens et les astuces pour pouvoir convaincre sa direction, mais aussi ses collègues de la pertinence du monde digital tout en faisant valoir ses compétences et son expertise. C’est également un moyen de se perfectionner aux aspects stratégiques du Web.

Nous avons  laissé à nos lecteurs sans nouvelles, malgré nos promesses, depuis de nombreux mois sur ce sujet, alors que nous avions prévu de publier régulièrement des vidéos, honte sur nous ! c’est que la rédaction d’un ouvrage comme celui-là est très prenante : plus de 90 articles d’environ 1500 mots ont été écrits, intégrées, relayés à l’ensemble, cela rend particulièrement de temps.

Mais assez parlé de nous !

Parlons plutôt aujourd’hui du livre d’un de nos confrères, Bertrand Jouvenot, qui vient de publier aux éditions Kawa (transparence : notre éditeur également), dans la collection tout savoir sur… Un livre sur « les dessous du Web ».

Voilà un aspect, que nous n’aborderons pas véritablement dans notre livre, mais qui est aussi une facette intéressante du sujet, celle de l’ambiguïté du Web, qui hésite toujours – nous en avions touché plus d’un mot dans notre premier ouvrage – entre le mouvement libertaire de ses débuts, issu du mouvement hippie de la Californie, et la présence hégémonique de quelques grands groupes capitalistiques, qui tendent de plus en plus à se comporter comme des acteurs historiques en tentant de prendre la totalité ou à tout le moins l’immense majorité d’un marché (“The winner takes almost all” selon l’expression de Seth Godin)

Pas besoin d’attendre d’avoir fini le livre pour savoir ce qu’il y a dedans, Frenchweb nous en livre des extraits publiés régulièrement en voici ci-dessous les 2 premiers. Je livrerai quant à moi les impressions des que j’aurais fini le livre.

À vos souris !

Tout savoir sur … les dessous du Web

Le Web est tout en contrastes. Il ressemble à une pièce de monnaie dont les deux faces ne se quittent jamais, mais ne se rencontrent jamais non plus.

Du côté face, l’apparition d’une nouvelle économie, des créations d’emplois, la croissance spectaculaire d’un nouveau type d’entreprises, l’invention de nouveaux services, l’accélération de l’innovation, la diffusion des idées et des savoirs, l’évolution des modes d’interaction entre les individus, etc.

lesdessouduwebDu côté pile, l’hyper-puissance d’acteurs organisant l’information au niveau mondial, la destruction de pans entiers de l’industrie (musique, cinéma…), la disparition de medias traditionnels (journaux, radios…), le remplacement de l’information par l’opinion, la remise en question de la propriété intellectuelle, l’évaporation de prérogatives des États Nations…

Mac vs. PC ? Derrière cette simple opposition entre deux familles informa­tiques, deux philosophies d’affrontent.

Celle du PC, ou personnal computer, est héritée du passé. Elle demande à l’homme de s’adapter à la machine. Celle du Macintosh est plus moderne. Elle s’efforce d’adapter la machine à l’homme. La première capitalise sur les capacités d’adaptation de l’individu tandis que la seconde s’appuie sur ses potentialités. Dans le premier cas, l’homme est au service de la machine. Dans le second, la machine est au service de l’homme. La première est machine centric, la seconde est human centric. Toutes nos entreprises, nos stratégies, nos process, suivent la logique PC. L’homme est convié à se plier à des règles, des modes de fonctionnement, des habitudes, une hiérarchie, des tableaux de bord, des ERP, des progiciels, etc. Et quand cela ne marche plus, les organisa­tions demandent à leurs collaborateurs de s’adapter encore plus, en devenant toujours plus flexibles, mobiles, souples… Et parce que nous ne sommes pas à un paradoxe près, on observe les vainqueurs du moment, tel Google ou Apple, et on en on déduit que la clef du succès se trouve dans la créativité, l’innovation, la communication… Bref dans les potentialités de l’homme, que la philosophie du Mac se propose précisément de libérer.

via Extrait #1 : Mac vs. PC | FrenchWeb.fr.

Extrait #2 : Le foyer digital | FrenchWeb.fr

Le monde change, l’économie aussi. Elle se tertiarise comme disent les écono­mistes. Le poids des services dans les PIB et autres PNB augmente.

Les équipements informatiques, les connections Internet, les téléphones et autres terminaux, sont devenus les outils de travail, de production et de productivité des salariés. Les collaborateurs d’une entreprise sont désormais mieux équipés, mieux outillés techniquement, informatiquement, télépho­niquement… à titre personnel, qu’à titre professionnel. Quand ils ont deux téléphones et qu’ils ne sont pas dans les sommets de l’organigramme, celui que leur a fourni leur entreprise est rarement le mieux des deux. A la maison, l’ordinateur dont ils disposent est souvent plus récent, mieux équipé en logi­ciels, doté de plus de mémoire que celui qu’ils utilisent au travail.

via Extrait #2 : Le foyer digital | FrenchWeb.fr.

Le Web entre nouvelle économie et capitalisme hégémonique was last modified: mai 20th, 2015 by Yann Gourvennec

innovation ou rénovation ? le 21ème siècle est-il vraiment si innovant ?

eye-largeSuite de notre précédent article pour le compte de l’Adetem en amont de la 8e édition de la nuit du marketing, marquée par une innovation, celle du prix de l’excellence marketing auquel nous participerons en tant que membre du jury, avec nombre d’autres blogueurs. Revenons donc à l’innovation proprement dite et un 2e billet sur l’innovation marketing. Cette fois-ci encore je m’en tiendrai à mon sujet de prédilection, l’innovation high-tech. Après le chapitre introductif, nous avons vu qu’il fallait en matière d’innovation technologique et savoir se hâter lentement. Je voudrais poursuivre avec une idée assez provocatrice, quitte à bousculer un préjugé bien établi qui voudrait que nous soyons au siècle de l’innovation, que notre environnement est en perpétuel changement, et que l’innovation est au cœur de notre vie.

http://i0.wp.com/be-angels.fr/wp-content/uploads/2013/04/8e-nuit-du-marketing.jpg?resize=450%2C163

La 2e question de nos amis de l’Adetem consisté à mettre en exergue une innovation qui m’a frappé en 2013. Je voudrais remonter un cran plus haut, et me poser la question de savoir quel est l’impact, et l’ampleur des innovations qui nous occupent tous les jours sur Internet ou ailleurs. Vais-je jeter mon dévolu sur Google glass, dont les débats remplissent blogs et journaux ad nauseam depuis au moins le début 2013 ? La nouvelle version de IOS7 ? La nième tentative de tablettes hybrides pour concurrencer Apple ? Probablement pas.

image

Légende : vers 1899, un ingénieur allemand gèle artificiellement la Seine pour permettre le creusement du tunnel du métro vers St Michel au niveau du pont au change préfigurant ainsi le Ice Nine du livre Cat’s Cradle de Kurt Vonnegut en 1963. En 2013, la ligne 4 du métro vient de se prolonger d’1 station au-delà du périphérique ; il a fallu près de 4 ans pour la construire.

Google glass, IOS 7 etc. sont à l’innovation ce que CNN est à l’information journalistique : ça bouge, ça remue, ça change tout le temps, mais on ne comprend rien. Et il y a fort à parier que les lunettes Google finissent au rebut de l’innovation, voire même à l’index des tribunaux (se pourrait-il qu’il s’agisse d’un accessoire d’espionnage, d’aucuns pourront le penser, même si on a vu plus discret ; à juger comment je me fais régulièrement agresser dans la rue car je prends des photos, tout en faisant bien attention à éviter les personnes, alors que la paranoïa fait rage… Attendons donc 10 ans !)

Le siècle de l’innovation ou de la futilité ?

Quant à IOS 7, je ne vois pas trop à quoi peut servir de commenter, comme je l’ai vu, sur la qualité graphique de l’icône de setup. N’y a-t-il pas des choses plus importantes ? L’innovation de ce fameux siècle innovant se résume-t-elle à la qualité d’une icône. Le XXIe siècle est donc probablement bien vide pour monopoliser l’attention de millions de gens sur des choses si futiles.

Le XXIe siècle, soyons provocateur, n’est probablement pas le siècle de l’innovation.

Celui-là, est arrivé il y a 200 ans, quand tout ou presque était à inventer, quand les hommes ont tout découvert et développé, les déplacements sur terre, sur rail, dans les airs, et même la mécanisation au travers des premiers métiers à tisser, qui ont donné déjà lieu aux premières manifestations d’opposants aux changements technologiques, celle des Luddites. Tout a été inventé à cette époque-là. Même la dégradation de l’environnement, l’industrialisation, la mécanisation, jusque dans ce déluge de fer, de feu et de sang de la guerre 14, et même l’exode rural (notre village d’Ariège s’est vidé dès 1900).

Si le XIXe siècle a été le siècle de l’innovation, le XXe siècle, a été celui de la modernité, de l’industrialisation, de la mécanisation et de l’automatisation à outrance. Toutes les innovations du XIXe siècle y ont été agrandies, améliorées, renforcées, développées… sous la poussée de 3 guerres qui, au travers de leur macabre recherche de l’efficacité, ont poussé l’innovation (j’inclus 1870 qui est déjà annonciatrice de la guerre moderne, cf. la débâcle de Zola). Remarquez que je n’ai pas dit progrès.

La R&D ne fonctionne plus… quoi d’étonnant à cela ?

Le XXIe siècle, lui, est le siècle de la parabole (au sens du réseau, mais aussi au sens du symbole, de ces analystes symboliques que nous sommes devenus) et de l’hyperbole ; de l’excès et de la massification (cf. l’hypermodernité de Lipovetsky). L’innovation n’y est plus fondamentale, elle y est utilitaire, pratique et massive. Alors, quoi de surprenant, comme nous le dit Pierre Yves Chaltiel que la R&D ne fonctionne plus. La R&D est affaire d’assemblage, d’ « intégration » (au sens informatique du terme), et le Marketing de l’innovation est donc de plus en plus un marketing de projets. Scott Berkun conseille aux innovateurs, de ne jamais utiliser le mot d’innovation; c’est vrai qu’il est pratique car il permet se raccrocher à quelque chose, mais ce terme n’a pas beaucoup de signification intrinsèque. Il exprime dans cet article que le véritable innovateur parle de nouveaux produits, de projets, de jalons, mais il ne perd pas de temps avec des concepts abstraits. Quoi d’étonnant ainsi à ce que les marketeurs qui réussissent soient de bons chefs de projets ?!

Le siècle de la massification

idea-visionary-marketingLe XXIe siècle n’est pas le siècle de l’innovation, c’est le siècle du perfectionnement et de la masse. La véritable différence, c’est la montée en charge et l’impact des masses touchées par cette révolution digitale.

D’ailleurs, nous ne devrions plus parler d’innovation, mais de rénovation peut-être. Alors, si je ne devais prendre qu’une innovation high-tech à titre symbolique, ce serait une méta innovation celle du Cloud computing, aboutissement de 20 ans de tâtonnements, sur les réseaux et de déplacement du monde logiciel vers le tout numérique et tout connecté ; il faudra attendre probablement encore 5 ans au-moins pour atteindre l’état suprême du ubiquitous computing, celui où nos données et nos SI sont disponibles partout et en tout lieu.

C’est que le Cloud computing logiciel (SaaS) est en passe de changer non notre rapport au logiciel, mais notre rapport au monde. Voici comment se matérialise ce changement au travers de mon usage de ces logiciels. Muni d’une simple tablette connectée, 3G/Wifi, aujourd’hui, il est possible de :

  • avec Skydrive (ou Dropbox, Google drive etc.) d’emporter nos données partout ;
  • avec Cloudon (icône ci-dessus), de les modifier en tout lieu (de façon encore assez maladroite mais ça s’améliorera sans doute) ;
  • avec Slideshark, d’afficher mes cours en temps réel (là encore c’est perfectible mais on progresse) ;
  • avec WordPress, de publier et de parler au monde entier ;
  • avec Evernote, d’écrire des articles sans clavier en temps réel avec ma tablette ;
  • avec Penultimate de prendre des notes manuscrites, de les stocker et même d’effectuer des recherches ;
  • avec Paper 53 de dessiner partout et en tout lieu même dans le métro ;
  • et avec les médias sociaux, de diffuser partager les infos dans le monde.
  • etc. etc. la liste n’est pas close, adaptez-là à votre goût …

note : certaines de ces « innovations » n’ont rien de nouveau. Dès 1999, j’avais une ardoise électronique (j’en ai possédé au moins 5 de 1999 à 2007 qui progressaient régulièrement) qui permettait de prendre des notes manuscrites en mode de reconnaissance de l’écriture. En somme, il y a même eu régression technologique très nette sur beaucoup de points depuis 2000.

Entendez-moi bien, je ne fais pas la promotion ici d’une application, qui sera probablement remplacée par une autre et une autre et une autre encore. Je vous expose un mode de vie, mais aussi un mode de travailler, une façon d’interagir avec le monde et le réel, de vivre et de respirer digital à chaque moment de votre vie, c’est cela qui me fait dire que l’univers digital qui nous entoure et que d’aucuns maîtrisent avec aisance, ils sont de plus en plus nombreux, est un véritable changement de paradigme. Ce changement de paradigme change notre attitude notre rapport au monde, au travail, au temps. Voilà une véritable « innovation ». Plus qu’une simple icône. À supposer qu’ IOS 7 soit vraiment très mauvais, nos utilisateurs migreront sur un autre système d’exploitation, et il est fort à parier que ces systèmes d’exploitation n’aient plus aucune importance dans un futur assez proche de la téléphonie, et que l’intelligence se déplace, comme d’habitude, dans le réseau via Internet.

Ce changement de paradigme, je vous inviterai bientôt à le découvrir en détail dans notre prochain ouvrage, la communication digitale expliquée à mon boss, qui sortira en septembre 2013 (si tout va bien, nous avons pris un peu de retard, c’est qu’il faut relire cet ouvrage massif de près de 500 pages !).

C’est cette innovation incrémentale, aboutissement de décennies de perfectionnements qui à mon avis constitue le niveau actuel de l’innovation marketing high-tech d’aujourd’hui, bien plus que l’innovation d’une paire de lunettes … qui intégrera peut-être un jour avec force modifications notre univers, et qui rejoindra et sera englobée, dans ce cas, cette méta innovation.

innovation ou rénovation ? le 21ème siècle est-il vraiment si innovant ? was last modified: mai 20th, 2015 by Yann Gourvennec