infographies, degré zéro du savoir ? (1)

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Un petit coup de gueule du mardi matin. Grâce à mon application Firefox préférée (StumbleUpon) qui me permet de trouver de nouveaux contenus et de nouveaux sujets, j’ai découvert cette très intéressante infographie sur la véritable nature des marques en fonction de leur couleur. Je ne suis pas certain que ces graphiques, Fort beaux au demeurant, « vous disent tout sur la nature de votre business » comme l’indique le sous-titre, mais j’ai par contre la conviction que je commence à mieux comprendre la façon dont nous lisons, comprenons et sommes influencés par les images.

Il y a longtemps (2003), je publiai un article sur Visionarymarketing.com, mon site Web, par Giancarlo Livraghi, un publicitaire italien et l’auteur d’un livre transalpin intitulé « la culture de l’Internet » (au sens voltairien du terme). Giancarlo, dans cet article, décrivait ce qu’il appelait la maladie de  PowerPoint, un concept qu’il avait trouvé en voyant Colin Powell utiliser les images pour convaincre les Nations Unies que la guerre contre l’Irak était justifiée. Son argument était que la plupart des images utilisées par Powell étaient fabriquées mais n’avaient subi aucun questionnement car il est difficile de ne pas croire aux images. Cette théorie fut ensuite accréditée dans un film hollywoodien basé sur une histoire vraie (Green Zone – 2010). Je republierai l’article de Giancaro Livraghi très prochainement.

Imago ergo sum …

Les infographies, notamment les infographies comme celle-ci qui sont particulièrement belles et mises en page avec beaucoup de goût, sautent directement à la conclusion et sont faciles à comprendre. Elles sont émotionnelles et esthétiques. Elles font appel à nos sentiments. De plus, car elles sont si simples et didactiques, elles sont prises pour argent comptant, tant et si bien que personne n’ose dire qu’elles pourraient peut-être être fausses. Tout ce dont vous avez besoin est de cliquer sur votre souris et hop ! L’image est multipliée et partagée dans le monde entier. Il ne s’agit plus de cogito mais de imago ergo sum.

Simplistes et exagérées

Et pourtant, les infographies sont aussi simplistes et exagérées. Elles vous font gagner du temps mais en même temps, les images tendent à vous à priver les lecteurs de leur œil critique (entendons-nous bien, le problème vient bien du lecteur et non de l’objet de la lecture). La plupart du temps elles sont non représentatives et font état de résultats étonnants. On y trouve souvent des mentions à « une étude des meilleurs [remplacez par ce que vous voulez] du Monde » (les marques dans ce cas particulier) mais qui a sélectionné l’échantillon ? Quelles sont ces marques ? Qui a commissionné l’étude ? Où sont les résultats de cette étude ? Quelle en est la méthodologie ?… de telles questions sont et resteront probablement sans réponse.

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Le compte bancaire orange d’ING voué à l’échec ? Ben voyons !

Un regard attentif porté aux détails ci-dessous éclairera encore plus votre lanterne. Je me suis juste focalisé sur la couleur orange pour une raison évidente (transparence : je travaille pour Orange). Comme cette couleur est utilisée par l’entreprise pour laquelle je travaille, j’ai eu le plaisir de m’apercevoir qu’elle était populaire pour la high-tech, si l’on en croit cette infographie, et que le code couleur en est cohérent avec les valeurs de la marque que nous aimons. J’ai lu également que cette couleur est censée être non populaire pour les services bancaires alors qu’ING l’a utilisée avec beaucoup de succès non seulement aux Pays-Bas mais dans le Monde entier et notamment aux États-Unis où son nom est très associé à cette couleur.

Comme un horoscope

Pas besoin d’aller plus loin. Regarder une belle image comme celle-ci me fait penser à la lecture d’un horoscope : c’est sympa, c’est amusant, cela vous interpelle légèrement, mais cela n’est pas du savoir. Celui-ci requiert de sourcer ses informations. Il requiert de la contradiction. Le savoir peut utiliser les images ; mais il peut certainement se passer de certaines infographies.

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infographies, degré zéro du savoir ? (1) was last modified: février 19th, 2013 by Yann Gourvennec

organisation et mobilité – le Web social en 10 questions (7-8)

mobile-largeSuite de la version intégrale de l’interview que je donnais dans le n° spécial de Marketing Magazine intitulé “Marketing [R]évolution” et qui préfigure ce que sera notre futur ouvrage Le Marketing Digital Expliqué à Mon Boss qui sortira mi 2013 aux éditions Kawa. Voici l’intégralité des 10 questions qui m’ont été posées, en 10 épisodes. Il faudra taper http://bit.ly/wsocial10 pour rassembler tous les articles.

7. Qui doit gérer les nouvelles technologies au service du marketing dans les organisations ? Un service transversal ? ou un département marketing social ? Social et mobile ?

Avec Hervé Kabla, nous avons répondu de façon assez détaillée à ce point dans notre ouvrage les médias sociaux expliqués à mon boss. Il s’agit de l’affaire de tous. Les médias sociaux ne peuvent rester enfermés dans une petite entité qui les confisquerait au reste de l’entreprise. Les départements dédiés aux médias sociaux devraient se voir comme des facilitateurs et des acteurs de changement au service de l’intégralité de l’entreprise, et non comme des services de publicité qui se contentent de briefer des agences en comptant leurs fans.

[Pour ne pas prêcher dans le désert, le Web social doit être l’affaire de tous !]

8. Quelle place pour le mobile qui vit une période charnière (explosion des mobinautes, etc.) ? Le marketing mobile devient-il réellement aussi social et local ?

Le Web devient mobile, le Web est mobile, c’est un fait. En moyenne sur les sites que je gère j’observe une consultation par mobile qui a dépassé les 15%. Le mobile et la tablette sont donc un passage obligé et c’est compréhensible car ils répondent à une demande d’usage, qui souvent n’est même pas une demande de mobilité. Ainsi la vaste majorité des tablettes est utilisée depuis la maison. Ceci pose aussi un certain nombre de contraintes aux concepteurs d’applications et de sites compatibles (une technique connue sous le nom de responsive design qui permet d’afficher des sites sur tous les mobiles sans concevoir d’application spécifique). Il faudra régler ces contraintes rapidement car la demande est là.

Enfin, oui le mobile ou la tablette deviennent un instrument incontournable du commerce en ligne et click and mortar comme on l’a vu précédemment.

organisation et mobilité – le Web social en 10 questions (7-8) was last modified: février 14th, 2013 by Yann Gourvennec

la mort des médias sociaux, 1 an et demi après … vous prendrez bien un petit kawa, 6e épisode,

Poursuite de notre causerie auprès du café avec l’introduction d’une section importante (la 2ème) dédiée à la stratégie de contenus, un des fondements de la communication digitale :  à quoi ça sert, comment ça marche, et quelles sont les spécificités des stratégies de contenus sur Internet, sont les thèmes principaux de cette partie. Car le marketing de contenu (alias “brand content” en Globish) n’est plus original, il est entré dans les mœurs et nous allons dédier une section entière sur ce sujet avec des points de vue des 2 auteurs, des témoignages, et aussi des contributions de Anthony Plewes et Stewart Baines depuis la Grande Bretagne.

Deuxième plat de résistance de cette vidéo : la suite du débat sur la mort des médias sociaux. Il s’agit de la suite du débat que nous avons lancé en début 2012 de façon assez provocante. Dans ce chapitre nous revisiterons les 4 phénomènes qui vont changer la donne et que nous évaluons après 1 an et 1/2 de terrain : la croissance de l’infobésité, la lassitude des utilisateurs, la convergence des plateformes, et la socialisation du Web via les sites Web des entreprises. Il s’agira d’un chapitre abondamment détaillé, dont on peut prédire qu’il sera une de pierres d’angles du livre.

les médias sociaux sont-ils morts ? retour sur un débat acharné de 2012
la mort des médias sociaux, 1 an et demi après … vous prendrez bien un petit kawa, 6e épisode, was last modified: mai 20th, 2015 by Yann Gourvennec

Le Web social en 10 questions (4) – évolution des médias sociaux

question-large_thumb5Suite de la version intégrale de l’interview que je donnais dans le n° spécial de Marketing Magazine intitulé “Marketing [R]évolution” et qui préfigure ce que sera notre futur ouvrage Le Marketing Digital Expliqué à Mon Boss qui sortira mi 2013 aux éditions Kawa. Voici l’intégralité des 10 questions qui m’ont été posées, en 10 épisodes. Il faudra taper http://bit.ly/wsocial10 pour rassembler tous les articles.

4. Comment les réseaux sociaux vont-ils évoluer & s’enrichir, et de quelles fonctionnalités ?

Les médias sociaux sont à un point d’inflexion important. L’un est positif, l’autre moins.

Commençons par le point positif, c’est l’émergence d’un nouveau commerce : je ne parle pas bien entendu des boutiques sur Facebook qui ne sont pas pour l’instant une alternative crédible au e-commerce. Je parle de l’utilisation des médias sociaux, Facebook et autres (le solomoco en général), comme relais de l’information pour faciliter la rétention des clients, la fidélisation, le marketing du bouche à oreille, dans les magasins physiques et les magasins virtuels, en cessant d’opposer les 2 et en créant une véritable synergie. De nouvelles formes de commerce sont en train de naître, c’est enthousiasmant.

[rappel : ma présentation de début novembre 2012 sur le futur du commerce]

Le côté moins positif est celui qui a été relevé par le patron de app.net, entre autres, Dalton Caldwell. C’est celui de la fermeture des API, pourtant l’ossature du Web et notamment du Web social depuis le début. En coupant ses programmes d’échanges entre plateformes qui permettent de croiser données et bases et de partager l’information, chaque plateforme de réseaux sociaux est en passe de fermer son environnement et de recréer un mini Web étanche sur chacune de ses plateformes. Cette logique, poussée à l’extrême chez Facebook sous la pression des investisseurs déçus de la récente introduction en bourse, oblige à une monétisation de plus en plus intrusive, sur des plateformes fermées. En bref, les réseaux sociaux sont en train de recréer l’ancien modèle des médias traditionnels. C’est pour cela que des plateformes alternatives se sont développées ; en dehors de app.net, citons diaspora* (http://joindiaspora.com)[1].

Ceci étant, contrairement à ce qu’annoncent les Cassandres, les médias sociaux ne vont pas disparaître, bien au contraire. Il faut juste qu’ils trouvent un équilibre entre mercantilisme acharné et néo marketing. Cela prendra un peu de temps.


[1] pour plus de détails sur ce débat lire http://wp.me/pfXk-OI (article de app.net)

Le Web social en 10 questions (4) – évolution des médias sociaux was last modified: janvier 29th, 2013 by Yann Gourvennec

le Web social en 10 questions (3) – futur des médias sociaux

question-largeSuite de la version intégrale de l’interview que je donnais dans le n° spécial de Marketing Magazine intitulé “Marketing [R]évolution” et qui préfigure ce que sera notre futur ouvrage Le Marketing Digital Expliqué à Mon Boss qui sortira mi 2013 aux éditions Kawa. Voici l’intégralité des 10 questions qui m’ont été posées, en 10 épisodes. Il faudra taper http://bit.ly/wsocial10 pour rassembler tous les articles.

3. Quel rôle vont jouer les médias sociaux dans les prochaines années ?

Pour les professionnels de l’Internet et notamment pour moi qui ai plus de 10 ans de recul sur ce domaine, l’Internet a révolutionné l’informatique et l’ensemble du monde économique. Les médias sociaux ont été la nouvelle vague de l’Internet, dès 2004 dans le grand public, puis en 2007 en entreprise, et ils sont désormais bien établis. Figurez-vous que les premiers réseaux sociaux ont déjà plus de 10 ans et que LinkedIn fêtera ses 10 ans aussi l’an prochain ! Une décennie, c’est ce qu’il faut à une technologie pour s’implanter et être appropriée par les utilisateurs et les marketeurs.

[les médias sociaux ont envahi et embelli, le marketing – cc antimuseum.com]

Il y a donc nombre de domaines qui sont changés par les médias sociaux de façon irréversible :

  1. la communication : c’est sans doute le point le plus évident, près de 90% des entreprises[1] françaises ont mis en place des logiques de médias sociaux pour leur entreprise, il n’est plus besoin d’insister sur ce point.
  2. le « content marketing » souvent appelé « brand content »[2] en France, est un des piliers du nouveau marketing, pas seulement en B2B : il y a à peine 5 ans, la reconnaissance de ce phénomène restait marginale (même si le concept a été inventé il y a longtemps et que des entreprises comme Michelin en ont été les précurseurs il y a près d’un siècle !). Ce n’est plus le cas aujourd’hui, la production de contenu périphérique à la marque est considéré comme un moteur du marketing du bouche à oreille, et devient une pierre d’angle de ces nouvelles stratégies qui font évoluer le marketing depuis une mécanique de « message » vers une logique de « contenu ».
  3. les relations Presse ne sont pas épargnées. En dehors du fait que le métier de l’écrit évolue et se numérise, à la fois pour ce qui est de la recherche d’informations, de la publication – y-compris pour les journalistes et les publications traditionnelles – et aussi des publications alternatives. De nouveaux types d’acteurs sont nés, ni journalistes, et plus tout à fait blogueurs qui occupent cet espace et changent la façon dont les contenus circulent et la façon dont les marques sont exposées aux commentaires.
  4. les événementiels sont probablement un des pans du marketing, notamment en B2B, qui sont le plus exposés aux nouvelles logiques numériques, notamment depuis que les réseaux sociaux ont permis de partager les contenus, plus vite et plus loin … en permettant également les discussions autour des contenus, les partages et les relais d’information en ligne en temps réel.
  5. les processus internes et la co-création : les réseaux sociaux d’entreprise se sont développés énormément ces 5 dernières années, amenant les logiques de « collaboration » à l’intérieur de l’entreprise. Certes, beaucoup d’efforts restent à faire pour transformer ces outils qui restent trop souvent des plateformes de discussion internes en outils de travail, de co-création et de travail en commun autour des métiers qui sont au cœur de l’entreprise.
  6. le crowdsourcing et la R&D collaborative : cette collaboration ne doit pas d’ailleurs s’arrêter à l’interne. Les plateformes de co-création, soit propriétaires, soit ouvertes comme ninesigma ou yet2com, permettent déjà de faire coopérer clients et fournisseurs, écosystèmes et entreprises. La R&D n’est pas remplacée par des plateformes de collaboration comme on a pu le croire un peu hâtivement en 2007, emportés par l’enthousiasme de Don Tapscott, l’auteur de Wikinomics. Mais le changement n’en est pas moins profond et les méthodes de développement et de coopération sont considérablement bousculées par les nouvelles technologies.
  7. le commerce (voir plus loin dans cette série)

La liste ne peut s’arrêter là car tous les domaines sont influencés ou changés par le numérique, il n’y a pas d’exceptions, l’impact du numérique sur notre monde en 15 ans a été extraordinaire.

à suivre …


[1] FEVAD, Ibid.

[2] lire Brand Content de Daniel Bô, éditions Dunod : http://bit.ly/dbobrand

le Web social en 10 questions (3) – futur des médias sociaux was last modified: janvier 25th, 2013 by Yann Gourvennec