le Web social en 10 questions (3) – futur des médias sociaux

question-largeSuite de la version intégrale de l’interview que je donnais dans le n° spécial de Marketing Magazine intitulé “Marketing [R]évolution” et qui préfigure ce que sera notre futur ouvrage Le Marketing Digital Expliqué à Mon Boss qui sortira mi 2013 aux éditions Kawa. Voici l’intégralité des 10 questions qui m’ont été posées, en 10 épisodes. Il faudra taper http://bit.ly/wsocial10 pour rassembler tous les articles.

3. Quel rôle vont jouer les médias sociaux dans les prochaines années ?

Pour les professionnels de l’Internet et notamment pour moi qui ai plus de 10 ans de recul sur ce domaine, l’Internet a révolutionné l’informatique et l’ensemble du monde économique. Les médias sociaux ont été la nouvelle vague de l’Internet, dès 2004 dans le grand public, puis en 2007 en entreprise, et ils sont désormais bien établis. Figurez-vous que les premiers réseaux sociaux ont déjà plus de 10 ans et que LinkedIn fêtera ses 10 ans aussi l’an prochain ! Une décennie, c’est ce qu’il faut à une technologie pour s’implanter et être appropriée par les utilisateurs et les marketeurs.

[les médias sociaux ont envahi et embelli, le marketing – cc antimuseum.com]

Il y a donc nombre de domaines qui sont changés par les médias sociaux de façon irréversible :

  1. la communication : c’est sans doute le point le plus évident, près de 90% des entreprises[1] françaises ont mis en place des logiques de médias sociaux pour leur entreprise, il n’est plus besoin d’insister sur ce point.
  2. le « content marketing » souvent appelé « brand content »[2] en France, est un des piliers du nouveau marketing, pas seulement en B2B : il y a à peine 5 ans, la reconnaissance de ce phénomène restait marginale (même si le concept a été inventé il y a longtemps et que des entreprises comme Michelin en ont été les précurseurs il y a près d’un siècle !). Ce n’est plus le cas aujourd’hui, la production de contenu périphérique à la marque est considéré comme un moteur du marketing du bouche à oreille, et devient une pierre d’angle de ces nouvelles stratégies qui font évoluer le marketing depuis une mécanique de « message » vers une logique de « contenu ».
  3. les relations Presse ne sont pas épargnées. En dehors du fait que le métier de l’écrit évolue et se numérise, à la fois pour ce qui est de la recherche d’informations, de la publication – y-compris pour les journalistes et les publications traditionnelles – et aussi des publications alternatives. De nouveaux types d’acteurs sont nés, ni journalistes, et plus tout à fait blogueurs qui occupent cet espace et changent la façon dont les contenus circulent et la façon dont les marques sont exposées aux commentaires.
  4. les événementiels sont probablement un des pans du marketing, notamment en B2B, qui sont le plus exposés aux nouvelles logiques numériques, notamment depuis que les réseaux sociaux ont permis de partager les contenus, plus vite et plus loin … en permettant également les discussions autour des contenus, les partages et les relais d’information en ligne en temps réel.
  5. les processus internes et la co-création : les réseaux sociaux d’entreprise se sont développés énormément ces 5 dernières années, amenant les logiques de « collaboration » à l’intérieur de l’entreprise. Certes, beaucoup d’efforts restent à faire pour transformer ces outils qui restent trop souvent des plateformes de discussion internes en outils de travail, de co-création et de travail en commun autour des métiers qui sont au cœur de l’entreprise.
  6. le crowdsourcing et la R&D collaborative : cette collaboration ne doit pas d’ailleurs s’arrêter à l’interne. Les plateformes de co-création, soit propriétaires, soit ouvertes comme ninesigma ou yet2com, permettent déjà de faire coopérer clients et fournisseurs, écosystèmes et entreprises. La R&D n’est pas remplacée par des plateformes de collaboration comme on a pu le croire un peu hâtivement en 2007, emportés par l’enthousiasme de Don Tapscott, l’auteur de Wikinomics. Mais le changement n’en est pas moins profond et les méthodes de développement et de coopération sont considérablement bousculées par les nouvelles technologies.
  7. le commerce (voir plus loin dans cette série)

La liste ne peut s’arrêter là car tous les domaines sont influencés ou changés par le numérique, il n’y a pas d’exceptions, l’impact du numérique sur notre monde en 15 ans a été extraordinaire.

à suivre …


[1] FEVAD, Ibid.

[2] lire Brand Content de Daniel Bô, éditions Dunod : http://bit.ly/dbobrand

le Web social en 10 questions (3) – futur des médias sociaux was last modified: janvier 25th, 2013 by Yann Gourvennec

le Web social en 10 questions (2)

briefcase-largeSuite de la version intégrale de l’interview que je donnais dans le n° spécial de Marketing Magazine intitulé “Marketing [R]évolution” et  qui préfigure ce que sera notre futur ouvrage Le Marketing Digital Expliqué à Mon Boss qui sortira mi 2013 aux éditions Kawa. Voici l’intégralité des 10 questions qui m’ont été posées, en 10 épisodes. Il faudra taper http://bit.ly/wsocial10 pour rassembler tous les articles.

2. Quels sont les enjeux du digital pour les marques et enseignes ?

Je vois plusieurs défis auxquels les entreprises européennes et françaises en particulier vont devoir faire face :

  1. le digital comme une composante de l’entreprise : il y a eu quelques progrès ces dernières années, mais on est encore loin de la compréhension du domaine par tous. Or, j’y reviendrai plus loin quand je parlerai du « u-commerce », la vision de l’Internet comme une discipline de geeks a vécu. Il faut être bilingue marketing/Internet, les deux ne sont pas en opposition, le Web fait partie du mix. Trop souvent, il est encore considéré comme important mais pas assez intégré comme une composante stratégique. Il est temps que les entreprises françaises se mettent à la page. Un défi connexe est le faible niveau d’internationalisation – sauf exceptions – de nos entreprises, notamment les petites. On a trop souvent du mal à penser mondial en France, or le Web est par essence une place de marché mondiale.
  2. rattraper le retard sur le e-commerce : le chiffre d’affaire du e-commerce est de plus en plus important, juste au-dessous de 40 milliards d’euros en 2011, mais encore 2 fois plus petit que celui du Royaume uni qui a dépassé les 80 milliards[1] ! Certes, l’Allemagne est moins avancée que la France, mais cette situation est étrange, la différence en taille et en PIB entre le Royaume Uni et la France étant très faible, le poids du numérique devrait y être assez proche. Un énorme effort d’éducation est donc à faire, à la fois vis-à-vis des consommateurs que des marques. Les usages des consommateurs sont encore en retard par rapport aux pays Nordiques et au Royaume Uni.
  3. ensuite, passer au s commerce, m commerce et … « u-commerce » : j’y reviendrai plus en détail ; un des défis des entreprises va être de se débarrasser des fausses idées autour du s-commerce, qui n’est pas réductible au Facebook commerce. Le salon e-commerce 1to1 de 2012 a marqué la prise de conscience des e-commerçants par rapport à cette réalité nouvelle.
  4. éducation, incitation, promotion : c’est mon travail de tous les jours, car je crois à l’action du plus grand nombre, et à l’évangélisation des médias sociaux vers tous les talents de l’entreprise, pas seulement une petite clique privilégiée de spécialistes de la communication. Il faut donc au contraire intégrer les médias sociaux dans l’ensemble de l’entreprise, dans un but professionnel, en interne et en externe.
  5. un défi organisationnel ensuite : le numérique a un rôle fondamental à jouer dans l’organisation du travail, sujet que j’aborde régulièrement sur mon blog visionary marketing[2]. La France rattrape son retard en ce domaine, mais il y a encore beaucoup d’améliorations possibles.
  6. enfin, pour ceux qui ont déjà de l’avance dans le déploiement des médias sociaux, les enjeux seront sur la montée en charge, notamment dans le domaine très critique et complexe de la relation clients (SCRM). C’est également un sujet que j’aborde régulièrement sur mon blog.

à suivre …


[1] voir les chiffres de la FEVAd à l’adresse : http://bit.ly/fevadnumbers2012

[2] pour les articles sur ce sujet voir http://bit.ly/ttvision ou via http://visionarymarketing.com

le Web social en 10 questions (2) was last modified: janvier 23rd, 2013 by Yann Gourvennec

le web social en 10 questions (1)

ebook-largeEn fin 2012 (mon Dieu, ça paraît déjà loin !) j’évoquais l’interview que je donnais dans le n° spécial de Marketing Magazine intitulé “Marketing [R]évolution”. Cette interview est cependant le résultat d’une coupe assez radicale dans un ensemble beaucoup plus ambitieux, qui préfigure ce que sera notre futur ouvrage Le Marketing Digital Expliqué à Mon Boss qui sortira mi 2013 aux éditions Kawa. Voici donc l’intégralité des 10 questions qui m’ont été posées, en 10 épisodes. Il faudra taper http://bit.ly/wsocial10 pour rassembler tous les articles.

1. Pourquoi une association des professionnels des médias sociaux en entreprise (Media Aces), quels sont ses objectifs ? Ses réalisations ? Ses projets ?

Cette association est née de ma participation à la grande association américaine socialmedia.org d’Andy Sernovitz, le Pape du Marketing du bouche à oreille[1]. J’ai rejoint cette association en 2008 car il n’y avait pas à l’époque d’entités où les professionnels pouvaient échanger sur les sujets des médias sociaux en entreprise sur un plan d’égalité et dans un environnement non commercial.

J’ai proposé à Andy de créer l’équivalent en Europe et il a préféré que nous créions notre propre structure. En 2009 j’ai rencontré Hervé Kabla lors d’une interview car il était lui aussi intéressé par les travaux de cette association. Nous avons vite décidé de nous associer et de créer Media Aces qui regroupe aujourd’hui une cinquantaine de marques, JC Decaux étant la dernière à nous avoir rejoints.

(note : en fait, depuis l’interview, Coop de France a également adhéré à l’association)

Plateau de la dernière conférence Media Aces le 25/10/2012 (photo F Tancré)

interview-marketingmagazine-Gourvennec
télécharger l’interview

L’association a plusieurs buts : Le networking, l’entraide et les conférences. Hervé et moi avons également dirigé et co-écrit un ouvrage collectif intitulé les médias sociaux expliqués à mon boss[2] qui s’est largement vendu dans les entreprises, uniquement par bouche à oreille, via la promotion que nous en avons faite via les médias sociaux.

Le livre, comme nos conférences, laisse une large place à nos membres qui y témoignent sous forme d’interviews. Media Aces est une association qui a beaucoup fait pour l’évangélisation en entreprise, en promouvant un parler vrai et un marketing éthique sans concessions, dans la droite ligne du travail de Sernovitz. Le 11 Octobre, nous avons reçu le prix du livre influent dans la catégorie ouvrages pratiques, suite à un vote en ligne organisé par le Hub Forum, confirmé par un vote à bulletin secret du jury du célèbre événement de la communication digitale. Nous sommes très heureux de voir notre travail récompensé ainsi, et cela montre l’utilité de cette association sur le plan de l’éduction, de l’incitation et de l’évangélisation. Dans les projets en cours, certainement pour l’année prochaine, un prochain livre bien-sûr qui reflètera les récentes orientations qu’ont prises les médias sociaux, ainsi que de nouveaux exemples de membres et de nouvelles interviews.

>> télécharger l’interview en format PDF

tv-smallnote : la prochaine conférence Media Aces aura lieu le 18 février sur le thème des médias sociaux dans votre assiette dans le cadre de la Social Media Week. Il n’y a presque plus de places mais vous pourrez encore vous inscrire au streaming live de la conférence afin d’y assister depuis chez vous.

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[1] le marketing du bouche à oreille, en Français, 2012, Andy Sernovitz, Amazon: http://bit.ly/sernolivre

[2] les médias sociaux expliqués à mon boss, 2011, editions Kawa, http://amonboss.com

le web social en 10 questions (1) was last modified: mai 20th, 2015 by Yann Gourvennec

Ce n’était pas ainsi que nous imaginions les médias sociaux …

La sélection du jour …

eye-large_thumb.gifEst cet article de Mario Sundar de LinkedIn qui, malgré son titre, n’est pas uniquement centré sur Steve Jobs, mais plutôt sur la façon dont les RP sont pratiquées aujourd’hui et le fait que les médias sociaux ont dévié de leur objectif de départ. Il décrit ainsi un exercice de RP de Zuckerberg et des représentants officiels de Facebook qui manque sensiblement de l’éclat et du panache des fameuses keynotes à la Apple. Je ne suis pas quant à moi un inconditionnel de la firme à la pomme, même si je possède quelques produits Apple et que je suis le premier à reconnaître qu’il s’agit de beaux produits. Mais je n’apprécie pas forcément la philosophie qui sous-tend leurs prises de position. Quoiqu’il en soit, il est indéniable que les « keynotes » de Jobs ont été des morceaux d’anthologie et qu’il a créé une tendance. Ce qui est véritablement énervant, c’est cette tendance à singer cette forme de discours, comme une sorte de passage obligé … et pas toujours avec  grand succès. Je ne donnerai pas d’exemples, ce n’est d’ailleurs pas la peine, car tout le monde ou presque essaie de l’imiter. Comme l’a écrit Herman Melville « mieux vaut échouer dans l’originalité, que réussir dans l’imitation ». Une maxime à méditer …

The magic left the building with Jobs

un produit "culte" ?
un produit « culte » ?

I remember the moment Steve Jobs scrolled through his music and uttered those magical words – “scrolls like butter” – while illustrating the beauty of the original iPhone.

It’s moments like this that you lived for, as a technology obsessed professional in Silicon Valley. And with Jobs we got to watch the Michael Jordan of technology, courtside, at his best. iPods, iPhones, iPads, the hits kept coming and Jobs made them look great.

So, it’s a pet peeve of mine these days when companies try to rip off Steve Jobs’ launch style. Not Apple’s style because the new PR machinery at Apple leaves a lot to be desired. But what Jobs created, no one else can put together, because it was and will always be classic Jobs.

via The magic left the building with Jobs « Mario Sundar.

Ce n’était pas ainsi que nous imaginions les médias sociaux … was last modified: janvier 18th, 2013 by Yann Gourvennec

« Toute l’entreprise peut tirer profit des médias sociaux ! »

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Par Yann Gourvennec

La sélection du jour, est une interview à laquelle j’ai eu le plaisir de participer, et qui est parue, non dans une revue publique, mais dans le cadre d’un journal d’entreprise, celui d’ERDF. ERDF, filiale à infrastructure à 100% d’EDF, est chargé de la gestion du réseau public de distribution d’électricité sur 95 % du territoire français continental. Dans cette  interview, je donne la réplique à Dominique Wolton, le sociologue bien connu, qui décidément, me semble pas aimer beaucoup les médias sociaux. J’essaie dans cet exercice de donner une vision optimiste, sans être naïve, de ces outils que 10 ans après, nous ne pouvons plus qualifier de “nouveaux”. Je remercie particulièrement l’agence Makheia, et notamment Sandrine Andro, Directrice du planning stratégique de l’agence, pour l’organisation de cette superbe interview.

extrait de ERDF infos le mag 4E TRIMESTRE 2012

“Les réseaux sociaux ont pris une place déterminante dans notre vie quotidienne. Ont-ils cependant leur place dans l’entreprise ? En quoi sont-ils utiles ? Yann Gourvennec, l’un des tout premiers responsables de médias sociaux en France, et le sociologue Dominique Wolton en débattent.

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[Dominique Wolton “Les Réseaux Sociaux dans l’entreprise”]

Le boom des réseaux sociaux du type Facebook, Viadeo ou LinkedIn est-il une simple mode ou une vraie révolution ? Les réseaux sociaux ont pris une place déterminante dans notre vie quotidienne. Ont-ils cependant leur place dans l’entreprise ? En quoi sont ils utiles ? Yann Gourvennec, l’un des tout premiers responsables de médias sociaux en France, et le sociologue Dominique Wolton en débattent.

Le boom des réseaux sociaux du type Facebook, Viadeo ou LinkedIn est-il une simple mode ou une vraie révolution ?

Yann Gourvennec : Ni l’un, ni l’autre ! Ce sont des outils. De formidables outils qui offrent de multiples opportunités aux individus comme aux entreprises mais qui restent des outils. Et comme tous les outils, il faut apprendre à les manier pour les utiliser à bon escient. Après tout, il ne vous viendrait pas à l’idée de prendre un tournevis pour enfoncer un clou ! Il en est de même des réseaux sociaux. Ceux-ci sui- vent d’ailleurs le même cheminement que toute nouvelle technologie mise à la disposition du public, décrite par Gartner dans une classification bien connue : une phase de décollage plus ou moins laborieuse avec des sceptiques, puis une phase d’engouement excessif, presque de « technolâtrie », où l’on pense que ces nouveaux outils sont une panacée. Lui succède une phase de relative désillusion – « non, ça ne résout pas tout ». Enfin, vient une phase d’apaisement et d’appropriation par le plus grand nombre ; l’outil a trouvé sa place. En 2012, nous sommes clairement entrés dans cette dernière phase.

Dominique Wolton : J’y vois surtout une réelle extension des possibilités d’expression des individus. Y compris dans l’entreprise. Et c’est bien là que commencent les problèmes. Les salariés, et notamment les jeunes embauchés, vont avoir tendance à transposer à l’intérieur de l’entreprise les habitudes de liberté d’expression, voire de babillage, qu’ils ont prises à l’extérieur. Or l’entreprise, pas plus que l’école ou l’armée, ce n’est pas « l’extérieur ». Le risque serait de chercher à la transformer en un lieu de délibération, de critique échevelée, de libre expression – ce qu’elle n’est pas. En outre, à quoi cela sert-il de s’exprimer sur tout et sur rien si l’on ne peut pas changer le cours des choses ? Il y a un risque de frustration.

Justement, pensez-vous que ces réseaux vont faire évoluer la gouvernance des entreprises ?

Dominique Wolton : Il ne faut pas trop compter sur les réseaux sociaux pour changer les rapports hiérarchiques. Ils ne modifient l’atmosphère collective que dans un premier temps et plutôt superficiellement : toutes les entreprises ne sont pas des start-up du Net et la France n’est pas la Californie ! D’ailleurs, seul un naïf peut croire que la multiplication des réseaux sociaux va faire de chacun, y compris en entreprise, quelqu’un d’ouvert, de sympathique, sans mystères, totalement transparent. Le secret, la rumeur sont intrinsèques à la nature humaine. La transparence totale n’existe pas et n’est pas souhaitable. A fortiori à l’intérieur de l’entreprise.

Même pour les jeunes, qui ont grandi avec Facebook et Twitter ?

Yann Gourvennec : Malgré les poncifs, la fameuse « génération Y » (les 18-30 ans) se cale très vite sur les usages existants lorsqu’elle arrive en entreprise. Elle sait en principe manier les outils informatiques un peu mieux que ses devancières, mais il ne faudrait pas surestimer son aisance technique. Plusieurs études (voir sur mon blog http://oran.ge/genyetudes) nous ont permis de nuancer les propos. Sur le terrain, les jeunes, une fois embauchés, se ruent sur le « vieux » mail pour communiquer avec leurs collègues plutôt que sur les outils synchrones (chat, messagerie instantanée, web conférence, etc.) qui offrent pourtant une communication directe et efficace. C’est d’ailleurs bien dommage pour l’entreprise : on peut être un adepte de Facebook ou un virtuose des jeux vidéo, sans avoir la capacité ni le don d’en faire profiter l’entreprise. En conclusion, je crois plus à l’apport intergénérationnel qu’aux clichés. C’est avec l’éducation de tous – jeunes et moins jeunes – que les bons usages vont se développer. Est-il possible de mettre ces réseaux sociaux au service de l’entreprise et de ceux qui y travaillent ?

Dominique Wolton : Bien sûr. Ils fournissent un outil supplémentaire de communication, aussi bien interne qu’externe. C’est un progrès indéniable. Encore faut-il maîtriser correctement leur usage. Par exemple, éviter les fuites (qu’ils facilitent), l’isolement (pourquoi passer par Facebook pour communiquer avec un voisin de bureau ?), la fracture numérique jeunes-vieux ou le développement d’une nouvelle langue de bois.

Yann Gourvennec : Toutes les fonctions de l’entreprise peuvent en tirer profit : depuis la DRH, en matière de formation ou de recrutement (grâce à des réseaux sociaux professionnels, comme LinkedIn, qui lui permettent d’élargir au monde entier la consultation de CV pertinents et même avec Facebook, fortement implanté parmi la population étudiante),jusqu’au commercial ou au marketing. Dans ce domaine, l’usage des réseaux sociaux dans une optique de « e-réputation » n’est pas réservé à des marques connues du grand public comme Orange. ERDF aussi, comme toutes les entreprises du business to business, peut elle aussi y trouver des ressources formidables. Il est même plus aisé pour les entreprises de ces secteurs professionnels de tirer parti pleinement des médias sociaux car le marketing du B2B, à l’instar de ce qui se passe dans les médias sociaux, fonctionne à plein sur une logique communautaire et de bouche à oreille ; même si les communautés sont petites, elles sont sou- vent passionnées. De même, pour faire comprendre et connaître l’aspect infrastructure de l’opérateur, a priori moins populaire, il est possible, grâce aux médias sociaux, de changer la perception habituelle : c’est la démarche que nous développons en ce moment au travers d’un « serious game », où le joueur devra gérer un réseau téléphonique et Internet, à la manière du célèbre jeu Sim City. Les possibilités sont infinies, il suffit de les saisir et d’inventer le futur !”

DOMINIQUE WOLTON, 65 ANS, EST DIRECTEUR DE L’INSTITUT DES SCIENCES DE LA COMMUNICATION (CNRS). CE SPÉCIALISTE DE LIMPACT DES NOUVELLES TECHNOLOGIES VIENT DE PUBLIER INDISCIPLINÉ, 35 ANS DE RECHERCHES CHEZ ODILE JACOB.

YANN GOURVENNEC, 50 ANS, EST DIRECTEUR INTERNET ET MÉDIAS SOCIAUX CHEZ ORANGE. IL EST LE CRÉATEUR DU SITE VISIONARYMARKETING.COM. AVEC HERVÉ KABLA, IL A PUBLIÉ LES MÉDIAS SOCIAUX EXPLIQUÉS À MON BOSS AUX ÉDITIONS KAWA.

« Toute l’entreprise peut tirer profit des médias sociaux ! » was last modified: septembre 20th, 2014 by Yann Gourvennec