PME innovantes et grands groupes : une histoire d’amour ? #uemedef13

La question peut paraître évidente et pourtant … une conférence qui s’est tenue hier après midi aux universités du Medef nous a permis de nous poser les bonnes questions sur ce sujet. Voici donc en 2 temps la réponse à cette question : d’une part au travers du baromètre de la relation entre PME et grandes entreprises réalisée par PAC (voir la présentation ci-dessous sur mon espace Slideshare grâce à l’aimable collaboration de l’IE-Club) et des trophées de l’observatoire, qui remettaient les prix aux meilleurs binômes innovants PME/Grandes entreprises.

J’ai découvert pour ma part, l’IE-Club, une association loi 1901 formée dans les années 2000, chargée de promouvoir l’innovation dans les entreprises en rapprochant investisseurs/centres de recherche/grands groupes et PME et organismes publics. Cette initiative fort louable a en outre le mérite de patronner un baromètre annuel, qui en est à sa 8ème édition, et qui décrit l’état des relations entre grands groupes et PME.

La réunion, animée de main de maître par notre ami André Dan, a débuté par la présentation des résultats de l’enquête annuelle de l’observatoire par Arnold Aumasson, SVP de Pierre Audoin Consultants. “C’est la huitième année d’études sur un panel stable pour capter les tendances des relations entre PME innovantes et grands groupes” a commenté M. Aumasson.

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Arnold Aumasson de Pierre Audoin Conseil hier au Medef

une bonne et une mauvaise nouvelle

La mauvaise nouvelle, commençons ainsi et nous finirons sur une note positive, c’était quant on avait en 2012 12% d’interviewés qui jugent que la situation avec les grands groupes s’étaient dégradées. Ce chiffre est passé à 39%. La bonne nouvelle c’est Que 38% pensent que cette même relation s’est améliorée.

Environ 2/3 des PME interrogées réalise son CA avec les grandes entreprises.

Les deux éléments de poids dans cette relation sont la récurrence été la référence et cela ne change pas, mais ce qui change est la notion de taille qui prend de plus en plus d’importance et donc les PME doivent, de plus en plus, avoir une taille critique pour que leurs relations avec les grands groupes soient bonnes (les services achats n’hésitant pas à pénaliser les fournisseurs trop petits et/ou trop dépendants d’un seul client, ce qui a un effet redoutable sur certains petits fournisseur qui sont en phase de démarrage et se retrouvent dans une situation de poule et d’œuf).

Une diminution du facteur partenarial, des directions Achats de plus en plus impitoyables

La dimension partenariale, d’incubation tend à s’estomper au profil de la relation purement commerciale également. Pour ce qui est de la conquête internationale, les PME doivent toujours se débrouiller seules. Les 3/4 des PME déclarent également ne pas recourir aux organismes publics pour améliorer leurs relations avec les grandes entreprises. 2/3 des grandes entreprises ne s’estiment plus adaptées aux PME non plus du fait des règles d’achat qui évoluent notamment.

Les directions d’achat sont aussi impliquées dans les partenariats et mettent de plus en plus de règles et de processus qui viennent comiques la vie des PME. Au final, la situation est principalement bonne et positive, mais tendue.

La réunion s’est poursuivie par la remise des …

Trophées de l’observatoire de la relation grandes entreprises – PME innovation

les trophées étaient remis par :

  • Aurélie Barbaux, journaliste à l’usine nouvelle ;
  • André Dan, Challengy, également animateur de toute la présentation avec son habituelle joie de vivre communicative ;
  • Robert Kalocsai, software continuity.

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10 binômes ont été sélectionnés qui ont présenté pendant une minute où ils ont décrit leur partenariat. Voilà ce que j’ai pu capter de leurs présentations grâce à ma tablette :

  • ABB/myCO2 : partenaires dans l’efficacité du bâtiment et du Développement Durable (afficher les différentes consommations d’eau dans le bâtiment et les restituer de manière ludique). ABB groupe international est dans le comptage d’énergie. Cherchait à faire un démonstrateur dans le bâtiment et cherchait un partenaire flexible.
  • Bouygues construction/Ayudo : Ayudo travaille pour le groupe Bouygues depuis 2 ans. C que Bouygues est venu chercher c’est de l’adoption et de la réactivité pour proposer des solutions adaptées dans un délai très court. Bouygues a trouvé un partenaire avec qui avancer en confiance pour sortir des sentiers battus sur ses applications terrain dans le coeur de métier
  • Bouygues construction/Techniwood : Techniwood est une Startup qui a un système de construction bois.
  • Chronopost/mooville : muses développe des véhicules électriques, chrono post utilise des véhicules électriques depuis de nombreuses années et ont trouvé produit innovant et ils ont souscrit un partenariat avec la société Muse
  • Docapost/localeo : localeo est pionnier des systèmes de gestion citoyen. Dans ce partenariat Docapost a mis à disposition de la PME le réseau national de la Poste. Docapost est une filiale de la poste et souhaitait renforcer son offre de documentation numérique a disposition des élues locaux et s collectivités locales.
  • Sidetrade/Euler hermès : partenariat technologique et commercial basé sur une vision commune. Le succès est base sur les gains de temps et de ROI. Premiers succès commerciaux
  • Rueducommerce.com/generative objects : RDC a été créée en 1999 et a ouvert une galerie marchande en 2007. Ils ont trouvé à travers la PME l’ouverture d’esprit d’équipes techniques ouvertes et une opportunité de faire participer les fonctionnels et les techniciens.
  • Sanofi/groupe FG Design : le challenge était de répondre aux enjeux des achats chez Sanofi. Nécessité d’une relation à long terme et développer l’innovation
  • Sodexo/Linkbynet : infogérance ebusiness 450 collaborateurs, partis de zéro (2 collaborateurs) et se sont développés grâce à Sodexo et un partenariat de long terme. Choix d’un partenaire petit qui a accepté de prendre des risques et s’est lancé dans le cloud dès le départ
  • Veolia/incubethic : efficacité énergétique sur les sites industriels. Convaincre du patron au technicien sans oublier le côté comportemental qui est le point le plus important.

Les 3 catégories des trophées :

Initiative soutenue par La CDC et les prix ont été remis par Karen Le Chenadec, directrice du département développement numérique de la Caisse des dépôts et consignations. Les prix ont été remis dans 3 catégories différentes :

  • Industrie : Bouygues et Techniwood ont mis au point un dispositif de construction de maisons préfabriquées durables en 2 jours. Bouygues a aidé la société à obtenir la certification. C’est un gros investissement à dit son fondateur. Bouygues R&D mène une stratégie de partenariats notamment avec des PME innovantes, et plus particulièrement dans le domaine de la construction durable.
  • Logiciel : prix remis par Amaury de Buchet (au micro ci-dessous) à Euler Hermès et Sidetrade. C’est le mélange « d’une équipe innovante et sauvage avec les moquettes épaisses de la défense » pour innover dans le domaine du risque et de l’assurance crédit et une première vente a eu lieu au mois de juin. La solution commune « montre bien cette imbrication et qu’on s’implique à long terme ».

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  • Développement durable :  ce prix à été remis par Hervé Schricke, President du directoire de Xange Private Equity Co fondateur de l’observatoire. Il a été attribué à Chronopost et Muse. Le partenariat a été lancé il y a 4 ans, et Chronopost a pris 2 risques, un sur le produit innovant lui-même, et celui de confier son business modèle à son partenaire a dit le fondateur de Muse. Chronopost a essayé de ne pas appliquer des procédures d’achat trop strictes et le résultat est que Chronopost trouve ainsi des véhicules sur mesure adaptés à son besoin et Chronopost va tenter de les porter à l’international selon le représentant de la filiale de la Poste.

Les PME, moteur de la compétitivité de la France

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La conclusion a été faite par Philippe Lemoine (ci-dessus sur la photo), qu’on ne présente plus, qui a insisté sur l’importance du paramètre macro économique derrière la réalité micro économique, a savoir la compétitivité de la France au travers de ses PME. En France selon M. Lemoine, c’est que peu de startups sont rachetées par de grandes entreprises. On voit peu de deals comme ceux de Waze avec Google où le géant US s’est engagé de laisser le centre de R&D en Israël. “Les initiatives comme celles de l’IE Club vont dans le bon sens” selon lui et “le Medef les encourage”.

PME innovantes et grands groupes : une histoire d’amour ? #uemedef13 was last modified: août 30th, 2013 by Yann Gourvennec

Révolutionner la formation par le numérique : stratégie gagnante pour 2020 ? #uemedef13

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C’est la conférence de la rentrée pour ce blog et ceci dans le cadre des universités du Medef 2013, avec son nouveau President, Pierre Gattaz.

Le numerique c’est 3.7% des emplois en France seulement mais « cela touche tous les employés » a dit en guide d’introduction Amaury de Buchet ; et c’est pour cela que le medef a choisi le numérique comme thème des UE de cette année. Ma première conférence était donc logiquement dédiée à ce thème et notamment à comment le numérique peut devenir la « stratégie gagnante pour toutes les entreprises ». Si vous doutiez encore de l’importance du numérique, les quelques témoignages suivants vous aideront à comprendre l’importance de ce phénomène. Et encore une fois, se développe un paradoxe numérique, où la demande d’embauches dans le numérique est en plein essor, alors même que nos niveaux de chômage sont incroyablement élevés, et où pourtant les apprenants dans ces domaines et les offres de formations sont en régression depuis 2005 (un comble si on pense que la révolution du Web social est arrivée en 2004). De même, les experts de la formation insistent à juste titre sur la formation sur la durée de la vie (lifelong learning) et la fin de la formation par l’expert et le « sachant » alors que les amphis n’ont jamais été aussi pleins et que les formes de formation sont très traditionnelles et le restent.

20130829-103243.jpg Légende : de gauche à droite, Patrick Galiano, Diane Lubin et Amaury de Buchet, animateur de cette passionnante conférence

Mais les choses changent cependant dans certains pays qui sont sans doute en passé de devenir les champions numériques de demain : l’Allemagne, les pays bas et les pays nordiques ont déjà pris de l’avance en ces domaines. L’Espagne et l’Italie réagissent également, poussés par une crise sans précédente. Alors quid de la France ? André Richier de la commission européenne nous a incités à faire de même, nul doute qu’il ne faudra pas oublier cette recommandation si nous voulons « faire gagner la France en 2020 » (nom du programme d’action du Medef) !

Titre de la conference : Conquérir c’est transmettre

Intervenants :
Gregory Flipo, chief happiness officer Sikana
Alexis Christine Amara, Codingame
André Richier, commission européenne
Patrick Galiano, Cegos
Diane Lubin, Air France
Amaury de Buchet, comité innovation du Medef

Air France : transformer nos pratiques managériales en profondeur

Diane Lubin d’Air France a initié le débat en narrant l’histoire du numérique chez Air France, qui s’est développé au début sous forme de silos indépendants, mono canal, et au bout de 10 ans, l’Internet est devenu « le canal le plus important » et c’est ainsi que l’ensemble des directions ont été repositionne es début 2012 autour d’Internet. Ce qui est apparu comme une évidence c’est que l’ensemble des directions apportaient le support au client. L’ensemble du projet a été de ans former profondément l’entreprise et exploiter à fond la puissance du numérique dans un esprit beaucoup plus « démocratique » ce qui impose une réforme managériales en profondeur : les sachants ne sont plus les mêmes, les générations nouvelles et le monde collaboratif vient redéfinir la façons dont neufs travaillons.

Commission européenne : en matière d’emploi, une offre inférieure à la demande (carte savoirs numériques)

Nous avons remarqué un déficit quanti et quali en termes de postes non satisfaits dans le numérique : à partir de 2005 on a remarqué j’en baisse d’intérêt sauf en Allemagne ou en Pologne pour les formations numériques … (-30% au Royaume Uni !) Ceci au moment même où la demande augmente, ce qui crée un fort déficit. 70% des besoins non satisfaits sont dans les PME. C’est dans les pays développés et en Europe où les besoins sont les plus fortś l’inertie est dans les pays du Sud. Il faut donc avoir une politique qui prend les dimensions de formation, d’emploi, des compétences spécifiques et tout ce qui concerne les jeunes et les seniors (dimension d’inclusion importante). Les pays qui réussissent le mieux comme les pays bas, l’Allemagne et les pays scandinaves organisent des manifestations avec les entreprises et ils mettent des feuilles de route et des plans d’action. En France il y a des feuilles de route mais … Les organismes de formation ne sont prêts à aller de l’avant que si la demande est avérée. C’est donc un peu un problème d’oeuf et de poule. « Notre but n’est pas d’établir des curriculum » adit André Richier, mais d’établir des bonnes pratiques et d’inciter. (Carte de la commission européenne). Le pays qui a réagi le premier pour réaliser une coalition nationale, c’est l’Espagne, du fait de la difficulté de la situation actuelle. L’Italie a réagi aussi. La commission européen essaie de faciliter la mobilité. SAP a créé l’académie Cube en Allemagne également. Des « coalitions » publiques/privées s créent un peu partout pour faire avancer le savoir.

  • Pour le référentiel européen : ecompetence framework : http://www.ecompetences.eu/

Codingame : aider les entreprises à recruter les talents

Se réunir dans des communautés de codeurs passionnés, c’est la vocation de Codingame qui propose des challenges de programmation et ils mettent les jeunes en relation avec les entreprises qui reçoivent les classements des challenges avec les cordonnées de contact pour pouvoir recruter les jeunes.

Sikana : former le monde avec le digital

Ouvre des écoles en ligne (cuisine, musique etc.) où tout le monde peut se former gratuitement sur YouTube et tout le contenu sera bientôt traduit en 10 langues. Il faut apprendre à pêcher aux gens, plutôt que leur donner du poisson pour « les nourrir pour la vie ». C’est selon Gregory Flipo le vrai enjeu du développement. 2000 vidéos seront en ligne à la fin du mois, et en 10 langues, cela fera bientôt 20000 vidéos. L’entreprise est encore toute petite, incubée par ESCP, mais elle « se développe de manière exponentielle » a expliqué Gregory Flipo. Avec passion, il a expliqué que la formation était une des révolutions les plus importantes de notre époque. Le but n’est plus de remplir le cerveau des formateurs ni de remplir des amphis à outrance, mais de susciter des envies. M. Flipo insiste sur la notion de « lifelong learning ».

Cegos : le numérique a bousculé le monde de la formation

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Le numérique vient bouleverser les marchés. Et ceci est très marqué dans le marché de la formation car l’elearning est arrivé dans les années 2000. Patrick Galiano travaille à la Cegos depuis 5 ans et y est en charge de l’elearning. Les formations électroniques ont bouleversé la formation : l’accès à la formation peut se faire de n’importe où, le savoir devient quasiment gratuit, et aussi la production de l’information est aussi touchée par le phénomène du collaboratif (commentaires/débats/réécriture : le meilleur exemple étant Wikipedia, disponible en 270 langues). C qui ne change pas par contre, c’est l’assimilation et la mise en pratique du savoir à précisé M. Galiano. « On peut lire une vidéo de 5 minutes pour apprendre à bricoler, mais sans la pratique, rien n’est possible » a-t-il ajouté. Il faut s’approprier le savoir ! L’auto régulation est primordiale. Les MOOC (massive online open courses, voir opencourseware sur ocw.mit.edu et coursera.org, edx.org entre autres. ) sont des cours ouverts à tous et c’est passionnant, mais les limites sont celles « fixées par l’infobésité » et c’est là que Cegos est positionné. Il va y avoir aussi un besoin de plus en plus fort d’accompagnement, soit de la part de pairs, soit de coaches. Nous sommes sans cesse en train de nous adapter et faire face à l’incertitude et « il y a une notion de jeu qui est de plus en plus importante » a-t-il ajouté car les systèmes de jeu permettent de faciliter l’apprentissage en apprenant sans faire prendre conscience qu’on apprend. La question s’est posée de la complémentarité entre les modes numériques et traditionnels de formation ; cette question n’est pas nouvelle, au début du Elearning la question s’est déjà posée mais en fait, il y a toujours besoin d’un enseignant qui vient guider l’apprenant. Ce qui a changé fortement c’est le temps disponible pour la formation avec des clients qui veulent les mêmes contenus mais sur des périodes plus courtes. Il faut donc des moyens d’utiliser le numérique pour rapprocher l’apprenant du lieu de formation, et l’apprenant devient de plus en plus autonome mais cela ne fait pas disparaître le rôle du formateur selon Patrick Galiano, cela l’oblige à s’adapter.

Révolutionner la formation par le numérique : stratégie gagnante pour 2020 ? #uemedef13 was last modified: août 29th, 2013 by Yann Gourvennec

Solar Impulse : leçon magistrale d’innovation par Solvay

Le 5 juillet 2013 j’ai été invité par image sept dans le cadre d’un déjeuner de blogueurs, à me rendre chez Solvay à Paris, pour une présentation informelle sur le sujet du partenariat entre Bertrand Piccard et le chimiste belge, autour du projet Solar impulse. C’est à bien plus qu’une simple explication sur les partenariats d’innovation que j’assistais ; une véritable leçon d’innovation en fait. Nul doute, inviter marketing & innovation à ce déjeuner était une décision stratégique. Voyons en détails en quoi consiste cette leçon, et quel rapport il peut y avoir entre un chimiste et un avion propulsé par l’énergie solaire :

dessin : antimuseum.com

Solvay est une société internationale d’origine belge, un des poids lourds mondiaux de la chimie. De l’aveu même de Jacques Van Rijckevorsel, notre hôte, Solvay est « une société très prudente ». Alors pourquoi s’est-elle lancée dans la folle aventure Solar impulse, quelle fut la genèse de ce partenariat privilégié, et enfin, quelles ont été les retombées pour le groupe chimique ?

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photo Google Streetview

« Il faut que je le fasse, mais je ne sais pas comment faire ! »

M. Rijckevorel est en charge de l’innovation et membre du comité exécutif de Solvay à Bruxelles. Il nous a accueillis très chaleureusement, une dizaine de blogueurs en tout, dans le superbe hôtel particulier du 23 de la rue de Clichy à Paris. Alors qu’il a la charge du sponsoring et de l’innovation en 2003, il organise les « trophées de l’innovation », un énorme événement rassemblant 2500 personnes, dans le cadre d’une remise des prix dédiés à des initiatives de pointe. Cet événement nécessitant des intervenants de classe, il contacte Bertrand Piccard qui vient parler de son tour du monde en ballon. De fil en aiguille, celui-ci en vient lui confier quelques confidences relatives à son projet suivant : faire voler un avion sans carburants fossiles, aussi bien pour des raisons techniques et sportives (son voyage en ballon a nécessité 4000 kg de propane, mais il n’en restait plus que 37 kg à l’arrivée, la catastrophe a été évitée de près) qu’écologiques.

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Le but de ce nouveau projet n’était ni plus ni moins que de démontrer la viabilité des énergies renouvelables au travers d’un exploit spectaculaire et innovant.

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Bertrand Piccard image : cc wikipedia

Une fois le scoop de Bertrand Piccard annoncé à la conférence des trophées de l’innovation de Solvay, les discussions sont enclenchées, et les partenaires se retrouvent à Lausanne, où habite notre psychiatre-aéronaute helvète. « Il faut que je le fasse, le problème c’est que je ne sais pas comment faire ! », a déclaré lors de la réunion Bertrand Piccard à Jacques van Rijckevorsel, « Solvay peut-il nous aider ? » Pour ceux qui douteraient encore que les innovateurs apprennent toujours à marcher en marchant, en voici encore une preuve. La seule façon de repousser les limites, est toujours de les ignorer.

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Claude Michel (à droite) responsable du projet chez Solvay

Etes-vous sûrs que ça va voler ?

C’est ainsi que le chimiste et l’aéronaute arrivent à un accord ; non pas sur un bête sponsoring car « nous ne faisons pas dans les tee-shirts, ce n’est pas notre genre de projet » a dit M. Van Rijckevorsel à Bertrand Piccard. Ils se mettent donc au travail pour défendre le projet chez Solvay. Dans le cadre d’une réunion de tous les directeurs de la recherche pressentis, ils présentent ensemble le développement technologique du projet sous un feu nourri de questions, à la fois dans un mélange de scepticisme et d’enthousiasme. Lors d’une présentation des chiffres devant le comité exécutif, arrive l’inévitable question à 100 millions de dollars : « êtes-vous sûrs que ça va voler ? » La réponse n’est pas forcément claire, « il n’y a pas de certitude, mais ça vaut la peine de courir le risque de mobiliser les ressources pour essayer » a plaidé l’innovateur belge. C’est ainsi que Solvay a lancé le projet petit à petit, en un partenariat privilégié avec l’aéronaute. 50 projets furent ainsi ouverts chez le chimiste, 11 matériaux développés ou adaptés afin de fabriquer un avion où « l’on voit aujourd’hui 6000 pièces Solvay à l’intérieur ». Le pari a depuis été réussi, et l’avion vole effectivement ; il est même « le seul avion solaire au monde capable de voler jour et nuit avec un pilote à bord, sans consommer une goutte de carburants fossiles ».

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Jacques Van Rijckervorsel en pleine explication

Innovation ouverte : « faire progresser notre industrie »

Ce partenariat, qui a démarré dès 2004 s’est ensuite ouvert à d’autres, à la demande même de Solvay, dont on soulignera l’ouverture d’esprit ; à l’évidence, le chimiste a tout compris à l’innovation, et ils pourraient donner des leçons à bien des apprentis de la high-tech ; c’est dans l’industrie finalement, ce qui n’est pas surprenant, qu’on trouve le plus de concentré de hautes technologies. En incitant Bertrand Piccard à aller chercher d’autres partenaires (« si tu ne trouves pas d’autres partenaires cela veut dire que le projet n’est pas viable ») que le chimiste belge a même laissé rentrer certains de ses concurrents allemands comme Bayer par exemple.

Loin de s’en offusquer, ils ont considéré que ce travail en commun avec leurs confrères, permettait « de faire progresser l’industrie » selon Claude Michel, responsable du partenariat, qui nous a expliqué son projet avec enthousiasme autour du repas. Alors, quel rapport avec le chimiste et quelles retombées industrielles ?

Conserver l’énergie : défi majeur de ce siècle

Tout d’abord l’énergie : c’est le défi du XXIe siècle ! Si produire de l’énergie solaire est quelque chose qu’on sait faire, par contre, la stocker est un véritable problème. C’est là que le chimiste est entré en jeu, en apportant des solutions autour de la lubrification et du poids (donc la création de matériaux nouveaux et plus légers). Il y a 10 ans, les batteries n’étaient pas une priorité pour la marque, aujourd’hui Solvay a développé une véritable business unit transverse née de ce projet Solar Impulse. Or, les batteries sont partout, dix ans plus tard, ces enjeux énergétiques, depuis votre ordinateur portable et votre téléphone mobile jusqu’à votre voiture sont tels que ce projet et cette décision courageuse de 2004 ont donné un avantage concurrentiel énorme au chimiste belge. Comme quoi, le risque en valait vraiment la peine !

L’importance de Solar impulse, c’est la durée. La charge et la décharge sont très lentes, il n’y a pas besoin de beaucoup de cycles de recharge non plus. D’autres projets, comme les voitures, les tablettes électroniques, nécessitent d’autres formes de charge, plus rapides, avec beaucoup de cycles. Solvay se sert de ses connaissances en chimie pour améliorer ses batteries, dans ses labos à Bruxelles, en Italie et à Lyon, ce qui en outre fait marcher l’économie européenne.

Ce projet a obligé à une concentration de ressources dans un délai très court. Sans ce projet, Jacques van Rijckevorsel n’est « pas sûr que [qu’ils auraient] eu la même motivation d’innover ; or, c’est la vraie plate-forme du futur ! » Il y aura besoin de matériaux avancés dans le futur, c’est aussi le cœur de métier du chimiste, au travers de son savoir-faire et il a prouvé son avance sur l’impact de ces matériaux sur l’amélioration des performances énergétiques de l’aéronef.

La communication n’est pas un objectif mais un résultat

« La communication n’était pas l’objectif » a précisé Claude Michel, pourtant un véritable communicant dans l’âme. Il ne voulait pas faire d’ « écolo marketing » et il a même déclaré qu’ « on ne communiquait pas sur ce projet » car le risque était, en dehors de la finance (un risque somme toute modeste pour le groupe), la réputation de l’entreprise si le projet capotait. Non seulement il n’a pas échoué, mais il a été copié, parfois maladroitement, par certains des confrères de notre chimiste d’outre Quiévrain. Mais finalement, le bénéfice est également un bénéfice de communication car le message récurrent sur le métier de la chimie, c’est que « les chimistes sont des sales pollueurs qui nous bouffent l’environnement » ont exprimé avec passion nos hôtes, tout en ayant fait la preuve du contraire, c’est que la chimie apportera des résultats aux problèmes du développement durable et quel en est un des éléments de la réponse. (En fait, les innovateurs le savent, les grandes innovations de la fin du vingtième siècle sont quasiment toutes issues de l’essor de la chimie ; on peut la critiquer pour son impact environnemental, mais nous en sommes tous les consommateurs et les utilisateurs. La vraie différence au vingt et unième siècle, c’est que la chimie se réinvente autour de l’environnement et retravaille ses processus).

Apprendre en innovant

Le chimiste a aussi beaucoup appris sur les matériaux composites autour de la fibre de carbone. Le premier avion pesait 80 g par m2, c’est-à-dire « l’équivalent d’une feuille de photocopie » nous indique Claude Michel. Le deuxième sera encore plus léger : « on a défibré les feuilles de carbone afin de les rendre plus légères tout en préservant la rigidité du matériau » a-t-il précisé. On arrive donc à 20 g par m2 ! Même si le gros problème des fibres de carbone est leur manque de recyclabilité, car « c’est tellement solide qu’on ne peut pas les retravailler ». Mais des travaux sont aussi en cours sur le sujet.

Le 2e point sur lequel Solvay a véritablement appris c’est celui de la colle, dont il est le premier fabricant des épichlorohydrines (voir ici pour les explications savantes). « Il n’y a pas de composites sans chimie de Solvay », a déclaré Claude Michel, « développée dans nos usines européenne ». Les nouvelles colles développées par Solvay dans le cadre de ce projet sont basées sur le Colza dont dérive la glycérine, qui est ensuite « rétrogradée en épichlorohydrine ».

Une vraie leçon d’innovation industrielle

Plus qu’une belle histoire, je crois qu’on est face à un superbe travail de management de l’innovation comme on aimerait en voir plus souvent. Nulle surprise pour ma part que cette leçon nous soit donnée par un industriel, et encore moins par un chimiste. L’industrie est soumise à la pression de la concurrence mondiale et doit sans cesse se réinventer et s’adapter sous peine de disparaître. Ses marges sont tendues, et paradoxalement, ceci favorise l’innovation industrielle, car c’est elle et elle seule qui permet de se démarquer et d’aller de l’avant. En fait, à y regarder de bien près, ces innovations qui vous émerveillent dans vos Smartphones, doivent certainement plus leur existence aux industriels comme Solvay qu’aux usines qui les assemblent. Mais l’industrie, c’est moins sexy que le design …

En tout point, ce déjeuner, que j’ai malheureusement dû écourter, m’a inspiré car j’y ai retrouvé tous les ingrédients d’une bonne approche d’innovation : prise de risque, conduite du changement et organisation, investissement et ouverture, travail en coopétition, protection de la propriété intellectuelle (pas paranoïaque mais prudente « chaque innovation était brevetée par le partenaire qui l’inventait), pragmatique et visionnaire à la fois… Et surtout, la passion et l’enthousiasme, la combinaison de tous ces ingrédients vous redonnant le moral et vous faisant presque oublier la crise ; il est bon de savoir que tout, ou presque, est possible, quand on a décidé de le réaliser.

Solar Impulse : leçon magistrale d’innovation par Solvay was last modified: décembre 5th, 2013 by Yann Gourvennec

Big data : pourquoi l’abondance des données n’a aucune importance #scmw2013

imageLa sélection du jour …

Est cet article fondamental de Chad Wellmon[1] dans The Hedgehog Review (Printemps 2012) qui traite de l’infobésité et dont je pense qu’il est une bonne introduction à mon discours de ce soir) la conférence Scoop.it! qui aura lieu à Paris, dans les locaux de Telecom Paristech à partir de 18:00. Le sujet en sera « La stratégie de contenus marketing Web », avec un focus particulier sur la curation, ce qui se comprend puisque la conférence est menée à l’initiative de Marc Rougier et de son équipe. J’ai déjà annoncé cette conférence la semaine dernière. Cet article sera mis à jour juste avant la conférence afin de permettre aux auditeurs – et aux internautes – de consulter ma présentation.

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J’interviendrai vers 19h30, sur le thème de : « veille, outils et astuces. Comment survivre à l’infobésité ? ». Le sujet central en est les quelques outils que j’utilise pour la veille, mais j’en ai profité pour élargir plus largement le sujet à une réflexion autour du contenu, la façon dont les utilisent dans les entreprises, et en conséquence, ce phénomène auquel nous sommes tous confrontés, qui est l’infobésité. L’infobésité, ou « information overload » en Anglais, c’est-à-dire « surcharge d’information », ne date pas d’aujourd’hui. En ces temps de « big data », où on se glorifie d’accumuler des milliards « d’informations » avec des termes de plus en plus emphatiques (mégaoctets, téraoctets, pétaoctets, exaoctets, zettaoctets et ainsi de suite… n’en jetez plus !) il est urgent de se reposer la question de savoir ce qu’est l’information, et surtout, de ce qu’elle n’est pas, à savoir de la donnée … donc des pétaoctets (ou zettaoctets ou trucmachinoctets).

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note : illustrations antimuseum.com

Étrangement, en me penchant sur ce terme d’infobésité et en en cherchant l’historique, je suis aperçu que cette question n’était pas, loin s’en faut, une question contemporaine, mais qu’elle a toujours été posée, depuis le début de l’invention du livre, même manuscrit, car le livre est aussi, on l’oublie souvent, une invention technologique (a fortiori, lorsque nous nous sommes mis à les imprimer).

Cette question se repose en fait à chaque fois qu’une technologie arrive, et qu’elle contribue à multiplier les signes. Le terme de surcharge d’information a été popularisé par Alvin Toffler en 1970 dans son livre « future shock » mais il a déjà été mentionné par Betram Gross dans son ouvrage « le management des organisations  en 1964. Mais en fait, le problème de l’infobésité est antérieur à cette période moderne et intervient à chaque fois que notre capacité à produire de l’information surpasse notre potentiel à la décrypter et la digérer. D’où la nécessité de développer des tactiques de plus en plus sophistiquées pour filtrer, éliminer, scanner et choisir l’information en faisant bien attention à ne pas prendre le contenant pour le contenu…

Ni les pétabytes ni ses superlatifs n’ont, en l’espèce, aucune importance, car ils sont probablement redondants, inintéressants, dupliqués, parfois mêmes « gonflés » par des logiciels qu’on a oublié d’optimiser et qui génèrent des fichiers de plus en plus lourds mais pas plus signifiants que par le passé. En d’autres termes, ils ne sont pas le signe qu’il y a plus d’information que par le passé, mais simplement celui qu’on a généré plus de bruit (j’ai souvent, dans un passé récent, utilisé la métaphore du signal/bruit pour relativiser l’importance de la veille sur les médias sociaux par exemple).

Voici donc quelques extraits tirés du texte de Chad Wellmon, que je vous invite à lire en version intégrale sur Internet.

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La tâche la plus complexe, et la plus pressante de notre ère digitale, en conséquence, consiste non pas à se demander ce qui vient après le yottaoctet, mais dans notre acclimatation culturelle croissante avec un monde de plus en plus digital. De façon à comprendre comment nos vies sont déjà profondément influencées par la technologie, nous avons besoin de considérer l’information non pas dans les termes abstraits des terraoctets et zettaoctets, mais d’une façon plus culturelle. Comment ces technologies que les humains ont façonnées afin d’interagir avec le monde, viennent-elles nous façonner également à leur tour ? Quel impact a sur nous l’interaction de ces technologies, fabriquées par nous-même, et les éléments irréductibles de nos vies ? La tâche d’analyse consiste essentiellement à identifier et à comprendre les formes d’agencement humain particulières à notre ère numérique, sans réduire la technologie à une extension mécanique des humains, à un simple outil. En raccourci, se demander si Google nous rend plus bête, comme certains critiques culturels l’ont fait remarquer, est une mauvaise question. Elle part de l’hypothèse de la distanciation entre les hommes et de la technologie qui n’est plus, si elle l’a jamais été, tenable.

2 récits opposés

L’histoire de cette influence mutuelle entre humains et technologie a été obscurcie récemment par la cristallisation de 2 récits concurrents quant à la façon dont nous vivons cette information. D’une part, il y a ceux qui prétendent que les efforts de numérisation de Google, la puissance du réseau social de Facebook, et l’ère des big data en général permettent de réaliser le rêve antique de l’universalité de toute connaissance. Le monde numérique deviendrait ainsi un « réseau sans frontières et unique de mondes interconnectés et d’idées », une sorte de connaissance sans distinctions ni différences. À la différence d’autres innovations technologiques plus anciennes, comme l’imprimerie, qui était limitée à une élite éduquée, l’Internet est un réseau de « pages Web, blogs, articles d’information et de tweets fortement inter reliés, visible de tous et de n’importe qui ». Notre ère de l’information est unique non seulement par son échelle, mais par son agencement ouvert et démocratique. L’information a été finalement libérée. Les technologies numériques, prétendent les plus optimistes d’entre nous, nous donneraient accès à une connaissance universelle qui nous rendrait plus intelligents et qui finalement nous libéreraient. Ces prétentions utopiques sont liées à des visions similaires à propos d’un futur trans-humaniste dans lequel la technologie nous supplanterait et nous permettrait de dépasser ce qui étaient autrefois les limites historiques de l’humanité : physiques, intellectuelles et psychologiques. Le rêve d’une humanité post-humaine en somme.

À l’opposé, des observateurs moins emphatiques interprètent la montée en puissance de la numérisation et des big data comme l’annonce d’une surcharge d’information. Nous souffririons d’un déluge de données. Beaucoup s’inquiètent que les hyperliens du Web nous envoient d’une page à une autre, que les blogs réduisent de longs articles en résumés d’1 ou 2 lignes, et que les tweets réduisent les pensées à 140 caractères, créant ainsi une culture de la distraction. Les technologies mêmes qui nous aident à gérer toute cette information minent notre capacité à lire en profondeur et avec attention. Le Web, selon certains, est un média fortement lacunaire qui favoriserait une forme moins intense et plus superficielle de lecture

[…]

Les inventions technologique, qu’il s’agisse de l’encyclopédie imprimée à l’heure où elle fut inventée ou de Wikipédia, ne sont pas des machines abstraites qui, indépendamment de nous, nous rendent bêtes ou intelligents. Comme nous l’avons vu avec les technologies de la lecture amenées par les lumières, la connaissance émerge de processus complexes de sélection, distinction et de jugement, du fait de l’incontournable interaction entre les humains et la technologie. Nous devrions résister ainsi à la fausse promesse représentée aujourd’hui par le champ de sélection situé en-dessous du logo de Google : soit vous accédez immédiatement et sans médiation à la connaissance pure, soit vous vous livrez à une vie de distraction et d’information superficielle. Cette alternative est un piège. La connaissance s’acquiert à force de travail ; elle est façonnée, créée et organisée par les humains et leurs technologies. Le moteur de recherche de Google et ses algorithmes sont uniquement le dernier avatar d’une longue histoire des technologies que les humains ont développées pour organiser, évaluer et interagir avec le monde qui les entoure.

clip_image006Poursuivre cette lecture sur le Web avec l’article en version intégrale : Pourquoi Google ne nous abêtit pas … ni ne nour rend plus intelligent par Chad Wellmon


[1] Chad Wellmon est professeur à l’Université de Virginie aux Etats-Unis. Il est l’auteur de « devenir humain : anthropologie romantique et personnalisation de la liberté » (2010)

Big data : pourquoi l’abondance des données n’a aucune importance #scmw2013 was last modified: mai 11th, 2015 by Yann Gourvennec

5 préjugés sur Pagesjaunes, géant du marketing B2B – interview de Julien Billot

julien-billotNous sommes tous, au-moins à certains moments, sous l’emprise de préjugés qui nous font croire des choses qui ne résistent pas à l’épreuve des faits. C’est ce dont je me suis encore aperçu lors d’une discussion avec Julien billot, DGA de Solocal group (ex Pagesjaunes) qui m’a permis de démonter les préjugés que nous pouvons avoir sur le sujet du Solomo (cartographie, annuaires et mise en relation avec les professionnels en ligne). Il ne s’agit pas d’une affaire réglée, où Google règnerait en maître, et où ils auraient tout écrasé sur leur passage. Du moins, pas en France ! La vérité en chiffres, sur le village gaulois des services de relation aux professionnels avec cette interview exclusive de Julien Billot (cf. photo) réalisée il y a quelques semaines.

rollodexPréjugé numéro 1 : Pagesjaunes est un annuaire. Ce n’est pas tout à fait faux, mais le champion historique français des annuaires professionnels est devenu bien plus que ça : « c’est une plate-forme de mise en relation » selon Julien Billot. Car ce qui intéresse le professionnel, c’est qu’on le promeuve, qu’il soit vu en ligne ou sur papier et que sa notoriété croisse ainsi que son business. Pagesjaunes réalise tout un attirail de mise en relation, des bannières pour promouvoir des professionnels, des pages d’atterrissage et aussi des sites Web. Surtout, l’entreprise française va bien au-delà du simple annuaire de téléphone, en fournissant la certification des informations sur les professionnels grâce à sa base de connaissances et à sa présence sur le terrain. En fait, le vrai métier de Pagesjaunes c’est de donner “toutes les informations pour permettre aux consommateurs de choisir un annonceur”. On joue quelque peu sur les mots ici, mais on comprendra aisément le positionnement.

newspaper-largePréjugé numéro 2 : l’annuaire papier est mort. Rien n’est moins vrai. Certes, 60 % du chiffre d’affaires et des « vues » Pagesjaunes se réalisent en ligne, mais il faut souligner que le papier est encore distribué à 20 millions d’exemplaires. Il y a certes une perception assez parisienne et biaisée, qui veut que l’annuaire papier a disparu, mais en fait, nombre de provinciaux préfère encore le papier et ce pour des raisons pratiques ; l’ordinateur, dans un habitat horizontal, n’étant pas toujours à portée de main. Certaines régions résistent mieux que d’autres à cette survie du papier. Bordeaux est une région papivore par exemple, la région parisienne, tend à voir sa distribution baisser. Car Pagesjaunes, autre préjugé, ne distribue pas d’annuaires à n’importe qui n’imorte comment ; il s’agit d’un processus raisonné et mesuré, avec des ajustements statistiques, qui permet de distribuer jusyte ce qu’il faut de papier. Il est vrai que chaque annuaire coûte 2.90€ environ. Il est certain cependant que, selon Julien Billot, le papier baisse régulièrement, mais il n’est pas mort, et encore faudrait-il mieux au contraire, souligner que c’est surtout le digital qui se développe, ce dont nous nous plaindrons pas sur ce site.

rail_marques_SolocalGroup

Solocal Group regroupe 17 marques, dont les 2 marques phares PagesJaunes et Mappy

4:11 de chiffres sur Solocal group … n’en jetez plus !

Préjugé numéro 3 : Google est leader, Pagesjaunes est ringard. Il est vrai que Google adresses (places, en partenariat avec Zagat) est bluffant. Tapez un nom de commerçant connu et vous savez, s’il est à jour, s’il est correct et s’il existe encore, son téléphone peut être actionné directement par un lien sur votre Smartphone. Puissant, certes, mais ce type de recherche, celle des « professionnels connus » n’est pas la plus répandue. Ce d’autant plus que “peu de professionnels sont intéressés de payer pour référencer leur propre nom !” m’a confié Julien Billot. La rechercher la plus répandue et la plus lucrative est bien celle des professionnels non connus, justement. Par exemple : « boulanger à Lille ». Sauf que cette recherche sur Google donnera probablement un résultat faux, selon Julien Billot , consistant à vous renvoyer vers un magasin d’électroménager ! (comme j’aime bien vérifier, je peux ajouter que c’est vrai pour une requête de base sur le moteur de rercherche, mais pas tout à fait sur Google places).

computer-largePréjugé numéro 4 : Pagesjaunes c’est le papier, Google c’est l’Internet. Encore un préjugé faux. Car même sur le Web et le mobile, Pagesjaunes est un leader, du moins en France. Son application, disponible sur tous les systèmes d’exploitation y compris Windows Phone et BlackBerry, a été téléchargé 15 millions de fois, ce qui, si on rapproche ce chiffre au nombre de Smartphones en France (20 millions) représente environ 75 % des Smartphones français (voire un peu moins si on considère que tous les chargements ne sont pas actifs). Il s’agit même de la 3e application la plus téléchargée sur l’App store, derrière Facebook et Shazam en France. Si on regarde des supports plus larges comme l’iPad, c’est Mappy, qui est la 2e application la plus téléchargé et Pagesjaunes la 5e. On peut en effet supposer qu’il est plus facile de regarder les Pagesjaunes sur une tablette au travers du navigateur Safari directement. Le résultat est bluffant, Mappy et Google Maps font jeu égal, contrairement aux préjugés, et le service de cartographie français se paie même le luxe d’être 100 fois plus gros que ViaMichelin, et même « loin devant Apple Maps » selon Julien Billot, qui pense que le service de géolocalisation de la marque à la pomme a été un fiasco. Le site Web de notre champion national n’est pas en reste, avec 1 milliard de visites et 300 millions de visites sur mobile, ce qui représente à peu près l’équivalent du nombre de consultations des 20 millions d’annuaires papier distribués (1 milliard de consultations par an). Autant dire que page jaune est un vari leader de l’Internet en France (Solocal, 8e groupe sur le Web en France selon JDNet avec 20 millions de VU par mois soit environ 240 millions de VU par an, Pagesjauunes.fr 24e site Web sur Alexa), un vrai poids-lourd qui rivalise avec les géants américains du secteur, et non le “nain digital” que les préjugés pourraient décrire.

€-largePréjugé numéro 5 : Pagesjaunes est en régression. Pagesjaunes, renommé Solocal group, car l’entreprise se « réinvente autour de la cartographie », c’est aussi une belle entreprise génératrice d’emplois, dans le secteur du digital et du marketing, on ne va pas bouder notre plaisir en ces temps de crise. Ce groupe, c’est 5000 personnes, plus d’1 milliard d’euros de chiffre d’affaires et une rentabilité extraordinaire de 450 millions d’euros. Chiffre encore plus évocateur, Pagesjaunes génère 660 millions d’euros de revenus publicitaires sur Internet, ce qui en fait un des 10 plus gros acteurs mondiaux de la publicité en ligne alors qu’il n’est présent qu’en France. Sur les 5000 personnes du groupe, on compte 2000 commerciaux dont 1000 présents régulièrement sur le terrain, chargés de rencontrer directement les professionnels. On n’oubliera pas les 500 personnes dédiées à l’édition de sites Web, activité qui regroupe des profils aussi variés que des webmasters, des curateurs des marketeurs et des développeurs. Pagesjaunes, est non seulement un géant publicitaire, aussi un géant de l’Internet, mais c’est aussi un géant du service car ce qui fait véritablement la force du groupe, c’est cette capacité à qualifier l’information et à la rendre utilisable pour le public, les consommateurs ou les professionnels.

Autant de préjugés qu’il fallait combatttre ; j’ai personnellement appris beaucoup de cette interview, et je verrai différemment Pagesjaunes et le groupe Solocal à partir d’aujourd’hui.

Note : Cette interview est rescapée d’un vol dont j’ai été victime mardi 2 juillet au soir, au cours duquel je me suis fait subtiliser tout mon matériel, y compris mon précieux carnet moleskine, sur lequel j’avais noté toutes les références chiffrées relatives à l’interview. Je l’ai reconstituée de mémoire grâce au podcast que j’avais enregistré ; il se peut qu’1 ou 2 détails m’aient échappé dans ce processus.

5 préjugés sur Pagesjaunes, géant du marketing B2B – interview de Julien Billot was last modified: juillet 5th, 2013 by Yann Gourvennec