« Du Social media au social mass media »- (avec Hootsuite)

tv-largeIl y a quelques jours, je recevais un message mail (réminiscence du passé ?) de la part de l’éditeur Hootsuite me précisant que ma vidéo était en ligne. Puis je fus noyé de mentions Twitter à propos des indications que j’avais livrées dans cette vidéo. Je suis véritablement reconnaissant à Hootsuite d’avoir monté cette superbe interview et de m’avoir donné une chance de partager mes visions sur le médias sociaux et comment ils évoluent. Nous (Hervé Kabla, mon éditeur et moi-même) sommes en train de travailler aujourd’hui à l’adaptation anglaise de notre dernier livre « la communication digitale expliquée mon boss », qui va s’intituler “Managing Digital Marketing Like A Boss” en anglais, si tout va bien, être disponible avant Noël. Cette vidéo préfigure cette sortie du livre dans la langue de Shakespeare. Voici l’introduction en français puis le lien vers le texte anglais :

vision du Web social par Yann Gourvennec – Hootsuite social media management (en Anglais)

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Un « Intrapreneur » est quelqu’un qui remet en question L’ordre établi à l’intérieur d’une entreprise. “On trouve des entrepreneurs dans les grandes entreprises les organisations complexes, dans lesquels ils apportent leurs puissants innovations au travers de leurs compétences en conduite du changement » dit Yann Gourvennec. « Pour moi, être un entrepreneur veut dire beaucoup de choses en termes de philosophie, de la façon dont je vois les choses, dont je travaille avec mes collègues et sur comment je fais avancer les projets et mets en œuvre l’innovation à l’intérieur d’une entreprise. »

ma vision des médias sociaux – vidéo Hootsuite

Manager la communication digitale comme un boss

Like A Boss(NDLR : Like A Boss est un meme de l’Internet, un peu moins compréhensible en français, il fait beaucoup rire les anglophones et pourrait se traduire par « comme un chef »)

Le premier livre de Yann Gourvennec « les médias sociaux expliqués mon boss » a été élu livre digital le plus influent en France en 2012. Depuis lors, son collègue Hervé Kabla et lui-même ont lancé une suite en français, en élargissant le spectre du livre de façon à embrasser l’ensemble de la discipline de la communication digitale, et pas seulement les médias sociaux (d’où le titre).

« Pour Hervé Kabla et moi-même, les médias sociaux font parti aujourd’hui du mix de la communication digitale », explique Yann. « Il n’est plus question aujourd’hui de se demander s’il faut être présent ou non sur les médias sociaux. Nous avons dépassé cet étape-là, et nous devons nous poser aujourd’hui la question de savoir pourquoi nous y sommes, est-ce que cela a un sens, comment j’affine mes objectifs, comment j’affine ma stratégie, et développe ma présence et enfin, comment je structure ma gouvernance. La question du retour sur investissement n’est plus optionnelle non plus. Les médias sociaux font partie du mix numérique, une discipline bien plus large qui doit être comprise de chacun dans l’entreprise, pas seulement de l’équipe digitale. »

« S’il y a une leçon à tirer de nos livres, c’est que nous traversons une période paradoxale : la communication digitale est omniprésente, tout le monde doit et veut en faire. Cela a l’air simple, mais cela ne l’est pas. Car il s’agit d’une discipline en propre qui requiert expertise et expérience. Après tout, confieriez-vous la vie de votre enfant le plus cher à un chirurgien qui serait en train de lire « la chirurgie pour les nuls » ? Alors pourquoi votre stratégie digitale devrait-elle être confié à une personne qui arbore fièrement 2 abonnés sur son compte Twitter ? S’il existe bel et bien un besoin urgent d’inclure largement tous les employés de l’entreprise dans la transformation digitale, le recrutement de professionnels expérimentés et compétents en communication digitale et en stratégie médias sociaux est également aussi important ».

lire la suite : Social Insights from European Thought Leader, Yann Gourvennec – HootSuite Social Media Management.

« Du Social media au social mass media »- (avec Hootsuite) was last modified: mai 20th, 2015 by Yann Gourvennec

E-business : ESG Apprend le digital aux Patrons (MBA)

academia-smallJ’ai rencontré Catherine Headley il y a quelque temps afin de recueillir son témoignage suite à la création récente du MBA e-business executive de l’ESG, où j’interviendrai également. Bien au delà du simple descriptif d’un cursus, c’est une véritable vision, très forte, du monde des affaires et de l’importance capitale qu’est en train de prendre le marketing digital dans ce monde, que Catherine nous a livrée. On y retrouve une approche que je partage également et que je distille au travers de ce blog depuis des années, mais aussi au travers des ouvrages que j’écris en collaboration avec Hervé Kabla (la communication digitale expliquée à mon boss – 2013 éditions Kawa). Ma collaboration avec ESG n’est pas le fruit d’un hasard mais le résultat du partage de la même vue du marché et de son évolution. ESG, école pionnière dans la formation au digital, et sponsor privilégié de Media Aces depuis longtemps, montre qu’elle a encore une longueur d’avance en ce domaine.

 

Interview avec Catherine Headley, ESG Mba Executive e-business

ESG : pionnier de la formation e-business

quotes-smallOn peut dire que l’ESG management School est un pionnier de la formation e-business. On a commencé en 1998 et on avait créé un MBA ESG NTIC. Bien entendu le mot NTIC n’existe plus aujourd’hui, c’est un peu ringard et il a été rebaptisé il y a 10 ans MBA e-business. Je m’en occupe depuis cette époque. Après on a créé une spécialisation à l’ESG  management School en Master 1 et Master 2 qui est le master digital business, et maintenant on ouvre un MBA e-business executive qui ne cible que des professionnels qui ont déjà un bon niveau d’études en général, un bac plus quatre minimum, et qui ont des fonctions de management dans les entreprises.

Le constat

imageimageLe constat, c’est qu’aujourd’hui de plus en plus de responsables de business units, et de responsables de départements sont amenés à gérer des équipes qui sont digitales, sont amenés à piloter des projets en digital marketing, ou même en digital au sens large, pas seulement de e-marketing, et qu’ il y a un manque de séniors dans ce type de fonctions.

Tout ça est relativement récent et on va dire que la partie digitale en France s’ est surtout développée à partir de 97/98. Donc, il y a très peu de monde qui a 17 ou 18 années d’expérience en digital. Et aussi, il y a très peu de personnes qui sont capables d’avoir une vision complètement transverse. C’est un manque au niveau des entreprises en termes de pilotage de ces projets-là.

Donc nous proposons à des managers qui n’ont pas à la base de formation digitale, parce que à l’époque ça ne se faisait pas, de pouvoir aujourd’hui apprendre à maîtriser tous les outils et toutes les stratégies et tous les éléments nécessaires pour encadrer et piloter ces experts.

Le Web n’est pas que pour la génération Y

Catherine Headley au premier rang de la dernière conférence Media Aces

Je pense que par le passé, on a cru que le Web c’était pour la génération Y, que c’était super parce que on pouvait embaucher des gens pas chers, et que ce raisonnement est également celui qui a prévalu dans la presse ; on a cru beaucoup de choses fausses à propos du Web, mais aujourd’hui on s’aperçoit qu’en fin de compte, le Web c’est simplement un canal de vente comme un autre. Est-ce qu’on va donner à la génération Y, la gestion de toutes les chaînes de magasins offline d’un grand groupe ? Non ! Donc c’est la même chose sur la partie Web, l’enjeu est devenu énorme en termes de chiffre d’affaire.

Si on revient sur un sujet un peu plus terre à terre qui est le référencement naturel, le SEO, celui-ci était vu comme un truc de notoriété qui ne servait pas à grand-chose et puis aujourd’hui on s’aperçoit que c’est un enjeu énorme et qu’on investit énormément dessus. Si on investit tant dur cette partie SEO c’est parce qu’on s’aperçoit que si on n’a pas de visibilité ni de notoriété, on n’a pas de chiffre d’affaires non plus.

Alors il y a aussi la mobilité qui rentre en ligne de compte. Les consommateurs utilisent Internet pour acheter, et la génération y utilise même beaucoup plus Internet que les magasins donc il va falloir que les marques s’adaptent à ce type de stratégie. Mais va-t-on mettre tous les budgets sur des personnes qui sortent simplement d’école, je ne suis pas sûre.

Aujourd’hui, le Web devient de plus en plus sérieux. On peut prendre Google en exemple et voir qu’il suit de plus en plus les tendances humaines. Il y a un moment donné où on disait que sur le Web, le contenu est roi et on s’est mis à publier plein de contenu et puis après on s’est dit que pour être référencé il fallait créer de l’ « engagement » alors tout le monde s’est mis à “liker” et à commenter et à partager. Aujourd’hui on est plutôt sur une tendance qui veut qu’un contenu qui remonte, c’est un contenu qui est écrit par une source crédible. C’est ça qui est important : la crédibilité du contenu.

En fait, c’est très logique, parce que si n’importe qui pouvait écrire n’importe quoi avant, ce n’est plus suffisant aujourd’hui. Mais c’est un enjeu énorme qu’on voit se matérialiser aujourd’hui avec la disparition progressive des journalistes. Tout le monde devient en effet journaliste, mais est-ce que le contenu qui est écrit par Monsieur tout le monde a autant de valeur que le contenu qui est écrit par un quelqu’un qui travaille à France télévision par exemple ? Pas forcément.

Or, ça veut dire quoi un contenu crédible par rapport à Google ? C’est un contenu qui est écrit par quelqu’un qui pourra être jugé crédible parce qu’il est connecté à énormément de personnes crédibles ; c’est à dire quelqu’un qui a un compte crédible sur un contenu qu’il écrit et qui est connecté à beaucoup de monde, sur Google plus, qui est référencé par beaucoup de monde et qui a beaucoup d’abonnés sur Twitter et qui est retweeté etc.

Et cela nous enseigne quelque chose par rapport au jeunisme ambiant : est-ce que quelqu’un qui sort de l’école a autant de relations que quelqu’un qui travaille déjà depuis 10 ans ou 15 ans ?

Les buts du MBA Executive e-business

Ce MBA c’est une manière de remettre le Web au sein de la problématique de la technicité métier bien sûr, mais peut-être aussi de continuer à être visionnaire et de se demander s’il y a des changements qui vont arriver et par rapport à ces changements dans le monde des affaires d’en renforcer la crédibilité ; car ce métier va finalement devenir un métier classique, comme les autres.

Cette tendance est une tendance sur laquelle on essaie de préparer les managers et ces managers qui viennent rejoindre le MBA Executive sont des personnes qui ont la confiance de leurs sociétés parce qu’elles vont leur confier des missions très transversales dans lesquels ils seront amenés à piloter des projets e-business.

Apprendre à mener des projets e-business

Ils doivent encadrer des équipes digitales qui n’existaient pas auparavant. Les personnes qui viennent rejoindre ce MBA vont donc se doter de ces compétences. Nous n’avons pas juste créé ce MBA spontanément, nous l’avons créé parce qu’on avait de plus en plus de professionnels dans les MBA classiques. Ce sont des professionnels qui sont en poste, pas des gens qui sont au chômage et qui vont se payer une formation en attendant d’en trouver un nouveau, ce sont des gens qui ont une demande et qui sont en entreprise sur un rythme à temps partiel.

Dans ces entreprises, on rencontre de plus en plus une problématique d’encadrement d’équipes plus jeunes dans la partie digitale. Dans ces encadrements d’équipe, il va bien sûr y avoir des experts SEM, SEO et des Community Managers mais aussi des gens qui vont faire du display et des « stores managers » parce qu’il y a une pléthore de fonctions dans ces métiers là ; ils ont besoin de les encadrer et de les encadrer au même titre que les équipes classiques. Je pense que le responsable digital aujourd’hui va de plus en plus arriver dans les CODIR.

Une maturation de la fonction et des responsables plus âgés

Ce qui m’a frappé notamment aux États-Unis sur des conférences auxquelles j’ai participé il y a un mois, c’est que sur ces conférences, majoritairement, la population avait énormément changé. Il y a 5 ou 6 ans je me sentais vieille dans ces conférences, et pourtant j’avais 39 ans. Aujourd’hui je me sens jeune, parce qu’ils ont en moyenne tous dans les 50 ans. Donc j’ai l’impression qu’il y a un vrai changement, et que les problématiques ne sont plus les mêmes.

Les problématiques aujourd’hui sont véritablement de faire de l’argent et de faire du chiffre d’affaire, pouvoir en effet développer des sociétés, et notamment à l’international. On n’est plus sur les problématiques de design un peu funky d’il y a six ans. Nous nous trouvons dans les problèmes business classiques où le digital est simplement un levier parmi tant d’autres.

 

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E-business : ESG Apprend le digital aux Patrons (MBA) was last modified: mai 20th, 2015 by Yann Gourvennec

Pierre Gattaz : « nous pouvons créer 1 million d’emplois en 5 ans »

briefcase-large_thumb.gifJ’ai eu l’honneur de faire partie des invités (une vingtaine de blogueurs et d’influenceurs)  de Pierre Gattaz et son équipe au Medef lundi 28 octobre 2013, au siège de l’avenue Bosquet lors d’une réunion exceptionnelle qui a duré plus d’une heure. « Je vous ai fait faux bond aux universités d’été du Medef et je m’en excuse, j’ai tenu à réparer cette erreur » a expliqué Pierre Gattaz, dans son introduction, ce qui traduit bien la simplicité et l’humilité du personnage ; si tous les patrons pouvaient suivre cet exemple ! J’étais d’autant plus enclin à accepter cette invitation, que Monsieur Gattaz a écrit la préface de notre livre « la communication digitale expliquée mon boss », dont nous avons pu lui remettre un exemplaire dédicacé en main propre, avec Hervé Kabla. Mais au-delà de ces considérations personnelles, c’est à un véritable réquisitoire pour l’emploi, que Pierre Gattaz s’est livré lundi, en nous fixant aussi clairement notre rôle : « nous avons besoin de vous » a-t-il précisé, dans cette bataille de l’emploi qui, les sondages le rappellent tous les jours, est  la préoccupation principale des Français. Alors, pourquoi ne sont-ils pas écoutés ? Ne serait-il pas temps de se ranger, loin des clichés antiques sur le patronat dont notre pays raffole tant, derrière un homme qui avant tout est passionné et cherche à entraîner tout le monde dans son enthousiasme, quelqu’un qui se présente tout simplement comme « un chef d’entreprise à la base ». Ah ! Si tous pouvaient entendre, malgré les idées reçues, l’importance de l’entreprise créatrice d’emplois, le bénéfice serait pour nous tous. Voici mon résumé de cet échange avec Pierre Gattaz, qui en 4 mois à peine a secoué le Medef de façon extraordinaire … et ce n’est pas fini :

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Pierre Gattaz, lundi 28 au MEDEF : un extraordinaire enthousiasme communicatif

Je suis un chef d’entreprise à la base

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un connecteur de Radiall dont P Gattaz nous a montré un exemple lors de la réunion

« je suis un chef d’entreprise à la base » a expliqué le patron du Medef. On devrait même rajouter un industriel, à la tête de l’entreprise Radiall, créée par son père, Yvon Gattaz avec son frère Lucien ; Yvon Gattaz lui-aussi Président de l’ancêtre du MEDEF, le CNPF de 1981 à 1986. Cette entreprise, il l’a développée à force de travail et d’ingéniosité afin d’aller porter la bonne parole à l’étranger. Boeing, Amraer et même Apple sont devenus ses clients, à qui ils vont des composants et des « connecteurs ». « En mondialisant Radiall, j’ai réussi à créer des emplois et même à ouvrir une 5ème usine en France. Nous avons aussi ouvert une usine Mexique qui nous a permis de travailler à bas coût tout en nous rapprochant des États-Unis (et de travailler dans une zone dollar). Mais en contentant Boeing, a-t-il précisé, nous avons  monté nos chiffres d’affaires, et nos parts de marché, donc notre profit, et ceci nous a permis d’investir en France ! ». Il y a cette vue en France, binaire, que la mondialisation est mauvaise, et que la France est bonne. C’est une incompréhension de l’économie et le son côté gagnant gagnant. Il y a donc « une boucle vertueuse » a poursuivi Pierre Gattaz en expliquant que 75 % de sa R&D étaient faits en France. « Le monde a compris cela, mais quand on revient en France, on voit qu’elle est « encalminée » ».

 La France fâchée avec l’économie de marché

« On n’assume pas le côté économie de marché en France », même si c’est François Mitterrand, rappelons-le, qui nous y a converti dans les années 80, de façon assez paradoxale. Et donc « des tas d’autres pays repartent, même l’Espagne, l’Italie et l’Irlande, mais nous, nous restons à 11 % de chômage, et surtout 25 % de chômage des jeunes ce qui est un scandale » a-t-il ajouté. Veut-on 15 % de chômeurs ? S’exclama-t-il. On pourra rétorquer que le taux de chômage est bien plus important en Espagne, et vous avouerez que c’est un bien faible argument. Car notre pays « est un grand pays. Et non ! On n’a pas tout fait contre le chômage ! Estime-t-il, c’est l’entreprise qui crée des emplois. Elle crée de la richesse au travers de 4 facteurs de compétitivité qui sont les suivants :

4 facteurs de compétitivité pour produire de la richesse

  1. Les clients heureux : on ne pourra que se réjouir sur Visionary marketing d’entendre que l’on commence par essayer de satisfaire les clients, voilà un effort que la France doit faire dans tous les secteurs d’activités
  2. L’innovation : encore un motif de satisfaction pour moi, il faut aller de l’avant, et peu importe les débats sémantiques sur ce que veut dire l’innovation.
  3. L’excellence opérationnelle au travers des process. Je ne peux encore une fois qu’être d’accord, malgré les immenses qualités que nous avons en France, les processus et l’excellence opérationnelle sont rarement au rendez-vous ; pourtant, « c’est comme ça qu’on est allé vendre chez Boeing » a précisé Pierre Gattaz.
  4. Les hommes et les femmes qui doivent être « épanouis et formés de façon permanente ». Il n’est pas question de croire que « c’est le bonheur partout », mais encore une fois je ne peux qu’être d’accord avec cette vue enthousiaste. La formation, et j’ai la chance d’y participer depuis des années dans le domaine digital, est effectivement un facteur d’amélioration, de développement et d’épanouissement.

C’est sur ces bases de facteurs de compétitivité, que le Medef a donné un cap avec http://www.france-2020.com

Mobiliser les entreprises pour créer 1 million d’emplois à 5 ans

Mais Pierre Gattaz nous sert autre chose que des incantations, il pousse tout le monde, à commencer par ses propres troupes à se mobiliser : « nous, chefs d’entreprise, pouvons créer 1 million d’emplois. Je les vois les millions d’emplois. Nous avons donc fait signer une lettre par toutes les fédérations [il y en a près de 80 qui se sont rangées derrière ce mot d’ordre !], ce n’était pas un engagement stupide ni une chose simple ! A condition que les choses bougent, nous pouvons y arriver. » Et Pierre Gattaz nous a donné quelques exemples sur lesquels les chefs d’entreprise pouvaient aider à faire réellement bouger les choses :

  1. En co-gérant avec les régions et l’éducation nationale le régime de l’apprentissage, on peut passer de 400 000 à 500 000 apprentis en France selon lui. Il a donc émis 11 propositions pour cela ;
  2. 2e idée : généraliser le chèque emploi service (CESU) : « les TPE ont peur d’embaucher car elles ont peur des prud’hommes de l’URSSAF etc. » il faut donc, selon lui, généraliser le CESU à tous les métiers pour qu’ils puissent embaucher plus facilement sans avoir peur. Quand on a vu le succès dans le service à la personne de ces chèques emploi service, on se demande encore pourquoi on a voulu en restreindre la portée, alors que tous, employeurs et employés plébiscitaient ce mécanisme ;
  3. Réduire le déficit à l’export pour l’amener à zéro : « c’est un scandale ! Nous avons 65 milliards d’euros de déficit, il faut le ramener à zéro » s’est exclamé Pierre Gattaz. Nous pourrions créer « 650 000 emplois si on règle ce problème » ;
  4. Le tourisme : un domaine où la France s’auto-congratule souvent, mais ne fait pas cependant ce qu’il faut pour accueillir les masses de touristes en provenance des pays asiatiques, notamment les « 100 000 Chinois supplémentaires tous les ans », et probablement les 200 à 300 000 touristes d’extrême Orient de toutes nationalités qui cherchent de la capacité supplémentaire dans les hôtels et les restaurants etc. Je me permets de rajouter à titre personnel qu’une fois que les hommes et les femmes seront « épanouis et formés de façon continue », on pourra aussi s’attacher à devenir aimables, notre plus gros problème limitateur quant au tourisme en France, à mon humble avis, avant la propreté de nos hôtels (parfois aussi discutable)

Un pays aux prises avec « une lutte des classes incessante »

« Notre problème, c’est une lutte des classes incessantes et une opposition gauche-droite. On s’en fout des gouvernements de gauche de droite il faut de l’alternance, c’est bon » a précisé Monsieur Gattaz dans une position qui lui est chère et qu’il a martelée tout au long des universités du Medef, et à laquelle j’adhère totalement, qui est le positionnement des entreprises en dehors des partis et des approches partisanes, pour sortir de cette discussion de sourds, et de faire en sorte que l’entreprise joue son rôle citoyen.

Le drame des entreprises de taille intermédiaire (ETI) en France

« Nous n’avons pas assez d’ETI France, celles qui correspondent au Mittelstand allemand » a ajouté Monsieur Gattaz. Ce sont les entreprises entre 250 et 2500 personnes, et la France n’en compte que 4500 alors qu’il en existe 12 500 en Allemagne. Or, c’est là le moteur de l’économie allemande, et notamment le moteur de son exportation.

Alors que faut-il pour créer 1 million d’emploi ?

« Nous allons proposer des solutions au gouvernement pour éviter le zigzague sans ambition. Véritable projet économique et social et nécessaire dans ce pays ». Pour cadrer ce projet économique et social, Monsieur Gattaz détermine 4 facteurs de compétitivité indispensable :

  1. Le coût du travail : il s’est considérablement aggravé en 10 ans. Alors que nous étions 8 % moins chers en termes de coût du travail qu’en Allemagne en 2000, nous sommes 10 % plus chers aujourd’hui. Un différentiel intenable, que Monsieur Gattaz n’hésite pas à attribuer aux fameuses 35 heures, dont « les employés paient le prix aujourd’hui ». Certes, il s’agit d’un sujet polémique, et on aime bien les vacances en France, mais les chiffres sont têtus ;
  2. Le coût fiscal : inutile d’en rajouter, l’ensemble du spectre politique et de la vie civile, sans parler des médias, et même le gouvernement lui-même, parle de pression fiscale insupportable. Il semblerait que nous soyons entrés dans une spirale infernale probablement aggravée, mais pas créée, par la situation financière de notre pays que Monsieur Gattaz n’hésite pas à qualifier de « faillite » à l’instar d’un de nos anciens premiers ministres. Surtout, c’est un problème d’environnement, de confiance, a-t-il précisé. « Ça ne peut pas bouger tout le temps » car cela fait disparaître la confiance, c’est la confiance qui fait venir les entreprises qui fait créer les emplois.
  3. Le coût de la complexité : là aussi, inutile d’en rajouter, il y a consensus, avec nos « 500 000 normes » je ne sais si le chiffre est exact, mais il évoque des exemples concrets à tout le monde, nous ne sommes pas dans le pays de Courteline pour rien ;
  4. Le coût de l’énergie : Monsieur Gattaz estime que surtaxer l’énergie reviendrait à se tirer une balle dans le pied. Je ne suis pas spécialement compétent dans ce domaine, je ne peux donc m’exprimer. Il estime que cette taxe serait un une sorte de coup de grâce supplémentaire, sans pour autant nous aider dans la transition énergétique.

Pour réussir tout cela, Pierre Gattaz a défini 5 défis pour notre économie mondiale :

  1. Le premier est ce qu’il est appelé : « le monde à équiper » car en Chine et en Inde, « il y a 3 milliards d’individus qui ne demandent qu’à acheter des choses, il faut les servir » ;
  2. Il y a ensuite les filières de pointe comme la Biotech, le tourisme, la transition énergétique, la dépendance etc. etc. ;
  3. Vient ensuite le numérique qui est « fondamental ». « Le numérique fera perdre des emplois, mais il en créera plus qu’il n’en fera disparaître » a ajouté Monsieur Gattaz signalant que le solde net de ce secteur sera positif ;
  4. Il y a ensuite l’Europe à finir de construire et une « réciprocité à demander aux Chinois et aux autres pays » ;
  5. En enfin il y a l’audace créatrice, la prise de risque et l’entreprenariat. Il faut remplacer « le principe de précaution par le principe d’innovation ».

L’exemple britannique de la simplification de l’Etat

Monsieur Gattaz, qui est souvent en contact avec ses homologues britanniques et allemands (rencontre le patron des patrons allemands tous les mois) à citer beaucoup des bonnes pratiques, notamment outre-Manche, comme cette initiative de David Cameron, dénommé one in two out, qui a consisté à faire sortir de textes de lois chaque fois quand introduisez un. Ceci a permis de simplifier le dispositif étatique britannique, et pourrait très bien être appliqué en France.

Sommes nous prêts à écouter les « étrangers » ?

Tout cela paraît frappé au coin du bon sens et pourtant… Sommes-nous prêts à écouter les étrangers ? Ne sommes nous toujours pas, comme l’écrivait Pascal au XVIIe siècle, à en croire que la vérité est « en deçà des Pyrénées [et] l’erreur au-delà ? » Au-delà de cet optimisme enthousiasmant de Pierre Gattaz, je suis plus sceptique sur la capacité des politiques, quelle que soit leur orientation politique, car il s’agit plus d’une question culturelle que politique, de s’inspirer des exemples de l’étranger, mais surtout de les mettre en œuvre en risquant l’impopularité et de bousculer les habitudes (pour les commentaires on les a déjà eus). Or, ce manque de courage économique (dont on ne peut que difficilement dissocier l’aspect politique) a pour résultat exactement le même mécontentement que si on avait véritablement entamé les réformes. Et ces réformes, nous en avons besoin depuis fort longtemps, même si la situation qui s’est dégradée fortement récemment, portait les gènes de ce mal il y a déjà bien longtemps. C’est que la situation est devenue très préoccupante. Le tissu industriel s’est considérablement délité en France. Monsieur Gattaz a vu disparaître une vingtaine de ses concurrents de Radiall, tous français, dans les 15 dernières années, devant le coût fiscal, le coût des successions, la complexité et les difficultés à mener des entreprises.

Certes, des blogueurs dans la salle ont fait remarquer que certains des blocages, à juste titre, n’étaient pas tous dus, ni au gouvernement ni aux lourdeurs des citoyens/employés. Tous les chefs d’entreprise ne sont pas non plus des merveilles d’adaptation ni d’innovation. Mais le « combat » de Monsieur Gattaz (c’est le terme qu’il emploie sans cesse), qui n’est pas encore, répétons-le, un combat politique mais un combat économique comme il rappelle toujours, reste une bataille à gagner.

Souhaitons que nous ne soyons pas obligés d’arriver dans le mur, comme en 1984, pour enfin prendre conscience de l’évidence.

Pierre Gattaz : « nous pouvons créer 1 million d’emplois en 5 ans » was last modified: mai 20th, 2015 by Yann Gourvennec

Real-time bidding (RTB) : déjà 20% des inventaires selon Sociomantic

J’ai rencontré Christopher Caussin au salon e-commerce il y a quelques semaines. Il est désormais directeur Europe du Sud chez Sociomantic, un acteur allemand du RTB, le Real-Time bidding, qui est la nouvelle mode (3 ans) en matière de publicité Internet. Mais qu’est-ce que le RTB et comment ça marche ?  Voyons cela ensemble au cours de cette interview enregistrée sur le stand de Sociomantic à e-commerce.

Interview de Christopher Caussin de Sociomantic

Sociomantic est une société allemande qui été créée en 2009. Elle propose des solutions de real-time bidding (RTB) sur tous les continents, puisque nous avons un bureau, le plus à l’ouest, à San Francisco, et le plus à l’est, à Singapour. C’est un vaste sujet, le RTB : globalement, c’est l’achat d’inventaire publicitaire en temps réel, c’est ça les fondamentaux, c’est le « tuyau » à vrai dire. On s’appuie sur la technologie du real-time bidding pour proposer à des acteurs du e-commerce d’optimiser leurs achats publicitaires. Si vous vendez des chaussures sur Internet par exemple, vous vous appelez Sarenza, Zalendo ou Spartoo, vous avez des problématiques en termes de recrutement de nouveaux clients, de fidélisation de vos clients existants … Sociomantic intervient pour personnaliser les messages et les leur adresser via le média « display** ».

**bannières

Définition du Real-Time bidding par definitions-webmarketing : “Selon la société d’étude IDC, le real time bidding a représenté 8% des achats display en France en 2011 et devrait atteindre 21% en 2015. Selon Forrester Reasearch, le RTB devrait représenter 30% des investissements publicitaires digitaux en 2017.” Le principe des enchères en temps réel [Source Erwan Le Page :Matiro) via definitions-weebmarketing]

Avec le RTB, vous avez une plateforme Internet, mais qui est plus une plateforme de statistiques qui permet de suivre en temps réel vos campagnes, car c’est quand même la promesse globale ; mais vous avez surtout un interlocuteur qui va venir en prendre en compte vos objectifs et vos impératifs et vous proposer des segmentations pour atteindre vos objectifs de campagne.

À ce moment-là, on met en place des campagnes, on « tague » le site, on récupère les informations sur les utilisateurs, et on exploite leur historique d’achat, et leur historique de navigation pour anticiper leurs prochains besoins et leur personnaliser leurs messages publicitaires. On utilise bien-sûr les données du marchand, et également les données tierces, avec des indications sur les comportements des utilisateurs extérieurs au site.

L’arrivée de Facebook dans le real-time bidding

Le grand événement cette année, c’était le lancement de l’Ad exchange de Facebook, qui a permis qui est massif en termes de volumétrie, il ne faut pas oublier que Facebook génère plus de 40 % du trafic des sites de l’e-commerce et donc ils proposent aux sites d’avoir la même opportunité de ciblage. Il y a cependant des limites à ne pas franchir : typiquement nous ne travaillons pas avec des crédits, on ne travaille pas avec tout ce qui reste lié à la santé, à l’alcool, et autres produits qui sont un peu « limite ». Il faut rester cohérent.

Le RTB face au retargeting

Le retargeting quant à lui existe depuis quelques années ; ça fait maintenant 5 ans que ça existe, les choses ont beaucoup évolué et la première version du retargeting n’intégrait pas le RTB. Maintenant que le RTB est en place, cela permet de mieux cibler les messages et d’avoir des messages totalement différents par l’utilisateur. Et à chaque fois, de faire tourner les messages. Par le passé, les acteurs de retargeting achetaient des inventaires considérables par avance, et donc ils les monétisaient parce qu’ils prenaient des engagements. Aujourd’hui vous n’avez plus besoin de faire du remplissage. Cela fait une pression moins forte pour l’utilisateur. Globalement, on parle de l’émergence du RTB en fin 2009, et maintenant, on est à peu près à 20 % des inventaires publicitaires sur tous les marchés développés. Pour donner un ordre d’idées, un des autres avantages c’est que vous pouvez cibler les utilisateurs dans n’importe quel pays. On a même des clients au Nigéria par exemple.

Ne pas se substituer au display

L’enjeu ce n’est pas se substituer au « display », c’est d’aller chercher plus de ciblage et plus de performance. Quand on dit plus de performance, cela ne veut pas dire forcément moins cher, mais cela veut dire le bon coût par rapport à vos objectifs. Ceux-ci dépendent de votre secteur d’activité, car les marges sont pas les mêmes si vous vendez les produits high-tech ou si vous vendez des vêtements ou des voyages. Les coefficients marge des acteurs de la distribution sont beaucoup plus importants ; donc ils sont prêts à dépenser beaucoup plus, de 10 à 15 % de leur chiffre d’affaires sur certaines populations ciblées, alors que dans la high-tech on est plutôt proche de 5 % du chiffre d’affaires. Tout dépend tout dépend du secteur, tout dépend de votre ambition, tout dépend de vos moyens.

On voit actuellement, et c’est international, un développement des acteurs de la distribution, dont certains essaient de rattraper leur retard, et parfois très bien, et ils sont donc prêts à investir énormément dans l’univers. En gros, le coût dédupliqué est voisin de 5 % de votre chiffre d’affaires HT et ça va vous rapporter du chiffre incrémental. Soit vous voulez améliorer votre taux de transformation globale sur le site, et donc regarder si ça vous fait des ventes en plus ou alors, vous allez avoir une fréquence moyenne de transformation de 1.5 sur votre site et vous allez vouloir atteindre 1.7.  Après, il y a différents paramètres qui entrent en ligne de compte. Tous nos clients ont bien conscience de leurs objectifs de ROI on est quand même dans un marché qui n’a plus rien à voir avec celui d’il y a 10 ans, et qui est beaucoup plus mature et où les profils dont plus des profils de marketeurs et aussi de statisticiens, et ils ont une vraie approche au-delà du tableur Excel.

Nous avons annoncé le lancement de notre solution sans flash, et qui est compatible avec IOS ; elle permet d’intégrer iPad et iPhone dans la logique de ciblage. Après, l’avenir le dira si on va encore s’attendre à d’autres « devices », tels que la télévision par exemple.

à propos de Sociomantic

Sociomantic a été fondée en 2009 à Berlin, qui est un véritable hub Internet à l’heure actuelle, et qui a pris la place du Londres des années 2000, et qui est une ville très cosmopolite. À Berlin, nous avons 80 personnes et une vingtaine de nationalités, tous parlent l’anglais. C’est une entreprise qui a un ADN véritablement technologique à l’origine.

Notre objectif est de continuer l’internationalisation, car il y a encore des pays où on doit ouvrir très prochainement, et également de continuer à développer nos solutions pour aller vers encore plus de ciblage des messages délivrés à l’internaute.

En France, nous sommes 13, espérons que cela nous porte bonheur, mais on a encore des recrutements en cours, donc on pourra encore se développer dans les années qui viennent. On ne communique pas sur notre chiffre d’affaires, nous n’avons pas encore prévu d’introduction en bourse ; le domaine génère énormément de buzz, et on ne communique pas sur ces chiffres.

Real-time bidding (RTB) : déjà 20% des inventaires selon Sociomantic was last modified: septembre 20th, 2014 by Yann Gourvennec

Les wikis, loin d’être morts, sont l’avenir de la collaboration en entreprise (1/2)

image_thumb[1]C’est une interview rescapée d’un vol de matériel et je remercie Ludovic Dubost, patron de Xwiki de s’être prêté à cet exercice une 2e fois au mois de septembre. Interview fleuve (qui sera publiée en 2 parties) et fondamentale car le wiki, on s’en souvient, c’était très à la mode, à l’arrivée de Wikipedia dans le grand public, vers les années 2004 2005 ; puis aujourd’hui le grand public a l’impression qu’il est tombé un peu en désuétude. Quelle erreur ! C’est même le contraire, Ludovic nous le démontre, la solution à la problématique de collaboration dans les entreprises pourrait (et peut même déjà) très bien passer par le wiki.

(pour relier les 2 parties http://bit.ly/xwikivm ou scannez le QR codehttp://bitly.com/xwikivm.qrcode)

C’est que celui-ci, nous rappelle Ludovic, est devenu synonyme de collaboration (le terme « wiki » veut dire en hawaïen « vite », mais plus que la rapidité c’est le travail en commun qu’il symbolise). Ceci est certainement dû au fait de l’énorme succès populaire de Wikipedia. Mais ce n’est pas tout, car on retrouve dans l’exposé de Ludovic un grand nombre des problématiques liées au réseau social d’entreprise (RSE), décrites sur ce même blog, et les nombreuses raisons de son échec, et on peut avancer sans crainte que le wiki est justement fait pour résoudre ce problème :

D’une part, le wiki, fondamentalement collaboratif, et basé sur une philosophie du travail en commun. Ou la productivité de l’entreprise prime l’antre d’un productivité individuelle. Le wiki, et j’en suis un des premiers utilisateurs, et par essence le moyen de partager de la connaissance de façon dynamique, utile, et structurée. C’est la principale importance. Car dans un wiki, l’information, pour pouvoir être modifié par plusieurs personnes, doit faire sens pour tout le monde dans son organisation. Cette mesure de structuration, Ludovic qui revient très fréquemment, et fondamental.

Mais ce n’est pas tout ! Il y a également le fait que le wiki, par sa nature, peut-être aussi parce qu’il était un peu moins sexy à l’origine, est plus tourné vers l’entreprise, car il est permet de stocker des contenus métiers et de faire travailler ensemble des individus autour d’eux. Ceci est fondamental, car là se situe, nous l’avons déjà expliqué plusieurs fois, la principale faiblesse du réseau social entreprise. Il faut lier la collaboration professionnelle au travail de tous les jours, et ne pas céder, comme on le voit trop souvent, au cyberbabillage interne. Le wiki, par sa nature collaborative, peut remettre le bien commun de l’entreprise au sein du débat, et changer enfin les habitudes, figées autour du sacro-saint e-mail, pourtant source de grossières pertes de productivité et de stress dans l’entreprise.

Mais, car il y a un mais … le challenge du wiki, pour gagner un public plus large, se doit de devenir plus convivial et plus agréable à utiliser. Quiconque a déjà déployé des systèmes d’information sur le terrain, et cela a été mon métier pendant de nombreuses années, sait que l’utilisateur, s’il perçoit l’outil comme non convivial, s’arrêtera là, sans jamais aller chercher plus loin. Xwiki a travaillé sur cette convivialité de l’outil …mais il faut reconnaître que les wikis ont souffert beaucoup de ce défaut de présentation des origines et qu’il est difficile de changer une image de marque bien ancrée ; même si les bénéfices du wiki dépassent largement l’investissement nécessaire à sa maîtrise par l’utilisateur, tant les enjeux de productivité sont grands. Enfin, Ludovic le souligne, pour faire décoller le travail véritablement collaboratif, il faut des leaders d’opinion, des acteurs de changement, des incitateurs … cela est moins simple qu’il y paraît car les habitudes du « tout email » sont bien enracinées. C’est tellement pratique de s’abriter derrière un outil qui prend du temps et donne l’illusion de l’efficacité.

Gageons que les utilisateurs, et les entreprises, gagneront en maturité pour pouvoir apprendre à maîtriser cet outil fondamental de la collaboration et la productivité du XXIe siècle.

Interview de Ludovic Dubost (1)

Je suis Ludovic Dubost le PDG de wiki Xwiki SAS, spécialiste du wiki et des logiciels collaboratifs open source.

Wiki, on en parlait beaucoup dans les années 2004 2005**, est-ce qu’il est mort ?

Non bien sûr ! Il n’est pas mort et il est même très actif ; c’est juste qu’on pense tous à Wikipedia, sur Internet, mais on voit aussi beaucoup de wikis dans les entreprises, dans les équipes, et ce n’est pas forcément quelque chose qui est très visible à l’extérieur, comme pourraient l’être certains réseaux sociaux comme Facebook par exemple. Mais si on se tourne vers Internet, Wikipedia est un succès d’usage phénoménal, tout aussi important que peuvent l’être Facebook ou les moteurs de recherche comme Google. Donc ça marche très bien les wikis !

**cf. le livre les wikis de mon ami Jérôme Delacroix, sorti dès 2004, précurseur du domaine (site de Jérôme Delacroix)

C’est vrai que les wikis d’entreprises, les gens les connaissent peu et surtout ils se heurtent au fait que les façons de travailler doivent évoluer dans les entreprises et c’est quelque chose qui n’est pas forcément facile. Nous, nous avons beaucoup d’usage de wiki à l’intérieur des entreprises, mais c’est vrai qu’une des grandes difficultés c’est la concurrence avec le mode documentaire. En fait, le wiki est une autre façon de collaborer et de partager l’information et d’échanger les fichiers. Et même quand on le compare à Dropbox ou Google drive, ce sont d’autres façons de faire et ce sont des méthodes de travail qui doivent changer et des avantages qui doivent être compris par les utilisateurs.

Les avantages du wiki

Quels sont ses avantages ? Ce qui est très intéressant dans le wiki, c’est le fait que vous avez des liens entre les informations. Un usager peut venir créer un contenu et peut créer des liens avec d’autres contenus. Et plutôt que d’avoir des listes de fichiers dans des dossiers, on peut avoir des listes de pages et de contenus et ainsi retrouver des liens vers d’autres contenus. C’est exactement ce que vous avez dans Wikipedia. Dans l’entreprise, on va s’adapter aux problématiques métiers, et aller potentiellement plus loin c’est-à-dire que l’on va se poser la question de savoir quel est le type d’informations avec lesquelles les gens veulent travailler. On va se rendre compte que ce ne sont pas toujours des textes, ce sont aussi des fichiers Office, il ne faut pas l’oublier, mais ce sont surtout des bases de données. L’usager et l’entreprise ont besoin de faire beaucoup de bases de données. Avant, ils faisaient ça essentiellement via des logiciels spécialisés qui coûtaient assez cher, soit dans une feuille Excel et ce n’est pas très pratique d’utilisation. Aujourd’hui, on peut faire ça avec des logiciels de type wiki comme Xwiki qui sont justement adaptés à ces problématiques entreprises. Le bénéfice du wiki c’est qu’on historicise tout et quand on fait les changements, cela se passe de manière collaborative, c’est-à-dire qu’une personne peut commencer, une autre peut finir, c’est accessible par le Web très facilement, donc il y a une information où on le facilite la saisie, on facilite la façon dont l’information est organisée et liées les unes par rapport aux autres et on la rend très accessible pour les personnes qui l’utilisent. Simplement, c’est une façon différente de faire que de partager des documents Office, que de faire du mail, qui est le mode de travail que les gens connaissent aujourd’hui.

La productivité collective, plus importante que la productivité individuelle

Il y a un vrai challenge, c’est-à-dire le challenge où l’entreprise doit se mettre à penser à la productivité collective. Plutôt que la productivité individuelle. Et il y a une vraie difficulté, car il est plus facile pour les managers et pour l’entreprise de dire qu’on va regarder chaque individu séparément, et on va dire « toi, travaille le mieux possible ! » Et l’individu lui-même, comme on lui a donné les objectifs de productivité personnelle, il va finalement se dire « je vais vouloir le meilleur outil pour moi-même » et il bricole un peu dans son coin.

http://bitly.com/xwikivm.qrcodeLa réalité, c’est que l’entreprise sera véritablement efficace uniquement lorsqu’elle sera collective et quand tout le monde travaillera ensemble. C’est comme une équipe de foot, vous pouvez avoir la meilleure équipe du monde en individuel et quand même perdre le match ! Et c’est exactement la même chose en entreprise : les meilleures entreprises sont celles où les gens travaillent le mieux ensemble, et pas forcément celles où il y a les meilleures individualités ; et donc il faut penser à la productivité collective et c’est exactement ce que fait le wiki comparativement à l’e-mail ou le fichier partagé. Mais il y a une difficulté, il faut des leaders, il faut des gens qui expliquent sa positive à terre, il faut leur donner les pratiques de travail !

fin de la partie 1

(pour relier les 2 parties http://bit.ly/xwikivm ou scannez le QR code)

Les wikis, loin d’être morts, sont l’avenir de la collaboration en entreprise (1/2) was last modified: octobre 7th, 2013 by Yann Gourvennec