Révolutionner la formation par le numérique : stratégie gagnante pour 2020 ? #uemedef13

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C’est la conférence de la rentrée pour ce blog et ceci dans le cadre des universités du Medef 2013, avec son nouveau President, Pierre Gattaz.

Le numerique c’est 3.7% des emplois en France seulement mais « cela touche tous les employés » a dit en guide d’introduction Amaury de Buchet ; et c’est pour cela que le medef a choisi le numérique comme thème des UE de cette année. Ma première conférence était donc logiquement dédiée à ce thème et notamment à comment le numérique peut devenir la « stratégie gagnante pour toutes les entreprises ». Si vous doutiez encore de l’importance du numérique, les quelques témoignages suivants vous aideront à comprendre l’importance de ce phénomène. Et encore une fois, se développe un paradoxe numérique, où la demande d’embauches dans le numérique est en plein essor, alors même que nos niveaux de chômage sont incroyablement élevés, et où pourtant les apprenants dans ces domaines et les offres de formations sont en régression depuis 2005 (un comble si on pense que la révolution du Web social est arrivée en 2004). De même, les experts de la formation insistent à juste titre sur la formation sur la durée de la vie (lifelong learning) et la fin de la formation par l’expert et le « sachant » alors que les amphis n’ont jamais été aussi pleins et que les formes de formation sont très traditionnelles et le restent.

20130829-103243.jpg Légende : de gauche à droite, Patrick Galiano, Diane Lubin et Amaury de Buchet, animateur de cette passionnante conférence

Mais les choses changent cependant dans certains pays qui sont sans doute en passé de devenir les champions numériques de demain : l’Allemagne, les pays bas et les pays nordiques ont déjà pris de l’avance en ces domaines. L’Espagne et l’Italie réagissent également, poussés par une crise sans précédente. Alors quid de la France ? André Richier de la commission européenne nous a incités à faire de même, nul doute qu’il ne faudra pas oublier cette recommandation si nous voulons « faire gagner la France en 2020 » (nom du programme d’action du Medef) !

Titre de la conference : Conquérir c’est transmettre

Intervenants :
Gregory Flipo, chief happiness officer Sikana
Alexis Christine Amara, Codingame
André Richier, commission européenne
Patrick Galiano, Cegos
Diane Lubin, Air France
Amaury de Buchet, comité innovation du Medef

Air France : transformer nos pratiques managériales en profondeur

Diane Lubin d’Air France a initié le débat en narrant l’histoire du numérique chez Air France, qui s’est développé au début sous forme de silos indépendants, mono canal, et au bout de 10 ans, l’Internet est devenu « le canal le plus important » et c’est ainsi que l’ensemble des directions ont été repositionne es début 2012 autour d’Internet. Ce qui est apparu comme une évidence c’est que l’ensemble des directions apportaient le support au client. L’ensemble du projet a été de ans former profondément l’entreprise et exploiter à fond la puissance du numérique dans un esprit beaucoup plus « démocratique » ce qui impose une réforme managériales en profondeur : les sachants ne sont plus les mêmes, les générations nouvelles et le monde collaboratif vient redéfinir la façons dont neufs travaillons.

Commission européenne : en matière d’emploi, une offre inférieure à la demande (carte savoirs numériques)

Nous avons remarqué un déficit quanti et quali en termes de postes non satisfaits dans le numérique : à partir de 2005 on a remarqué j’en baisse d’intérêt sauf en Allemagne ou en Pologne pour les formations numériques … (-30% au Royaume Uni !) Ceci au moment même où la demande augmente, ce qui crée un fort déficit. 70% des besoins non satisfaits sont dans les PME. C’est dans les pays développés et en Europe où les besoins sont les plus fortś l’inertie est dans les pays du Sud. Il faut donc avoir une politique qui prend les dimensions de formation, d’emploi, des compétences spécifiques et tout ce qui concerne les jeunes et les seniors (dimension d’inclusion importante). Les pays qui réussissent le mieux comme les pays bas, l’Allemagne et les pays scandinaves organisent des manifestations avec les entreprises et ils mettent des feuilles de route et des plans d’action. En France il y a des feuilles de route mais … Les organismes de formation ne sont prêts à aller de l’avant que si la demande est avérée. C’est donc un peu un problème d’oeuf et de poule. « Notre but n’est pas d’établir des curriculum » adit André Richier, mais d’établir des bonnes pratiques et d’inciter. (Carte de la commission européenne). Le pays qui a réagi le premier pour réaliser une coalition nationale, c’est l’Espagne, du fait de la difficulté de la situation actuelle. L’Italie a réagi aussi. La commission européen essaie de faciliter la mobilité. SAP a créé l’académie Cube en Allemagne également. Des « coalitions » publiques/privées s créent un peu partout pour faire avancer le savoir.

  • Pour le référentiel européen : ecompetence framework : http://www.ecompetences.eu/

Codingame : aider les entreprises à recruter les talents

Se réunir dans des communautés de codeurs passionnés, c’est la vocation de Codingame qui propose des challenges de programmation et ils mettent les jeunes en relation avec les entreprises qui reçoivent les classements des challenges avec les cordonnées de contact pour pouvoir recruter les jeunes.

Sikana : former le monde avec le digital

Ouvre des écoles en ligne (cuisine, musique etc.) où tout le monde peut se former gratuitement sur YouTube et tout le contenu sera bientôt traduit en 10 langues. Il faut apprendre à pêcher aux gens, plutôt que leur donner du poisson pour « les nourrir pour la vie ». C’est selon Gregory Flipo le vrai enjeu du développement. 2000 vidéos seront en ligne à la fin du mois, et en 10 langues, cela fera bientôt 20000 vidéos. L’entreprise est encore toute petite, incubée par ESCP, mais elle « se développe de manière exponentielle » a expliqué Gregory Flipo. Avec passion, il a expliqué que la formation était une des révolutions les plus importantes de notre époque. Le but n’est plus de remplir le cerveau des formateurs ni de remplir des amphis à outrance, mais de susciter des envies. M. Flipo insiste sur la notion de « lifelong learning ».

Cegos : le numérique a bousculé le monde de la formation

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Le numérique vient bouleverser les marchés. Et ceci est très marqué dans le marché de la formation car l’elearning est arrivé dans les années 2000. Patrick Galiano travaille à la Cegos depuis 5 ans et y est en charge de l’elearning. Les formations électroniques ont bouleversé la formation : l’accès à la formation peut se faire de n’importe où, le savoir devient quasiment gratuit, et aussi la production de l’information est aussi touchée par le phénomène du collaboratif (commentaires/débats/réécriture : le meilleur exemple étant Wikipedia, disponible en 270 langues). C qui ne change pas par contre, c’est l’assimilation et la mise en pratique du savoir à précisé M. Galiano. « On peut lire une vidéo de 5 minutes pour apprendre à bricoler, mais sans la pratique, rien n’est possible » a-t-il ajouté. Il faut s’approprier le savoir ! L’auto régulation est primordiale. Les MOOC (massive online open courses, voir opencourseware sur ocw.mit.edu et coursera.org, edx.org entre autres. ) sont des cours ouverts à tous et c’est passionnant, mais les limites sont celles « fixées par l’infobésité » et c’est là que Cegos est positionné. Il va y avoir aussi un besoin de plus en plus fort d’accompagnement, soit de la part de pairs, soit de coaches. Nous sommes sans cesse en train de nous adapter et faire face à l’incertitude et « il y a une notion de jeu qui est de plus en plus importante » a-t-il ajouté car les systèmes de jeu permettent de faciliter l’apprentissage en apprenant sans faire prendre conscience qu’on apprend. La question s’est posée de la complémentarité entre les modes numériques et traditionnels de formation ; cette question n’est pas nouvelle, au début du Elearning la question s’est déjà posée mais en fait, il y a toujours besoin d’un enseignant qui vient guider l’apprenant. Ce qui a changé fortement c’est le temps disponible pour la formation avec des clients qui veulent les mêmes contenus mais sur des périodes plus courtes. Il faut donc des moyens d’utiliser le numérique pour rapprocher l’apprenant du lieu de formation, et l’apprenant devient de plus en plus autonome mais cela ne fait pas disparaître le rôle du formateur selon Patrick Galiano, cela l’oblige à s’adapter.

Révolutionner la formation par le numérique : stratégie gagnante pour 2020 ? #uemedef13 was last modified: août 29th, 2013 by Yann Gourvennec

MRM : pour contrôler le marketing et ses dépenses

C’est le dernier article avant le départ en congé, et afin de ne pas bronzer idiots, je vous propose un sujet, peut-être un peu ardu, mais à mon avis très novateur, et donc digne de figurer sur ce blog. J’ai donc eu la chance d’interviewer il y a quelques jours Laurent Clementini, directeur général de Brand maker France, qui a eu la gentillesse de bien vouloir répondre à mes questions.

Laurent Clementini à une expérience assez longue sur un sujet qui pourtant est ignoré de la plupart des marketeurs, et de leurs patrons, le MRM ou marketing resource management, qui pourtant est éminemment intéressant car il concerne la responsabilisation des marketeurs. J’en profite pour signaler à ceux qui auraient raté les épisodes précédents, l’excellente présentation, même si elle est un peu datée, d’Alain Thys, de Futurelab, qui y décrivait, de manière impitoyable, le paysage du marketing, et son absence de responsabilisation.

Quelle profession, en effet, pourrait se permettre de dépenser autant d’argent, parfois des centaines de millions d’euros, sans un seul calcul de ROI, sans rendre compte de rien, sans mesure ni contrôle. Et ne croyez pas que j’affabule. Plus c’est gros, et plus ça passe ! Il est vrai que dans une vue romantique du marketing, celui-ci est une discipline plutôt créative, “artistique” dirait-on même, par rapport à l’ensemble des composantes managériales de l’entreprise. Et pourtant, en dehors des activités de créativité pures, qui restent marginales, rien ne justifie l’absence de mesures et de contrôle des activités de marketing.

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arrêter de se regarder dans le miroir et contrôler ses dépenses et ses processus : une tâche majeure pour le marketing du 21ème siècle. Photo antimuseum.com, sculpture Michel Pigeon

C’est exactement ce que le MRM cherche à pallier : il faut imaginer derrière ce nouveau terme, un véritable outil de type ERP pour le marketing. Et non ! Ce n’est pas un “tue-l’amour” du marketing, c’est un moyen de le remettre à juste titre, à égalité avec les autres activités de l’entreprise, sur un plan plus rationnel et plus responsable.

Voyons-donc avec Laurent Clementini, qui représente la société allemande Brand maker, pionnière dans ce domaine, comment cette nouvelle discipline de l’informatique marketing permet d’améliorer les processus, la qualité, et l’efficacité des entreprises. On remarquera au passage que les secteurs ayant compris le plus vite l’importance du MRM sont les secteurs industriels, ce qui n’est pas étonnant dans la mesure où ce sont aussi ceux qui sont les plus proches de la mesure et du contrôle de leurs coûts. Gageons que la crise ambiante, oblige les autres secteurs à rattraper le mouvement et contribue à rendre le marketing, et les marketeurs plus responsables, comme le réclamait Alain Thys. Lire la suite

MRM : pour contrôler le marketing et ses dépenses was last modified: avril 7th, 2016 by Yann Gourvennec

Georges Edouard Dias : « avec le digital, le chef de produits pourrait être chef de consommateurs »

Changer le marketing

Georges Edouard Diaz : Think Different!
Georges Edouard Diaz : Think Different!

On ne présente plus Georges Édouard Dias, ancien directeur digital de L’Oréal, aujourd’hui consultant indépendant qui travaille sur un projet avec son ancienne entreprise. La spécialité de Georges Édouard est bien entendu la transformation digitale, et surtout, j’aime l’angle sous lequel il aborde, c’est-à-dire non technologique ni technique, et éminemment marketing où l’on réinvente la relation avec le client, et la façon dont l’entreprise est organisée pour faire face à cette réorientation. Vous pouviez difficilement attendre autre chose de ce grand amateur d’Apple, qu’une exhortation à « penser différemment ». Plongeons donc dans ce compte rendu de la 3e et dernière partie du social drink up d’Adobe, dont j’ai déjà relayé ici et les 2 premières parties.

Georges-Edouard Dias : think different!

Penser le marketing différemment

Georges Edouard a entamé sa présentation en nous demandant de repenser notre travail de tous les jours : “en écoutant le discours ambiant [cf. EBG] on a l’impression que le digital est plutôt créateur de valeur mais le rôle du marketing n’est il pas de redonner de l’espoir et de redonner de la valeur, et notamment au consommateur au travers des produits que l’on vend ?!”. En cela, il fait écho à un article que j’ai écrit récemment sur le cercle d’Or de l’innovation.  

dessin antimuseum.com

“Est-ce que nous vivons la fin d’un monde ?” a demandé Georges Edouard à l’auditoire : “La FNAC, la Poste sont en mauvais posture face aux géants américains et on pourrait  croire qu’il n’y à plus rien à inventer. Mais  il y a 2 façons de réagir”, et de les décrire :

  • La FNAC est emblématique (agitateur culturel) mais elle a continué à rester dans son monde et “ce n’est pas qu’il n’y à plus de modèle pour la culture, c’est qu’il a été pris par d’autres”. Et pourtant, la FNAC, en mettant le .com depuis 2000 sur ses sacs avait montré une volonté de bouger, mais elle a oublié le digital et surtout, elle a oublié quelle vendait de la culture et non des biens ;
  • La Poste a lancé facteo, primé à NetExplorateur et a utilisé le digital pour recréer du lien.

Il y a donc dans ces deux vues opposées selon lui “une démarche qui se sclérose d’un côté, et de l’autre une démarche qui se récentre sur le consommateur”. Selon lui, “il faut se focaliser sur son marché pour être un leader et accepter de faire croître son marché pour croître avec le marché”.  Un précepte bien connu des lecteurs de ce blog qui savent depuis longtemps que le marché n’est pas un jeu à somme nulle, et qu’un avantage concurrentiel commence avec son secteur (Michael Porter).

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L’Oreal le vaut-il bien ?

Quant à L’Oreal, qu’en est-il ? Certes, le champion français du cosmétique n’a pas grand-chose à voir avec un agitateur culturel… Et les prémices sont bien différentes : “le cours de bourse est au pus haut, le marché fonctionne” nous rassure Geoegs Edouard, et pourtant … L’Oreal peut aussi aller plus loin, selon Georges Edouard, en embrassant la transformation digitale.

Dailleurs, selon lui, “la beauté est aussi dans le digital et il y aussi des signes de rupture” :

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“changer de peau” avec la digitale transformation

Et si le digital était le moyen de réinventer le métier de L’Oreal ?  a demandé Georges Edouard ?

“Avant, la culture de la boîte était le double digit growth mais ce n’est pas la meilleure démarche pour satisfaire le consommateur” a-t-il posé comme préalable; même si on peut opposer à cela que la croissance à deux chiffres est sans doute quelque part le résultat d’une certaine satisfaction de consommateurs qui ont voté avec leur porte-monnaie ;

“L’Oreal ayant dépassé le milliard de consommateurs, a évolué d’une vue purement organisée sur le produit pour se réorienter entièrement vers le consommateur”. Cela pose dependant 2 problèmes selon notre orateur :

  • L’axe RH et organisationnel : L’organisation est tout entière orientée vers le produit. Le chef de produit devrait devenir le chef de consommateur ! Or, “le digital permet de réduire le circuit entre le consommateur et la marque et il doit pouvoir donc permettre cette transformation”. Et créer de la valeur pour le consommateur.  Chez Kiehls il y a des customer representatives  et non des représentants de la marque. John Kiehls a fondé cette entreprise, la plus ancienne du groupe, et il créait un produit en fonction des demandes de ses clients. Idem que la vision d’Amazon qui est capable de prévoir les attentes des consommateurs.
  • Réfléchir aussi à la transformation du modèle financier : qu’est-ce qui fait la valeur de l’entreprise ? Ce n’est pas la lifetime product value, c’est la lifetime customer value !

C’est à plus qu’une liste d’aphorismes que nous propose Georges Edouard, mais à une reprogrammation du marketing, dont les dignes représentants nous noient ad nauseam de phrases toutes faites du style “mettons le client au centre de nos préoccupations” qui servent surtout à se trouver un alibi pour ne pas le faire. Le digital, au travers de côté direct, immédiat et interactif permet l’engagement avec le client et la transformation de cette relation client.

“Les grandes entreprises ne sont pas dans ce modèle”

Selon notre présentateur, “si on pense à ceux qui ont la logique des consommateurs, alors on pense aux startups.  Les grandes entreprises établies ne sont pas dans ce modèle”  :

  • il faudrait voir comment le digital peut aider les grandes entreprises à se comporter comme des startups. Il faut ramener une part de risque car c’est le moyen de génèrer de la croissance et de l’innovation ;
  • Baxter of California a lancé aux US, une boutique de barbier. C’est un petit business, rattaché directement au CMO de l’Oreal US. Pourquoi ? “Car le groupe pense que son futur marché est celui des hommes donc ils ont lancé ce business afin d’observer patiemment ce nouveau marché” ;
  • “Un des éléments du marketing c’est de lancer la conquête par le digital” selon Georges Edouard … ;
  • “Il y a plein de manières de se réinventer et le digital oblige enfin les  marketeurs de se mettre en face de ses consommateurs”.

Mettre les marketers face au consommateur … il était temps !

Georges Edouard Dias : « avec le digital, le chef de produits pourrait être chef de consommateurs » was last modified: février 6th, 2016 by Yann Gourvennec

Au vu des publicités Facebook, insultantes et inefficaces, quel futur pour la publicité sociale ?

fb-largeNous ne finirons pas la semaine  sans parler à nouveau de la publicité Facebook, qui n’en finit pas d’attirer les critiques. Il y a peu, nous nous réjouissions de l’invention « partner categories » de Facebook qui apportait un peu d’originalité et d’innovation dans le domaine bien pâle de la publicité en ligne sur les médias sociaux, même si en même temps, celle-ci  apportait son lot d’interrogations quant au respect de l’information et de la liberté individuelle.

Mais la vraie question d’aujourd’hui c’est de savoir si l’interrogation de ZDNet de juin 2012 , il y a un an déjà, sur l’efficacité des publicités Facebook n’est pas encore à l’ordre du jour. Forbes, quant à eux, prétendent que les publicités Facebook se sont dégradées nettement récemment et que leur problème n’est pas la pléthore d’affichages mais la mauvaise qualité des annonceurs. Drôle d’argument soit dit entre nous. Comme si un ad server ne choisissait pas ou ne laissait pas choisir à l’éditeur une ligne éditoriale ? Où est le travail de filtrage ? Où est la promesse d’une publicité plus respectueuse de l’utilisateur et de ses goûts, de ses centres d’intérêt et donc … plus efficace ? (même si je me doute qu’il y a une certaine efficacité dans la publicité qui fait appel aux plus bas instincts du public).

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Si Google est capable de laisser choisir la ligne éditoriale des publicités à ses éditeurs (voir mon site ci-dessus), pourquoi pas Facebook?

pub facebookSelon ZDNet “4 utilisateurs sur 5 ne sont pas influencés par les publicités présentes sur Facebook pour passer à l’acte d’achat” ce qui est sans doute déjà un chiffre bien généreux. A en juger par la pertinence des informations proposées, on peut douter en effet, et j’ai lancé sur ma page Facebook justement une discussion qui a vite attiré beaucoup de commentaires et des discussions assez intéressantes avec des échanges de liens un peu partout. Je ne serais pas seul à m’émouvoir, il y a de l’espoir.

Cet article du 15 juillet sur ad Exchange, qui fait écho à l’article de Forbes en en reprenant bien des points, dénonce la mauvaise qualité des annonceurs de Facebook. Mai sle problème de la publicité sur Facebook va certainement au-delà du simple la simple qualité des annonceurs, qui ont bon dos entre nous soit dit, car s’ils sont là c’est qu’on les laisse faire, et aussi de la pertinence de ciblage. Où est le filtrage ? Les boutons pour dénoncer telle ou telle pub comme offensante sont sans effet (je suis fatigué de cliquer dessus depuis des années sans résultat) ? Est-cela l’innovation apportée par les médias sociaux ? Voilà qui est bien décevant.

Des sites  douteux

femmesmochesIl y a notamment une abondance de publicité pour des sites plus ou moins douteux, au mauvais goût plus ou moins prononcé, et dans les langues les plus improbables.

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Ce matin, on me proposait de trouver le véritable amour en allemand, ce qui pour une fois tombe bien, puisque je lis cet idiome. J’ai bien cherché, il y a quelque temps, à changer mon profil, dont j’avais volontairement caché certains traits trop personnels, comme ma date de naissance ou le fait que j’étais marié ou non.

En me déclarant comme “marié”, je me disais qu’on arrêterait de me casser les pieds avec des sites autrichiens me proposant le véritable amour (“echte Liebe”).

Pas du tout, la série continue.

Même si je vois aujourd’hui même 19/07 un peu moins de ces publicités, il faudra voir dans la durée. Il y a toujours certes l’inévitable retargeting qui vous affiche sans cesse les produits que vous êtes déjà allés voir ailleurs (en ce moment pour moi ce sont les objectifs photographiques).

Alors la question se pose, au-delà de “partner categories”, et au-delà de la mauvaise qualité des annonceurs, peut-on réinventer ce modèle publicitaire racoleur voire même carrément insultant (voir la publicité écœurante pour les “femmes laides” ci-dessus).

Certainement, la promesse des médias sociaux allait au-delà de ce racolage digne de la rue Saint-Denis.

Au vu des publicités Facebook, insultantes et inefficaces, quel futur pour la publicité sociale ? was last modified: juillet 19th, 2013 by Yann Gourvennec

les grandes agences de communication sont-elles « digital natives » ?

Suite de mes comptes-rendus du social drink-up d’Adobe qui se tenait fin juin à la maison du Danemark sur les Champs-Élysées. Après la remarquable présentation de Jacques Froissant, la barre était placée assez haut, mais le défi fut relevé avec brio, comme à son habitude, par notre ami Nicolas Bordas, un des patrons d’agence que j’apprécie le plus, par sa compréhension du domaine digital, qu’il vit de l’intérieur, et qui n’hésite pas à prendre son bâton de pèlerin pour aller prouver l’importance de notre secteur à ses clients (notamment en juin, avec Media Aces).

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Nicolas Bordas et la vision agence de la transformation digitale

Et c’est vrai qu’il y a du travail ; nous nous en rendons compte en ce moment où nous bouclons, avec une série de relectures intensives, notre nouvel ouvrage la communication digitale expliquée à mon boss.

Alors, en ces temps où la transformation digitale est, et sera de plus en plus alors du jour des entreprises (il vous faudra attendre l’automne pour obtenir l’ensemble de la démonstration réalisée par notre travail livresque chez Kawa), peut-on considérer que les agences de communication se sont véritablement transformées, digitalisées, ou sont-elles restées des dinosaures de papier au service de clients qu’il faut plus rassurer que bousculer ?

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La réponse n’est pas aisée.

S’il y a une chose indéniable, c’est qu’il y a une véritable volonté de transformation, soit par de la réforme interne, c’est ce qu’a choisi comme voie TBWA, ou l’apport de véritables spécialistes du digital comme notre ami Dominique Delport chez Havas (qui nous a fait la gentillesse décrire la postface de notre livre) voire même par des politiques volontaristes de rachat comme c’est le cas chez Publicis. En fait, l’image du paysage des agences de communication est beaucoup moins caricaturale qu’on pourrait le croire. Ici et là, vous trouverez, notamment chez Publicis, d’excellents professionnels, et même parmi les meilleurs. Cela veut-il dire pour autant que l’entreprise en entier s’est transformée ? Probablement pas.

L’enjeu, pour la communication digitale et pour les agents de communication particulier n’est pas tant de se spécialiser dans un domaine qui reste un domaine d’expertise (on ne peut y échapper : à défaut de baigner dans le bain digital, comme le rappelle Pierre Philippe Cormeraie dans sa préface du livre, on n’y comprend rien, un point c’est tout) mais plutôt d’inspirer l’ensemble des métiers à l’intérieur de la communication afin qu’il se digitalisent tous. C’est d’ailleurs la voie impulsée par Nicolas Bordas dans son agence.

Le contexte et les différences de pays à pays

Mais avant tout, comme souvent, il faut se reposer la question du contexte et de la diversité culturelle et économique dans les différents pays. Si je me base sur une étude que je n’ai malheureusement pas le droit de partager avec vous, qui décrit le paysage de la communication digitale au Royaume-Uni en France et aux États-Unis, environ 50 % du marché français est aux mains d’agences de communication indépendantes purement digitales, pour seulement un peu plus de 30 % au Royaume-Uni et moins de 20 % aux États-Unis.

2 logiques qui s’attirent et se repoussent

Qu’est-ce que cela signifie ? En fait, dans le domaine de la communication digitale, il y a 2 logiques à la fois amies et ennemies qui se rejoignent et s’opposent en même temps. D’une part, la logique publicitaire du « message », du « coup publicitaire » et de la « campagne ». De l’autre bord, dans une démarche purement digitale, il y a l’approche du marketing du bouche-à-oreille, du bian digital et de la durée (si, si ! les vrais experts du digital savent se hâter lentement, à l’inverse des autres qui veulent tout tout de suite), en général l’apanage de sociétés plus petites, positionnées sur des marchés de niche, qui n’hésitent pas à travailler en corps à corps sur le terrain avec les internautes.

Celles-ci sont des « digital natives » qui sont agiles, impertinentes et pertinentes. Plus le paysage se resserre autour des grandes agences, plus la démarche publicitaire l’emporte, mais aussi, plus celle-ci se transforme … sans pour autant changer à 100 %. Il n’est pas question de rejeter la publicité, celle-ci est nécessaire et ne date pas d’aujourd’hui (quiconque a lu le bonheur des dames s’en souvient bien) mais bien de décrire des cultures qui sont un peu comme l’eau et l’huile, capables de se mélanger mais jamais de se fondre l’une dans l’autre.

Le paradoxe, c’est qu’en France le paysage des indépendants et en plus des importants, ce mélange se réalise d’autant moins. Mais bien sûr il y a des exceptions et je laisse donc la parole à Nicolas pour décrire le détail de sa démarche, qui se rapproche plus de celle d’une SSII que d’une agence de communication. Vision du futur, “coups d’innovation” publicitaires ou changement de métier, je vous laisse juger. Peut-être un peu tout ça à la fois ; c’est d’ailleurs une démarche qu’on voit se développer un peu partout (Tesco à Seoul, agence Cheil.com). à suivre …

1984 – Apple (par TBWA)

Nicolas Bordas : la vision agence, vue de TBWA

TBWA était l’agence d’Apple en 1984. Et Steve Jobs, en revenant dans l’entreprise a repris la même agence. Il y a eu 3 phases de transformation chez TBWA.

La première phase :

  • Pour une société de service, le premier but a été de trouver les bons profils. “Il y a eu l’école Publicis (acheter des savoir faire et les laisser vivre) et l’école omnicom (intègrer des profils digitaux dans chacun de nos métiers) et c’est ce qu’on fait : digitaliser partout et dans tous les services en recrutant des gens au cœur des agences, pas dans un coin mais au cœur du Système”. Il faut que des petites agences ouvrent des marchés avec des enjeux internationaux avec des enjeux de coûts de main d’œuvre non négligeables (faire en Inde c’est moins cher)
  • Donc les enjeux ont été de 1) digitaliser partout et 2) s’organiser
  • La limite : on ne peut pas avoir d’experts digitaux de chacun des métiers dans tous les pays,  il y a donc d’énormes limites.

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La deuxième phase : fédérer plus intelligemment ce qu’on fait dans le monde

  • Généraliste a une valeur faible, il faut être multi spécialiste
  • “On a fait du lego en spécialisant les agences dans le réseau en fonction de leur point de force en connaissant aussi leur faiblesse”
  • Ex : TBWA Finlande est dans le bureau de Rokio et a donc une expérience particulière dans le jeu et a même pu lancer des operations en partenariat avec eux
  • En complément des connaissances digitales de chaque agence, on a adoubé des Labs sur des compétences particulières démontrées. Sur chaque compétence distinctive (SEO, analytics, social media, data etc.) on a repéré l’agence idoine dans le monde. Chaque agence a un nom et certaines ont même inventé leurs propres noms. Ex : Pilot
  • Ainsi on va dans les pays idoines et on a des gens qui ont des expériences concrètes

le DAN : Digital arts Network, l’innovation communicante

  • On se rend compte, c’est la plus grosse découverte pour les agences de com, que c’est l’innovation communicante qui est l’avenir et donc on se rend compte qu’on est en train de remonter dans la chaîne de valeur : 1) on rentre dans le dur du commerce 2) les liens avec des startups innovantes devient un avantage concurrentiel
  • Ex : Cannes Lions, Adidas Neo ou TBWA Finlande a travaillé sur un moyen de rendre le shopping plus ludique et de faire passer la chaussure directement de la vitrine vers téléphone d’un simple geste, l’acheter et se faire livrer. Adidas a annoncé qu’ils allaient étendre cette innovation en Europe
  • Autre cas : Nissan au Japon. Est-ce qu’une voiture électrique ne pourrait pas alimenter une maison. Projet aerohouse:

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  • Il y a un énorme saut entre ce que sont le marketing et la com aujourd’hui et ce qu’ils seront dans 10 ans. Même si on écart des bouquins sur le marketing synchronisé personne ne le fait. L’enjeu pour Nicolas n’était pas le 360° mais le 365 jours par an …
  • La  difficulté est la maturité des clients car on est déjà trop en avance par rapport à nos clients et cette transformation digitale n’a pas de sens si elle est trop en amont (pas applicable pour les pris du ecommerce) 
  • Intervention de la salle : Limite : c’est de l’image ou de l’innovation ? La maison s’éclaire avec la voiture mais on ne peut plus revenir. Le risque étant de créer une déception par rapport au résultat. O est bombardé d’informations mais la difficulté est de faire le tri.
les grandes agences de communication sont-elles « digital natives » ? was last modified: mai 20th, 2015 by Yann Gourvennec