le très haut débit sera incontournable

Comme je l’ai fait à diverses reprises ces dernières années (collègues de la division services, cloud computing, et plus récemment Soumik Sinharoy à Orange Silicon Valley), j’ai interviewé il y a peu un de nos collègues du groupe France Telecom Orange, Bruno Janet, Directeur des Relations avec les Collectivités Locales, afin qu’il nous explique le plan fibre, ses enjeux économiques et nationaux, son historique et sa vision du futur. Coup de projecteur sur un aspect méconnu, et pourtant fondamental, de l’équipement d’un réseau avec un de ses acteurs au quotidien (note: interview réalisée à l’origine pour le blog d’Orange Business Services].

parispassion-DSC_9772

[photo Yann Gourvennec – Orange cc 2012 – certains droits réservés]

Bruno Janet est un pionnier de la communication car il fut, au début des années 80, le premier porte-parole d’entreprise en France. Directeur des relations avec la presse en 1985 pour ce qui ne devint véritablement France Telecom qu’en 1990, il a conseillé tous les présidents de l’opérateur historique depuis le début. Mais tout ceci est du passé, or Bruno est passionné par l’avenir, qu’il contribue à construire avec ses équipes et ses partenaires des collectivités locales. Cet enthousiasme (visible au travers de son compte Twitter, très suivi par ses partenaires : @bruno_janet) que j’ai découvert pour ma part lors d’un débat du smartwipclub – le club des professionnels des télécoms animé par notre confrère, le journaliste Eric Montagne – et qui m’a donné l’idée d’interviewé Bruno afin qu’il nous explique son métier ainsi que le futur des télécoms et leur impact sur les usages de l’Internet ; ce qu’il a fait avec beaucoup de franchise et sans langue de bois !

2003 : combler le retard …

Car les débuts furent laborieux, selon Bruno : « Au début des années 2000, tout était en retard ! » nous explique-t-il. « Les tensions entre les partenaires pour la mise en œuvre du haut débit étaient à leur comble », et c’est ce qui faisait les difficultés de l’équipement de la France cette époque. « Avec l’arrivée de Thierry Breton en 2003 2004, nous avons démarré le très haut débit pour tous, avec un investissement de 1 milliard d’euros qui fut une réussite » a poursuivi Bruno en rappelant cette période qui a permis effectivement, à l’exception de « quelques zones blanches », d’équiper non pas « 100 % des foyers, mais 100 % des centraux téléphoniques ». Ce n’était certes pas parfait, mais cet effort significatif fut un élément fondamental de compétitivité non seulement pour l’opérateur, mais surtout pour la France et ses entreprises. Pour ceux qui en douteraient encore, je rappelle cette statistique citée par Lynette Webb qui montrait qu’en 2006, un tiers des utilisateurs de la télé sur Ip dans le monde était français !

366061416_df9913f1d1

2005-2007 : les 40% restants …

Mais il fallait aller plus loin. La couverture de l’ADSL est passée de 60 % des foyers en 2004 à 98 % en 2007, « c’était un pari tenu » ajoute Bruno, mais il restait encore des zones d’ombre. « C’est là qu’une nouvelle loi a permis aux collectivités locales d’investir dans les réseaux » et même si Bruno admet qu’il a fallu à l’époque surmonter une certaine « frilosité » il faut reconnaître que c’est le début de l’articulation d’une stratégie de complémentarité avec les collectivités locales qui a permis de partager les investissements et de faire la guerre à ce qui dans le jargon s’appelle les « NRA zones d’ombre » (NRA zones d’ombres, c’est le terme des pros du métier pour les « nœuds de raccordement abonnés » non couverts). Avec cette nouvelle loi, c’est la possibilité de constituer des « réseaux d’initiative publique » (RIP) pour lesquels ce sont les collectivités locales qui lancent le projet, qui choisissent une « délégation de service public » (DSP) ou un partenariat public privé (PPP).

un changement radical …

Dans le cadre de cette loi, au bout de 10, 15 ou 20 ans, c’est la collectivité locale qui devient alors propriétaire du réseau. C’était un « changement fort » a ajouté Bruno Janet, « car cela signifiait que le réseau ne serait plus à nous à terme ». Cette nouvelle loi a permis de travailler en étroite collaboration avec un grand nombre de collectivités locales dont notamment la Corse, l’Auvergne, le Languedoc-Roussillon, la Somme et « ces milliers de NRA zones d’ombre sur l’ensemble du territoire ». Ceci a constitué un changement radical pour l’opérateur et aussi pour l’aménagement du territoire.

Toutefois, les limites de l’ADSL ne sont pas seulement dues à sa couverture, mais également à son caractère asymétrique (le débit montant et le débit descendant ne sont pas le même), et à sa limitation en puissance (en fonction de la distance au « nœud de raccordement »).

très haut débit : premiers résultats …

C’est ainsi que nous en arrivons au nouveau plan qui se déroule depuis quelques années, et pour lequel un « véritable élan a été créé depuis 2011 ». Il s’agit du plan fibre, démarré dès 2010, et pour lequel France Télécom Orange, en co-financement avec les autres opérateurs du marché, s’est engagé à couvrir 100 % des logements en France. Reste donc à 40 % de zones d’ombre du futur très haut débit, pour lequel le même mécanisme que celui de 2005 sera appliqué : « Il y a des gens qui trouvent que ça ne va pas assez vite » précise Bruno Janet, mais il préfère se focaliser sur les efforts mis en place et les premiers résultats : « En 1 an, les élus se sont rendu compte que l’opérateur avait une vraie volonté industrielle » à ajouté Bruno qui insiste sur le facteur fondamental de cette alliance/partenariat entre les opérateurs et les puissances publiques.

un facteur de compétitivité …

C’est tout d’abord un facteur d’attractivité pour le territoire insiste le Bruno Janet : « les entreprises ou les particuliers qui s’installent demandent le très haut débit ! C’est une valorisation du patrimoine et un critère de choix pour l’immobilier ». On le sait, le développement massif du télétravail, même en France où traditionnellement celui-ci était en retard (voir mes divers travaux sur ce sujet sur mon blog personnel) est un élément indéniable de dynamisme du réseau à très haut débit.

D’autre part, les usages explosent avec le très haut débit. Bruno compare l’ADSL « à une autoroute à 2 voies, mais l’autoroute va être de plus en plus encombrée » précise-t-il. Les usages du très haut débit sont donc un peu une affaire d’ « œuf et de poule », car avec l’arrivée d’un débit très élevé, de nouveaux usages vont apparaître, qui n’étaient même pas pensables auparavant.

la réalité sur la situation internationale …

D’une part il y a toujours des pays en avance, comme la Corée et le Japon (« à cause des décisions politiques volontaristes » précise Bruno), et d’autre part il y a les autres pays. La Suède avait pris énormément d’avance sur le très haut débit en Europe, mais le problème de la France est « la dispersion sur le territoire » ce que Bruno appelle « l’éparsité » c’est-à-dire un mélange d’éparpillement et de densité. Et Bruno Janet de préciser que nous (la France) sommes « dans la course » et que cela est confirmé par le classement de l’idate (voir également la note en bas d’article).

Quels délais ?

« 60 % des logements seront équipés d’ici 2020 promet Bruno Janet, avec 40 % restants pour les réseaux d’initiatives publiques qui seront réalisées concomitamment ». Le travail a déjà commencé en dehors de la Capitale, avec quelques exemples comme celui de Laval ou de Palaiseau-Saclay où le cœur de réseau est fait par Orange et le reste est réalisé par l’agglomération via une délégation de service public.

Mais il s’agit en fin de compte d’un véritable enjeu industriel pour le pays ; lorsqu’on cherchera un logement ou un local pour son entreprise, le très haut débit deviendra incontournable et se transformera en véritable argument de vente comme – il fut un temps – le gaz à tous les étages.

note : on remarquera en toute transparence que des voix discordantes se font entendre ici et mais que cela ne met pas véritablement en cause le déploiement de l’infrastructure en tant que tel. Si l’article du Nouvel Observateur notamment souligne les difficultés du modèle de coopération, les causes du retard en question sont peut-être à chercher ailleurs, et notamment dans les critères d’adoption des technologies et les facteurs sociologiques et économiques. Ceci à mon avis ne venant pas contredire le propos, car l’usage de la fibre se révèle avec la maturité des utilisateurs, et on sait que les technologies mettent toujours 10 à 15 ans à s’imposer au plus grand nombre ; près de 700000 abonnés au très haut débit étant d’ailleurs loin d’être un chiffre négligeable.

le très haut débit sera incontournable was last modified: mai 11th, 2015 by Yann Gourvennec

Facebook : startup idéale ou fin de la Silicon Valley ?

Facebook - StartupEn relisant l’article sur le blog de Media Aces sur le thème de « ce que Facebook a changé dans la vie des entreprises » Je me suis aperçu qu’il fallait gratter un peu et nuancer, car c’est une question éminemment complexe qui va bien au-delà de la simple stigmatisation d’une bulle. Tentative d’éclairage…

le Web 2.0 est mort vive le Web !

D’une part, la mise en bourse de le 18 mai 2012, a signalé – c’est indéniable – la mort de ce que l’on appelait encore quelquefois le « Web 2.0 » du vocable inventé par Tim O’Reilly en 2004, dans un texte fondateur, et qui devait signifier l’avènement d’une nouvelle période du Web, vite renommée « social media » en 2009.

Facebook - StartupEn dehors des commentaires moraux, laudateurs ou indignés, devant la frénésie boursière autour de Facebook, d’ailleurs lourdement et rapidement sanctionnée (encore -10 % hier, voir le schéma ci-dessus pris dans Yahoo Finance) on ne peut qu’être d’accord avec cette superbe étude de Faber Novell qui explique pourquoi Facebook doit sa réussite à sa vision, sa qualité d’exécution sa maîtrise technologique, mais aussi et c’est moins évident reconnaître pour les traditionnalistes du Management, à l’excellence de sa gouvernance.

une nouvelle ère : celle de la professionnalisation et de la publicité

Car quoi qu’on dise de la mise en bourse de Facebook, une nouvelle ère est née de la mort de ce Web 2.0, et la césure que nous sommes en train de vivre n’est ni plus ni moins que la répétition de celle que nous avons connue au début des années 2000, après la bulle, lors de laquelle le Web s’est énormément professionnalisé, et le commerce électronique devenu un pilier incontournable du business. De la même façon, les médias sociaux sont en train de tourner la page, celle de l’amateurisme, celle du « tout gratuit », et nous sommes en train de rentrer dans cette affaire où le terme de « média » n’a jamais été aussi justifié. Ce n’est pas comme on a pu hâtivement l’écrire (reconnaissons notre erreur) la fin des médias sociaux, mais au contraire la naissance des médias sociaux professionnels. Jeremiah Owyang a d’ailleurs signalé dans sa présentation la plus récente – en détournant le Cluetrain Manifesto – que pour être vu maintenant il va falloir payer ; c’est donc l’entrée dans une ère plus publicitaire, plus professionnelle aussi, où les enjeux de marque seront de plus en plus importants. Le Web 2.0 a cru tuer la publicité; chassez le naturel …

Et ceci, que la mise en bourse de Facebook soit une réussite ou un échec…

à moins que cela ait tué l’innovation … ?

Mais d’autres comme le vétéran de la Silicon Valley Steve Blank (voir ci-dessous) s’élèvent pour indiquer un autre changement d’ère : celui d’une vallée essentiellement tournée vers l’investissement industriel, à long terme et qui devient aussi la charnière d’un changement au profit de l’investissement à court terme. Quoi que… Facebook a été créé en 2004, et même si sa réussite est remarquablement rapide, cela fait quand même 8 ans, et ils ont eu le temps de faire leurs preuves et de construire le plus grand réseau humain du monde … Et si c’était Fabernovel qui avait raison, et que le monde de l’innovation avait changé pour toujours ?

Sans-titre4.jpg

Facebook : startup idéale ou fin de la Silicon Valley ? was last modified: mars 7th, 2016 by Yann Gourvennec

Désindustrialisation de la France : explications

la sélection du jour …

est une interview de Laurent Rivoire de Secafi sur le site de l’Usine Nouvelle initulée “Les 7 grandes causes de disparition d’emplois industriels”

La désindustrialisation de l’Europe, et de la France en particulier sont souvent à l’ordre du jour. Ceci d’autant plus en cette période où le sujet été remis à l’ordre du jour par les élections récentes et les problèmes économiques ambiants de l’Europe. Il est étrange parfois de remarquer que des sujets peuvent vous suivre durant toute une vie (j’ai vécu la désindustrialisation du Nord de la France pendant mes études au collège il y a près de 40 ans, et la fameuse “course à la mer” de la Sidérurgie ainsi que la disparition de l’industrie textile) et de s’apercevoir également de la faible intelligence que l’on peut avoir d’un sujet pourtant si familier. Grâce à l’usine nouvelle, et une interview parue hier sur leur site Web, un des directeurs associés du cabinet spécialisé Secafi, Laurent Rivoire, décrit les sept raisons principales de cette désindustrialisation, qui n’est pas réductible à une seule cause. Voici les sept causes citées par Rivoire :

  1. déplacement des marchés (automobile pétrochimie)
  2. saturation des sites à bas-coûts
  3. la rentabilité au travers de la spécialisation des sites
  4. les réductions d’emploi pour raisons financières (une raison souvent avancée par nombre de politiques : finance et industrie pharmaceutique)
  5. les mutations technologiques comme la disparition progressive du papier (sous le coup de la mutation numérique)
  6. les crises environnementales (ex : nucléaire)
  7. la disparition ou raréfaction des matières premières (ex : terres rares)

Voici un sujet bien passionnant et qui mériterait de plus grands développements et approfondissements et notamment l’évaluation de ces différentes causes et de leurs poids respectifs. Nul doute que nos experts du redressement économique auront étudié cela par le menu.

parispassion-DSC_9776

[photo : cc 2012 Yann Gourvennec http://bit.ly/picasayann ]

Lire la suite via L’Usine Nouvelle

Les 7 grandes causes de disparition d’emplois industriels

Alors que le Premier ministre reçoit les partenaires sociaux ce 29 mai, Laurent Rivoire, directeur associé de Secafi, revient sur les causes de la casse des emplois dans l’industrie.

Son cabinet écume les entreprises, conseillant les salariés, épluchant les comptes et projets des groupes pour tenter d’enrayer les fermetures, les plans sociaux, les suppressions de postes. Alors que le premier ministre et quatre autres membres du gouvernement reçoivent les partenaires sociaux, ce mardi 29 mai, Laurent Rivoire, directeur associé de Secafi,  livre son analyse des causes de la disparition des emplois industriels.

via Les 7 grandes causes de disparition d’emplois industriels.

Désindustrialisation de la France : explications was last modified: mai 30th, 2012 by Yann Gourvennec

wikipedia en chiffres

Je me rends compte que j’ai pris beaucoup de retard dans la traduction de mon article sur Wikipédia, retard qui ne saurait subsister très longtemps, je vous fais patienter en partageant avec vous cette infographie (source: Open-Site.org) assez complète de Wikipédia. On notera l’arrêt de la version papier de la fameuse encyclopédie Encyclopaedia Britannica, pourtant un des fleurons du savoir encyclopédique dans le monde. Les chiffres extraordinaires cités dans cette infographie ne doivent pas néanmoins faire oublier l’esprit critique de l’utilisateur, sujet sur lequel nous reviendrons dans les articles suscités. Rappel de l’URL pour retrouver les articles sur Wikipédia : http://bitly/vmwalesfr pour le Français (encore incomplet) et http://bit.ly/waleswm2 pour l’article entier en Anglais

Wikipedia
Via: Open-Site.org

wikipedia en chiffres was last modified: mai 30th, 2012 by Yann Gourvennec

médias sociaux et organisation : le dilemme

La lecture du jour, c’est la question du lundi de Media Aces, qui pour l’occasion s’est transformée en question du mardi, Pentecôte oblige …

[photo : cc 2012 Yann Gourvennec http://bit.ly/picasayann]

Médias sociaux en entreprise: quelle organisation optimale adopter? | Media Aces – Médias sociaux et entreprise

Voilà un sujet difficile à aborder, pour lequel il n’existe pas de réponse toute faite. Nous avons demandé à nos membres quelle serait, selon eux, l’organisation la plus efficace pour gérer les médias sociaux en entreprise, sujet déjà plus ou moins évoqué dans un précédent article.

Pour Jean-Paul Chapon (Société Générale), difficile de donner une réponse unique à une question aussi complexe et qui dépend de beaucoup d’éléments : taille de l’entreprise, type d’entreprise et notamment BtoB ou BtoC, présence géographique resserrée ou étendue, filiales ou non, etc.

Mais peut-être quelques indications ou pistes peuvent être proposées.

D’abord la reconnaissance de la fonction de gestion des médias sociaux, que ce soit dans une perspective d’image et de communication ou de relation client en les intégrant plus globalement dans le CRM. Reconnaissance au plus haut niveau et intégration dans un process business, avec les ressources correspondantes : effectifs professionnels (pas de stagiaires à occuper) et fonction à part entière avec stratégie et reporting.

à suivre …

via Médias sociaux en entreprise: quelle organisation optimale adopter? | Media Aces – Médias sociaux et entreprise.

médias sociaux et organisation : le dilemme was last modified: mai 29th, 2012 by Yann Gourvennec