Uberisation : vers une symbiose entre petites et grandes entreprises

Dans ce contexte de pré-élections, propice au débat sur les choix d’économie et de société, on entend souvent revenir le terme d’uberisation (également écrite ubérisation). Utilisé à la fois pour parler de dérive et de progrès, on ne sait pas vraiment si l’on doit redouté l’uberisation ou l’attendre comme le messie. La vérité est surtout que l’on ne sait pas vraiment ce qui nous attend : nouvelle économie, nouvelle société, ou juste une simple évolution sans réelles conséquences ? La seule chose que l’on sait est que les changements en cours imposent de nouvelles qualités, et notamment la sagesse, comme le résument Navi Radjou (la figure emblématique du jugaad et de l’innovation frugale, que nous avions interviewé il y a quelques mois) et Prasad Kaipa, auteurs du livre Donner du sens à l’intelligence : comment les leaders éclairés réconcilient sagesse et business. Selon eux, la sagesse est une qualité qui complète l’intelligence, et qui s’imposera inévitablement dans les prochaines années. Plutôt que la vision de la jungle où les concurrents doivent attaquer pour ne pas perdre, l’avenir nous réserve, selon les deux auteurs indiens, un fonctionnement en symbiose, à l’image de l’écosystème d’une forêt.

L’uberisation va renforcer les interdépendances entre partenaires de toutes tailles : grande entreprises, agences, start-ups, freelancers… Une symbiose va s’opérer, dans le cadre d’un nouvel écosystème. Du moins, en théorie.

L’intelligence rationnelle ne suffit plus

Ce livre repose sur une réflexion qui remonte à une trentaine d’année, lorsque Prasad Kaipa travaillait chez Apple. Prasad en garde un souvenir douloureux, ayant enduré l’autoritarisme extrême de Steve Jobs, mais a eu la chance d’être à la tête du think tank d’Apple (Apple Academy). Il était en charge d’un projet consistant justement à augmenter l’intelligence humaine.

Il a ainsi découvert qu’il y avait des compétences allant au-delà de l’intelligence rationnelle, telle que la sagesse et l’ingéniosité. « Certains pensent que l’on a atteint le sommet du potentiel de l’espèce humain. Prasad et moi sommes un peu critiques concernant ce point vue pessimiste sur l’avenir, et nous pensons que l’on a sous-estimé les qualités humaines telles que l’ingéniosité et sagesse », explique Navi Radjou. D’où ce livre qui essaie de « montrer que nous avons tous au sein de nous, ces germes de sagesse, mais qui ne se sont malheureusement pas développés proprement ».

Dans un monde de machines, l’humain a plus que jamais sa place

« Démontrer la sagesse, c’est avoir un comportement éthique et respecter des valeurs communes, et surtout pour un pays cartésien comme la France, où l’intelligence est au sommet de tout. Nous sommes capables de sublimer l’intelligence pour s’ouvrir à d’autres horizons » explique Navi, « Ce n’est pas une question de dire « nous allons essayer d’être plus intelligents », mais plutôt utiliser l’intelligence au service du bien commun ».

L’intelligence est un terme difficile à définir. Elle peut prendre plusieurs formes comme l’avance Howard Gardner : selon lui, les zones du cerveau ne sont pas toutes développées de la même façon, l‘intelligence est multidimensionnelle. Nous avons chacun des points forts dans certains domaines et des carences dans d’autres. « Dans un monde complexe, on pense que l’intelligence est une fondation pour pouvoir réussir, mais elle n’est pas suffisante, d’où l’intérêt de montrer d’autres qualités pour être compétitif sur le plan professionnel dans l’épanouissement personnel ».

L’uberisation, une symbiose dans un écosystème d’entreprise

Dans ce monde complexe, le besoin de développer des compétences de leadership se fait ressentir « le leadership n’est pas seulement la capacité à motiver les masses comme pouvait le faire De Gaulle, c’est aussi le développement de soi-même, la capacité à se manager soi-même. Quand on parle d’auto gestion, on parle de savoir aider les autres, mais aussi soi-même. Il est nécessaire d’intégrer cette sagesse dans les décisions de tous les jours, que vous soyez un entrepreneur ou un patron d’entreprise.

Et cela nous amène sur la « Gig economy » dont on parle aux Etats-Unis, connue en France sous le nom d’ »Ubérisation ». Sur ce sujet, Navi Radjou pense qu’« il y aura une coexistence d’entreprises et d’entrepreneurs. C’est là que le model de l’écosystème naturel peut être très révélateur : dans les forêts, il y a des gros arbres, mais aussi plusieurs plantes, petites et grandes, qui profitent de ces arbres et lui rendent en retour des « services ». C’est ce que l’on appelle une symbiose, et il s’agit de la même chose en économie : les entreprises autrefois repliées sur elles-mêmes vont commencer à vivre en symbiose avec le reste de l’écosystème. C’est cela que je vois venir, une nouvelle forme de constellation où les grandes entreprises ne sont plus isolées mais font partie d’un grand ensemble. » L’économie devient ainsi plus interdépendante et qui transforme l’esprit compétitif qui dominait jusqu’ici. On parle désormais moins de concurrents, mais de coopétiteurs, à la fois partenaires et concurrents.

La transformation des industriels en créateurs de valeur

 » Chez Danone par exemple, l’idée est de transformer Danone, non pas en tant que vendeur de produits laitiers mais en fait comme une plateforme, à l’image des plateformes du monde de web (Fnac, Amazon, Ebay etc.) appliquée dans le monde industriel » explique Navi Radjou. L’objectif serait de faire de Danone une plateforme sur laquelle pourrait venir se greffer des développeurs d’applications, des fournisseurs, des entrepreneurs digitaux, etc.  A terme, Danone ne serait plus une entreprise qui vend des produits individuels, mais une plateforme qui aidant à développer un écosystème de partenaires, avec des compétences spécialisées.  » C’est ainsi qu’une entreprise créée de la valeur non seulement pour ses actionnaires, ses employés ou ses consommateurs, mais également pour les autres entreprises. C’est ce que j’appelle de l’état créateur » ajoute Navi Radjou. La valeur est ainsi créée indirectement, avec le développement d’autres entreprises.

 » Dans les dix prochaines années, nous verrons arriver l’ère de convergence : une convergence de problèmes appelle une convergence de solutions  » prévoit Navi Radjou.  » C’est là que la sagesse devient très importante, parce qu’aujourd’hui en politique ou en économie on est en train de diviser, on est en train de perdre toute l’unité qui nous réunissait en tant qu’humanité ». Pendant cette période de division, la sagesse restaure l’unité essentielle pour préserver l’harmonie dans notre société.

Un point de vue optimiste que l’on aimerait voir se réaliser. Est-ce réellement vers une symbiose et plus de sagesse que l’on se dirige ? L’avenir nous le dira.

Uberisation : vers une symbiose entre petites et grandes entreprises was last modified: février 26th, 2017 by Cédric Jeanblanc
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Cédric Jeanblanc

Consultant Junior en Web Marketing chez Visionary Marketing
Cédric est consultant en Web Marketing chez Visionary Marketing. Nommé "étoile montante du content marketing" par la Content Marketing Academy, il est spécialisé en production de contenus multimédia, articles de fond, vidéos et podcasts.
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