Télétravail – Quoi ? Combien ? Où ? Et la polémique

Notre partenaire Zevillage nous a alertés récemment sur une contestation des chiffres du télétravail, un sujet que nous suivons régulièrement du fait de notre intérêt pour le sujet depuis de nombreuses années. Le télétravail recouvre une réalité du terrain non uniforme (tous les métiers ne sont pas touchés de la même manière, voire certains ne sont pas touchés du tout. D’autres au contraire, sont touchés massivement comme dans la High-Tech). Mais par dessus tout, il s’agit d’un terme impropre, grossièrement simplificateur, qui recouvre une réalité sociologique et organisationnelle bien plus complexe que ce que peut le présupposer le terme valise de télétravail. Las, les greffes de nouveaux noms sur ce concept n’ont jamais pris. Ceci ouvre la voie à des raccourcis lapidaires, dont la dernière contestation des chiffres du télétravail par l’Obergo, observatoire de l’ “ergostressie”. Le débat semble en effet se déplacer vers la définition stricte du terme de “télétravail”, issue du code de travail, dont tout le monde connaît la modernité, et du décompte pur des “travaux effectués de manière régulière et volontaire” au détriment de la mesure des différents : 

“Depuis 2012, le code du travail définit précisément le télétravail: un travail qui « aurait également pu être exécuté dans les locaux de l’employeur », mais effectué « hors de ces locaux de façon régulière et volontaire » et encadré par un avenant au contrat de travail. Il exclut donc le télétravail non formalisé alors que les enquêtes régulièrement publiées mêlent souvent les télétravailleurs déclarés et les autres. “ (L’Expansion – L’Express)

Le télétravail c’est la santé

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Le concept d’ “ergostressie » a été créé par Yves Lasfargue, créateur et animateur de l’Obergo.  souvent décrit comme sociologue dans les journaux, ce titre ne figure pas pour autant dans son CV en ligne et cette activité sociologique ne semble pas être pratiquée dans le cadre d’un organisme reconnu (CNRS, EHESS…).  On pourra déplorer ce manque de croisement d’informations dans la presse… J’ai passé un bon bout de temps sur ce site, qui m’a interpelé. Yves Lasfargue fait autorité dans la presse où il fait passer un message clair et non ambigu. Dans le langage de la profession on appelle ça un “bon client”, quelqu’un qui est toujours prêt à être interviewé et qui surtout ne va pas contredire le journaliste. Enfin et surtout, quelqu’un qui va faire passer un message clair et si possible assez tranché.

L’important est que ce message ne soit pas brouillé par des explications nuancées ou alambiquées. Quiconque a été “mediatrainé” selon le langage consacré voit ce que je veux dire. Pour mieux comprendre le concept de l’ergostressie, David Fayon a réalisé une interview de Lasfargue sur son blog. Il milite dans la presse et au travers de ses nombreux ouvrages pour un monde débarrassé de sa “Cybersecte”. La Cybersecte – ceux que nous appelons parfois les “technolâtres” dans ces colonnes – sont ceux qui prétendent que la technologie peut tout résoudre, ce sont les scientistes du 21ème siècle. Je n’ai pas beaucoup de sympathie pour eux non plus.

Beaucoup de ses concepts sont intéressants et ont le mérite d’être clairs. Le choix du vocabulaire (“stressie” semble indiquer qu’on provoque volontaire le stress, “secte” qu’on a affaire non des personnes qui se trompent mais qui complotent contre le bien commun etc.) dénote par contre d’une sorte de schizophrénie anti-technologique.  Sous ce prisme le télétravail y est vu comme un événement potentiellement nuisible, destiné à nuire à son utilisateur (sous-entendu, “presser le citron” un peu plus car le travail est une souffrance (“stressie”), ce qui n’est d’ailleurs ni complètement faux, ni nouveau (dans la vue judéo chrétienne de la chose : “tu travailleras à la sueur de ton front” etc.). Entendons-nous, je ne prétends pas que la technologie est bonne ou mauvaise, c’est juste un outil à utiliser à bon escient. Le fait que (environ selon Obergo) 20% des travailleurs se sentent exclus par la technologie ne me choque pas non plus (ce chiffre me paraît même sous-évalué en France) et je comprends qu’il s’agisse d’une souffrance pour ces personnes. Mais la question n’est pas là. Il n’y a pas de déterminisme machiavélique dans l’innovation. A mon humble avis.

Il n’y a pas UN télétravail

L’ennui, c’est que le télétravail, c’est un peu comme la solitude, ça n’existe pas vraiment. Ou plutôt, ce terme valise  est impropre à décrire la réalité du terrain, véritablement sociologique, et donc éminemment complexe. Comme je l’expliquais ci-dessus, ce qui est complexe et ambigu ne peut être mis dans les colonnes d’un journal dont chaque article est contraint par la taille.  Ce qui m’intéresse en effet, ce sont les nouveaux modes de travail, dans lesquels les technologies apportent soit un avantage en terme d’efficacité d’organisation, soit en termes de puissance et de qualité du travail. Imaginez par exemple de pouvoir travailler, comme cela était le cas pour moi pendant trois ans dans une société internationale (Equant, citée plus bas dans l’article de Zevillage) sans la messagerie instantanée pour pouvoir échanger avec ses collègues du monde, et vous pouvez directement rentrer chez vous.

Il est certain que là où il a raison, c’est que certains métiers,  dont des professions largement majoritaires dans le nombre d’employés comme les employés du secteur de la distribution par exemple, sont immunisés contre le  Travail à distance/télétravail. On ne peut pas envisager, on ne pourra jamais envisager, qu’un rayon puisse être rempli à distance d’un ordinateur. Cela peut être possible mais peu probable. De là à traduire que  ces métiers ne sont pas stressants c’est bien une autre affaire. À l’autre bout du spectre, on va retrouver les métiers high-tech qui sont surreprésentés. l’Obergo lui-même en a fait la démonstration. Là aussi je suis d’accord avec lui, ces métiers nous sont proches mais ils ne sont pas majoritaires.

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Les chiffres de l’Obergo sur le télétravail dans la High-Tech (encore appelée TIC, une survivance du passé)

En conséquence, mesurer le télétravail en moyenne sur l’ensemble des secteurs n’a a priori aucun intérêt car on va mélanger des choux et des carottes,  des secteurs où le télétravail est majoritaire car  consubstantiel du travail en question, et d’autres secteurs où le télétravail/travail à distance a peu d’impact et n’en aura jamais.

Télétravail vs. Nouveaux Modes de Travail

Ce qui me paraît plus intéressant,  c’est de mesurer non pas le télétravail stricto sensu au sens du code du travail ( si le code du travail était une base d’observation sociologique je pense que cela se saurait). Le terme de télétravail est réducteur et ne rend pas compte de la réalité du terrain. On le cantonne, à cause de sa définition, à certains métiers administratifs qui peuvent être  entièrement reproduits à domicile. Ceci ne serait donc tenir compte des métiers nomades, dans toute leur diversité.

Et cette diversité ne recouvre pas que les réalités de métiers propres à la high-tech. Les techniciens sur site, les livreurs, les commerciaux, les consultants, et tous les personnels itinérants, les infirmières, les docteurs, les métiers du service à la personne itinérant etc. etc. le seul rapport qui à ma connaissance ait réalisé une véritable étude en profondeur du sujet était l’étude STAR d’Empirica pour le compte de l’union européenne il y a déjà de nombreuses années. Afin de ne pas perdre ce rapport qui est tombé dans les oubliettes de l’Internet, je n’ai mis en ligne sur mon espace stagiaire.

Il me reste à appeler de mes vœux une véritable comptabilisation de ces différents segments sur l’ensemble de la population travail, et non un décompte simpliste, largement démonté par mon collègue Xavier de Mazenod dans l’article cité ci-dessous, calqué sur un code du travail qui date d’un autre âge.

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où va le télétravail?

Télétravail, combien de divisions (Zevillage)

Selon la 5e enquête Obergo sur le télétravail (A télécharger, PDF) le chiffre « officiel » de télétravailleurs régulièrement avancé, environ 16 % de télétravailleurs en 2012, serait largement surévalué. Une « esbrouffe » selon l’auteur qui oublie dans son évaluation le télétravail informel, soit 2/3 des télétravailleurs. Deux-tiers du télétravail est informel même si 82% des entreprises du CAC 40 ont signé un accord d’entreprise.

Absence de méthodologie de calcul

Selon l’étude de l’Obergo, le taux de télétravailleurs en France serait davantage proche de 2 %. Ainsi, les entreprises du secteur TIC ont un taux de télétravailleurs plus élevé, mais en général loin des 16 % affiché : Orange (7 %), Capgemini (7 %), Accenture (10 %), bien que la proportion d’emplois éligibles au télétravail soit importante (cadres, métiers autonomes, activités informationnelles).

Certaines entités de ces entreprises ont toutefois des taux de télétravailleurs beaucoup plus élevés : par exemple, dans une filiale d’Orange (Equant France – 1 700 salariés), on trouve 47 % de télétravailleurs. La première observation que l’on peut faire à propos de ces chiffres c’est l’absence complète de méthodologie. Comment sont obtenus ces chiffres ? Apparemment un simple décompte des seuls télétravailleurs officiels.Erreur d’évaluation ou calcul différent ?Nous avions il y a 3 ans publié dans Zevillage le chiffre de 16% de télétravailleurs repris dans le rapport Mettling. Un chiffre qui comptabilise également les télétravailleurs informels.Alors d’où provient une telle différence ?L’Obergo limite son décompte aux télétravailleurs selon la définition du code du travail. Il retient uniquement ceux qui ont signé un avenant avec leur employeur. Il exclu également les fonctionnaires télétravailleurs au prétexte que le décret d’application de la loi de 2012 n’est pas adopté. Une vision très restrictive.

Source : Télétravail, combien de divisions ? | Zevillage

Télétravail – Quoi ? Combien ? Où ? Et la polémique was last modified: avril 12th, 2016 by Yann Gourvennec
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Yann Gourvennec

PDG & fondateur chez Visionary Marketing
Yann Gourvennec a créé le site visionarymarketing.com en 1996. Il est intervenant et auteur de 4 ouvrages édités chez Kawa. En 2014 il est devenu entrepreneur, en créant son agence de marketing digital Visionary Marketing, en association avec Effiliation. Il est directeur de programme du Mastère Spécialisé Digital Business Strategy de Grenoble Ecole de Management depuis 2015
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