Transformation digitale : au tour du BTP

Juste avant les vacances, nous avons acceuilli notre ami et confrère Aurélien Blaha, directeur marketing de Finalcad. Finalcad est une startup de la FrenchTech ayant pour mission principale de révolutionner le monde de la construction dans le BTP. Une bonne occasion de continuer notre tour de France des secteurs et de l’impact de la transformation digitale. Tout part d’un constat : l’érosion de la productivité dans le BTP (et comme nous avons vu la semaine dernière, cette information est à mettre en perspective avec l’impact plus large de la transformation digitale sur la productivité globale).



Dans cette interview, Aurélien nous montre comment un secteur bien traditionnel et droit dans ses bottes de chantier, peut lui aussi, et même avant tous les autres, bénéficier d’un gain de productivité important lié à l’introduction intelligente des technologies digitales.

La création de la startup est partie du constat que le monde du BTP (pourtant inventeur de la gestion de projet) en est encore au papier et au crayon.

Le mot-maître dans le monde du BTP est le chantier. Malheureusement, il a pris une connotation assez péjorative au fil du temps. Dans le monde de la construction, il y a une habitude qui a été prise, c’est que la plupart du temps les projets explosent en terme de coûts, de délais, de problème de qualité etc. Nous tentons de comprendre pourquoi. Quand nous regardons la productivité, il y a des études effectuées dans plusieurs pays qui montrent que depuis l’après guerre, la productivité de l’industrie a augmenté et la productivité de la construction a diminué. C’est un peu comme si nous avions gardé des processus archaïques basés à partir de papier sauf que dans le même temps, la taille, la complexité et la technicité des projets a connu un essor flagrant. Aujourd’hui il y a des tours immenses et des projets très complexes se construisent dans le monde entier (ndlr, la Kingdom Tower en Arabie Saoudite, futur gratte ciel le plus haut du monde). Les projets ont augmenté en complexité mais les processus ont légèrement stagné. C’est ce que nous essayons de résoudre, avec le numérique.

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La transformation digitale va t-elle réussir à conquérir le monde du bâtiment ?

Cela s’applique t-il aux architectes ?

Dans le BTP, il y a une phase assez bien numérisée, c’est la phase de conception. Tout ce qui se passe en bureau d’architecte, bureau d’études etc. Cependant, une fois arrivé sur le chantier, dans la phase de construction, il n’y a quasiment plus personne et nous retournons au plan papier avec tous les problèmes et les imprécisions que cela amène.

Voilà pourquoi vous avez conçu un système de gestion de projet qui fonctionne sur tablette et mobile.

Nous avons coutume de dire que notre premier concurrent est Clairefontaine. Nous venons remplacer le papier et nous sommes présents sur toutes les plateformes. Nous allons proposer un plan numérisé découpé de manière intelligente afin de simplifier la navigation et relever tous les défauts présents, que ce soit en phase de gros œuvres, de second œuvre, ou avant la livraison du chantier, de manière instantanée. Cela permet la suppression des délais, car tout se passe en temps réel sur le Cloud.

En résumé, le chef de chantier va sur le chantier, repère une anomalie, la prend en photo et l’intègre dans l’outil à la vue de tous.

Exactement, afin que chacun sache ce qu’il a à faire. Cela permet de clarifier le dialogue entre les parties prenantes.

Depuis quand effectuez-vous ce travail ? Vous devez commencer à avoir de nombreuses données sur ce sujet.

L’application a vu le jour fin 2011. Sur les quatre dernières années, nous approchons les 5 000 projets gérés. Deux modes sont disponibles : il y a une version gratuite à la portée des plus petites entreprises, qui regroupe déjà 100 000 utilisateurs. Puis nous accompagnons de plus gros projets, avec des entreprises générales, et nous approchons 5 000 projets dans 25 pays. Ce qui commence à devenir intéressant, c’est que nous avons capitaliser un certain nombre de données et de statistiques autour de ces projets-là, qui font qu’aujourd’hui, nous sommes capables de rentrer dans une ère d’analyse prédictive. C’est-à-dire qu’avant même de lancer un chantier, nous serons capables de dresser une liste de problèmes potentiels pour un type d’ouvrage donné.

Cela nous fait vaguement penser au Big Data.

Nous appelons ça les Smart Data car les Big Data ne sont utiles que si elles sont bien analysées et qu’elles servent à quelque chose. Effectivement, nous entrons dans cette optique afin de permettre à nos clients une meilleure anticipation. C’est aussi une mission d’intérêt général où nous pouvons donner une vue transverse sur tout le secteur de la construction en France et dans les autres pays dans lesquels nous agissons.

Vous pouvez même vous substituer à un tiers de confiance qui permettrait d’évaluer les fournisseurs.

Nous n’y sommes pas encore mais il y a des pays comme Singapour où le prix final du loyer ou du prix d’achat de l’appartement (pour l’acquéreur final) va dépendre du niveau de qualité des sous-traitants qu’il y a eu sur le chantier donc nous rentrons dans des logiques où il y a un intérêt pour le consommateur final.

Vous pourriez même construire un business model en fonction de la cote de confiance.

Nous rentrons tout juste dans cette ère, il y a pleins de modèles à définir mais c’est une nouvelle porte qui s’ouvre et c’est très intéressant.

Finalcad est une belle réussite française. A la base, ce sont des gens dont les parents travaillaient déjà dans le bâtiment.

Exactement. Ils avaient une approche très terrain, qui fait partie de l’ADN de Finalcad, nous restons proche des problématiques du terrain. Nous pensons que la vraie transformation numérique du BTP se fera par le terrain car ce sont les gens opérationnels qui vont collecter cette multitude de données qui pourra être utilisés pour permettre une analyse prédictive. Les co-fondateurs viennent de ce milieu, puis nous avons intégrer d’autres personnes qui viennent essentiellement du monde du BTP : des jeunes diplômés sortant de formations du type ESTP, PONT etc. puis des développeurs.

Vous conquérez le monde depuis le sud de Paris

Depuis le plateau de Saclay. Nous avons une expansion internationale qui s’est accélérée à partir de la fin de l’année dernière, donc nous avons aussi une présence à Londres et à Singapour et nous pouvons observer un décollage phénoménal en Asie du sud-est avec beaucoup de projet en cours à Singapour, en Indonésie, en Malaisie, avec des tailles de projets phénoménales.

Conclusion : la transformation digitale touche aussi les gens qui ont des bottes et des casques de chantier. Pouvons-nous aussi imaginer un futur où le digital aurait un rôle pour les ouvriers eux-mêmes ?

C’est déjà le cas. Ils ne sont pas forcément prescripteurs mais ils utilisent déjà smartphones et tablettes. Afin de leur faciliter l’utilisation, il y a un certain nombre d’astuces comme la présence d’une coque renforcée lorsque nous livrons la tablette. Ceci dit, il y a un autre aspect de la question qui est l’adoption de l’utilisation, nous devons simplifier l’application au maximum ; d’un point de vue design-thinking pour être minimal (seulement 3 clic sont nécessaire pour effectuer une action). De plus, nous faisons en sorte de délivrer l’information précise qui servira à l’utilisateur à un instant T. Il y a pas mal de contextualisation, chacun voit uniquement ce qu’il a à voir, ce qui sera utile pour lui.

Avez-vous des concurrents à l’international ?

Nous avons des concurrents un peu partout : en France, aux Etats-Unis, mais peu en Asie. Nous sommes dans un océan bleu pour l’instant, l’océan rouge est la phase de conception qui est assez bien organisé, voire saturé.

Transformation digitale : au tour du BTP was last modified: septembre 1st, 2015 by Yann Gourvennec
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Yann Gourvennec

PDG & fondateur chez Visionary Marketing
Yann Gourvennec a créé le site visionarymarketing.com en 1996. Il est intervenant et auteur de 4 ouvrages édités chez Kawa. En 2014 il est devenu entrepreneur, en créant son agence de marketing digital Visionary Marketing, en association avec Effiliation. Il est directeur de programme du Mastère Spécialisé Digital Business Strategy de Grenoble Ecole de Management depuis 2015
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