Attractivité de la France vis-à-vis des start-ups : un débat impossible

Combien y a-t-il de start-ups en France ? Combien s’en crée-t-il tous les ans ? S’en crée-t-il plus en France qu’en Angleterre ? Et en Allemagne ? Sommes-nous un pays repoussoir à start-ups et entrepreneurs comme l’indiquent certains déclinologues du terroir, ou faut-il au contraire se réjouir sans limites, d’une explosion de créativité gallique avec le lyrique Xavier Niel ? Ni l’un, ni l’autre nous explique Pedro Abrantes, dans cette interview réalisée pour Visionary Marketing. La nécessité de cette interview s’est imposée à nous suite à un tweet de Pedro qui exprimait son incompréhension quant à un chiffre sur le nombre de start-ups supposé en France et au Royaume Uni. En effet, la France créerait chaque année 100 000 start-ups de plus que l’Angleterre…

le nombre de start-ups en France est dans le flou
le nombre de start-ups en France est dans le flou – photo antimuseum.com

Nombre de start-ups en Europe : Le flou total

Seul problème : le chiffre annoncé paraissait complètement démesuré par rapport à celui du nombre total d’entreprises  créées en France. Et dans ce chiffre on trouve essentiellement des entreprises qui ne sont pas des start-ups. Ceci a piqué notre curiosité et nous avons immédiatement entrepris (Via Twitter) Business France et surtout Eurostat sur ce sujet, avec un succès très relatif pour rester nuancé. En fait, notre conclusion, c’est que peu de monde, voire personne, ne s’intéresse à connaître les vrais chiffres ni la réalité mais tout le monde a un avis sur la question. Très intéressant, même si ce n’est pas nouveau

pedro-abrantes-start-upsIl s’agit en fait d’un débat impossible, car basé sur des données non fiables, voire complètement farfelues. Un grand classique en économie,  qui n’est pas une science mais une science sociale selon Thomas Piketty. On veut bien le croire. Ou plus exactement, devrait-on dire, qui pourrait être une science sociale si tant est qu’on dispose des chiffres suffisants pour tirer des conclusions fiables sur des faits fiables. En attendant que Pedro crée son observatoire (on le prendra au mot), on se contentera donc des avis des uns et des autres, et de leurs théories politico-économiques plus ou moins fantaisistes qui se nourrissent de l’absence de faits comme les champignons de l’obscurité des caves.

Interview de Pedro Abrantes : Les Start-ups et la France

Une discussion motivée par une conférence du G9+  où le nombre annoncé de création de start-ups en France s’élevait à 300 000 …

Nous allons aujourd’hui parler du nombre des start-ups …

J’ai eu une réaction d’étonnement par rapport aux chiffres qui m’ont paru excessifs comparé à la réalité du terrain. Je me suis donc rendu sur le site de l’INSEE afin de regarder comment se décomposait le nombre de créations d’activités, tout confondu. Il y a selon l’INSEE entre 100 000 et 150 000 créations, chaque année, de sociétés pouvant ressembler à une start-up. Le constat est que nous manquons cruellement de données publiques permettant de sectoriser la start-up, afin d’en connaître le nombre, que ce soit en terme de stock (car il s’en crée depuis 1990), et le nombre de créations chaque jour.

Combien d’entreprises se créent en France ?

Il se crée chaque année environ 300 000 entités , y compris les sociétés anonymes (SA), les sociétés à responsabilité limitée (SARL) et un bon nombre d’auto-entrepreneurs. Globalement, on en perd autant qu’on en crée.

Qu’est ce qu’est une start-up ?

C’est une société qui a vocation à innover, par son procédé et/ou par sa démarche de commercialisation. Prenons l’exemple d’AirBNB, première chaine hôtelière qui ne bénéficie d’aucun actif, elle met à disposition des logements de particuliers. on peut également évoquer Uber, qui met en contact ses utilisateurs avec des chauffeurs VTC qui possède déjà leur véhicule. Nous parlons de sociétés qui connaissant une expansion et une croissante fulgurante.

Avons nous un chiffre exact concernant le nombre de start-ups en France ?

Nous manquons de données caractérisant les activités qui se créent. Toutefois, nous pouvons extrapoler sur un certain nombre de chiffre. Si nous partons de l’idée qu’en Ile de France, il y a 10% d’entreprises très innovantes, et que l’Ile de France représente 60% des entreprises françaises, nous avons 20 000 sociétés très innovantes en France. Mais nous restons encore loin des 300 000.

Il y a 550 000 sociétés crées en France pour l’année 2014, dont 283 000 auto-entrepreneurs. Si sur ce total nous ne prenons que les sociétés à responsabilité limité et les sociétés anonymes, nous arrivons à 165 000 sociétés qui pourrait potentiellement être des start-ups. Ce chiffre concerne les sociétés déjà présentes ainsi que les créations récentes. Rappelons que nous sommes sur des postures de politique qui essayent de donner une image d’attractivité du territoire pour faire croître le nombre de créations de start-ups.

Sur ce total de créations, il y a certainement une grosse majorité d’entreprises dans le bâtiment, la restauration, le tourisme…

Effectivement, on pourrait détailler de façon plus précise en fonction des secteurs. Mais notons que nous pouvons être start-up dans le bâtiment, c’est à dire apporter une nouveauté qui modifiera le comportement d’un marché. La start-up n’est pas forcément liée au digital. On peut être start-up dans n’importe quel secteur : la santé, l’extraction pétrolière…

Quels sont les rôles des organisations comme Eurostat dans cette problématique ?

la fabrique à start-up Rocket Internet en Allemagne
La fabrique à start-up Rocket Internet en Allemagne

Nous sommes sur une guerre de chiffres. Aujourd’hui, il nous manque une base statistique : les organismes comme INSEE ou EUROSTAT ont quelques tableaux qui demeurent invérifiables. Il n’y a pas de base solide permettant de connaître le nombre de start-ups qui se créent à Londres ou à Munich, par exemple.

C’est un flou artistique qui permet à chaque gouvernement de se valoriser, car n’ayant pas de chiffre, tout semble permis.

C’est dommage, car il y a une vraie opportunité pour l’économie française, qui est celle de comprendre le mécanisme de vie d’une start-up et de savoir si elle sont capables d’irriguer et de renouveler l’économie sur de nouveaux secteurs.

Que peut-on nous faire afin d’éclaircir ce flou autour du nombre de start-ups ?

Il faut absolument créer une plateforme de référencement qui soit transparente et ouverte.

Premièrement, il faudra mettre en place une association avec des organismes qui sont proches des start-ups, comme la FrenchTech, ou l’OpenLab, qui permet de donner accès aux chiffres de l’Etat.

Bénéficier de chiffres fiables est essentiel. De plus, cela donnera l’opportunité de comprendre le mécanisme et de pouvoir créer des business à partir de cela. Pour aller plus loin, nous pouvons créer une base référençant toutes les entreprises qui se créent, et pouvant faire du retour d’expérience.

Concernant le retour d’expérience, nous avons eu quelques exemples avec Qui Va Couler ou Not Another Start Up même si leur point était relativement péjoratif.

Je me dis qu’il y a une opportunité et j’espère pouvoir embarquer l’école Sup de web dans cette direction, et d’autres d’ailleurs, à se dire qu’il faut absolument qu’on crée une plateforme de référencement qui soit transparente et qui soit ouverte. Alors premièrement mettre en place une association avec French Tech, avec d’autres organismes qui sont proches des start-ups et probablement une cellule comme celle de l’état, l’Open Lab, qui permet de donner accès aux chiffres de l’Etat.

Si on donne des chiffres, on donne l’opportunité à des gens de comprendre comment fonctionne le mécanisme et créer de nouveaux business à partir de cela.

Pour aller plus loin, on peut créer une base unique de référencement toutes les sociétés qui se créent et j’aimerais également avoir une base qui puisse faire un peu de retour d’expérience.

La caricature étant une fabrique Internet dont l’Allemagne est spécialiste

Faire du copycat sur une idée qui fonctionne aux Etats Unis, c’est bien. Mais le mieux reste de créer sa boîte autour de sa propre idée, et pas simplement reprendre une idée afin de la revendre et obtenir un revenu substantiel comme le fait Rocket Internet. Et même si cela fonctionne, il faut laisser la place à d’autres business models.

A quand la start-up des start-ups ?

Je souhaite le réaliser avec mes étudiants du Master Start-Up Digital de Sup de Web pour la rentrée 2014, afin qu’il soit en ligne début 2016. Ce qui permettra aux intéressés de s’agréger dessus. J’espère obtenir des partenariats avec des organismes qui sont proches des start-ups.

Attractivité de la France vis-à-vis des start-ups : un débat impossible was last modified: juin 1st, 2015 by Yann Gourvennec
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Yann Gourvennec

PDG & fondateur chez Visionary Marketing
Yann Gourvennec a créé le site visionarymarketing.com en 1996. Il est intervenant et auteur de 4 ouvrages édités chez Kawa. En 2014 il est devenu entrepreneur, en créant son agence de marketing digital Visionary Marketing, en association avec Effiliation. Il est directeur de programme du Mastère Spécialisé Digital Business Strategy de Grenoble Ecole de Management depuis 2015
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