Villes intelligentes : le futur déjà présent ? – Tribune libre

alice martinL’article du jour est une tribune proposée par Alice Martin, qui travaille actuellement en freelance à Shangaï. Cette tribune a pour objet les villes intelligentes, et retrace les premiers pas de ces villes d’un nouveau type, leurs succès ou échecs et la façon dont ces villes abordent et définissent cette ingestion de l’ubiquité… Merci à Alice pour cette tribune, et bonne lecture !

De nombreuses villes dites « intelligentes » émergent un peu partout à travers le monde. Mais qu’entend on exactement par ce terme ? S’agit-il uniquement de citées connectées, ou peut-on se permettre d’imaginer bien plus loin et bien plus fou ? Analyse d’un rêve de grandeurs en passe de devenir réalité.

Des enjeux multiples… et vitaux

L’idée de la ville intelligente, ou « smart city » en anglais, a fait du chemin depuis l’arrivée des nouvelles technologies. L’idée : mettre les innovations au service des villes, que ce soit sur le plan social, environnemental ou même économique. Améliorer les modes de consommation énergétique, la mobilité, la gestion des déchets, la gouvernance… les enjeux ne manquent pas.

ville intelligente
avec les « smart cities » les villes ne sont plus seulement modernes ou belles … elles vous permettent aussi de travailler plus efficacement (photo http://antimuseum.com)

 

Sachant que dans une quinzaine d’années, plus de 8 milliards d’êtres humains peupleront les villes de la planète, les acteurs politiques, les scientifiques et les urbanistes tentent dès maintenant d’améliorer les conditions de vie urbaine. De nombreux domaines risquent d’être impactés. Entre les logements et l’énergie qui y est acheminée, le monde des objets connectés et l’organisation des réseaux de transports, une véritable révolution est en marche.

L’idée de gouvernance globale, de mutualisation des technologies et de la sécurité globale du système est donc au cœur du débat. Comment gérer des systèmes d’informations d’une telle ampleur ? Comment les sécuriser de façon optimale ? Qui décidera de la nouvelle urbanisation « technologique » de chaque ville ? De nombreuses questions restent à l’étude. Le concept de ville intelligente n’est pourtant pas nouveau, et date d’il y a maintenant 10 ans.

Convergence de révolutions technologiques

 

C’est en 2005 que Bill Clinton, l’ex-président américain, avait lancé un défi à l’entreprise Cisco, fabriquant d’équipement pour réseaux digitaux : comment utiliser la technologie pour rendre nos villes plus durables et plus agréables à vivre ? Après une recherche sur le sujet avec un budget de 25 millions de dollars, l’entreprise publia en 2010 des résultats très prometteurs, ouvrant une brèche à de nombreux autres acteurs dans cette nouvelle ruée vers l’or.

D’après l’analyse de Cisco, les « smart cities » ont pu commencer à émerger grâce à la convergence de deux facteurs fondamentaux : l’urbanisation massive et la révolution des technologies de l’information. Le chercheur Anthony Townsend explique que tout s’est accéléré en 2008, avec trois dépassements critiques : la population urbaine sur la population rurale, le nombre de lignes haut débit sur le nombre de lignes fixes, et enfin le nombre d’objets connectés sur le nombre d’humains.

Mais c’est la Corée qui dès 2003 avait vu la première le vent souffler, et avait décidé de lancer 12 « u-Cities », le “u” pour « ubiquitious computing », en français « l’informatique omniprésente ». Le but était de tirer parti au maximum de l’ubiquité des technologies de l’information et de la communication (TIC), en connectant absolument tout ensemble : les immeubles, les hommes, les voitures… Un échec, car même si en 2004 les Coréens avaient effectivement accès à Internet de n’importe quel endroit dans le pays, le marché et les technologies n’étaient pas encore assez développés. Trop tôt. Aujourd’hui, l’approche est bien différente, et avec la recrudescence mondiale du terrorisme, l’enjeu de la sécurité est désormais au centre du débat, et guide même la conception de ces villes.

La question de la sûreté

 

Les enjeux sécuritaires d’une cité intelligente sont extrêmement délicats. Une ville hyperconnectée est un potentiel nid à problèmes, pouvant résulter de défauts dans le système d’information de ses différentes entités. De nombreux et divers risques sont ainsi identifiés, allant de l’accès à la base de données d’un site internet mal protégé à des attaques contre des systèmes industriels, en passant par la fraude aux moyens de payement technologiques.

Un niveau de sécurité adéquat est pourtant à portée de tous. Philippe Rondel, directeur technique de Checkpoint, société de conseil en sécurité, affirme que « les différents SI (Systèmes d’Information, ndlr) sont gérés par des entreprises différentes et il faut les faire communiquer entre eux de façon sécurisée, souvent via IP. C’est techniquement faisable, si on le pense dès le départ. Les éditeurs de logiciels de systèmes industriels ont mis beaucoup de temps à prendre en compte la sécurité, les problèmes et les solutions sont connues depuis des années ».

Mais les systèmes bien construits dès le début ne sont pas nombreux, et même quand c’est le cas, le problème de la sécurisation de l’interconnexion entre tous ces systèmes demeure. Face aux coûts qu’engendrerait de tels moyens de protection, l’idée de mutualisation revient toujours. Lille métropole est par exemple souvent montrée comme l’exemple d’une agglomération qui a réussi à allier patrimoine matériel et immatériel de façon harmonieuse, et en toute sécurité. Cela aura pris quand même deux ans, et selon les experts, la seule véritable solution à long terme pour l’avènement d’une ville intelligente véritablement sûre et fonctionnelle reste l’éducation et l’échange avec les citoyens. Ce que le Canada semble avoir déjà pris en compte, à coup de nombreux sondages auprès de ses habitants.

Le Canada, la Chine et l’Europe comme exemples

 

À l’heure actuelle, le concept de ville intelligente est donc maintenant pensé avant tout par les utilisateurs. Montréal, pionnière dans ce domaine, a lancé de nombreux questionnaires à ce sujet, pour savoir ce que désirent réellement les habitants. La présidente de l’Office de Consultation Publique de Montréal (OCPM), Dominique Ollivier, explique que « quand on parle des transports, de l’organisation des travaux routiers, de la propreté et de l’entretien, ce sont des choses qui touchent les gens dans leur quotidien ».

Elle ajoute que « quand les gens pensent à la ville intelligente, ils pensent à pouvoir payer leurs comptes et leurs contraventions en ligne, […] à avoir de meilleurs trajets pour éviter les bouchons, qu’on va rendre leur vie plus facile ». C’est donc sur ces points précis que la ville a décidé d’orienter sa puissance technologique : amélioration des réseaux, indicateurs en temps réel du trafic, amélioration de la gestion du ramassage des déchets grâce à l’optimisation des algorithmes informatiques. Le tout basé sur un système très sécurisé, pensé pour l’être dès le commencement. Une approche en somme beaucoup plus terre à terre, moins extravagante que les rêves de grandeur coréens des débuts.

La Chine a elle aussi décidé d’investir massivement dans les villes intelligentes dès 2010, en faisant exploser son budget dédié aux technologies de l’information. Pareil pour l’Europe, qui il y a 5 ans s’activait elle aussi dans ce même sens, l’étincelle provenant des villes de Barcelone et d’Amsterdam notamment. Plus récemment, c’est l’Inde qui s’est lancée dans l’aventure, malgré des problèmes d’urbanisations déjà colossaux. Narenda Modi, arrivé au pouvoir en mai 2014, a ainsi promis de construire pas moins de 100 villes intelligentes, et d’avancer un budget d’un milliard d’euros pour commencer. Le début d’une aventure mondiale qui s’avère passionnante, et qui sera à n’en pas douter riche en rebondissements.

Villes intelligentes : le futur déjà présent ? – Tribune libre was last modified: mai 11th, 2015 by Cédric Jeanblanc
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Cédric Jeanblanc

Consultant Junior en Web Marketing chez Visionary Marketing
Cédric est assistant Web Marketing chez Visionary Marketing. Il est spécialisé en production de contenus multimédia, texte, vidéo, podcasts.
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