La génération Y est-elle responsable du développement du Web ?

exclamation-largeVoilà le débat récurrent que j’aime bien relancer de temps en temps, tant il est difficile de faire entendre raison à une majorité qui, il faut bien le dire, se laisse gagner facilement par les poncifs et les mythologies. On a beau documenter, revenir aux chiffres, aux faits et aux études sociologiques (basées sur l’observation de cohortes, et non de simples intuitions ou anecdotes plus ou moins représentatives) la bonne vieille “génération Y”, pourtant impossible à définir, revient toujours dans les discours. Alors voici un nouvel article bonus de notre livre la communication digitale expliquée à mon boss, que nous n’avions pu intégrer dans le livre original, et que vous trouverez disponible en ligne sur@monboss.com bonne lecture !

Génération y  : le développement du digital est-il affaire de génération ?

Yann Gourvennec a lancé un débat au tout début 2011 sur ce sujet. Études à l’appui, il y démontrait , d’une part, le manque de faits pour supporter la théorie de la génération Y experte des technologies. D’autre part, dans une analyse plus personnelle, il relevait que ce mythe était probablement une projection des adultes, de leurs craintes et de leurs phobies sur l’autre…. et notamment cet autre venu le remplacer un jour, comme c’est le sort immuable des vieilles générations poussées vers la sortie par les plus jeunes, depuis la nuit des temps. Dans une vidéo découverte au détour d’un commentaire sur LinkedIn , un débat entre Mario Asselin (un professeur et blogueur du Canada) et le professeur Casilli , de l’école des hautes études économiques et sociales (EHESS), ce dernier soulevait les points suivants :

generation y

La génération Y, hyper connectée et cyberbabilleuse est-elle vraiment plus douée en informatique ? (si tant est qu’on sache qui est la génération Y bien-sûr !) – photo antimuseum.com

Anecdotes contre statistiques

« A chaque fois qu’on est confronté aux digital natives, on a droit à des anecdotes » dit en substance, le professeur Casilli. Or, le problème des anecdotes, pour sympathiques qu’elles soient, est qu’elles agissent comme des preuves alors qu’elles n’en contiennent pas. Elles sont, en effet, toujours orientées vers le particulier. Dans le cas de l’anecdote citée au début de la vidéo, il y a par exemple un mélange entre apprentissage en général et expertise informatique (ici l’apprentissage scolaire linguistique).

Données existantes

Un nombre considérable d’études a été rassemblé depuis 2007, qui montrent que quand on regarde les statistiques, on voit que les digital natives n’existent pas (voir encore ci-dessous le travail du professeur Folon), ou plutôt qu’il s’agit d’une génération stratifiée d’un point de vue social. Schématiquement, le professeur Casilli fait remarquer que l’on peut dire que les moins favorisés ont un usage plus utilitaire des nouvelles technologies, les plus aisés, un usage davantage exploratoire. Dans chaque génération il y a des stratifications et ce n’est pas une question de compétence informatique, souligne le professeur Casilli ; en l’occurrence les plus défavorisés ne sont pas moins doués en informatique. En conclusion, « on ne peut pas dissocier génération, usage et socialité, et d’autre part, les générations sont à voir comme une pluralité d’acteurs. »

Historicité du concept

Dès 2001, ces « digital natives » (terme inventé par Marc Prensky) font partie de la littérature de management. Or, dans les années 90, on a eu les « Internet Children » et dans les années 80, les « computer kids ». Ces dénominations ont coïncidé avec l’avènement des différentes générations d’ordinateurs. On a donc, au fur et à mesure du temps, imaginé que les jeunes avaient une prédisposition naturelle à l’usage des ordinateurs, peut-être due au fait que les premiers ordinateurs ciblaient les jeunes populations et qu’il fallait faire coller la réalité à la légende. Si les digital natives existaient bel et bien, précise le professeur Casilli avec facétie, « ils existent donc depuis 20 ou 30 ans ! », on ne peut donc se limiter à la génération de l’année 2000, les fameux « milléniaux ». « Si je dois me considérer moi-même, à 40 ans, comme un digital native, cela n’a donc plus de sens » a conclu le professeur Casilli avec humour.

Mais comme le fait remarquer fort justement Estelle Bouillièrce à la fin de l’interview, le problème de base vient de la définition elle-même du « digitale native ». Comme dans tous les mythes d’ailleurs. Hercule peut exécuter tous les travaux d’Eurysthée car il est un « demi-dieu » par exemple ; cette définition de base, l’être supérieur à l’homme et légèrement inférieur au Dieu, rend possible les exploits surhumains du héros mythologique. Il en va de même de nos « digital natives », une dénomination qui – comme vu plus haut – n’a pas grand-chose à voir avec la réalité.

via Le développement du numérique est-il (réellement) affaire de génération ? | La communication digitale expliquée à mon boss.

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Yann Gourvennec

PDG & fondateur chez Visionary Marketing
Yann Gourvennec a plus de 20 ans d'expérience en Marketing & Innovation. Il a créé le site visionarymarketing.com en 1996. Visionary Marketing est devenu une agence de Web Marketing en 2014. Ses champs d'action sont la transformation digitale, les stratégies de contenu, la formation digitale et la performance digitale.
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