Management : « il faut encourager les meilleurs pour réussir » (tribune libre)

imageEn partant d’un constat (apparemment) simple, Denis Fages nous encourage à récompenser les résultats statistiquement satisfaisants et de décourager les autres. Les débats récents dans la société civile sur les tentatives de rémunérations liées aux résultats statistiques dans la fonction publique et notamment la Police, ont cependant mené à des passes d’armes héroïques dont seule la mémoire éphémère des hommes nous a fait oublier l’existence, à peine un an après. Mais si nous nous concentrons uniquement sur le domaine économique, qui est l’objet de ce blog, peut-on au contraire estimer que tout doit être mesuré et récompensé à sa juste valeur ? D’aucuns argumenteront, pas toujours à mauvais titre, que certaines personnes ne sont pas motivées (uniquement ou même totalement) par l’argent et même que la pression fait baisser leur productivité. D’autres ajouteront aussi que mesurer la « quantité » de travail d’un individu n’est pas toujours chose aisée, notamment dans les fonctions support, qui ne sont pas les moins nombreuses dans certaines entreprises. Par contre, les chefs d’entreprises, aux prises avec la dure réalité (jamais manichéenne) du management, savent aussi que les objectifs, les mesures et les correctifs sont l’obligation d’une bonne gestion. D’autres prétendront encore que les objectifs fixés à un groupe sont plus efficace que ceux fixés à un individu. Croyez-moi, pour l’avoir vécu, la plus grosse pression sur les résultats ne vient pas d’en haut mais de ses pairs, surtout lorsque leur rémunération dépend de votre travail. A la moindre défaillance de votre part, ils sauront vous rappeler que vous leur coûtez de l’argent. Une expérience propre, pour mon cas personnel, à m’avoir fait apprécier les objectifs individuels en comparaison. Fermons cette introduction en pointant notamment vers un petit fascicule édité par l’INRA, et écrit par un spécialiste du domaine, Christophe Dejours, qui ne porte pas les entretiens individuels dans son coeur. Ainsi vous aurez les éléments en main pour juger de ce cruel dilemme ; place donc à Denis Fages dans cette Tribune Libre, qui ne manquera pas encore une fois de susciter des réactions dans le lectorat …

par Denis Fages

Commissionner des vendeurs sur leur ventes, c’est-à-dire sur les statistiques issues de leurs chiffres d’affaires, tout le monde trouve cela normal et acceptable. Mais peut-on appliquer le même concept à tous les employés ? Est-il intéressant et possible de le faire ? Sans parler forcément de bonus/malus au niveau de la paie, est-il envisageable de produire une statistique mesurant la production de chaque employé ? Enquête …

Récompenser pour réaliser ses objectifs

L’idée fondamentale de récompenser les bonnes statistiques est un principe qui repose sur cette vérité fondamentale : « On obtient ce sur quoi on met son attention, on obtient ce que l’on pousse…» En d’autres termes, si on encourage des statistiques qui montent, de bonnes statistiques, si on en fait la promotion et qu’on les récompense, on devrait donc obtenir des statistiques hautes. Cela paraît simpliste et c’est pourtant tellement vrai. Inversement si l’on encourage les mauvaises statistiques, on devrait au contraire obtenir des statistiques basses …

L’objectif et sa mesure, la base d’équilibre du management

Une statistique mesure l’évolution dans le temps d’une quantité. En l’occurrence, on s’intéresse ici à la « quantité » de travail ce que font les gens, à leur “production”.

Une statistique mesure l’évolution dans le temps de la production d’une personne. Une « bonne statistique » est donc un volume de production qui monte à un volume satisfaisant.

Exemples de statistiques que l’on peut mesurer dans une entreprise :

  • Combien Jean a-t-il servi de clients dans la semaine ?
  • Combien Robert a-t-il peint de m2 de peinture hier ?
  • Combien d’articles Sylvie a-t-elle écrit ce mois-ci ?
  • Combien de CA Christine a-t-elle généré aujourd’hui ?
  • etc.

Généralement, un entrepreneur ne mesure pas la production de TOUS ses employés avec des statistiques.

Et l’erreur sous-jacente est d’être d’accord pour dire que ce n’est pas possible « avec tous les employés »… et du coup l’entrepreneur limite la mesure quantitative à ses commerciaux et à la direction générale. C’est une erreur qui, à mon avis, est la source d’un grand mouvement de « dé-responsabilisation » dans les entreprises. Cette erreur peut être corrigée, voyons pourquoi :

Chaque employé produit quelque chose de valable. Et ce « quelque chose » doit être correctement nommé et mesuré. Si ce n’était pas le cas, cet employé serait donc totalement inutile à l’entreprise.

Quel est le fruit du travail de chaque employé ? A quoi sert-il ? Que « fabrique-t-il par son travail ? Ce résultat peut forcément être quantifié, mesuré. Il peut toujours l’être. Chaque employé, de la femme de ménage qui rend les bureaux propres et agréables au cadre qui obtient le chiffre d’affaires, chacun réalise un produit qui a suffisamment de valeur pour être désiré, et utile à l’objectif global de l’entreprise. En conséquence, il doit, selon moi, toujours être possible de mesurer la quantité de « produits créés » par chacun au fil du temps et donc d’en sortir une statistique simple.

Pourquoi en effet serait-il acceptable de mesurer le CA des vendeurs et pas le nombre de colis préparés ou le nombre de plaintes clients correctement traitées ?

L’exercice suivant, consistant à découvrir quelle statistique vous devez choisir pour chaque employé, afin de mesurer sa production réelle et efficace est riche d’enseignement :

Quel risque courez-vous à vous essayer à cet exercice. D’une part, il est vrai que vous risquez de découvrir que certains employés passent un temps fou à réaliser des tâches en fait peu utiles à l’entreprise. Inversement, vous allez vous donner les moyens de faire prendre conscience à certains salariés de l’importance et de la réelle valeur de leur travail. Le jeu en vaut donc bien la chandelle.

Rien que le fait d’assigner une statistique « utile » à chacun concentre les efforts de chaque employé sur son but véritable. Le vendeur sait bien que ce qui compte est son chiffre d’affaires généré ! Pourquoi pas la standardiste, le comptable ou le chauffeur ? Définir de vrais buts, une véritable production, sous leur contrôle et qui dépend d’eux motive les employés.

Le jeu naturel, pour tout employé est de chercher à bien travailler et donc à faire monter sa statistique…

Cependant, un entrepreneur doit veiller à ne pas faire l’erreur d’assigner à un employé une statistique sans son consentement. Impliquer chaque employé dans la définition de sa ou de ses statistiques d’objectifs est absolument vital pour que le système de management par statistique soit utilisé et opérationnel.

Une autre erreur, après celle de ne pas avoir de statistiques pour tous, est de ne pas récompenser les bonnes statistiques ! Or, souligner cela, impose cependant qu’on se rende compte que ce qui en découle, c’est aussi la nécessité de pénaliser les mauvaises statistiques. Prenons un exemple. Que désire un entrepreneur ? Que cherche un employé ? Ils veulent une bonne production. Ils veulent des statistiques qui montent, et qui soit élevées (posons l’hypothèse que peu d’individus désirent l’échec, à moins d’être pervers).

Certes, certains critiqueront, se plaindront, utiliseront des arguments qui auront l’apparence de la rationalité pour ne pas être d’accord avec le fait de récompenser les bonnes statistiques et de pénaliser les mauvaises. Ces employés qui ne souhaitent pas faire monter les statistiques de l’entreprise, en fait, ne sont pas vraiment dans votre équipe ; on pourrait dire que leurs objectifs divergent de ceux de l’entreprise et qu’il serait préférable pour tous qu’une négociation intervienne. Posons donc l’hypothèse que dans le cadre professionnel, le moral est lié à sa production, la satisfaction de chacun étant déclenchée par son sentiment d’être utile au groupe, productif, et ses bonnes réalisations. L’hypothèse inverse veut que moins une personne produit, moins bien elle se sent. Partant de ces deux hypothèses, la vraie question de fond change. Elle devient : « Comment obtient-on plus de CA, de résultat, de trésorerie ? »

Comment faire croître les statistiques ?

Une solution qui me paraît simple est celle qui consiste à demander à chacun de définir ses propres métriques. Ainsi, c’est l’employé qui se motive lui-même par son propre objectif et non l’employeur. En encourageant et en insistant pour que le groupe atteigne les statistiques positives, il y a de fortes chances que vous les obteniez. Car ce qui accompagne cette action et qui n’est pas toujours facile à faire pour tout le monde, c’est aussi la sanction des mauvais résultats tels qu’ils sont mesurés par la statistique.

L’erreur courante est d’encourager les mauvais résultats au lieu de les réprimer, sous un prétexte social

« Travailler moins » est non seulement un mauvais objectif en termes de production, c’est aussi un objectif qui n’est pas compatible avec ceux de l’immense majorité des actifs. Pas seulement les entrepreneurs, mais aussi les cadres, les professions libérales, les artisans, les commerçants mais aussi et surtout de beaucoup d’employés qui s’investissent dans leur travail et travaillent plus de 50 heures par semaine.

Rémunérer les bons résultats n’est pas un programme compliqué à mettre en œuvre. Vous aurez l’adhésion de vos meilleurs éléments. Au final, les cadres et les employés seront bien plus heureux lorsque la production est bonne, que le moral est haut et que l’équipe est soudée sur des objectifs communs. Encourageons les bonnes statistiques partout autour de nous !

Management : « il faut encourager les meilleurs pour réussir » (tribune libre) was last modified: janvier 23rd, 2013 by denisfages

le web social en 10 questions (1)

ebook-largeEn fin 2012 (mon Dieu, ça paraît déjà loin !) j’évoquais l’interview que je donnais dans le n° spécial de Marketing Magazine intitulé “Marketing [R]évolution”. Cette interview est cependant le résultat d’une coupe assez radicale dans un ensemble beaucoup plus ambitieux, qui préfigure ce que sera notre futur ouvrage Le Marketing Digital Expliqué à Mon Boss qui sortira mi 2013 aux éditions Kawa. Voici donc l’intégralité des 10 questions qui m’ont été posées, en 10 épisodes. Il faudra taper http://bit.ly/wsocial10 pour rassembler tous les articles.

1. Pourquoi une association des professionnels des médias sociaux en entreprise (Media Aces), quels sont ses objectifs ? Ses réalisations ? Ses projets ?

Cette association est née de ma participation à la grande association américaine socialmedia.org d’Andy Sernovitz, le Pape du Marketing du bouche à oreille[1]. J’ai rejoint cette association en 2008 car il n’y avait pas à l’époque d’entités où les professionnels pouvaient échanger sur les sujets des médias sociaux en entreprise sur un plan d’égalité et dans un environnement non commercial.

J’ai proposé à Andy de créer l’équivalent en Europe et il a préféré que nous créions notre propre structure. En 2009 j’ai rencontré Hervé Kabla lors d’une interview car il était lui aussi intéressé par les travaux de cette association. Nous avons vite décidé de nous associer et de créer Media Aces qui regroupe aujourd’hui une cinquantaine de marques, JC Decaux étant la dernière à nous avoir rejoints.

(note : en fait, depuis l’interview, Coop de France a également adhéré à l’association)

Plateau de la dernière conférence Media Aces le 25/10/2012 (photo F Tancré)

interview-marketingmagazine-Gourvennec
télécharger l’interview

L’association a plusieurs buts : Le networking, l’entraide et les conférences. Hervé et moi avons également dirigé et co-écrit un ouvrage collectif intitulé les médias sociaux expliqués à mon boss[2] qui s’est largement vendu dans les entreprises, uniquement par bouche à oreille, via la promotion que nous en avons faite via les médias sociaux.

Le livre, comme nos conférences, laisse une large place à nos membres qui y témoignent sous forme d’interviews. Media Aces est une association qui a beaucoup fait pour l’évangélisation en entreprise, en promouvant un parler vrai et un marketing éthique sans concessions, dans la droite ligne du travail de Sernovitz. Le 11 Octobre, nous avons reçu le prix du livre influent dans la catégorie ouvrages pratiques, suite à un vote en ligne organisé par le Hub Forum, confirmé par un vote à bulletin secret du jury du célèbre événement de la communication digitale. Nous sommes très heureux de voir notre travail récompensé ainsi, et cela montre l’utilité de cette association sur le plan de l’éduction, de l’incitation et de l’évangélisation. Dans les projets en cours, certainement pour l’année prochaine, un prochain livre bien-sûr qui reflètera les récentes orientations qu’ont prises les médias sociaux, ainsi que de nouveaux exemples de membres et de nouvelles interviews.

>> télécharger l’interview en format PDF

tv-smallnote : la prochaine conférence Media Aces aura lieu le 18 février sur le thème des médias sociaux dans votre assiette dans le cadre de la Social Media Week. Il n’y a presque plus de places mais vous pourrez encore vous inscrire au streaming live de la conférence afin d’y assister depuis chez vous.

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[1] le marketing du bouche à oreille, en Français, 2012, Andy Sernovitz, Amazon: http://bit.ly/sernolivre

[2] les médias sociaux expliqués à mon boss, 2011, editions Kawa, http://amonboss.com

le web social en 10 questions (1) was last modified: mai 20th, 2015 by Yann Gourvennec

Ce n’était pas ainsi que nous imaginions les médias sociaux …

La sélection du jour …

eye-large_thumb.gifEst cet article de Mario Sundar de LinkedIn qui, malgré son titre, n’est pas uniquement centré sur Steve Jobs, mais plutôt sur la façon dont les RP sont pratiquées aujourd’hui et le fait que les médias sociaux ont dévié de leur objectif de départ. Il décrit ainsi un exercice de RP de Zuckerberg et des représentants officiels de Facebook qui manque sensiblement de l’éclat et du panache des fameuses keynotes à la Apple. Je ne suis pas quant à moi un inconditionnel de la firme à la pomme, même si je possède quelques produits Apple et que je suis le premier à reconnaître qu’il s’agit de beaux produits. Mais je n’apprécie pas forcément la philosophie qui sous-tend leurs prises de position. Quoiqu’il en soit, il est indéniable que les « keynotes » de Jobs ont été des morceaux d’anthologie et qu’il a créé une tendance. Ce qui est véritablement énervant, c’est cette tendance à singer cette forme de discours, comme une sorte de passage obligé … et pas toujours avec  grand succès. Je ne donnerai pas d’exemples, ce n’est d’ailleurs pas la peine, car tout le monde ou presque essaie de l’imiter. Comme l’a écrit Herman Melville « mieux vaut échouer dans l’originalité, que réussir dans l’imitation ». Une maxime à méditer …

The magic left the building with Jobs

un produit "culte" ?
un produit « culte » ?

I remember the moment Steve Jobs scrolled through his music and uttered those magical words – “scrolls like butter” – while illustrating the beauty of the original iPhone.

It’s moments like this that you lived for, as a technology obsessed professional in Silicon Valley. And with Jobs we got to watch the Michael Jordan of technology, courtside, at his best. iPods, iPhones, iPads, the hits kept coming and Jobs made them look great.

So, it’s a pet peeve of mine these days when companies try to rip off Steve Jobs’ launch style. Not Apple’s style because the new PR machinery at Apple leaves a lot to be desired. But what Jobs created, no one else can put together, because it was and will always be classic Jobs.

via The magic left the building with Jobs « Mario Sundar.

Ce n’était pas ainsi que nous imaginions les médias sociaux … was last modified: janvier 18th, 2013 by Yann Gourvennec

« Toute l’entreprise peut tirer profit des médias sociaux ! »

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Par Yann Gourvennec

La sélection du jour, est une interview à laquelle j’ai eu le plaisir de participer, et qui est parue, non dans une revue publique, mais dans le cadre d’un journal d’entreprise, celui d’ERDF. ERDF, filiale à infrastructure à 100% d’EDF, est chargé de la gestion du réseau public de distribution d’électricité sur 95 % du territoire français continental. Dans cette  interview, je donne la réplique à Dominique Wolton, le sociologue bien connu, qui décidément, me semble pas aimer beaucoup les médias sociaux. J’essaie dans cet exercice de donner une vision optimiste, sans être naïve, de ces outils que 10 ans après, nous ne pouvons plus qualifier de “nouveaux”. Je remercie particulièrement l’agence Makheia, et notamment Sandrine Andro, Directrice du planning stratégique de l’agence, pour l’organisation de cette superbe interview.

extrait de ERDF infos le mag 4E TRIMESTRE 2012

“Les réseaux sociaux ont pris une place déterminante dans notre vie quotidienne. Ont-ils cependant leur place dans l’entreprise ? En quoi sont-ils utiles ? Yann Gourvennec, l’un des tout premiers responsables de médias sociaux en France, et le sociologue Dominique Wolton en débattent.

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[Dominique Wolton “Les Réseaux Sociaux dans l’entreprise”]

Le boom des réseaux sociaux du type Facebook, Viadeo ou LinkedIn est-il une simple mode ou une vraie révolution ? Les réseaux sociaux ont pris une place déterminante dans notre vie quotidienne. Ont-ils cependant leur place dans l’entreprise ? En quoi sont ils utiles ? Yann Gourvennec, l’un des tout premiers responsables de médias sociaux en France, et le sociologue Dominique Wolton en débattent.

Le boom des réseaux sociaux du type Facebook, Viadeo ou LinkedIn est-il une simple mode ou une vraie révolution ?

Yann Gourvennec : Ni l’un, ni l’autre ! Ce sont des outils. De formidables outils qui offrent de multiples opportunités aux individus comme aux entreprises mais qui restent des outils. Et comme tous les outils, il faut apprendre à les manier pour les utiliser à bon escient. Après tout, il ne vous viendrait pas à l’idée de prendre un tournevis pour enfoncer un clou ! Il en est de même des réseaux sociaux. Ceux-ci sui- vent d’ailleurs le même cheminement que toute nouvelle technologie mise à la disposition du public, décrite par Gartner dans une classification bien connue : une phase de décollage plus ou moins laborieuse avec des sceptiques, puis une phase d’engouement excessif, presque de « technolâtrie », où l’on pense que ces nouveaux outils sont une panacée. Lui succède une phase de relative désillusion – « non, ça ne résout pas tout ». Enfin, vient une phase d’apaisement et d’appropriation par le plus grand nombre ; l’outil a trouvé sa place. En 2012, nous sommes clairement entrés dans cette dernière phase.

Dominique Wolton : J’y vois surtout une réelle extension des possibilités d’expression des individus. Y compris dans l’entreprise. Et c’est bien là que commencent les problèmes. Les salariés, et notamment les jeunes embauchés, vont avoir tendance à transposer à l’intérieur de l’entreprise les habitudes de liberté d’expression, voire de babillage, qu’ils ont prises à l’extérieur. Or l’entreprise, pas plus que l’école ou l’armée, ce n’est pas « l’extérieur ». Le risque serait de chercher à la transformer en un lieu de délibération, de critique échevelée, de libre expression – ce qu’elle n’est pas. En outre, à quoi cela sert-il de s’exprimer sur tout et sur rien si l’on ne peut pas changer le cours des choses ? Il y a un risque de frustration.

Justement, pensez-vous que ces réseaux vont faire évoluer la gouvernance des entreprises ?

Dominique Wolton : Il ne faut pas trop compter sur les réseaux sociaux pour changer les rapports hiérarchiques. Ils ne modifient l’atmosphère collective que dans un premier temps et plutôt superficiellement : toutes les entreprises ne sont pas des start-up du Net et la France n’est pas la Californie ! D’ailleurs, seul un naïf peut croire que la multiplication des réseaux sociaux va faire de chacun, y compris en entreprise, quelqu’un d’ouvert, de sympathique, sans mystères, totalement transparent. Le secret, la rumeur sont intrinsèques à la nature humaine. La transparence totale n’existe pas et n’est pas souhaitable. A fortiori à l’intérieur de l’entreprise.

Même pour les jeunes, qui ont grandi avec Facebook et Twitter ?

Yann Gourvennec : Malgré les poncifs, la fameuse « génération Y » (les 18-30 ans) se cale très vite sur les usages existants lorsqu’elle arrive en entreprise. Elle sait en principe manier les outils informatiques un peu mieux que ses devancières, mais il ne faudrait pas surestimer son aisance technique. Plusieurs études (voir sur mon blog http://oran.ge/genyetudes) nous ont permis de nuancer les propos. Sur le terrain, les jeunes, une fois embauchés, se ruent sur le « vieux » mail pour communiquer avec leurs collègues plutôt que sur les outils synchrones (chat, messagerie instantanée, web conférence, etc.) qui offrent pourtant une communication directe et efficace. C’est d’ailleurs bien dommage pour l’entreprise : on peut être un adepte de Facebook ou un virtuose des jeux vidéo, sans avoir la capacité ni le don d’en faire profiter l’entreprise. En conclusion, je crois plus à l’apport intergénérationnel qu’aux clichés. C’est avec l’éducation de tous – jeunes et moins jeunes – que les bons usages vont se développer. Est-il possible de mettre ces réseaux sociaux au service de l’entreprise et de ceux qui y travaillent ?

Dominique Wolton : Bien sûr. Ils fournissent un outil supplémentaire de communication, aussi bien interne qu’externe. C’est un progrès indéniable. Encore faut-il maîtriser correctement leur usage. Par exemple, éviter les fuites (qu’ils facilitent), l’isolement (pourquoi passer par Facebook pour communiquer avec un voisin de bureau ?), la fracture numérique jeunes-vieux ou le développement d’une nouvelle langue de bois.

Yann Gourvennec : Toutes les fonctions de l’entreprise peuvent en tirer profit : depuis la DRH, en matière de formation ou de recrutement (grâce à des réseaux sociaux professionnels, comme LinkedIn, qui lui permettent d’élargir au monde entier la consultation de CV pertinents et même avec Facebook, fortement implanté parmi la population étudiante),jusqu’au commercial ou au marketing. Dans ce domaine, l’usage des réseaux sociaux dans une optique de « e-réputation » n’est pas réservé à des marques connues du grand public comme Orange. ERDF aussi, comme toutes les entreprises du business to business, peut elle aussi y trouver des ressources formidables. Il est même plus aisé pour les entreprises de ces secteurs professionnels de tirer parti pleinement des médias sociaux car le marketing du B2B, à l’instar de ce qui se passe dans les médias sociaux, fonctionne à plein sur une logique communautaire et de bouche à oreille ; même si les communautés sont petites, elles sont sou- vent passionnées. De même, pour faire comprendre et connaître l’aspect infrastructure de l’opérateur, a priori moins populaire, il est possible, grâce aux médias sociaux, de changer la perception habituelle : c’est la démarche que nous développons en ce moment au travers d’un « serious game », où le joueur devra gérer un réseau téléphonique et Internet, à la manière du célèbre jeu Sim City. Les possibilités sont infinies, il suffit de les saisir et d’inventer le futur !”

DOMINIQUE WOLTON, 65 ANS, EST DIRECTEUR DE L’INSTITUT DES SCIENCES DE LA COMMUNICATION (CNRS). CE SPÉCIALISTE DE LIMPACT DES NOUVELLES TECHNOLOGIES VIENT DE PUBLIER INDISCIPLINÉ, 35 ANS DE RECHERCHES CHEZ ODILE JACOB.

YANN GOURVENNEC, 50 ANS, EST DIRECTEUR INTERNET ET MÉDIAS SOCIAUX CHEZ ORANGE. IL EST LE CRÉATEUR DU SITE VISIONARYMARKETING.COM. AVEC HERVÉ KABLA, IL A PUBLIÉ LES MÉDIAS SOCIAUX EXPLIQUÉS À MON BOSS AUX ÉDITIONS KAWA.

« Toute l’entreprise peut tirer profit des médias sociaux ! » was last modified: septembre 20th, 2014 by Yann Gourvennec

Comment préparer un bon kawa ? 3e épisode ? #petitkawa

par Hervé Kabla, Media Aces

Voici déjà le 3ème épisode de notre passionnante Websérie “vous prendrez bien un petit kawa !?”

tv-large.gifOn a tous nos recettes pour préparer un bon café. Certains comme moi préfèrent les cafetières à l’italienne, d’autres ne jurent que par les capsules Nespresso, d’autres encore utilisent le fameux Bodum… Sans parler des saveurs, des pur arabica, 100% robusta, des mélanges. Bref, nous avons tous nos trucs, et nous adorons les partager avec ceux qui apprécient nos breuvages.

Et bien, c’est exactement la même chose pour écrire un livre. Yann et moi avons chacun nos recettes, nos méthodes, nos technique: l’un dicte ses articles écrits à la main à un logiciel de reconnaissance vocale, alors que l’autre trouve l’inspiration dans le calme de la nuit, alors que chacun dort paisiblement autour de lui. C’est ce mode de préparation asynchrone qui permet de travailler ensemble sur les mêmes documents, à l’aide d’un système de partage de documents en ligne, Skydrive. Ce mode permet également de mettre à contribution tous les autres talents qui participent à ce projet ambitieux: traducteurs, illustrateurs, équipe de rédaction en anglais, etc.

Voici donc le 3e épisode de « vous prendrez bien un petit kawa », qui vous en apprendra plus sur le mode de préparation du kawa…

3ème épisode : nos méthodes de travail pour écrire “la communication digitale expliquée à mon boss”
Comment préparer un bon kawa ? 3e épisode ? #petitkawa was last modified: mai 20th, 2015 by Yann Gourvennec