Steve Ballmer : « je vois encore beaucoup de papier-crayons ; il y a encore de la place pour l’innovation » #ebg

briefcase-large_thumb1J’ai participé à une conférence organisée par l’EBG à Paris, le 8 novembre, à laquelle Steve Ballmer était convié. Cela m’a pris un bon bout de temps pour traiter mes notes, mais voici enfin les réponses du futur ex patron de Microsoft, qui parfois a répondu à mes interrogations et parfois un peu moins. Certes, indéniablement, Ballmer a réussi à captiver la salle de l’espace Pierre Cardin, pleine à craquer, lors d’une interview très interactive menée par le secrétaire général de l’EBG, Pierre Reboul. Steve Ballmer, c’est à noter, est également membre du Board de l’EBG.

Beaucoup d’interrogations se sont fait jour sur le futur de Microsoft ces derniers temps, notamment eu égard à son apparente incapacité à négocier le marché des mobiles (et on ne peut pas compter sur Bill Gates pour contredire ces interrogations). Cependant, il serait faux de croire que Microsoft a perdu la guerre même si elle a perdu quelques batailles. En fait, le géant du logiciel de Redmond, est encore très fort dans beaucoup de domaines à commencer par l’infrastructure Cloud computing, la collaboration dans les entreprises (plus de 70 % de parts de marché pour SharePoint, sans compter Yammer), les jeux grand-public avec la plate-forme Xbox dont le succès ne se dément pas, et bien sûr, Microsoft Office qui est, qu’on aime ou non, toujours très largement utilisé, malgré une flopée de suites Office plus ou moins gratuites téléchargeables depuis Internet.

Ceci étant, les modèles économiques de Microsoft sont soumis à rude épreuve. Office devient peu à peu un logiciel vendu sur un mode de paiement à l’utilisation avec Office 365, Windows 8 vient juste de ressortir des limbes après un tardif lifting 8.1 longtemps réclamé par les utilisateurs (avec notamment le fameux bouton « démarrer[1] » ; alors où va Microsoft ? Voyons ce que Steve Ballmer, actuel PDG de Microsoft sur le point de partir, nous disait à ce sujet, même si il a réussi habilement à taper en touche sur plus d’une question…

Juste après l’introduction, Steve Ballmer a répondu à une question à propos de la toute nouvelle tablette Microsoft surface 2. « Surface 2 est la preuve que Microsoft est en train de devenir un fabricant de terminaux, et qu’il sort du marché des PC standard » Steve Ballmer a-t-il expliqué, confirmant ainsi l’impression que beaucoup d’analystes ont eue après l’annonce de rachat de Nokia, ou plutôt d’une part de Nokia, comme Steve Ballmer l’a expliqué quelques moments plus tard.

Est-ce que cela veut dire que Microsoft va arrêter de travailler avec des OEMs (traduction : fabricants tiers de matériels) ? « Je le dirais un peu différemment » a répondu Ballmer avec grande habileté : « nous continuerons de travailler avec des OEMs, mais nous produirons plus de terminaux ». Microsoft choisit là une voie radicalement différente de celle d’Apple, et son modèle semble bien plus proche de celui de Google, même si les business models des 2 géants américains demeurent complètement différents.

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Steve Ballmer avec Pierre Reboul de l’EBG sur scène à Paris

« Partout où je vais, je vois du papier et des crayons, il y a encore moyen d’innover »

Pierre Reboul, tout en louant les qualités de la tablette Surface 2 s’est interrogé : « comment transformerez-vous cette honnête tablette en un best-seller ? »

« Pour cela, vous avez besoin d’une proposition de valeur d’un tout autre modèle » a expliqué Steve Ballmer. « Ce terminal a pour objectif de vous rendre plus productif ; ça sert à autre chose que juste regarder des films[2]. » En outre, « un apport d’innovation continue est indispensable. À chaque réunion où je vais, je vois encore beaucoup de papier de crayons » a fait remarquer Steve Ballmer. Je vois donc encore beaucoup de place pour l’innovation ». Je ne peux qu’être d’accord avec ça. Il y a 10 ans, je prenais des notes en utilisant l’outil de reconnaissance intelligente de caractères (ICR) de mon mini PC iPAQ. Aujourd’hui, c’est quelque chose qui n’est plus disponible, et je suis encore en attente d’une technologie qui va nous permettre de nous libérer du papier, du crayon et nous laisser prendre des notes dans d’une manière naturelle grâce à la reconnaissance intelligente de caractères. Après tout, si c’était possible il y a 10 ans cela devrait être encore possible aujourd’hui !

Revenons à Windows 8 : il a été lancé dans un concert de mauvaises rumeurs, maintenant qu’une nouvelle version vient d’être lancée, qu’avez-vous à dire ?

« En termes de ventes, nous en avons vendu 100 millions d’unités en un an : c’est plutôt bon ! » s’est récrié Steve Ballmer dans son style caractéristique. « Les ventes ont donc été plutôt bonnes, mais quand on regarde les ordinateurs personnels pour consommateurs, il y a eu un impact indéniable des matériels d’entrée de gamme et nous travaillons à ce problème en concevant de nouveaux terminaux » a-t-il ajouté. Les ventes ont été tout de même meilleures que les commentaires publics. « Si on considère les retours du public, le résultat a été plutôt moyen » a quand-même déclaré Steve Ballmer. « Le produit a été aimé par certains et détesté par d’autres. Il y a eu beaucoup de feed-back assez divergents. Mais ce que nous avons réalisé avec Windows 8 a été plutôt courageux. Nous continuons à aller de l’avant ; cependant, pour les clients entreprises, c’est toujours Windows 7 qui reste le plus populaire ».

Quelle est la frontière entre mobile et Desktop ? a ensuite demandé suivante de Pierre Reboul.

« Les frontières sont floues. » A déclaré Ballmer. « Les Phablets [NDLR : les hybrides entre les téléphones et les tablettes] existent ; même si je n’ai pas souvenir d’avoir vu celle de Microsoft tant ce marché semble préempté par Samsung et son superbe Galaxy Note. « Les gens vont d’un terminal un autre. On a même créé une énorme tablette de 80 pouces que vous pouvez accrocher au mur. Il n’y a plus de frontière nette entre les terminaux ». A-t-il conclu.

photo par idownloadblog via the Verge > poursuivez votre lecture sur http://bit.ly/ms80inchtab

Quels changements dans les modèles économiques de Microsoft ?

Et qu’en est-il de la bonne vielle licence, base du modèle économique historique de Microsoft ? Microsoft va-t-il être forcé de passer au modèle SaaS ? Comment vont-ils faire de l’argent avec ça ? « Le futur du logiciel est d’être délivré en mode as a service » a confirmé Steve Ballmer. « Que ce soit pour le B2B ou pour le B2C. Office 365 est déjà l’application numéro un en SaaS dans le monde » a-t-il ajouté. Mais est-ce que Microsoft fait autant d’argent avec ce modèle que par le passé ? « Les services représentent une part plus petite du chiffre d’affaires mais cette part augmente rapidement et nous espérons que des hausses dans le nombre de sièges viendront compenser cela. Pour les clients entreprise, la version en ligne est imbattable. Mais pour les clients consommateurs, c’est différent car certains d’entre eux préfèrent et préféreront toujours acheter la version physique du logiciel une fois pour toutes ! » Et il est vrai que la récente bronca sur le modèle SaaS de la version d’Adobe Creative Cloud a démontré que cela était vrai (voir ici). Soyons franc, je suis pas complètement convaincu que ce modèle de service arrivera à compenser les énormes revenus de licence, mais l’avenir nous le dira…

Nokia : qu’avez-vous acheté exactement ?

Une autre question que j’attendais avec impatience était celle relative à l’achat de Microsoft et notamment ce qui se cachait derrière cet achat et ce que la firme de Redmond entendait en faire : « Nokia est fait de plein d’entités différentes » a exprimé Steve Ballmer. « Nous n’avons pas acheté la division cartographie, ni la division opérateurs, nous avons acheté la division téléphonie et tablette ». Ceci veut dire donc que Microsoft a désormais 2 tablettes ! Surface et la tablette de Nokia. Ballmer a balayé ce problème d’un revers de la main : « quand tout sera terminé, nous aurons 2 tablettes [NDLR : le deal entre Nokia Microsoft n’est en effet pas entièrement ratifié]. Mais ce n’est pas un problème » a-t-il ajouté. Là encore, c’est le temps qui nous dira si avoir 2 produits challengers est suffisant pour pouvoir concurrencer les 2 leaders établis que sont Apple et Samsung. La Surface 2 a bien air d’être un produit très sympathique. Cependant, le concept est vraiment bon, et j’aimerais bien en avoir une de façon à pouvoir travailler sur mon blog sur l’ensemble de la chaîne de création de valeur… si et seulement si les applications et le matériel sont vraiment au top. Je n’ai d’ailleurs pas encore remplacé mes OS mobiles par Windows mais qui sait, il ne faut jamais dire jamais…

Une stratégie sociale pour Microsoft

Le domaine social est un domaine où Microsoft a soit réalisé des succès fantastiques (B2B) ou s’est plantée lamentablement, en B2C notamment, malgré le fait que MSN leur ait donné longtemps une avance incroyable bien avant l’arrivée de Facebook. « Nous sommes un acteur dans certains domaines des réseaux sociaux » a confirmé Steve Ballmer. « Nous avons été très gâtés par le succès avec Yammer et Skype, et nous faisons partie de l’écosystème des réseaux sociaux » a-t-il ajouté. Ballmer a souligné que même les géants de l’Internet comme Google avaient des difficultés dans ce domaine cependant. « Google a connu de grosses difficultés face à Facebook » a dit Steve Ballmer en faisant allusion à Google+, même si celui-ci reprend un peu de poil de la bête en ce moment, notamment au travers de « l’autorité » des auteurs et des fonctionnalités de communautés très dynamiques ; je ne serais pas surpris si les choses changeaient dans le temps à moyen terme, en faveur de Google. « Yammer a un modèle freemium. Dès que le département informatique veut reprendre le contrôle, ils prennent la version payante » a-t-il ajouté. Il faut se souvenir néanmoins qu’à la fois Skype et Yammer sont des acquisitions externes.

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Les jeux vidéo

Le gaming est un des domaines où Microsoft a eu le plus de succès. « Xbox est l’une de nos expériences les plus intéressantes » a dit Ballmer. « Le modèle émergent est le gaming freemium, mais il y a toujours un modèle pour les jeux populaires où la production est très chère. Ces 2 modèles sont prometteurs pour le futur, mais ils sont associés à deux différents types de jeux. Les jeux plus triviaux sont ceux qui se focaliseront sur le freemium » a ajouté Ballmer. « Le nouveau capteur Kinect est vraiment phénoménal. Il peut repérer un doigt qui bouge à distance » a dit Ballmer. « On l’utilisera pour les jeux dans lesquels les joueurs font des gestes subtils comme dans le tir à l’arc par exemple » mais il y aura des applications pour les entreprises également. « Le futur sera une projection de l’utilisateur dans le jeu, ou même un spectacle » a-t-il ajouté. Imaginez par exemple que vous êtes capable de tirer un penalty à la place du joueur sur le terrain ! Des fonctionnalités plus innovantes comme cela seront ajoutées, il y aura de l’espace pour des jeux plus chers, mais aussi « beaucoup de modèles freemium peuvent commencer avec des jeux d’entrée de gamme et devenir ensuite sérieux », même si « les jeux Microsoft sont plutôt pour ceux qui recherchent un loisir élaboré » ajouté Ballmer.

Microsoft, l’innovation et son futur PDG (les spéculations vont bon train)

Microsoft d’une grande entreprise elle sera encore plus grosse après l’acquisition de Nokia dès qu’elle aura été ratifiée. « Il y a 100 000 employés qui travaillent pour Microsoft avant Nokia, y en aura 130 000 après » a ajouté le patron de Microsoft. « Il y a encore de la place pour l’innovation chez Microsoft, à la R&D, mais aussi l’innovation ascendante. L’innovation de qualité est un bon mélange entre l’innovation descendante et ascendante » a-t-il précisé. « Le succès vient rarement de la base ». Ballmer a rejoint Microsoft en 1990 et envisage de quitter l’entreprise rapidement. « J’aime Microsoft » a-t-il dit « mais j’ai déjà pris ma décision. Je veux mener une vie active en dehors de Microsoft. Nous sommes au milieu d’un changement fondamental vers les terminaux et les services, et il est temps pour moi de réaliser cette transition. Lorsque nous aurons un nouveau leader, il sera le nouveau leader un point c’est tout. Je ne connais pas son nom et je ne le donnerais pas si je connaissais » il y a eu des rumeurs que le nouveau patron de Microsoft serait Steve Elop, ancien patron de Nokia, mais Ballmer n’a pas donné de commentaires là-dessus.

L’objectif de Ballmer n’est pas de prendre sa retraite cependant : « je ne prendrai pas ma retraite pour aller pêcher, je ferais peur aux poissons ! Je veux étudier, voyager, m’occuper de l’équipe de basket-ball locale, faire partie de conseil d’administration d’entreprise… Il y a tellement de choses que j’aimerais étudier avant de prendre ma retraite » a-t-il conclu.


[1] Les utilisateurs sont ainsi : en 95 ils se récriaient et se moquaient d’un bouton « démarrer » – malgré une fameuse chanson des Rolling Stones destinée à lancer le produit – et près de 20 ans plus tard, ils le réclament lorsqu’on le leur enlève … allez comprendre !

[2] Précisons tout de même que la version originale de cet article a été tapée sur un iPad avec Evernote pro. Mon iPad me sert aussi à dessiner, à écrire, à lire, à travailler, à communiquer … et je regarde somme toute très peu de films.

Steve Ballmer : « je vois encore beaucoup de papier-crayons ; il y a encore de la place pour l’innovation » #ebg was last modified: décembre 6th, 2013 by Yann Gourvennec
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Yann Gourvennec

PDG & fondateur chez Visionary Marketing
Yann Gourvennec a créé le site visionarymarketing.com en 1996. Il est intervenant et auteur de 4 ouvrages édités chez Kawa. En 2014 il est devenu entrepreneur, en créant son agence de marketing digital Visionary Marketing, en association avec Effiliation. Il est directeur de programme du Mastère Spécialisé Digital Business Strategy de Grenoble Ecole de Management depuis 2015
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