Génération Y et inter-génération : l’âgisme, ce nouveau racisme

La sélection du jour …
eye-largeEst cet article de Jean-Philippe Déranlot accompagné de plusieurs autres et d’une vidéo (voir ci-dessous) qui soulève à nouveau le sempiternel débat autour de la génération Y, maintes fois traité ici, en jetant un coup de projecteur sur un aspect intéressant, et à mon avis fondamental du sujet, qui est la nécessité de faire travailler les générations entre elles.
apprendre aux jeunes qui apprennent aux vieux …
De temps immémoriaux, les vieux ont appris aux jeunes qui ont appris aux vieux qui ont appris aux jeunes et ainsi de suite (à moins que ce soit l’inverse) … et ma boule de cristal me dit que cela … ne changera pas malgré les tentatives de mercantilisation des générations qui tendent à les enfoncer dans des caricatures. Consumo ergo sum ? Ces stéréotypes, ne frappent pas que la génération Y, ne sont pas que l’apanage de la génération X, des “seniors” (euphémisme pour “vieux”) ou de tout autre acronyme qu’on veuille bien utiliser.

AccueilDerrière cette réflexion apparemment anodine et évidente qui consiste à dire que travailler ensemble vaut mieux que travailler les uns contre les autres, et au-delà de l’apparente simplicité qui en dérive du point de vue de l’efficacité de la société et de son simple fonctionnement, se pose en fait la véritable question soulevée fort à propos dans un document publié par la société de conseil Achieveglobal et trouvé sur le site Web d’une université américaine : les stéréotypes entre générations sont-ils une nouvelle forme de racisme dénommé « âgisme ».

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légende : les préjugés entre générations, préalable à la rupture du dialogue, au relativisme et au racisme (“âgisme”) – dessin antimuseum
vidéo de JP Déranlot sur l’inter génération
12 signes de l’âgisme

En se basant sur les travaux du professeur Jean Twenge, Achieveglobal relève 12 signes du racisme basé sur l’âge tel qu’on peut le rencontrer dans les entreprises au quotidien. Les voici traduits en français :

  1. Les employés se jugent de façon régulière en se basant uniquement sur leur âge ;
  2. Les équipes métier générationnelles éprouvent des difficultés à mener leurs projets à bien ;
  3. Vieux et jeunes employés sont en concurrence pour l’attribution des ressources ;
  4. Les employés se plaignent quotidiennement auprès des membres d’autres générations ;
  5. L’entreprise embauche traditionnellement à l’intérieur d’une seule ou de quelques générations ;
  6. Les employés refusent quotidiennement les idées venant d’autres employés, plus jeunes ou plus vieux ;
  7. Les managers pensent qu’il faut une formation particulière pour mener les autres générations dans leur travail ;
  8. Les gens font des commentaires ou des hypothèses à propos d’individus en se basant sur leur âge ;
  9. Les managers posent l’hypothèse que les employés plus jeunes ou plus vieux sont incapables de réaliser certaines tâches ;
  10. Les membres de certaines générations sont quotidiennement évacués des vagues de promotion ;
  11. Les employés plus âgés font souvent valoir leurs droits à la retraite plutôt ;
  12. Les employés plus jeunes semblent se désinvestir ou se désintéresser de leur travail.

>> lire le document de Achieveglobal sur les stéréotypes de l’âgisme dans son ensemble ici

>> [addendum du 20/08/2013 : et le document dans sa version française ici]

On pourrait commenter chacun de ces points, même s’ils paraissent assez faciles d’accès. Ce qui est certain c’est que l’on voit difficilement comment résoudre ce problème au travers d’une loi, ou pire encore, les politiques de quotas, qui semblent être l’unique réponse à la discrimination dans notre société d’aujourd’hui … tout en créant ainsi, une autre forme de discrimination, dite “positive”.

On peut cependant utiliser voir cette liste de contrôle, comme autant de points de vigilance qui permettent, et dans ce cas chaque employé est responsable, de souligner et de dénoncer ces attitudes et comportements déviants. J’ai particulièrement souligné le numéro 7 qui m’est apparu de nombreuses fois dans les entreprises, où sous l’apparence d’un désir de formation et d’œcuménisme inter-générationnel, pointe sourdement l’âgisme et la crainte de l’aléterité. Quoi ? M’apprendre à “comprendre” les jeunes ? Ne parlent-ils pas ma langue ? N’assistent-ils pas à mes cours ? Ne pouvons-nous nous respecter ? Ne sont-ils plus des êtres humains, ou sont-ils devenus des mutants ? Cette hypothèse d’incompréhension inter-générationnelle est tout bonnement insupportable.

Alors que faire ?

Je pense que ce que démontre le travail aussi bien du professeur Twenge que de la société Achieveglobal, c’est que notre Société est profondément dysfonctionnelle. Car une Société où l’on oppose les différents membres de sa congrégation, est un lieu où les enfants n’aiment plus leurs parents, et leurs parents n’aiment plus leurs enfants. C’est la négation de la base même de la Société. Entendons-nous, ma vue n’est pas pessimiste au point de croire que nous sommes perdus, je n’y crois pas une seconde. Mais il faut être vigilant car la multiplication de ces stéréotypes à l’envi, jusqu’au point de les ériger en dogme, voire en outil d’éducation est un danger non négligeable.

Alors pour remède à l’âgisme, les recommandations de la société de conseil en éducation sont les suivantes me paraissent aussi pétries de bon sens :

  1. refusez les stéréotypes et combattez-les ;
  2. trouvez un terrain d’entente (entre générations) ;
  3. recherchez le talent en chacun ;
  4. favorisez la mixité ;
  5. soyez positifs et exigeants.

et partagez les valeurs communes propres à toutes les générations qui sont le respect, la compétence, le lien et l’autonomie.

génération Y : le web 2.0 de 7 à 77 ans

Mon récent billet intergénération, apprentissage & numérique : le tiercé gagnant a fait l’objet de quelques commentaires unanimes pour dire (je résume) que la génération Y n’est rien de plus qu’un concept marketing fumeux pour lequel, notamment, la capacité à utiliser les outils informatiques et numériques n’a rien à voir avec l’âge des utilisateurs. Par contre, pour ce qui est de l’acceptation à exécuter des ordres le petit doigt sur la couture du pantalon… c’est une autre affaire qui n’est pas limitée au moins de 30 ans…

L’acceptation des ordres sans comprendre n’est pas le propre de la génération Y.

Si je me base sur la récente remarque d’un de mes clients, je ne peux que le confirmer.

Voici son histoire.

via génération Y : le web 2.0 de 7 à 77 ans | efficaciTIC.

16 thoughts on “Génération Y et inter-génération : l’âgisme, ce nouveau racisme

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  4. Donc prenons le temps d’une génération : la bonne fourchette semble être entre 25 et 30 ans…
    croisons les données avec les lettres de l’alphabet soit :
    42 “réponse ultime*rappel”
    on a 42 * 25/30 , on remonte donc a 1000~1200 ans
    en arrière pour trouvé la génération A …
    mais après Y , c’est Z ! et après … ???
    bien, c’est la fin …des concept sociologique utilisé en sociodémographie pour désigner une sous-population… ou sous-”race” …stéréotypes quand tu nous tiens …

  5. Merci Yann pour ce billet qui consolide objectivement mon point de vue.

    Les stéréotypes dont les médias sont la principale cheville ouvrière, perdent de leur influence (pas assez et pas assez vite à mon goût). J’ai la conviction que la société reprend le pouvoir au travers des nouveaux moyens de communication (blog, réseaux sociaux, mobilité), au point que les politiques ne maitrisent plus le 4e pouvoir et sont de plus en plus fréquemment débordés par le pouvoir des citoyens-Twittos… toutes tranches d’âges confondus ;-)

    • Merci de ce commentaire. En toute honnêteté je ne pense pas que les stéréotypes aient – aujourd’hui ou jamais – besoin des médias pour exister. Ils existent dans les esprits des hommes et se répandent de bouche à oreille, comme des virus, sans qu’il soit possible de savoir pourquoi ni comment. L’Internet n’est pas non plus exempt de transporter les rumeurs. Mais on peut également l’utiliser pour rappeler les faits, analyser les études, vérifier les hypothèses. C’est ce que j’essaie de faire bien humblement sur ce blog.

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  13. Quand elle est sortie, je me suis immédiatement inscrite en faux contre cette théorie de la génération Y qui divise plus qu’elle ne rassemble et est préjudiciable à notre société. Ancienne des communautés virtuelles depuis de nombreuses années (bien avant les réseaux sociaux d’aujourd’hui), ce clivage n’avait pour moi aucun sens. Au cours d’une soirée de geeks à laquelle je participais (seule senior et parmi les 4 femmes présentes sur 100 participants), je m’entends dire de la part d’un garçon de 30 ans avec qui je discutais : « Mais vous ne tapez pas aussi vite que moi sur un clavier ». Ce à quoi je lui réponds qu’ayant appris la dactylographie quand j’étais étudiante, je tape très vite, et que ceci m’a servi toute ma vie professionnelle. Il me réponds avec une pointe de surprise : « Alors vous êtes comme la blogueuse de 90 ans aux Etats-Unis ? » Je lui ai rétorqué, amusée : « Je n’ai pas 90 ans ». Définitivement, on ne prête qu’aux riches.

    Je regrette que plus de parents et d’enseignants ne se soient pas intéressés plus que cela il y a déjà quelques années à ce qui a engendré une véritable révolution sociale et une transformation des usages, ne serait-ce que pour donner des conseils judicieux aux jeunes pour les aider à se protéger. J’ai des enfants, et reconnais que ces échanges au sujet du numérique, loin de nous éloigner, nous ont toujours rapprochés. Dans ma génération, comme je l’écris dans un livre en projet, on n’a pas eu de Dolto de la technologie. Il a fallu avancer en marchant. Je vous rejoins tous les deux, Yann et Philippe, pour dire que l’occasion fantastique nous est offerte aujourd’hui d’un échange entre jeunes et seniors, et que je prends l’époque que nous vivons comme une opportunité formidable d’inventer et d’apporter du sang neuf à nos organisations parfois sclérosées. L’agilité n’a pas d’âge, l’expérience est précieuse mais nécessite d’en avoir retiré un enseignement, et la valeur n’attend pas le nombre des années

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