Les « digital natives » n’existent pas ! 1/2

Malgré les nombreuses tentatives des uns et des autres, les articles éclairés des sociologues et aussi de quelques professionnels soucieux de vérité et de méthodologie, le mythe des digital natives à la peau dure. Pas une présentation, un cours, une vidéo sur le sujet de l’informatique et des médias sociaux qui ne fassent mention, péremptoire, d’une supposée supériorité des « milléniaux » dans ce domaine. Deux scientifiques, un Belge et un Français reviennent chacun à leur manière, sur le phénomène… pour le battre en brèche. [note pour rassembler les 2 parties de cet article : http://bit.ly/foloncasilli]

J’ai pour ma part lancé un débat il y a quelque temps (janvier 2011 – petit déjeuner du Web sur les digital natives, mythe ou réalité) sur ce sujet où je démontrai – études à l’appui – d’une part le manque de faits pour supporter la théorie de la génération Y experte des technologies (pour la vulgate, je vous renvoie au livre de Don Tapscott Growing-up Digital…) Et d’autre part, dans une analyse plus personnelle, je relevai que ce mythe était probablement une projection des adultes de leurs craintes/phobies sur l’autre…. et notamment cet autre venu le remplacer un jour, comme c’est le sort immuable des vieilles générations poussées vers la sortie par les plus jeunes, ce depuis la nuit des temps. (pour un autre témoignage sur la fin des “hackers” voir libération).

[générations : la Génération Y est-elle vraiment différente des autres ?]

Dans la vidéo suivante, découverte au détour d’un commentaire sur LinkedIn, un débat entre Mario Asselin (un homme à compétences multiples: entrepreneur, professeur et blogueur du Canada) et le Professeur Casilli, de l’école des hautes études économiques et sociales (EHESS). Dans ce résumé, je vais m’appesantir plus particulièrement sur l’intervention de ce dernier, en revenant sur les points qu’il soulève (note : le débat est animé par Estelle Bouilllerce). Voici ce que l’on peut retenir des points soulevés par le professeur Casilli :

débat entre Mario Asselin et Antonio Cassili (Décembre 2011)

1. anecdotes contre statistiques : « à chaque fois qu’on est confronté aux digital natives, on a droit à des anecdotes » dit en substance, le Professeur Casilli. Or, le problème des anecdotes, pour sympathiques qu’elle soit, et qu’elles agissent comme des preuves alors qu’elle n’en contienne pas. Elles sont toujours en effet orientées vers le particulier. Dans le cas de l’anecdote citée au début de la vidéo, il y a par exemple un mélange entre apprentissage en général et expertise informatique : dans ces anecdotes, et notamment celle qui est citée avec beaucoup de verve par Mario Asselin au début de l’enregistrement, on présente une problématique, classique, d’apprentissage que l’on élargit rapidement à l’expertise informatique, sans forcément qu’il y ait de rapport (ici, il s’agit d’apprentissage scolaire linguistique).

2. données existantes : un nombre considérable d’études a été rassemblé depuis 2007, et cela est encore le cas aujourd’hui. Ces études montrent que quand on regarde les statistiques, on voit que les digital natives n’existent pas (voir dans la deuxième partie de cet article, le travail du Professeur Folon), ou plutôt qu’il s’agit d’une génération stratifiée d’un point de vue social. Schématiquement, on peut dire que les moins favorisés ont un usage plus utilitaire des nouvelles technologies, les plus aisés, un usage davantage exploratoire. Dans chaque génération il y a des stratifications et ce n’est pas une question de compétence informatique, souligne le professeur Casilli ; en l’occurrence les plus défavorisés ne sont pas moins doués en informatique. En conclusion, « on ne peut pas dissocier génération, usage et socialité, et d’autre part, les générations sont à voir comme une pluralité d’acteurs. »

3. historicité du concept : Dès 2001, ces digital natives (Marc Prensky) font partie de la littérature de management. Or, dans les années 90 on a eu les « Internet Children » et dans les années 80, les « computer kids ». Ces dénominations ont coïncidé avec l’avènement des différentes générations d’ordinateurs. On a donc, au fur et à mesure du temps, imaginé que les jeunes avaient une prédisposition naturelle à l’usage des ordinateurs, peut-être du fait que les premiers ordinateurs ciblaient les jeunes populations et qu’il fallait faire coller la réalité à la légende. Si les digital natives existaient bel et bien, précise le professeur Casilli avec facétie, « ils existent donc depuis 20 ou 30 ans ! » On ne peut donc se limiter à la génération de l’année 2000, les fameux « milléniaux ». « Si je dois me considérer moi-même, à 40 ans, comme un digital native, cela n’a donc plus de sens » a conclu le professeur Casilli avec humour.

Mais comme le fait remarquer fort justement Estelle Bouillerce à la fin de l’interview, le problème de base vient de la définition elle-même du « digitale native ». Comme dans tous les mythes d’ailleurs. Hercule peut exécuter tous les travaux d’Eurysthée car il est un « demi-dieu » par exemple ; cette définition de base, l’être supérieur à l’homme et légèrement inférieur au Dieu, rend possible les explloits surhumains du héros mytholologique. Il en va de même de nos « digital natives », une dénomination qui – comme vu plus haut – n’a pas grand-chose à voir avec la réalité. Or, cette population a fait l’objet d’une multitude de dénominations au cours du temps.

C’est à cet endroit que le travail du Professeur Folon vient à notre rescousse avec une monographie brève et percutante sur ce phénomène des digital natives et la façon dont il a été traité dans la littérature.

celle-ci sera publiée incessamment dans la 2ème partie de cet article

Les « digital natives » n’existent pas ! 1/2 was last modified: novembre 14th, 2012 by Yann Gourvennec
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Yann Gourvennec

PDG & fondateur chez Visionary Marketing
Yann Gourvennec a créé le site visionarymarketing.com en 1996. Il est intervenant et auteur de 4 ouvrages édités chez Kawa. En 2014 il est devenu entrepreneur, en créant son agence de marketing digital Visionary Marketing, en association avec Effiliation. Il est directeur de programme du Mastère Spécialisé Digital Business Strategy de Grenoble Ecole de Management depuis 2015
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