Web et médias sociaux : déconnectés par choix ou la force des choses (2/2)

ebook-largeLe 11 septembre 2012, je me suis rendu à Puteaux, à l’invitation de Havas et de Dominique Delport en particulier, pour la présentation d’une étude particulièrement intéressante sur « la France déconnectée » et désormais disponible sur la plate-forme slideshare du publicitaire. Zoom, explications et analyse personnelle dans cet article en 2 parties. Ceci est la partie 2 de l’article sur la présentation de Havas du 11 Septembre [http://oran.ge/dcnhavas pour rassembler les deux morceaux de l’article] :

4 segments pour comprendre

L’étude réalisée par Havas ne s’arrête pas à ce constat, et s’intéresse avec précision aux déconnectés ; elle structure l’analyse en poussant plus loin que la simple « pause digitale ». Elle décrit ainsi 4 segments pour mieux comprendre la situation; sur un total de 9 millions de Français interviewés soit environ 18 % de la population française. Pour schématiser, on y rencontre 2 types de populations distinctes : les déconnectés subis, et les non-connectés volontaires.

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Rentrons maintenant dans les détails de ces segments, eux-mêmes subdivisés symétriquement en 4 sous-catégories :

La première catégorie est aussi le premier segment des non connectés subis. Ils représentent 4 % de la population de 15 ans et plus. C’est ce que Dominique Delport a surnommé les « minitélistes » bien qu’il ne soient pas seulement français a-t-il précisé. On y trouve essentiellement des gens de 60 ans et plus qui pensent que « tout va trop vite » et même que « l’écran pourrait exploser », ces sentiments étant tirés de l’étude et des Verbatims. Quant à l’interface tactile, souvent avancée comme le remède à la difficulté d’utilisation des nouvelles technologies pour les personnes âgées elles sont jugées « trop compliquées ». 55 % des retraités n’ont pas d’accès Internet, 75 % pour les 70 ans et plus. Pour ce segment, chaque objet doit remplir une fonction, il n’y a donc pas d’hybridation et on observe une incompréhension vis-à-vis des outils couteau-suisses tels que le Smartphone. Le paradoxe soulevé par Dominique Delport, c’est que ce sont les plus isolés qui n’ont pas accès aux médias alors qu’ils pourraient en avoir plus besoin que la moyenne. Les solutions proposées sont le coaching numérique (Orange, dont je suis directeur de l’Internet, est cité comme exemple dans ce domaine) et le « billard en deux bandes », en ciblant les jeunes pour toucher les aînés…

La deuxième catégorie est celle des « exclus ». Ceux-ci représentent 3.8 % de la population de 15 ans et plus. Ils sont donc à peu près équivalents à la catégorie précédente. 8 millions de Français vivent en effet en dessous du seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec moins de €1500 par mois, a précisé Dominique Delport. Sur cette population, le taux d’équipement est extrêmement faible. Là encore, il existe un paradoxe dans la mesure où le « média des bonnes affaires est inaccessible à ceux qui en ont le plus besoin ». Il s’agit essentiellement de personnes âgées de 35 à 39 ans, dont les revenus mensuels nets sont inférieurs à €1900 ou moins. Ils habitent les communes rurales ou de moins de 20,000 habitants et ont un sentiment de « décrochage ». Dans ces foyers, il y a arbitrage sur les dépenses, car on est à 20 ou €30 près par mois. Environ 5 % de la population française n’a pas de portable, et on a parfois dans ce cadre-là recourt au système D, comme le reconditionnement des appareils tel qu’il est proposé par des marques comme Apple ou Sony. Il y a également des systèmes de location de courte durée comme Lokeo. Ce segment est aussi la cible des forfaits sociaux Internet.

La troisième catégorie est celle des « flippés » ; il s’agit de 7.2 % de la population soit environ 3 millions de personnes de plus de 15 ans. Cette catégorie de déconnectés fait partie des déconnectés volontaires. Ils ont décidé de limiter volontairement leur usage, et s’ils sont connectés, ils prennent leurs distances ou restreignent cet usage. Il s’agit de personnes âgées en moyenne de 35 à 39 ans dont les revenus nets sont supérieurs à €2700 par mois. Ils expriment une méfiance vis-à-vis de la toile et une « incompréhension des médias sociaux ». Pour la plupart des personnes appartenant cette tranche d’âge, on a « la trouille de Big Brother ». Ils sont donc distants et prudents par rapport à l’utilisation des nouvelles technologies. C’est à cette population que s’adressent des solutions comme AXA protection familiale, qui permet de « nettoyer les informations sur Internet ». Pour cette population, on essaie de rassurer (directive des cookies européens). C’est aussi à eux que s’adresse Norton travers de sa solution top search results. Il est vrai que certains médias sociaux n’hésitent pas à suivre les utilisateurs à la trace ; citons notamment Facebook, pour lequel selon Dominique Delport, « de 228 à 308 traqueurs sont relevés chaque session de 20 minutes » !

La quatrième et dernière catégorie est celle des « déconnectées 2.0 ». Ceux-ci représentent 3.4 % de la population de 15 ans et plus. Ils ne sont pas hostiles à l’innovation, ne sont pas conservateurs et ils ont les moyens. Ils font partie des classes les plus aisées, ont des enfants et sont souvent des cadres de 25 à 49 ans. Toutefois ils ne se connectent pas plus d’une heure par semaine. Ils assument également le fait de quitter volontairement les réseaux sociaux, sont actifs socialement mais pas numériquement. Ils favorisent donc les rapports physiques et non les rapports au travers des médias sociaux. Ils picorent également de façon sélective (leurs usages sont principalement utiles : impôts, localisation, achats mais pas d’usages futiles). Ils sont favorables à la journée sans portable et apprécieraient volontiers de travailler chez Volkswagen ou « on coupe les serveurs BlackBerry hors des heures de travail ». Ce qui me fait penser que parfois je pourrais faire partie des « déconnectés 2.0 » lorsque je prône la pause numérique.

En conclusion

Ipsos, en 2011, a lancé une étude qui a démontré que les Français aimeraient avoir 4 heures supplémentaire par jour ; 25 % déclarent manquer de temps, donc pas étonnant qu’une proportion d’entre eux décide d’utiliser ce temps différemment. Derrière cette déconnexion il y a également « la promesse d’une vie plus sociale, mais tout ceci risque de changer dans le futur » nous a dit Dominique Delport, dans la mesure où « les jeunes font pas la différence entre le mode connecté et déconnecté ».  Ce qui pour ma part ne m’apparaît pas être une bonne chose…

La nécessité de se déconnecter pour apprécier la connexion est en effet à mon avis une condition essentielle du bonheur non seulement en ligne mais hors ligne. J’aurais tendance donc à regarder cette étude de deux façon

  • d’une part, les déconnectés involontaires, donc non choisis, qui posent un problème de conscience dans une société riche du monde occidental.
  • d’autre part, les déconnectés volontaires, qui ont pour la plupart les moyens de la connexion et qui choisissent un mode de vie différent ; pas forcément en opposition totale avec Internet, mais dans un souci de rééquilibrage des rapports humains et numériques. un grand nombre des connectés frénétiques pourraient s’inspirer de ceux-là au lieu de s’en moquer.
Web et médias sociaux : déconnectés par choix ou la force des choses (2/2) was last modified: octobre 3rd, 2012 by Yann Gourvennec
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Yann Gourvennec

PDG & fondateur chez Visionary Marketing
Yann Gourvennec a créé le site visionarymarketing.com en 1996. Il est intervenant et auteur de 4 ouvrages édités chez Kawa. En 2014 il est devenu entrepreneur, en créant son agence de marketing digital Visionary Marketing, en association avec Effiliation. Il est directeur de programme du Mastère Spécialisé Digital Business Strategy de Grenoble Ecole de Management depuis 2015
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