de la pensée lente et des recettes de management en 5/7/10 leçons

[photo Yann Gourvennec]

Vendredi 20 mai 2011, alors que la Twittosphère n’avait d’yeux et d’oreilles que pour les turpitudes d’un ex futur candidat potentiel à la présidentielle [1], je tombai sur un article qui attira mon attention. On y critiquai « l’Art de la guerre » de Sun Tzu. Ni une ni deux, j’envoyai immédiatement le lien à notre ami Vincent Berthelot et voici ce qu’il m’a répondu, sans mâcher ses mots, est-il besoin de le signaler, en parlant de Vincent ?

[1] au point d’en avoir fait baisser les visites sur les blogs qui évitaient soigneusement le sujet, comme j’ai pu le vérifier lors d’une discussion avec mon amie Fadhila Brahimi)

par Vincent Berthelot, Conseil Web Social

J’ai bien souvent montré mon agacement envers le tic et la facilité américaine de faire des articles du type « les 5 clefs essentielles du marketing », « comment réussir sur les réseaux sociaux en 12 étapes » … qui malheureusement a été rapidement adopté par de nombreux blogueurs français. On a tous au moins fait un article comme cela, mais abuser de cette ficelle conduit à écrire des articles préformatés.

Alors quand Yann m’a passé un tweet pour me signaler un billet culte pour illustrer cette veine je n’ai pas résisté à expliquer mont point de vue; mais Twitter c’est court … alors j’ai accepté la proposition de Yann d’en faire un article à partager sur son blog.

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Ce brave Geoffrey James a cédé à la tentation avec un titre plein de finesse « 7 Vastly Overrated Business Books ».

Dans ce billet « les 7 livres de business les plus largement sur estimés » Geoffrey met dans le même panier des best-sellers américain de ces 20 dernières années et ni plus ni moins que la richesse des nations d’Adam Smith ou l’Art de la guerre de Sun Tzu… On sent déjà là tout le sérieux de la démarche et son niveau d’analyse.

La lecture du billet, bien-sûr, demandant de cliquer sur autant de liens que de livres pour amener plus de trafic sur un seul et même contenu – on est un pro du Marketing ou pas – confirme ce jugement rapide je vous l’accorde. Geoffrey, décidément en pleine forme, nous explique ensuite que du temps d’Adam Smith il n’y avait pas les multinationales de maintenant et que l’art de la guerre est juste bon pour celui qui veut s’amuser à des jeux de rôle. En effet le business n’est pas la guerre et les conseils de Sun Tzu datent d’un autre temps.

Geoffrey devrait élargir sa palette de critiques et recommandations en repassant à sa moulinette intellectuelle, Marc-Aurèle, Clausewitz, Machiavel, entre autres.

Le contexte se prête mal à une analyse telle que je vais la faire dans les lignes suivantes, mais je ne peux résister à voir dans ce billet un reflet de la pensée utilitariste qui marque une bonne partie des ouvrages américains. On ne lit pas de tels livres pour avoir des « recettes », on n’aborde pas Sun Tzu en idolâtrant son œuvre ou en voulant la traduire de suite en plan d’action marketing.

Ces œuvres sont des œuvres pour nous permettre d’avoir une base multiculturelle et une mesure du temps universelle. Sun Tzu par exemple ne peut, ne doit se lire d’une traite. Il doit lentement vous imprégner par ses messages de fond et non pas ces quelques lignes de tactique militaire bien sur largement dépassées. C’est la stratégie qui nous importe, le postulat de Sun Tzu, celui de tout faire pour gagner la guerre sans devoir la faire, influence, analyse, placement des bonnes personnes, leviers à utiliser, gestion des hommes, techniques de management, adaptation aux circonstances.

Tout l’art de la guerre est écrit pour penser la conquête en terme de R.O.I et sur le principe du Tai-chi, le moins d’énergie pour le plus grand résultat avec la même image de la puissance non pas du lourd et du rigide mais du liquide et adaptable comme l’eau. Alors oui pour ceux qui ne veulent pas imaginer, interpréter, traduire et s’approprier ce que nous a légué Sun Tzu il est préférable de continuer à lire des ouvrages aussi essentiels que « Comment être un pro du marketing en 12 leçons ».

de la pensée lente et des recettes de management en 5/7/10 leçons was last modified: mai 23rd, 2011 by Yann Gourvennec
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Yann Gourvennec

PDG & fondateur chez Visionary Marketing
Yann Gourvennec a créé le site visionarymarketing.com en 1996. Il est intervenant et auteur de 4 ouvrages édités chez Kawa. En 2014 il est devenu entrepreneur, en créant son agence de marketing digital Visionary Marketing, en association avec Effiliation. Il est directeur de programme du Mastère Spécialisé Digital Business Strategy de Grenoble Ecole de Management depuis 2015
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Une réflexion sur “ de la pensée lente et des recettes de management en 5/7/10 leçons ”

  • 23/05/2011 à 09:26
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    Il est clair qu’encore une fois lire un tel ouvrage en restant au niveau d’une lecture littérale c’est se retrouver dans la position de celui qui regarde le doigt du sage au lieu de regarder la lune.

    Le Sun-Tzu n’est pas un prêt à mâcher intellectuellement, certaines parties vous parleront, d’autres non mais le tout vous élèvera.

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  • 24/05/2011 à 04:17
    Permalink

    De la pensée lente ou de la stratégie indirecte à l’heure où le frontal est de mise, nécessite forcément xx relectures

    Réponse

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