SAP met du social dans le système d’information

C’est à l’invitation de MM. Jean Leroux , DSI d’Aelia et Président du Club des utilisateurs français de SAP et Norbert Spitéri que je me suis rendu 7 rue Cimarosa à Paris pour un séminaire dédié à la socialisation des systèmes d’information. Son Président décrit l’association des utilisateurs français de SAPen ces termes :

«  L’USF en quelques chiffres : plus de 2000 personnes à la convention du CNIT en 2009. C’est une association très active auprès des utilisateurs américains et allemands. Cela donne des résultats dans les dialogues avec l’éditeur. 3 projets : 1. Une convetion en Octobre à Nantes 2. Des projets de livres blancs 5BI, formation, …) 3. Innovation (le club a 20 ans !) avec les réseaux sociaux en adoptant le produit SNA. Environ 1500 jours hommes d’échanges entre experts rue du Ranelagh où sont les bureaux de l’association. Le thème de cette année est l’adaptation au changement face à un monde qui change de plus en plus vite. La difficulté est d’avoir une stratégie à long terme dans cet environnement. Et notamment, comment appréhender ces réseaux sociaux dans l’entreprise et les y intégrer. La rentabilité de ces outils reste parfois floue. Plusieurs interventions : Bernard Laur viendra planter le décor des réseaux sociaux (techno/humain), Hervé Couturier (SAP : comment SAP appréhende le futur des réseaux sociaux), table ronde où des praticiens (dont moi-même) partageront leurs expériences ».

pourquoi cette présentation est symbolique de la révolution des médias sociaux de 2010 ?

En soi cette invitation était symbolique, en dehors des débats voire même des contenus (voir ci-après la retranscription en séance des présentations de Bernard Laur et de Hervé Couturier. En effet, si les éditeurs majeurs du paysage des TIC comme SAP s’intéressent aux médias sociaux, c’est bien un signe supplémentaire – non encore répertorié dans ma prédiction de 2010 sur Bnet mais c’était un oubli car on connaissait déjà le travail de DS dans cette direction –  que le décollage des médias sociaux est effectivement prévu pour cette année, avec son passage au plan des sujets incontournables.  Il n’est donc pas (plus ?) incompatible de parler ERP, ou Business Intelligence en l’occurence (BI) et médias sociaux. Le phénomène de la douche froide si bien décrit par Richard Collin dans son étude réalisée pour Microsoft il y a 3 ans sur la collaboration au travail n’est donc pas une fatalité. Les digital natives chers à Bernard Laur s’en réjouiront mais les autres aussi, les millions d’adultes qui utilisent les blogs et les médias sociaux de façon intensive et qui sont frustrés de ne pouvoir le faire au travail.

Il est à noter qu’avec Hervé Kabla, nous avons créé Media Aces pour favoriser l’évangélisation autour de cette révolution des médias sociaux.

instaurer la coopétition pour le bénéfice des éditeurs … et surtout des utilisateurs

Les alliances se multiplient donc. Nous avons cité BlueKiwi et Dassault Systèmes ci-dessus, nous aurions pu aussi mentionner le même BlueKiwi et Microsoft Sharepoint (rappelons-le, ce dernier a environ 70% de part de marché en entreprise selon 01 informatique – 01 informatique n° 1993 du 7 mai 2009), voici SAP et des acteurs des wikis comme Xwiki (eux-mêmes déjà impliqués avec d’autres éditeurs comme Nearbee qui connaît un beau succès en France avec de belles signatures client dans la Banque et le Marketing) – [transparence : je suis proche de la plupart de ces acteurs, de près ou de loin]. Tous ces systèmes se complètent, s’assemblent, parfois se concurrencent, mais le marché est vaste et il y a – encore – de la place pour beaucoup de monde car tous ces acteurs sont encore en phase d’évangélisation.

Si vous cherchiez des exemples intéressants et vivants de coopétition, vous êtes servis ! Et si d’aucuns ont levé certains doutes sur certaines alliances, il faut faire remarquer que l’alliance de la carpe et du lapin (le logiciel ouvert et le logiciel fermé) en ce domaine est inévitable. Le choix n’existe ni pour l’un (le logiciel ouvert qui a besoin de la base installée, de la marque et du poids commercial des gros pour réussir) ni pour l’autre (l’acteur établi à qui il manque l’expérience de la collaboration ouverte et qui a besoin d’un acteur agile et aguerri pour élever son offre et devenir attractif).

de la négentropie et du ‘flicage’

En fin de compte, le bénéfice est double. Certes, il faudra résister – notamment dans l’usage interne – aux tentations de ramener de la hiérarchie partout pour faire taire l’entropie 2.0 (en reprenant les termes de ce débat de Techtoc.tv). Il y a là un double risque : celui d’amener une lourdeur insupportable dans le logiciel dit social qui n’aurait ainsi plus de « social » que le nom. Et d’autre part le risque de rater les déploiements en faussant la collaboration perçue par la base plus comme un « flicage » que comme une vraie tentative de favoriser la coopération (ici, dans le meilleur des cas, les employés feront semblant de coopérer, au pire ils se détourneront du projet).

contre une vision erronée de la révolution dans l’entreprise par une pseudo anarchie 2.0 rêvée par des digital natives

Attention ! je ne veux pas dire que la « hiérarchie » n’existe plus, ni que j’en appelle à une « révolution » au travail (j’ai déjà battu ceci en brèche il y a longtemps dans mon article des réseaux et des hommes) mais que le projet de collaboration est bien conçu à la fois comme un projet proche et partant de la base (Ken Kaplan d’Intel dirait « grassroots ») soutenu, encouragé et favorisé par la hiérarchie qui se légitimera ainsi dans son désir de valoriser les employés dans un esprit gagnant-gagnant (ce n’est pas du blabla. Il faut y croire vraiment pour réussir). Je ne crois pas à la démocratie anarchique en entreprise, et les  digital natives devront l’apprendre rapidement et se mettre au diapason ou alors ils l’apprendront à leurs dépens ; c’est d’ailleurs ce que je tente d’expliquer à mon fils (je vois qu’il a déjà fait d’énormes progrès). Ceci n’est pas nouveau. Qui n’a pas eu un choc en arrivant en entreprise et en quittant l’école ?

Aelia met en oeuvre un vrai projet de collaboration avec Xwiki, dans le respect de l’utilisateur

D’ailleurs, Monsieur Leroux nous a donné un excellent exemple de mise en oeuvre réussie et intelligente de la collaboration avec soutien de la hiérarchie. Le déclencheur en était même le management – sur sa proposition – mais il a eu l’intelligence de sous-traiter le projet à une maîtrise d’ouvrage crédible auprès des utilisateurs et de s’effacer en tant que prestataire de service interne. Voilà un bon exemple – qui mérite d’être suivi – de collaboration réussie. Sans la base, rien à espérer, mais sans le soutien appuyé du management, rien n’est possible dans la durée. C’est la carpe et le lapin, la cohabitation n’est pas toujours facile, mais quand ça marche, tout le monde est content.

Voici ci-dessous pour le bénéfice de nos lecteurs, la retranscription de la réunion :

Introduction par Bernard Laur, Synthèse informatique

La présentation de Bernard Laur était intitulée La socialisation du système d’information. Bernard est connu pour avoir animé des séminaires sur l’état de l’art de l’informatique avec Jean-Marie de Saint Quentin depuis de nombreuses années. Voici un résumé de son intervention.

  • La société de l’information ? c’est une bombe à retardement. Les mutations sont très profondes. Le reproche fait aux informaticiens est qu’ils ne semblent pas conscients de leur rôle dans cette transformation. Intermédiation => désintermédiation etc. on sait qu’il y aura de brusques disparitions de certains secteurs (musique, poste, presse …)
  • Un contexte justifie cette évolution. Les digital natives arrivent (génération Z). Leur comportement est complètement différent. Les Z sont au cœur de cette révolution ce sont eux les digital natives. Ils sont pour l’immédiateté, la simultanéité, la transparence l’ouverture, et on pense que cela va poser de graves problèmes lorsqu’ils vont arriver dans l’entreprise. Le p2p va avoir un impact très important sur les hiérarchies et les organisations.
  • Les entreprises vont s’intéresser à 2 types de réseaux sociaux (le IN et le OUT). Les informaticiens sont hors du spectre sur le OUT car ce sont les marketers qui sont dessus et ils ne comprennent pas comment il faut l’utiliser. Il y a un besoin d’assistance à maîtrise d’ouvrage comme pour le reste.
  • L’informatique depuis 10 subit tout ce qui vient du public : les architectures 3 tiers viennent du grand public.
  • Dichotomie entre les réseaux sociaux sur le monde ouvert en fonction de la qualité des contacts ou de la réalité ou du fantasme de l’identité
  • Facebook est un réseau social symétrique par acceptation
    • On ne peut pas avoir une identité fantasmée dans facebook. Il y en a quand même mais c’est rare
    • 12 millions d’utilisateurs actifs (fin 2009)
    • 18% de la population française est sur Facebook
    • 50% se connectent tous les jours
    • La vision publique c’est le mur, les videos etc.
    • FB pour les entreprises ?
      • Ça ne pouvait pas laisser les entreprises indifférentes
      • Page FAN et publicité (hyperciblée : c’est un peu un business object sur le grand public)
      • Bnpp a une page fan (2600 membres)
      • FB est en train de se professionnaliser morceau par morceau
      • Linkedin se fera sans doute manger par FB
  • LinkedIn
    • Théorie des 6  (six apart) : cooptation et autocensure. Les gens qui se cooptent se cooptent pour des raisons de confiance
    • Pour trouver des jobs, des fournisseurs, des clients, des partenaires etc.
    • Journal des événements, services payants
    • Comment toucher quelqu’un via un autre
    • Questions & réponses : obtenir de l’aide via le réseau
    • Aux US : 80% des annonces d’emploi passent pas LinkedIn
    • Possibilité de créer une page FAN
    • Enquêtes possibles via des panels
  • Viadeo
    • Système français mais recrute dans des niveaux différents, moins haut dans le management et hors de la hight tech
    • 8.5 millions de membres, 2.4 en France, 2.5 en Chine
  • Asmallworld
    • Uniquement sur invitation privée, surnommé snobster
  • Twitter
    • Outil de microblogging qui permet d’envoyer des sortes de SMS
    • La plus forte de progression
    • A quoi ça sert ? probablement à rien. C’est un outil de diffusion remarquable en fait. En Iran, lors de la mort de M Jackson, des millions de messages ont circulé.
    • @personne pour lui envoyer un message
    • Présence très importante d’entreprises sur Twitter en IN et en OUT
    • HSBC, Deutsche Bank, ING Direct, BNPParibas …
    • Possibilité d’utiliser des twitter internes, qui permettent de diffuser des informations rapides aux employés
  • Youtube
    • Partage de vidéos : 10% de la bande passante US
    • 2ème moteur de recherche sur Internet derrière Google (mais il appartient à Google aussi)
    • Youtube propose de la publicité et du Marketing, du conseil et notamment pour les sociétés qui veulent déployer une webTV chez eux
    • Des banques ont des informations sur Youtube
    • Outils de ciblage de campagne avec profiling très sophistiqués
  • Wikipedia
    • « crowdsourcing », intelligence collective …
    • Wiki-wiki
    • Le Français est la 3ème langue
    • Ms a supprimé Encarta en Septembre 2009
    • Philosophie particulière
    • Pas de financement (hormis les dons : 4.5 millions de $)
    • Beaucoup de scepticisme à l’origine, le succès de Wikipedia a surpris
    • En France : 156 administrateurs de Wikipedia sous la direction d’un chercheur du CNRS
    • Google regrette de ne pas pouvoir acheter Wikipedia. Ils ont amélioré l’indexation de Wikipedia afin d’éviter que les recherches se déportent directement sur Wikipedia
  • Les wikis dans l’entreprise
    • Création d’un wiki par des dépanneurs d’ascenseurs en 1 an, 2200 fiches, traitant 80% des problèmes
  • Blogs, folksonomy, delicious (même adapté dans l’entreprise) etc.
  • Mondes virtuels
    • Existence courte et étoile filante
    • 65% des femmes sont des hommes !
    • Epopée stratosphérique, et l’attention est tombée
    • Version privée annoncée par Linden Labs endossée par IBM, mais pas sur une base d’identité fantasmée et destiné à être utilisé dans des web conférences etc. etc. (hum, hum : c’est cela oui !). Cela va-t-il aboutir au concept de ‘téléportation’ (cela ne met pas à l’aise dit B Laur) => nouvelles interfaces de type Natal

Hervé Couturier, SAP-business objects

Le problème pour un éditeur n’est pas d’utiliser les réseaux en direct mais de fournir les briques pour les banques, les industriels etc.

  • Acceptation des technologies, accélération des adoptions …
  • Les points de force sont
    • les nouvelles technologiques
    • mais aussi les nouvelles organisations (double dotted lines !!)
    • Les attentes des utilisateurs ? les gens qui rentrent dans l’entreprise font une crise cardiaque quand ils voient l’IF utilisateur car cela n’a rien à voir avec Facebook !
    • Transformation des modes de travail et de la hiérarchie
  • 2 grands paradigmes dans l’entreprise
    • La contrainte du processus : très linéaire. Il n’y a pas de poésie dans la comptabilité. On a rien fait de mieux depuis 1892. La plupart des systèmes d’information aujourd’hui n’ont rien fait de mieux que de coller aux processus
    • Le décisionnel – créé par BO – apporté des fonctionnements non linéaires. Le monde de la décision fonctionne comme ça
    • Et maintenant il y a la révolution des réseaux sociaux qui amènent le changement dans tout ça
    • Y-a-t-il un moyen de réutiliser certains concepts des réseaux externes et faire la fusion des mondes ?
      • Collaboration & intelligence sociale sont les 2 fondamentaux
    • Il y a une valeur ajoutée forte de ces réseaux sociaux à condition de l’intégrer au reste.
  • La collaboration
    • Gartner a défini que c’était le domaine en croissance, il y a un marché …
    • On va structurer la collaboration ente individus. Il faut qu’il y ait un minimum de process dans cette collaboration (comme un workflow).
    • Enregistrement de l’action dans un système transactionnel
    • SAP aura des produits qui soutiendront ce processus, similaire à Google Wave (le vocabulaire sera peut être différent)
  • L’intelligence sociale ‘social intelligence’
    • 1. Hiérarchie : récupérer la dimension hiérarchique de l’entreprise via le produit SNA. On démarre par la personne. Il y a un concept de business intelligence, puis on récupère les informations physiques et pratiques (téléphones, etc.) et on en déduit la position hiérarchique. C’est une combinaison entre business intelligence et intelligence sociale
    • 2. Utilisation de la puissance et de la distribution : y compris sur les téléphones mobiles
    • 3. Business intelligence : analyse de sentiment… au service du RSE (réseaux social d’entreprise)
  • Conclusion : le concept fondamental sur lequel SAP travaille c’est qu’il y a une technologie mature (ERP), la business intelligence qui est un peu moins mature (mais qui peut mélanger information structurée et déstructurée), et une dernière technologie beaucoup plus neuve mais à la capacité de viralité extraordinaire.
  • SAP a déjà mis des outils en Beta (intelligence sociale) sur le marché. L’aventure commence. »
SAP met du social dans le système d’information was last modified: septembre 20th, 2014 by Yann Gourvennec
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Yann Gourvennec

PDG & fondateur chez Visionary Marketing
Yann Gourvennec a créé le site visionarymarketing.com en 1996. Il est intervenant et auteur de 4 ouvrages édités chez Kawa. En 2014 il est devenu entrepreneur, en créant son agence de marketing digital Visionary Marketing, en association avec Effiliation. Il est directeur de programme du Mastère Spécialisé Digital Business Strategy de Grenoble Ecole de Management depuis 2015
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