capitalisme éthique : Bernard Jouyet (AMF) « plus de 50% des transactions sont faites sur des marchés de gré à gré non régulés »

03092009165.jpg.scaled.1000Titre de la plénière « Le capitalisme serta éthique ou ne sera pas » – université du Medef où je suis invité en tant que blogueur

C’est assez paradoxal, un ex-premier ministre socialiste, connu pour ses récentes positions très anti libérales, qui défend presque le capitalisme (en mettant les positions de la gauche et de la droite face à la crise dos à dos) et un président de l’AMF – qui vit des marchés – qui attaque de façon très sévère ces mêmes marchés dont la plus grande partie échappe à son contrôle ainsi qu’à celui de ses collègues. Et il est vrai que les échanges sous le manteau sont impressionnants, ce qui n’est pas sans rappeler le marché des valeurs parallèles qui se faisait à l’extérieur de la bourse de Paris lors de la crise de 1881-1882 dans son réquisitoire contre la spéculation intitulé l’Argent et publié une dizaine d’année après le crach de l’union générale (http://fr.wikipedia.org/wiki/L’Argent.

Les politiques semblent donc marcher sur des œufs, voire même se déclarent « en délicatesse avec le sujet » mais les techniciens, probablement libérés des contraintes politiques, n’hésitent pas à dénoncer un système qui continue donc a priori de dysfonctionner, en dehors du contrôle des régulateurs. Ceci étant, si les capitalistes crient haro sur le capitalisme, c’est surtout pour accuser les voisins, les Etats Unis en premier lieu, les politiques aussi bien sûr.

Le comportement éthique ? on en reparlera une prochaine fois.

Voici mes notes prises en séance en format brut de décoffrage

Xavier Fontanet

• Président d’Essilor : 1er niveau le dogme, le 2ème la politique, 3ème l’appropriation personnelle par les individus. Trouve que la problématique est un mélange des genres. Dans le communisme aussi il y a des éléments d’éthique. N’est pas un moralisateur. A 2 questions : traites-tu tes interlocuteurs comme toi-même ? Si on retranscrit ton comportement dans le journal seras-tu fier ?

• Dans les bidonvilles indiens on croit au capitalisme, c’est un outil de développement, il ne faut pas le jeter aux orties. Il faut que chacun s’occupe de ses affaires.

Laurent Fabius, ex premier ministre

• Aussi en délicatesse avec le sujet. On a l’habitude de dire que le capitalisme c’est 1) la propriété privée 2) l’économie de marché et ses règles 3) l’actionnariat.

• Croit que quand on parle d’éthique on parle d’autre chose, ce n’est pas le même ordre, même s’il y a une dimension morale.

• Dans la presse on dit que le capitalisme est fini, mais non. Mais quand on a mis les mécanismes de contrôle comme en ce moment c’est bien mais on n’a fait qu’une partie du chemin. Il y a toute une série de questions non traitées : déséquilibre mondial, rapport Chine-Etats-unis et reste de l’Europe, dévastation climatologique, répartition du capital etc.

• Pour résumer, il faut s’efforcer individuellement d’avoir un comportement moral mais on ne peut pas le faire collectivement.

• Ceci bouscule la vision traditionnelle de la gauche et de la droite. La droite était traditionnellement dans le laisser-faire mais cette vision ne va pas marché. Mais la réponse de la gauche (d’1 côté il faut une réponse mondiale, et d’autre il faut une meilleure répartition) est une réponse non satisfaisante non plus

• Il n’y a pas 1 crise mais des crises, mais parmi les différentes causes il y a un partage inégalitaire entre les revenus du travail et du capital qui a poussé les salariés à l’endettement (aux US et les banques de façon étendue) et quand ce système s’est écroulé tout le reste aussi, comme un château de cartes

Michel Pébereau, ex-patron de la BNP

  • Au début de cette crise il y a un mystère. Comment la crise des subprimes a-t-elle pu dégénerer en crise économique mondiale. Il a fallu un certain nombre d’acteurs qui ont dysfonctionné au niveau 1) macro-économique. Il y avait des déséquilibres dans le monde depuis trop longtemps avec trop de dette aux US et un excédent d’épargne en Chine et en Allemagne. Et la politique de facilité économique aux US a forcé la crises 2) dans le secteur bancaire, cette crise a d’abord été une crise de la liquidité des banques. Essentiellement aux US et aussi ici. Les premiers responsables ont été les banques d’investissement aux US qui ont pris des risques de liquidité qu’ils n’ont pu assumer. Northern Rock au Royaume Uni était pourtant une banque de détail. Elle a aussi commis cette erreur. 3) le régulateur a été créé pour éviter les faillites. Les régulateurs des banques et des assurances, du SEC et notamment aux US ont une forte responsabilité 4) enfin une illusion du « tout marché » et on a cru qu’il était possible de récupérer de l’argent contre n’importe quel actif. Ce n’était pas juste.
  • BNP Paribas, comme toutes les banques françaises a été sérieuse dans cette crise. Les banques françaises sont passées assez bien pour les principales d’entre elles.
  • Lehman Bros a montré qu’une grande banque d’investissement pouvait faire faillite. Ceci a généré une grande crise de liquidité et c’est à ce moment que BNPP a été affectée. On est passés tout prêt d’une crise systémique, mais évitée pour 2 raisons : 1° les banques centrales ont très bien joué et notamment la BCE, la plus efficace 2° après Lehman Bros, les Etats ont dû intervenir.

Marc Lacharrière, chef d’entreprise français

  • Grâce au profit on crée de la solidarité. Il n’y a pas de modification de la façon dont on peut voir le capitalisme. Cette crise, 2 ans après, c’est une crise de la défaillance de la gouvernance américaine. Car le gouvernement US a décidé de privilégier le plein emploi.
  • La crise n’était pas le fait des privés. Pour avoir le plein emploi a dû laisser propager une bulle financière pour générer une croissance supérieure à 2.5% chiffre minimal indispensable pour atteindre le plein emploi.
  • La deuxième cause c’est que la première fois qu’un pays a réussi à contaminer le reste du monde aussi vite. La mondialisation
  • Personne ne conteste plus l’utilité des analystes financiers

Jean Pierre Jouyet, président de l’AMF

  • Pour le régumlateur, la vision c’est d’un capitalisme au service de la société qui s’appui sur des normes. L’auto régulation ç an’a pas marché.
  • Le public s’est aperçu de certaines dérives comme de la possibilité de gagner beaucoup d’argent sans résultats
  • Mais les traders c’est un symptôme, pas une cause. Le mauvais fonctionnement des marchés est à l’origine du problème. Plus de la moitié des échanges ne sont pas transparents. On ne sait pas qui achète, ni qui vend, ni combien ça vaut vraiment. Ceci paraît réparable, mais il faut changer les choses. CAC 40 : plus de 50% des transactions sont faites sur des marchés de gré à gré non régulés. A Londres et NYC c’est pire. Cela est une véritable dérive. On n’arrive pas à contrôler ces échanges.

Pierre Bellon, patron de Sodexo

  • L’enfer est pavé de bonnes intention. Le problème n’est pas l’éthique mais de savoir comment on évite que ça recommence. 1ère : il faut mettre fin à la liberalisation des marchés et la déréglementation mise en place par Ronald Reagan. Le capitalisme doit fonctionner avec des règles.
  • Trouve que l’écart entre riches et pauvres s’accroît partout et c’est très grave. Idem pour la faim dans le monde, qui devient « terrible » selon ses mots.
  • En s’adressant à Michel Péberau, il trouve que mettre les normes IFRS comme responsable de la crise, c’est trop facile. Les erreurs majeures de certains et notamment des assureurs est en jeu.
  • affiche son accord avec l’exposé de Bernard Jouyet
  • capitalisme éthique : Bernard Jouyet (AMF) « plus de 50% des transactions sont faites sur des marchés de gré à gré non régulés » was last modified: septembre 3rd, 2009 by Yann Gourvennec
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    Yann Gourvennec

    PDG & fondateur chez Visionary Marketing
    Yann Gourvennec a créé le site visionarymarketing.com en 1996. Il est intervenant et auteur de 4 ouvrages édités chez Kawa. En 2014 il est devenu entrepreneur, en créant son agence de marketing digital Visionary Marketing, en association avec Effiliation. Il est directeur de programme du Mastère Spécialisé Digital Business Strategy de Grenoble Ecole de Management depuis 2015
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