vers la créolisation du Français ?

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Bonjour à toutes et à tous en ce retour de congé.

Dès la reprise un petit coup de gueule inspiré par la lecture de la publicité pour le Nokia N. 97 (en téléchargement ici), au demeurant un produit intéressant et qui marque l’offensive du leader finlandais sur le marché en pleine croissance des Smartphones (ou devrions-nous dire ‘téléphones intelligents’). Si d’aucuns, en souvenir de la loi Toubon restée dans les esprits depuis 1992, croient encore à la menace de l’Anglais sur le Français,  j’aimerais au contraire insister sur une réalité somme toute assez différente. Plus qu’un abandon du Français au profit de l’Anglais, j’observe une créolisation croissante de notre langue, qui se saborderait elle-même, non sous la pression de l’extérieur, mais par une sorte d’implosion. Morceau choisi (mais il y en a d’autres) : « En  profite pour « checker » mes mails. Nouveau mail perso. Léa me propose un « afterwork » ». Traduction d' »afterwork » : un « après le travail » (?!).

Je ne sais si la publicité est un bon indicateur, mais quel sabir ! Ni anglaise, ni française, cette langue créolisée plonge les anglophones d’ailleurs dans un abîme de perplexité de la même manière que le créole pour un Français de souche qui le découvre. Dire qu’on a tué les langues régionales pour en arriver là me laisse perplexe. Le problème n’est pas tant que la langue évolue, ceci est normal et même souhaitable, mais plutôt qu’à mesure que l’Anglais devient lingua franca au détriment des autres langues et pas seulement du français, notre langue se marginalise d’elle-même, sous la pression non de l’extérieur mais par un bizarre désir d’auto-destruction.

Si c’est là le résultat de la loi Toubon, pourrions-nous demander l’autorisation des publicités en Anglais ? Ainsi, au moins nos compatriotes pourront-ils lire une langue, une vraie, et en apprendre les subtilités qui vont bien au-delà du globish, cet ignoble simplification internationale de l’idiome britannique.

… soupirs

vers la créolisation du Français ? was last modified: août 31st, 2009 by Yann Gourvennec
Yann Gourvennec
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Yann Gourvennec

PDG & fondateur chez Visionary Marketing
Yann Gourvennec a créé le site visionarymarketing.com en 1996. Il est intervenant et auteur de 4 ouvrages édités chez Kawa. En 2014 il est devenu entrepreneur, en créant son agence de marketing digital Visionary Marketing, en association avec Effiliation. Il est directeur de programme du Mastère Spécialisé Digital Business Strategy de Grenoble Ecole de Management depuis 2015
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Une réflexion sur “ vers la créolisation du Français ? ”

  • 31/08/2009 à 15:59
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    Avez-vous lu « don’t speak English, parlez globish » sorti aux éditions Eyrolles? J’en doute, car vous y trouveriez des analyses proches des vôtres.

    Pourquoi affublez vous cet essai d’allègement tactique de l’anglais, pour des besoins bien circonscrits, de l’épithète « ignoble »? C’est toujours un anglais parfaitement correct, et suffisant.

    L’idée progresse à belle allure, avec un nouveau livre sur internet, écrit entièrement en globish, sans une faute d’anglais. Il et déjà traduit en hongrois, bientôt en japonais et en hollandais.

    Allez donc lire « Globish the world over », vous serez surpris.

    Bien à vous.

    Réponse
    • 31/08/2009 à 17:30
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      Merci de votre commentaire et de votre défense du globish. Ce qui est étrange avec le globish c’est que tout le monde le comprend sauf les anglophones. Mais je suppose qu’il en était de même avec le latin de cuisine au temps de l’Empire romain. Alors d’accord, vive le globish, je dois être trop snob 😉

      Réponse
  • 02/09/2009 à 07:35
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    L’avènement du globish est une énorme avancée pour l’humanité (ça fait un peu grandiloquent, mais…), et pourquoi il s’accélère depuis dix ans ? Avec la mobilité accrue des personnes, et avec internet. Ici on parle d’un terminal internet mobile (qui n’est de loin pas le premier smartphone Nokia et accessoirement est le modèle le plus buggé et avec le lancement le plus foireux de l’histoire de la marque…) , quelque part on reste logique.
    Après je reste viscéralement attaché aux langues « régionales » (je mets le français voir l’alsacien dans le même paquet), qui permettent d’enrichir sa culture voir sa façon de penser, ne parler qu’une langue on dira ce qu’on voudra ça limite d’une façon incroyable que j’aurais bien de la peine (et la flemme…) d’écrire.
    Après pour fini, coup de gueule sur les défenseurs de la langue française, et particulièrement l’académie. Utiliser des mots français à la place des anglais, oui, bien sûr, on nous a inventé des superbes mots comme informatique, logiciel à l’époque, un plaisir de les utiliser. Maintenant ? On se fait engueuler parce qu’on n’utilise pas les ridicules « cédéroms » & co… Si ça c’est l’alternative que propose la défense de la langue française, ben si j’ai des gamins je m’expatrie direct…

    Réponse
    • 02/09/2009 à 08:04
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      Merci de votre commentaire. Décidément cet article a attiré tous les activistes du Globish sur la toile 😉
      Mon propos n’était pas de critiquer les mots anglais utilisés en Français lorsqu’ils sont nécessaires voire même pour des raisons ludiques. Après tout, en Anglais, on ne se gêne pas pour faire l’inverse, « ménage à trois » au lieu de Threesome (dernier film de Woody Allen), « négligé » ou « camisole » pour des vêtements féminins, « cul de sac » pour « dead-end street » etc. la liste est infinie aussi. Mon propos était de critiquer le sabir, la salade langagière (language salad en Anglais si ça vous amuse). Quant au « smartphone » Nokia, je sais bien que ce n’est pas le 1er, car j’en ai 1 depuis plus de 6 mois ;-), le E71 dont je suis très satisfait.

      Réponse
  • 02/09/2009 à 08:21
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    Mmmh, dans ce cas oui l’utilisation de check peut être ressentie comme abusive. Même « mail » d’ailleurs, il faudrait utiliser « mél » ou une cXXXXie de ce genre. Par contre afterwork est un mot anglais qui n’a à ma connaissance pas de traduction, voir même « live » qui n’a pas le même sens que « direct ».
    Après ça reste une pub Nokia destinée à une « cible » (vous l’aimez pas ce terme hein? ^^) vaguement ouêche-ouêche-geek-branchouille dont l’effet tombe assez à plat (IMHO, ou plutôt AMHA ^^).

    Réponse
    • 02/09/2009 à 10:19
      Permalink

      Bon, on ne va pas polémiquer pendant 3 heures !

      Si je n’aime pas le terme de « CIBLE » c’est juste un clin d’oeil à Tara Hunt et au Pinko Marketing, je n’ai rien contre le terme en particulier, mais les métaphores guerrières en Marketing ne font pas partie de la panoplie des Marketers 2.0.

      Bien à vous.

      Réponse
  • 02/09/2009 à 11:52
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    Houlaaaa, ben je vais vous laisser alors, ô Marketer (oh ? un anglicisme ?) 2.0 …

    Réponse
  • 03/09/2009 à 00:02
    Permalink

    J’aime le créole. C’est une très belle langue. J’encourage plus d’un à l’apprendre. Elle est parlée par plusieurs millions de personnes.

    Réponse
    • 03/09/2009 à 05:11
      Permalink

      Merci Pao, oui c’est une jolie langue en effet, encore faudrait-il dire langue(s) certainement car il doit y avoir pas mal de variations.

      Réponse
  • 23/09/2009 à 15:59
    Permalink

    Bonjour,
    Le processus que vous décrivez porte un nom : la diglossie. ( du grec glossos la langue ) Le préfixe DI indique une situation conflictuelle entre deux langues . Un cerveau atteint de diglossie va spontanément chercher le terme dont il a besoin dans la langue que son esprit estime supérieur à sa propre langue.
    Le PDG de France TELECOM à propos de suicides dans son entreprise a prononcé en français le terme qu’il pensait en anglais.
    Il a dit « mode » quand son esprit pensait « mood ».
    Le nom de son entreprise s’écrit sans accent pour donner une image moderne (un cabinet s’occupant des noms de marque a été payé pour cela); or la plupart de nos concitoyens prononcent comme si le mot était encore accentué. Ils ne réalisent pas qu ‘ils ne lisent pas ce qui est écrit : perte de repères . Le mot exprime une vue anglosaxonne et le lecteur est encore en France .

    C’est bien une situation d’autodestruction et de substitution d’une langue par une autre que nous vivons . Cette situation de transfert linguistique est encouragée de fait par l’Union Européenne , le processus d homogénéisation touche toutes les langues européennes. Le linguiste anglais David Groddle dans ses rapports English next et the future of english parle de déforestation linguistique et de la perte de domaine des langues autres que l’anglais. Il met en garde contre le risque brutal du rejet de l’anglais( brent spear scenario )

    Cordialement
    Novlangue en hommage À G ORWELL
    vous pouvez « forwarder » ce message

    Réponse
    • 23/09/2009 à 17:19
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      Novlangue (ou ‘Newspeak’ dans l’original), recevez mes salutations et mes remerciements sincères pour ces précisions érudites et fort enrichissantes.

      Réponse

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