entreprise 2.0 : la révolution par la collaboration

Louis Naugès
Louis Naugès

À la faveur d’un déjeuner avec Louis Naugès dans le cadre de la préparation d’un événement autour du thème de l’entreprise 2.0, j’ai pu grâce à lui toucher du doigt un grand nombre de sujets déjà abordés superficiellement ici et là sur nos blogs, autour de la collaboration et de ses profondes implications sur le fonctionnement des entreprises, de l’infrastructure et de la (nouvelle) révolution en cours dans l’informatique.

Sa vision est claire et permet de mieux comprendre ce qui se passe autour de nous. Quelques extraits choisis dans ce résumé :

On se rappellera l’analyse de Nicholas Carr sur son blog qui avançait que le Web 2.0 n’était pas une question de clics ni même de réseaux sociaux, mais bel et bien de serveurs (en faisant référence aux immenses centres de données notamment ceux installés par Google). Le célèbre chercheur américain a montré encore une fois sa compréhension du sujet car tout cela annonce en fait une révolution du fonctionnement des entreprises et un énième changement de paradigme dans l’informatique pour les années à venir.

Selon Louis Naugès, il y a 2 temps dans cette révolution :

  • d’une part la virtualisation totale de l’infrastructure informatique, rendue possible par la prévalence des hauts débits fixes et mobiles (c’est son hypothèse de travail, on sait que ces réseaux sont en cours de déploiement, et que nous sommes véritablement tout près de la disponibilité en tout temps et en tout lieu alias ‘ubiquitous computing’ selon Mark Weiser du Parc). Selon lui donc l’infrastructure informatique effectue une mue pour alléger le poste de travail. Voilà une question récurrente depuis la fin des années 90 (Sun avait déjà lancé les tentatives de ce genre en 95/96 avec sa Java box), mais cette fois-ci on change de braquet. Finie l’approche par le matériel (Sun), finie l’approche par un logiciel de communcatin spécifique (Citrix, rebaptisé le client ‘anorexique’ par Louis Naugès en opposition au client ‘pléthorique’) bienvenue à l’approche entièrement orientée vers le navigateur. Selon M. Naugès, le nom de ce navigateur est même connu il s’agit de FireFox qui permet un accès à 100 % au SI (NDLR: rappelons cependant qu’Internet Explorer représente encore de 80 à 90 % du parc de navigateurs Internet selon les régions). Ce navigateur FireFox permettant ainsi d’accéder à la bureautique, au CRM et aux systèmes d’information de l’entreprise. Ainsi l’infrastructure évolue-t-elle seon lui au-delà de ses deux premiers modèles initiaux qui sont l’infrastructure en propre et l’hébergement externe. La troisième solution vers laquelle nous nous orientons ainsi, est aussi bien connue car il s’agit de ce que l’on appelle le ‘cloud computing‘. Cette informatique dans le nuage permet une consolidation massive des serveurs. Entendons par là non seulement l’hébergement des données et des applications, mais également l’hébergement virtuel de ces données et applications, qui se trouvent ainsi synchronisées en tout temps et en tout lieu au travers du globe quel que soit le nombre de data Center, et quel que soit l’endroit où vous ayez créé ces données. Cette virtualisation totale, est le domaine de leaders cités par M. Naugès. Certains d’entre eux sont bien connus, comme Google ou salesforce. D’autres sont plus surprenants comme ebay et amazon. Amazon se lançant en effet sur ce domaine avec une entité services dédiée (Amazon Web Services). L’unité d’oeuvre de ces grands centres de traitement de données étant le demi-million de dollars, on voit donc que les investissements sont massifs, et que la simplification de l’infrastructure par le nuage passe par ces investissements. CQFD, Nicholas Carr avait raison, ceci est le vrai moteur du 2.0, même si l’usage en est le véritable Graal, c’est le sujet dupoint suivant.
  • le deuxième point dans cette révolution est donc non moins classiquement basé autour des usages, eux mêmes articulés autour de composants qui selon M. Naugès doivent nous obliger à faire abstraction de la notion d’intégration. Google est selon lui très en avance sur ce sujet et pas seulement au travers de ce que peut en voir l’utilisateur de base sur Internet. Certes, Google DOCS permet de créer un tableur ici ou là, c’est sympathique mais ça ne prête pas à conséquence. Par contre, lorsqu’un grand industriel français du domaine de l’automobile décide d’investir pour une bureautique entièrement en ligne, entièrement virtualisée et basée sur ce même Google DOCS, et donc de migrer ses 35,000 utilisateurs (tarif de la bureautique Google: €40 par an par utilisateur pour 25 GO de messagerie), on sent bien que nous sommes entrés de plain pied dans une nouvelle ère, pas seulement en termes d’infrastructures, mais aussi en termes d’usage. Ces usages selon M. Naugès se basent sur des composants bureautiques qui ne permettent pas toutes les fonctionnalités d’une suite Office, mais qui par contre nous offrent des fonctionnalités supplémentaires en termes de collaboration. Ces composants s’orientent autour de six ou sept piliers dont les pages d’accueil personnelles, les flux RSS, les blogs, les Wiki, les réseaux sociaux et la bureautique.

Seul élément du tableau qui échappe selon Louis Naugès à cette révolution, les processus de soutien aux métiers, qui sont trop spécifiques des secteurs et des entreprises, et donc qu’il est illusoire de vouloir virtualiser par manque d’uniformisation.

Avec l’arrivée de ce que nous appelons ‘digital natives’, c’est-à-dire de ceux – ns enfants en somme et quelques uns d’entre nous – qui sont nés avec l’informatique, l’innovation (qui vient du grand public rappelle L Naugès à juste titre) va forcer les entreprises à faire évoluer leurs modes de fonctionnement au pas de course. Le phénomène décrit par Microsoft il y a trois ans dans l’étude de Richard Collin sur la collaboration en entreprise comme étant le phénomène de la ‘douche froide’ (c’est-à-dire que l’utilisateur grand public a un meilleur accès à l’information et à l’informatique chez lui qu’au bureau) est selon Louis Naugès une situation qui n’est pas tenable et qui forcera les entreprises à bouger.

Enfin, dernier élément intéressant, la nouvelle offre de Google (Google Web Security for enterprises) autour de la sécurité pour 7€ par an et par utilisateur (pour plusieurs ordinateurs) qui permet d’activer directement depuis Internet un firewall un antivirus et un filtre anti-phishing, tout ceci directement depuis Internet. Voilà qui intéressera beaucoup de gestionnaires et aussi ‘utilisateurs d’entreprises découragés par la lourdeur de certaines suites de sécurité, sans parler des lourdes et hasardeuses mises à jour incessantes. La sécurité sur Internet est en effet aussi une garantie de mise à jour permanente sans téléchargement. Et d’ailleurs, d’où viennent les failles de sécurité sinon d’Internet ?

Voici un entretien riche d’enseignements et sur lequel il convient de méditer longuement.  Et autour duquel on pourra également débattre aussi. Les changements ne font que commencer et la vision de ces changements que nous pouvons avoir aujourd’hui est forcément parcellaire et aussi sans doute un peu fausse. Sans doute qu’emportés par nos enthousiasmes nous prenons quelques uns de nos désirs pour des réalités et que par ailleurs, nous n’entrevoyons que le début d’une véritable révolution par la collaboration. Une révolution entamée loin des serveurs, directement par les utilisateurs et inexorable mouvement vers plus de partage et des modes de travail foncièrement différents et plus efficaces. Je renvoie à ce sujet à mes travaux au sein du mba e-business d’ESG Paris, disponibles en ligne ici (version 2007 ici, la version 2008 est en ligne pour les élèves).

On pourra également assister à la formation animée par M. Naugès pour le célèbre institut de formation Cap Gemini Formation : Louis Naugès Web 2.0 et usages dans l’entreprise.

entreprise 2.0 : la révolution par la collaboration was last modified: août 27th, 2008 by Yann Gourvennec
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Yann Gourvennec

PDG & fondateur chez Visionary Marketing
Yann Gourvennec a créé le site visionarymarketing.com en 1996. Il est intervenant et auteur de 4 ouvrages édités chez Kawa. En 2014 il est devenu entrepreneur, en créant son agence de marketing digital Visionary Marketing, en association avec Effiliation. Il est directeur de programme du Mastère Spécialisé Digital Business Strategy de Grenoble Ecole de Management depuis 2015
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