07/15/08

Facebook: anthologie d’un phénomène collaboratif

Anthologie du flingage sur Facebook
Anthologie du flingage sur Facebook

C’est un minuscule recueil au format mini poche, un de ces livres qu’on n’hésite pas à mettre dans sa sacoche avant de partir au bureau ou même — c’est plus de circonstances — en vacances. Facebook est un phénomène. Véritable fusée de l’univers Internet, ce site créé en 2004 par des étudiants est devenu le 13e site le plus populaire d’Internet. On se souviendra du rapport de notre ami Amaury de Buchet de Farbernovel qui évoquait (fin 2007) le chiffre de 30 % de la population totale canadienne connectées à Facebook.

Comme tous les phénomènes, les choses les plus délirantes s’y passent. Outre les  » pokes  » (littéralement, taper du doigt sur quelqu’un, virtuellement bien sûr ou les « funwalls » (sorte de tableaux blancs), Facebook est surtout célèbre pour ses applications (voir l’article de Frédéric Canevet) et ses groupes. Ce sont ces derniers que Pierre de Taillac, diplômé de la Sorbonne et du King’s collège de Londres, déjà auteur d’un ouvrage en 2007 sur l’histoire des stupéfiants (doit-on y voir un rapport ?) a décidé de nous décrire de façon ludique en consacrant à chacun de ces groupes une — parfois deux –  page(s) en les regroupant par catégorie et en sélectionnant les plus loufoques.

Le résultat est très réussi. Je me suis pris à lire le livre dans tous les sens (et surtout pas cursivement) et à mettre à rire tout haut, ce qui a conforté ma femme dans l’opinion que je suis devenu fou. Au hasard de mes lectures, citons ici ou là : dans la catégorie « la vérité est ailleurs »,  « Dieu existe et il s’appelle Nutella » :

[...] Nut est venu,
Nut est né,
Nut a souffert,
Nut est mort,
Nut est ressuscité,
Nut est vivant,
Nut reviendra,
Nut est là ! (1841 membres)

ou encore, dans la section « me, myself and I », « je suis connu mais personne ne le sait ! » (139 membres seulement) ou l’excellent « non à la tektonic, oui ou gin-tonic  » (alcooliques associés, 6589 membres). Voilà pour les farfelus, mais le livre laisse aussi la part belle aux « flingages », c’est d’ailleurs son titre, et dont certains très méchants. Les meilleurs sont sans doute politiques. Comme celui-ci : « Françoise de Panafieu a un caniche albinos mort sur la tête » (577 membres) et aussi les groupes qui visent les grévistes, un grand sport national dont nous détenons tous les records du monde : « SNCF, à nous de vous faire préférer l’avion » (64 membres), où le très très méchant « un jour j’embaucherai le fil conducteur SNCF lui ferai payer » (72 membres).

Le nombre de membres d’ailleurs, ne semble pas suivre un cheminement logique. Certains groupes farfelus et quasi surréalistes réalisent des cartons (« j’ai un problème de motivation » 26502 membres ! ) Alors que d’autres, aux sujet plus consensuels et militants semblent au contraire patiner (« un service public au service du public », 3 membres seulement). C’est l’enseignement que l’on peut peut-être tirer de ce livre, au-delà de son caractère amusant, c’est que pour se faire connaître sur Facebook, il ne suffit pas de trouver un bon sujet, il faut être capable de rassembler les foules, et que c’est plus le résultat d’un don personnel que celui d’un calcul (cf. Le livre de Malcom Galdwell, the tipping point). Mais puisque le sujet de ce livre est le « flingage », je finirai par une dernière blague, en précisant que l’éditeur du recueil de Taillac est « Bourin Editeur ». Ceci ne s’invente pas.

Un bon moment à passer avec ce livre et qui ne coûte que € 9.90. Et en plus, il vous évitera de perdre votre temps libre sur Facebook : Ceci n’est certainement pas le moindre de ses avantages.