Des risques liés à la démocratie participative et leur lien avec l’innovation

Tony BlairSi on croit comme moi – avec fermeté – que le Marketing baigne dans sa société et que le phénomène participatif est un signe des temps dont nous devons tenir compte, les déboires de la démocratie participative sont aussi riches d’enseignements, et nous ne pouvons feindre de de ne pas entendre ce qui se passe chez nos amis britanniques. Les soucis participatifs de Tony Blair sur son site sont relatés par les Echos dans un article publié mardi 20 février et miraculeusement encore disponible ce 21 février (dépêchez-vous, ça ne durera pas !). Le premier ministre a permis aux sujets britanniques de créer des pétitions sur Internet. Une liberté saisie immédiatement et en masse (le serveur a même ployé sous la charge) pour s’exprimer spontanément mais aussi pour créer des pétitions farfelues [y compris une qui propose de nous rendre les jeux Olympiques afin d’éviter l’embarras d’un fiasco économique et d’une course à la construction à la Grande Bretagne (scrap the Olympics petition)] ou pour y fustiger le nouveau projet de loi destiné à faire payer les automobilistes au km parcouru. Ce dernier projet a soulevé l’ire d’un grand nombre de citoyens de Grande Bretagne (voir no tolls, 7349 signataires). Mais il y a mieux car la pétition demandant la suppression des radars de contrôle de vitesse a remporté le ponpon des pétitions avec le score de 12481 (et encore 4 mois pour la signer). Car voilà le travers de la démocratie participative, c’est le danger de gouverner par l’opinion qui, loin s’en faut, n’est pas toujours raisonnable. Les mesures impopulaires dans une telle démocratie sont donc vouées aux gémonies, et on risque fort de se retrouver face à des suggestions ‘participatives’ connues d’avance – pour peu qu’on ait déjà lancé une phase d’écoute active directe. D’une certaine manière, démocratie participative peut vite rimer – si on n’y prend garde – avec démagogie1 c’est à dire à troquer l’écoute pour la compassion, ce qui revient à juger la plainte ou la revendication comme un élément central de la gouvernance et non le bon sens, le sens commun et l’intérêt général. On excluera aussi l’originalité et l’inventivité qui risquera d’être mise au rancart au profit de la résolution immédiate des problèmes (non hierarchisés, pris dans l’émotion et non replacés dans leur contexte).

Ne nous méprenons pas, je ne prône pas l’absence d’écoute, bien au contraire. Mais trop d’écoute passive peut aussi se transfomer en absence d’écoute. C’est ce que semble indiquer l’éditeur de Silicon dans son éditorial : « Les e-petitions sont-elles bonnes pour la démocratie ? Bien-sûr mais elles ont bien peu de chance d’infléchir la politique du gouvernement« .

Pour en revenir à l’innovation, voici un phénomène que j’ai déjà rencontré sur le terrain. La phase d’écoute, qu’on pourrait qualifier de ‘démocratique’ d’ailleurs sans trop prendre de risque, est indispensable dans un processus de création. Certes, il faut écouter pour prendre les bonnes idées, mais j’ai vu trop souvent ce genre de processus dégénérer en foires aux promesses où on accumule les demandes farfelues ou irréalistes et qui sortent de l’intérêt général. De plus, il est difficile de susciter un effort de créativité réel auprès d’un groupe d’utilisateurs dont ce n’est pas le métier. Il est plus facile, pour susciter la réelle participation utile, de faire réagir le public sur des propositions concrètes et nouvelles afin de bénéficier de leur feed-back et éviter les spécifications hors champ. Ceci me paraît fondamental. Sous couvert de démocratie participative, on favorise l’écoute passive et compassionnelle, non génératrice d’idées nouvelles, et qui finit par résulter en un catalogue de propositions peu innovantes ou peu réalistes ou les deux. La véritable écoute active est – paradoxalement – plus suggestive et plus concrète et donc aussi plus réellement participative. Tout en restant ouverte, elle se refuse à l’empathie démagogique.

C’est à mon avis ainsi que l’on génère le plus facilement et le plus efficacement le débat, c’est-à-dire sur des propositions qui sont partagées, puis reprises amandées et améliorées en commun, dans une démarche positive de conduite du changement progressive (apprendre à marcher en marchant).

note 1 : Étymol. et Hist. 1791 (BRISSOT, Société des amis de la Constitution, séante aux Jacobins, pp. 15-16 ds FREY, p. 106). Empr. au gr. « art de mener le peuple, en partic. « art de le conduire en le flattant pour avoir ses faveurs » (source: dictionnaire trésor de la langue française)

Des risques liés à la démocratie participative et leur lien avec l’innovation was last modified: février 21st, 2007 by Yann Gourvennec
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Yann Gourvennec

PDG & fondateur chez Visionary Marketing
Yann Gourvennec a créé le site visionarymarketing.com en 1996. Il est intervenant et auteur de 4 ouvrages édités chez Kawa. En 2014 il est devenu entrepreneur, en créant son agence de marketing digital Visionary Marketing, en association avec Effiliation. Il est directeur de programme du Mastère Spécialisé Digital Business Strategy de Grenoble Ecole de Management depuis 2015
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Une réflexion sur “ Des risques liés à la démocratie participative et leur lien avec l’innovation ”

  • Ping : marketingrama.info

  • 27/02/2007 à 10:46
    Permalink

    Bonjour,

    Ce courrier, pour vous faire part de la naissance de mon nouveau blog DIALOGUE CITOYEN

    Cordialement.

    Jean-Paul OZANON

    Réponse
  • 28/05/2007 à 21:34
    Permalink

    Tu ne mélanges pas démocratie participative et lobbying là ?

    Tu ne peux quand-même pas résumer la démocratie participative à la constitution de pétitions sur internet.

    Réponse
  • 29/05/2007 à 07:11
    Permalink

    Merci de cette remarque. Non, bien entendu, je ne limite pas la « démocratie participative » à des pétitions sur Internet. Mais je relate une expérience qui en fait partie. Je rappelle qu’à l’origine de ce billet d’ailleurs, il y a un article des Echos. N’hésitez pa à le consulter, il est encore disponible.

    Par ailleurs, qu’est-ce que la démocratie participative ? Y-a-t-il des démocraties non participatives ? C’est à dire des démocraties où on ne vote pas je suppose 😉

    Réponse
  • 29/01/2008 à 20:51
    Permalink

    Bonjour,

    je vous annonce la création d’une nouvelle assemblée populaire sur Internet qui souhaite remplacer la Sénat dans son rôle de proposition dans une véritable démocratie participative :

    http://www.assembleerepublique.fr

    Devenez-en décideur (ou décideuse) !

    Réponse

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