De la suprématie de l’Anglais dans les Charentes en 1820

Le Petit Prince sur Internet enfin presqueIl est désormais possible de voir (parmi les nouveautés de Google Labs) le fameux Google Print (dans sa version beta) dans lequel la firme californienne a numérisé un grand nombre d’ouvrages. Alors que le projet permet (pour ceux qui ont un compte Gmail) de lire jusqu’à deux pages par ourvrage, il n’est pas possible de lire les ouvrages en ligne, ceci afin de protéger les droits de publication. Ceci est indiqué clairement dans la liste des questions: « Google Print helps you discover books, not read them online. To read the whole book, we encourage you to use the « Buy this book » link to purchase it online or the « Find this in a library » link to look for a local library that has it ». Ainsi, si l’on effectue une recherche sur « PIP » dans Dickens, on sera bien renvoyé vers le livre « Great Expectations » du célèbre écrivain victorien. Mais vous ne serez pas capables d’en lire plus de 2 pages de l’introduction. Voici donc un outil redoutable pour les citations. Mais inutile de les chercher dans une autre langue que l’Anglais, bien que les oeuvres de nos grands auteurs soient également présentes en version traduite, ce qui vaut mieux que rien. Il suffit donc de taper une citation (ex: « What is essential is invisible to the eye » pour le Petit Prince de Saint Exupéry), et le résultat apparaît en surbrillance (voir ici pour l’exemple cité) La France ne serait pas en reste – selon JN Jeannerey, le patron de la BNF – qui dans un article de Silicon.fr publié le 06 octobre, précise que le projet Gallica aurait déjà permis la numérisation de 80 000 ouvrages. M. Jeannerey précise que le budget de Gallica ( visible en ligne ici) ne dispose quant à lui que d’un budget limité. Cependant, on précisera aussi que la méthode est différente. Dans un souci d’universalité bien français, la notion de ‘mémoire’ est étendue non seulement à l’ensemble de l’oeuvre écrit, mais aussi aux revues et publications. Ainsi, on y trouve non seulement le Tartuffe dans ses versions diverses (exemple) mais aussi des numéros de La Croix (inutile d’y chercher Fluide Glacial ou Charlie Hebdo 😉 ) et aussi des extraits passionnants des annales de la société d’agriculture de la Charente entre 1827-1829. Si l’on salue la disponibilité des ouvrages en pdf (la BNF serait elle moins soucieuse que Google de protéger les éditeurs ?), on pourra cependant se poser la question de savoir si le mieux n’est pas l’ennemi du bien et que si le budget est limité, on pourrait arguer que l’urgence serait plutôt de faire rayonner la culture française, but initial de l’opération, plutôt que les annales de la Charente (encore que ces dernières aient certes une utilité pour les historiens locaux ou spécialisés en histoire de l’agriculture, ne le nions pas). Il y a dans tout ça un côté artisanal, un match inégal entre un Goliath impeccable et normé et un David aux petits pieds, qui peut faire sourire. Mais ne soyons pas chagrins, cette fantaisie charmante, c’est aussi ce qui fait notre particularisme, cet amateurisme institutionnalisé, fort sympathique, face à l’implacable froidure de la procédure automatisée. Ne nions pas notre plaisir, et plongeons nous derechef dans les annales de l’agriculture Charentaise, où on y découvre à la page 100, un texte sur la destruction des plantes parasites dans les terres labourables, traduit – je vous le donne en mille – de l’Anglais. Il est difficile de promouvoir la culture française, même dans les Charentes en 1820.

De la suprématie de l’Anglais dans les Charentes en 1820 was last modified: février 2nd, 2006 by Yann Gourvennec
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Yann Gourvennec

PDG & fondateur chez Visionary Marketing
Yann Gourvennec a créé le site visionarymarketing.com en 1996. Il est intervenant et auteur de 4 ouvrages édités chez Kawa. En 2014 il est devenu entrepreneur, en créant son agence de marketing digital Visionary Marketing, en association avec Effiliation. Il est directeur de programme du Mastère Spécialisé Digital Business Strategy de Grenoble Ecole de Management depuis 2015
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